TOULOUSE
L'impression que l'on éprouve à l'intérieur et à l'extériciir de la (.ailiéJrale de Toulouse ne répond pas à l'anfitjuitc d'une église riche de souvenirs, élevée dans une ville qui ïui longtemps la capitale d'un royaume. La poi*spociive en est froide; aocime construction accessoire ne vient relever k sévériti du corps principal; Tomementation ne corrige point la monotonie des surfaces et ne jette point son voile de fleurs et de feuillages sur la nudité des murailles.
Les chapelles placées autour du chœur sont peu remarquables; quelques-unes, cependant, son l encore déeoréiss de restes de vitraux peints d'un style élégant. Ils représentent Jésus -Christ et la sainte Vierge, saint Étienne, patron de la cathédrale, les douze apôtres et plusieurs évéques, au nombre desquels on distingue saint Saturnin, saint Honoré, samt Hilaire et saint Exupèie, évéques de Toulouse*
On voit en différents endroits de l'église des statues en jnarijre et des tableaux (jui m- sont pîis sans mérite. Ouelqnes tombeaux d'év^'(|ues et d'archevôques ont été respectés et sont parvenus Jusqu'à nous« malgré les fureurs des iconoclastes.
SAIiM-PlERRK
D£ NANTJëS
I.E premier évLV|ue de Nantes fut saint Clair, qui prêchait la religion chrétienne dans les pays voisins de rembouchure de la Loire , vers le commencement du m' siècle. Il répandit au loin la lumière de l'Évangile, et, quand il mourut, il laissa à son successeur une Église déjà florissante. Nous ne connaissons aucun détail sur la basilique primitive élevée par saint Clair ou par les évéques qui lui suocédèient immédiatement, dans Tenceinte de la vieille cité des Narmetes. Une obscurité profonde entoure le berceau de cette éghse sous le double rapport de l'histoire des événements et de la rnnstruclion. La chronique £ait connaître saint Félix, qui fut élu évéque en ôb7 , comme le fondateur de la cathédrale. Le monument élevé par ses soins était trèS'Somptueux pour l'époque. Si nous en jugeons par l'enthousiasme qui a inspiré à Fortunat de Poitiers une de ses pièces de poésie* , l'édifice de Nantes était une merveille propre à exciter l'admuation générale. La dédicace en lui laite avec les plus brillantes cérémonies, au milieu li un concours immense de peuple. Saint Félix avait convoqué tous les évéques des diocèses limitrophes.. Ce fut ce même évéque qui eut, un
> Fortimat., iib. Ul , carm. 4.
Digitizeo Ly <jOOgIe
peu plus tard, des démêlés aveo samt Grégoire de Tours» dans lesquels il ne fit pas toujours preuve de modération.
La cathédrale de Nantes subsista dans tout son ('clai jus- Cfu'à l'invasiuii dos liordtis normandcii. Eu 903, elle fut réparée et augmentée par FuMieriiis^ alors assis sur le trône épiscopal» Les malheois de la guerre avaient tendu cette restauration indispensable ; elle fut exécutée probablement à la hâte, puisque, quatie-vingtHsinq ans après, on fut obligé de rebâtir entièrement TégHse. II ne faut jamais oublier, dans rhistoiru des nioiiuiiicnls chrétiens antérieurs au x* siècle, que dans une foule de localités la construction était en grande partie de bois ; cette manière de bâtir était propre aux Gaulois, et il est présumable qu'elle fut abandonnée fort tard en Bretagne. Le mode romain, plus solide, mais aussi plus savant et plus dispendieux, ne lui sucoéda qu'après avoir triomphé de bien des obstades; le fait est tellement général , qu*il admet seulement de rares exceptions. (Juérech s'appliqua à réédifier la cathédrale d'après des procédés mieux en rapport avec sa haute dignité et avec la grandeur de la province ; il y travaillait en 987.
Soit par l'effet du temps qui mine tout ^ soit par quelque malheur inconnu, la cathédrale de Nantes fut reconstruite, du moins en partie, vers le commencement du xn* siède. Les caractères architectoniques de Pabaide actuelle accusent nettement cette date. Les principes de la science ne laissent pas subsister le moindre doute à cet égard. Enfin, en 1434, sous répiscupat de Je;m de Chàleauiiiron de Malestroit, le duc Jean V résolut d'élever la cathédrale sur un plan nouveau , d'après les règles de l'arcliitecture ogivale; le cbevet seul du mfmnment antérieur fut conservé. A ce grand trar vail on doit la nef, les bas côtés, le portail principal accompagné de ses deux tours. Si Ton peut juger de l'efTet que '
Pédifice tenniné edi produit d*apiès les parlieB commencées, on peut affiimer qn'U eût été compté au nombre des
chefs-d'œuvre. Malheureusement l'exécution neiépondit pas aux viidx du duc Jean, et l'œuvre suspendue n'a pas été achevée. L*inscri[ttiuu qui se lit encore sur la principale porte d'entrée, indique Tépoque de rouveriure des travaux ;
L'an mil quatre rrnt trontc qiialte, A nij avril mou II raballre, Au de r«ttc <'>glisc Fut la première pierre assiw.
Quoique cette cathédrale snit j l icée dans un lieu trèsélevé , elle n'oilre pas un aspect imposant, à cause de l'imper£ec(ion des principales portions qui la constituent. Les tours, manquant de oouronnement, paraissent lourdes; les ilanos sont nus et sans caractère; la vue générale est dépourvue de toute perspective pittoresque; du côté de labside surtout Tœil repose péniblement sur des murailles qui ressenddent presque à des ruines. A l'intérieur, Timpressiou pntduite jiar la grande nef, qui doit être considérée comme un <les plus beaux vaisseaux , est hientôl détruite par le défaut d'harmonie et d'unité. Le chœur, bas et étroit, ne répond nullement à la majesté de la nef» et l'on dirait que les proportions en sont encore écrasées par un immense jubé, d'architecture grecque, qui en obstrue l'ouverture.
Dimensions principales de la cathédrale de Nantes : longueur, quarante mètres; largeur, trente-deux mètres; hauteur sous voûte , trente*sept mètres trente centimètres; élévation des tours, soixante-trois mèti-es.
La crypte de Téglise Saint-Pierre est la plus ancienne; elle se compose d'une suite de caveaux voûtés en blocage et communiquant les uns avec les autres. Aujourd'hui ils
NAiNTES.
sont en partie comblés de terre. Dans ces soaterraîns, dont
la plupart ne reçoivent pas la lumière du jour, on ne remarque aucune décoralion. exr('])tL' quelques colormes engagées, portant des chapiteaux eu cùae i-enversé, sans ornements, ou seulement avec chevrons brisés gravés sur leurs tailloirs.
Autrefois, suivant toute a[^arenoe, le chœur avait des bas côtés et des chapelles latérales; on en voit encore une, au nord-est Ces constructions, selon l'opinion de M. Mérimée, n^appartiennent pas toutes à k même époque. On en
voit qui semblent plus anciennes, d'autres plus modernes que le chœur. Derrière rt lui-ci , par exemple , une arcade bouchée, de style byzantin, retombant sur un pilastre d'un côté et sur une colonne de l'autre, morceau assez remar^ quaUe par ses détails bien travaillés, porte tous ks caractères de k sculpture romano-byzantine au xn* siècle. Tout auprès, au contraire, on trouve une suite d'arcades parlant de k muraille septentrionale du diœur et s*étendant ju^ qu'à révêché, qu'à l'appareil général et à la forme trèsgrossiere des chapiteaux , on ne peut s'empêcher de regarder connue un ouvrage de la première période romane. C'est sous ces arcades que l'on voit k petite chapelle dont nous avons parlé, remarquable par son parement de pierres cubiques bien taillées, assemblées absolument comme dans une construction romaine. 11 est probable que ces débris intéressants appartiennent à k cathédrale bâtie par Guérech.
Le chœur et Pabside présentent des arcades à plein cintre aux i)uv(^rtures des fenêtres et en plusieurs autres endroits. I n grand arc à ogive naissante se fait remarquer dans la inéme enceinte. Partout les nervm'es sont toriques, comme on le pratiquait durant la période romano-byiantine* Quelques antres détails significatiis. indiquent clairement le com^
2S0 CATUÉDJULES DE FRANCE.
xoencemeiii dn m* siècle, cette époque transitîoiiiielle ob
Tare aic;u se dresse à cMé du plein cintre, où l'archileclure entra dans ane voie nouvelle. Cette porUon de la cathédrale de Nantes, Lasse et étroite, produit la disparate la plus choquante. C'est ce qui a fait dt^dder récemment la continuation des transsepts et du chevet de l'église sur le même plan que la nef. Nous dirons quelques mots de celte entreprise et de la manièie dont elle est mise à exécution, avant de terminer cette notice.
La nef et les bas côtés qui l'accompagnent imposent actuellement la cathédrale de Nantes. Cette nef parait ([ autant plus élevée qu'elle est peu étendue. Dix pihers suffisent à en supporter les travées; ils sont recouverts de moulures prismatiques prolongées sur les contours des arcades et jusque sur les nervures de la voûte. Leur sommet n*est pas couronné de chapiteaux à feuilles frisées et découpées, propres au iv* siècle; on ne voit de chapiteaux de ce genre qu'aux piliers des collatéraux. Les ogives sont partout terminées en pointe très-pruiii»ucee : le jeu de lumière et d'ombre dans les longues nei-vures qui les entourent, produit un effet agréable. Cette décoration, trop louée par quelques auteurs qui ont écrit sur l'histoire de Nantes» est loin cependant de pouvoir être comparée à celle des deux siècles précédents.
' La galerie do triforium, an-désras des grandes ogives des travées, est très-riche et très-élé^^ante. Elle est composée d'une longue série de petits arcs surbaissés, entourés d'arcliivoltes eu tigive à contre-courbe, ornés de feuillages profondément refouillés. Les profils des nervures, mis en relief par opposition avec la muraille placée derrière, sont riches et doux à Tceil. Il manque à cette galerie » pour être citée comme un modèle, d'être transparente et gande de vitraux peints.
Les nefs collatéiaUs sont aocompag^nées de chapelles dans deux desquelles on voit des autels gothiques sculptés il y a
peu d'années. C'est un essai itiuable, mais il n'y règne pas une assez grande sévérité de style. Les chapelles accessoires sont généralement d'une belle architecture : une magnifique fenêtre y verse abondamment la lumière. 11 est à regretter que nnlle' verrière peinte ne vienne tempérer Tédat du jour dans toute la cathédrale; il en résulte un ton froid et discordant.
La voAte de la nef principale est moderne et refaite depuis un siècle: il n'en esi pas tle même de celle du transsept méridional, aussi haute que la première. Li vûùte qui supporte les orgues est surbaissée et enrit hie de clefe pendantes délicatement ouvragées. Entre la nef et le cbœur on a élevé au xvn* siècle un grand jubé, décoré de colonnes et de sculptures dans le genre classique.
Le portail, composé de trois entrées, est décoré d*un grand nombre de statuettes, disposées par groupes, d'une exécution savante. 11 est pémliie de voir (ju'on a trop auiaigri les formes en faisant subir un reg'rattage général à toute l'ornementation du irontispice. Au-dessus du linteau de la principale porte d'entrée, on a sculpté en relief nne rose à compartiments saillants qui remplit presque tout Tespace libre du tympan. La voussure, garnie de niches et de dais, avec sa magnifique guirlande de figurines, excite l'intérêt et l'admiration des antiquaires. Les portes latérales sont également ornées avec goût. Les ileu.t tours qui s'él^enl au-dessus des portails n'ont jamais été entièrement terminées, quoique Ton y ail travaillé jusque dans le xvi* siècle , ainsi qu'on peut en trouver la preuve dans plusieurs sujets d'ornementation et dans plusieurs cintres surbaissés appartenant à la renaissance. Des portes de bronse fermaient
m CATIIÉDUALES DE FUANCE.
autrefois la cathédiale; elles furent enlevées à la r&volutîon et portées à Patelier monétaire.
Dans la partie du transsept qui sert à former aujourd'hui ,
à la droite du chœur, uue espc'ce d'avant -sacristie, on a transp(Mté, de l'église des Carmes démolie à la révolution, le tombeau que la reine Anne lit élever sur les restes mortels de François II, son père, dernier duc de Bretagne, et de Marguerite de Foiz, sa seconde femme.
Ce magnifique mausolée , chef-d'oeuTie de Ifichel Colomb, ou Colombeau, né à Tours, fut exécuté èn 1507. H est entièrement de marbre blanc, avec des assortiments en marbre de (^uleur variée , élevé de cinq pieds et posé sur un socle de marbre blanc, couvert d'une mnsaïque qui entrelace des lettres 1' et des hermines. Sur le tombeau sont couchées deux statues en marbre, de grandeur plus que naturelle, représentant François li et Marguerite de Foix, ayant une couronne et le manteau ducal. Des carreaux soutenus par trois
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anges supportent leur tète, et, à leurs pieds, un lion et un lévrier, symboles du courage et de la fidélité, tiennent entre leurs pattes les aimes du Bretagne et de Foix. Aux quatre angles , quatre statues , de hauteur naturelle , représeutent avec leurs attributs les vertus cardinales, la justice» la tempérance, la prudence et la force. Dans la statue emblématique de la justice est représentée» dit-on, Anne de Bretagne» sous le costume et les attributs de reine* et de duchesse, avec la couronne fleurdelisée et fleuronnée sur la tète. Aux deux côtés sont les douze apôtres en marbre blanc, dans des niches de nuu bre rouge. Au bout et du côté de la tète du tombeau , sont saint François d'Assise et sainte Marguerite, patrons du duc et de la duchesse ; du côté des pieds se trouvent Charlemagne et saint Louis. La base est ornée de seize petites figures représentant des pleureuses, dont le visage et les mains sont en marbre blanc et le reste du corps en marbre vert.
Depuis quelques années on s'occupe activement de l'achèvement de la cathédrale. Le chœur et l'abside seront bâtis dans le style llamboyaut (pu domine dans la grande nef.
La ville de Nantes est une des premières en France qui soit entrée dans ce mouvement de rénovation de l'architecture chrétienne, qui se propage actuellement dans toutes nos provinces aTec tant de promptitude. La continuation de la cathédrale, dans le style gothique, n'en sera pas la seule preuve; M. le curé de Saint-Nicolas, prêtre aussi zélé qu'instruit, fait reconstruire son église paroissiale d'après les principes de l'art catholique. C est un lion exemple qui mérite toutes sympathies , et auquel applaudissent tous les hommes qui unissent dans leur cœur l'amour sacré de la religion au culte des monuments élevés sous le souffle de son inspiration!
SAINTË-MARIË
D'AUGH
Vtaïuss Sainte-Haiie d'Auch est , sans contredit, la plus belle cathédiele du midi de la France et un des édifices les plus célèbres de Tarcbitecture religieuse. BAtie, dans sa
partie la plus noble , vers la fin du xv* siècle, à une époque où le Style ogival jeUiil aan derniei^ rayons de gloire, avant tle faire plate à la renaissance, elle est grande et majestueuse dans l'ensemble, riche et pompeuse dans les détails. Parmi les monuments accessoires, les vitraux et les stalles du chœur jouissent d*une réputation univeiselle qui n'est pas au-dessus de leur mérite : ce sont, en leur genre , des chefsd'oBuvre admirables.
L'introduction du christianisme dans le pays d'Auch remonte aux premiers siècles tic 1 I^Llist', et dès la fin du III* siècle il y eut uu siège épisi upal. Les invasions des barbares, à diverses reprises, agitèrent ces contrées et n'y laissèrent que des ruines. A la suite d'une des premières irruptions des tribus sorties du fond de la Germanie , saint Taurin, évèque d'Earnse , vint se réfugier à Auch, emportant avec lui le plus précieux trésor d'un évèque, Tautel primitif consacré à Dieu, sous rinvocation de la bienheureuse Vierge, et la dépouille vénérée de ses saints prédécesseurs. Saint Taurin luudadans la cité une humble basilique, dans lu-