DEVERS
La grande lour, commencL'e en 1500 parl'évèque Bohier, et achevée en 1528, sous Jacques d'Albret, est un monument à elle seule. Elle est aujourd'hui entièrement restaurée. Son élévation, depuis le sol jusqu'à l'appui de la balustrade supérieure , est de cinquante-un mètres quatre-vingts centimètres. Elle est divisée sur la hauteur en Irois parties par des galeries à juur portant sur des romiches en encorbellement : les quatre angles sont flaii iii 's de tourelles octogone à la hase et hexagonales au soniuiet. La partie la plus rapprochée du sol est traitée eu soubassement» et les faces principales y de même que celles des tourelles» sont simplement recreusées de nervures. Les grandes foces de la partie Intermédiaire sont subdivisées à Taide de nervures réunies sons la corniche de couronnement par des ajustements en Irt'tle. Entre ces nervures s(Mii de «rrandes figures, largement arciisées eu demi-rond»' l)o.sse, suppt irtées sur des crédences et recouvertes de dais richement refouillés. La troisième portion est la plus remarquable : elle est décorée de statues et de sculptures délicatement travaillées. La balustrade de couronnement est ingénieusement évidée à jour : elle se détache comme une guirlande légère qui flotte au sonunet du monument.
SAINT-ÉTIENNË
DE I^IMOGES
Saint Martial est le fondateur de l'église épiscopale de limoges. Envoyé dans les Gaules sous Fempiie de Déeîus, vers le milieu du m" siècle, au témoignage de saint Grégoire
de Tours, il faisait partie de cette admirable légion d'apôtres qui avaient reçu missiondupapebaint Fabien. A cette époque, Limoges n'avait [las encore repris son nomvérilable; il avait été changé en celui d'Augustorilum, en l'honneur du premier empereur romain. La ville était remplie de monuments de toute espèce, témoins de sa grandeur et de sa puissance. On y voyait un capitole, nn amphithéâtre, un palais pi-ooonsulaire, nn grand nombre de temples et d'édifices publics et privés. Mais, au milieu des guerres sanglantes qui accompagnèrent l;i décadence de l'empii'e runiain, elle déchut promptenient de sa première maguilicence. Les peuples barbares, qui étalent accourus à la voix de Dieu pour se partager les dépouilles d'un empire énervé, renversèrent de fond en comble les monuments dont elle avait été si fière. L*égliâe primitive de Saint-Ëlienne fut détruite à plusieurs reprises par les Visigotlis, par le roi Pépin le Bref^ dans ses démêlés avec W aifre, duc d'Aquitaine, et par les Norui.aa<i.s en S 17. Elle avait été bâtie, selon la tradition, sur l'emplacement d'un temple dédié à Jupiter.
LlltOGES.
Au commencement du xi* siècle, l'évèque de Limoges, HiJduiii, de retour d*im voya^' qu'il fit à Rome en 1012, forma le projet de démolir sa cathédrale, et d*en oonstniire mie autre plus vaste ; il traçale plan par terre pour faire jeter les fondations. » Ainsi parle Adémar, ehroniqnenr contem» poraiii. Mais cet évèque ii eut pas la gluire iIl' mener à bout son entreprise; la mort l'ayant frappé prcs(pnj aussitôt, il laissa à ses successeurs le soin d'acliever et d'embellir son ouvrage. On mit près d'un siècle à le terminer, puisque la eonsécration n'eut lieu qu'à la fin de Tannée 1095, par le pape Urbain II, qui de Glennont se rendit à Umo^» à Poitiers et à Tours. Dix ans après, cette 4glûe eut à souffrir des suites de la guerre civile , qoi s'éleva entre les habitants tle la rite et ceux du chAteau, c'est-à-dire de la ville proprement dite. Le 1" juillet 1105, la cathédrale lui biùlée eu partie.
L'église actuelle de Saint-Étiennc est un édifice ogival de grand mérite. Les diverses parties qui la constituent appartiennent à toutes les époques de rarchitecture gothique. Le monument fut commencé en 1 273 ; le chœur était achevé en 1327. Les travaux, interrompus pendant dix-huit ans, furent repris en 1344, et alors un construisit probaitlement le portail et la rosace du croisiilou lULTidioual , entre le rhnpur et la nef. Enfin les deux travées de la iiel lurent bâties vers la fin du iLV^ siècle et au commencement du xvr; l'édifice fut oitièrement laissé, vers 4537, k peu près dans l'état oili nous le voyons aujourd'hui. On exécuta néanmoins quelques trsr vaux accessoires jusqu'en t554, époque de la condamnation de Christophe Mai^upin , homme d'affaires de l'évêque de Limoges, coupable de malversation, d'avarice, de rapines, et d'autres crimes infAmes. Le chœur et l'abside doivent être Comptés parmi les œuvres les plus pures et les plus grau-
CATHÊDRALtS DE FRANCE.
dioses du style ogival primitif et secondaire , tandis que la nef porte les caractères du style flamboyant, avec ses qualités et avec ses défauts. Gomme lacathédrale de Beanvais, l'église de limoges est restée imparfaite; deux travées» élevées seulement à la hauteur de trois mètres, semblent attendre qa*une génération Itii n inspirée vienne les achever. Cette construction, devenue ruiuu avant d'avoir élé terminée, annonçait un plan sagement conçu, et promettait d'établir une heureuse harmonie dans tout l'édifice. Malgré ce défaut. Saint- Ëtienne de Limoges présente un ensemble imposant, et des détails qui peuvent rivaliser avec tout ce que le moyen âge nous a légué de plus parfait. Le chœur, le transsept et les nefs déamlmlatoires offrent une grande richesse de style et une ordonnance [)leinc de majesté. Ajoutons aux beautés architecturales de larges fenêtres garnies de vitraux assez bien conservés autour du chœur, et nous compléterons Tidée que Ton peut se former de Peffet total de cette noble basilique.
Le clocher, qui forme un massif indépendant du bâtiment de l'édifice, ne se trouve point placé dans Taxe de la nef; il est d^m style tout différent. Il fut élevé » suivant les chroniques du pays, en H90 ou IIIM, par l'évéque Sébrand- Chabot, pendant le si'juur du roi Hieliard à la terre sainte; mais les caiactères archéologiques en font attribuer la partie inférieure au .u" siècle, et la partie la plus élevée au milieu du xm* siècle : tout porte à croire que celle-ci fut l'œuvre de Durand d'Orlhac, vers 1242. Il se compose de plusieurs étages, dont chacun est percé de deux ou trois ouvertures aases droites, surmontées d'ogives très-peu aiguës. Ce clocher, qui éfail d'une grande hauteur, fut on partie abattu par la foudre en i483, sons Tépiscopat de Jean Marton de Monbas. Le tonnerre renversa la tl^che, qui fut aloi's reconstruite en bois, et couverte en plomb. Enfin le même acci-
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dent M renouvela d'une manièieplus fâcheuse encore le jour de la fête de saint Blartial de Tannée* 1571; le fea du ciel fondit la Gouvertuie de plomb, et consuma entièrement la charpente. Le clocher n*a jamais été réparé, n ne présente
phis ani'Hii (i'iiiu iin'uiii' li»ur liauîe de G2 mètres, dont le soinniel indique la naissance de la pyramide. La base de ce monument repose sur une voûte eu pendentif soutenue par quatre piliers.
• Un des accessoires les plus lemaïquahles de la cathédrale de Limoges est le jubé» que Ton doit à la munificence de révèque Jean de Langeac, le même qui avait entrepris la continuation des travaux de la nef. Il fut exécuté en 4533 ,
comme on peut le voir par une insrription placée à la base d'un des pilastres, à droite de la porte principale, aii-devant. de laquelle ce monument est actuellement pl u t'. |1 olFre tous les caractères réunis des constructions du xvr siècle. La science de cette époque ne savait pas être simple , elle voulait se révéler par des formes tourmentées, fantastiques et très-variées. Si la profusion des ornements doit être considérée comme une fausse ostentation de richesse, la délicatesse des sculptures, le fini précieux des moindres détails, sollicitent à bon droit l'admiration des connaisseurs. L'imat^nation féconde des artistes de la dernière époque ogivale » qui précéda immédiatement la renaissance, a déployé sur ce monument curieux toutes les formes poétiques et gracieuses qu*il était possible de créer. Ce bijou de sculpture gothique, avec sa végétation luxuriante, sa décoration aérienne, ses dentelles légères, pourrait être t umparé à un autre chef-d'œuvre de même nature , dont s'enorgueillit l'église Sainte-Madeleine de Troyes, si quelques dégradations n'en avaient pas altéré la beauté. La partie du jubé qui sert de tribune, etquiforme une saillie en encorbellement, est soutenue par quatre colonnes d'un
travail riche et original j les intervalles en sont occupés par six niches, dont les statues ont été enlevées; on voyait à côté les aimoiries de Langeac, effacées pendant la Révolution. Le devant de la tiibune offre six culs^de-lampe très-élégants, ornés de stalnes, et surmonté de colonnettes d'une snrpreuanle léi^èreté. Deux ^T^ndes colonnes portent, gravée sur un ruban, la légende suivante : iMurccs^f m otio fii Ués, qui formait la devise de révèque Langeac. Autrefois le jubé se trouvait à sa place, c'est-à-dire entre la nef et le chœur. Sous prétexte qu'il masquait le rond-point du sanctuaire, il fut déplacé» en 1780, par H. d*Argentré, qui le fit transporter à rendrait oti nous le voyons maintenant. La translation en fût opérée avec négligence ; elle se faisait dans un temps on l'on professait un mépris ridicule puurles chefs-d'œuvre du style ogival. Les statues repr»^sentant les vortiis tlié(»logales et cardinales furent mutilétis; elles le lurent plus cruellement encore» quelques années plus tard, par les vandales de 1793.
•On remarque encore à l'intérieur de la cathédrale trois tombeaux dignes d'attirer l'attention : les deux premiers renferment les restes des évèques Regnault de la Porte et Jean
de Langeât ; le troisième contient la dépouille de Bernard Brun, doyen du chapitre.
L'église Saint- Étienue de Limoges est parfaitement conservée dans les parties essentielles de rarchitecture : les sièdes ont passé à cdté, pour aimd dire, sans l'endommager. Les matériaux qui la composent, du granit le plus compact et le plus fin, lui assureraient une durée immortelle, si quelque chose [jouvait ^tre immortel sur la terre. L*aspect extérieur ne le ct;de p •int à la vue de Tinlérieur. Rien n'est plus imposant que la perspective du chevet avec les parties secondaires qui l'accompagnent. L'édiUce, dominant de sa
LIMOGISS.
masse toutes les habitations de la cité, produit un ellet pittoresque par son architecture majestueuse, et par le contraste qu'on observe entre la teinte sombre de ses vieux murs et la blancheur des maisons modernes qui se sont groupées à son abri.
En résumant cette esquisse delà cathédrale de Limoges, nous dirons que cet édiiicc vst un los plus n'inarquables de la France entière; il mérite d être plus connu et mieux apprécié. Son style large et bien compris, son exécution irréprochable j lui assurent une place distinguée aux premiers rangs parmi nos cbefis'-d'œuvre d'architecture chrétienne.
NOTRE-DAME
DE GOUTANGES
La cathédrale de Cootances est un des plus grands et des plus nobles édifices de la France. L^étendue des proportions , la régularité de Tensemble, Fonité de l'œuvre, l'harmonie
des détails , la distinction de la forme , la magnificence dn (lôint' intérieur, rélanccmenl doux Uèches du portail, la placent inimtt stalilrmeat an rang dos plus iiicrveilleTisos productions de Fait religieux du moyen âge. En étudiant soigneusement chacune des parties qui composent ce tout admirable, on est surpris autant de la grâce et de l'élégance qui semblent les relever, que de la hardiesse et de la force qui les caractérisent. Les monuments chrétiens se montrent partout en Normandie comme un produit n.iturel du smI. et, dans relte siilciididn véiu-'étation, Notre-Dame de Coutances se trouve au milieu des UiHU's les plus riches et les plus parfumées. Les antiquaires ({ni préfèrent les formes graves et robustes placeront la cathédrale de Coutances sur la première ligne, et laisseront loin derrière elle des édifices d'une renommée plus populaire; la disposition eitéiieure des principanx membres de VarcbifectuTe ogivale offre, en effet, ici la jtliis ln-lIe simplicité dans les lignes, et le plus heureux accord entre les joui-s et les pleins. L'aspect général