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La fondation de 1 église mélropolitaine de Tours remonte à cette colonie de pontifes et d'apôtres que le pape saint Fabien envoya dans les Gaules vers le milieu du ui* âècle. Cette antienne et vénérable Église, mère des Églises de l'Anjou , du Maine et de toute la Bretagne, fut illustrée par une longue série d*év(V|iii>s , ôminents en science et en sain- IcIl', (loni la luiMUoire est veiuit' jiis(]ir;i nous, couronnée de la doublu auréole du génie et ilc ia vertu. Avuiif Tcxislence de la monarchie française elle-même, nous voyons apparaître la grande flgure de saint Martin, dont le nom rayonna d'un si vif éclat dans toutes les Gaules, dont les miracles et la vie devinrent si populaires dans tous les pays de la chrétienté. Il est impossible de lire une seule page de rhistoire des premiers siècles de la domination franque sans prononcer à chaque instant le nom de notre immortel évôq ne saint (îi ri^oirc de Tours. De n<»inhreux conciles, d'une haute importance historique et lituru^i(jue, dont jdusieui'S furent présidés par les souverains pontiies en personne, ajoutèrent encore de nouveaux reflets à la gloire de l'Église de Tours. Vers la fin du xi* siècle , le pape Urbain II , venant de prêcher la croisade à Oermont, où l'on vit une si magnifique explo-
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sion de l'enthousiasme chrétien , se rendit à Tours pour enrôler de nouveaux soldats sous la bannière de la croix. A ses» prédications entraînantes, les rives de la Loin! reteutii>ent au loin du nobk' cri : Dieu le veull Âu miiUeu du xif siècle, le pape Alexandre 111 fit à Touis un séjour si prolongé» à la suite de la célébration d'un condle célèbre» que plusieurs écrivains donnèrent à notre ville la qualification de ieeonde Rme*
Saint Galien ou Gratien annonce le premier la parole évangélicjue aux Tirronvs. Quoique expost' ?i des obstacles de tout genre, son zèle néanmoins porta des fruits abondants. A toutes ses gloii'es l'Église de Tours devait ajouter celle de la persécution ! Pour se soustraire à la haine intolérable des gentils» saint Catien se retira dans des grottes obscures» au nord de la Loire et de Cœsaroéumtm, à l'endroit où plus tard s'éleva l'illustre monastère de Marmoutiers. Suivant la tradition, il y creusa de ses propres mains une crypte qu'il dédia à la sainte Vierge. Tel fut l iiumbic berceau de i'Égliise de Tma?..
Saint Lidoire, appelé sur le siège épiscopal de Toui-s au moment oh le monde chrétien commençait à re.s'iiii'er sous la protection du premier empereur converti à la religion de Jésus-Christ» consacra une église dans l'intérieur de la cité. La basilique primitive fut bâtie sur l'emplacement de la maison d'un sénateur, an témoignage de saint Grégoire. Elle fut coniiacréc par jjoinl Martin, .sous l'invoi-alion de saint Maurice et de ses compagnons, martyrs; eu ou9, elle fut détruite par un horrible incendie qui consuma la plus grande partie de la ville , sous le pontificat de saint Euplirùnc. Le désastre eut des suites si funestes» que l'église épiscopale ne put être relevée de ses ruines que par saint Grégoire, élu évèqueen $73. La seconde cathédrale, édifiée avec toute la
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magnificence à laquelle pouvait atteindre l'architecture chrétienne à cet âge de barbarie, de troubles et de guerres, décorée de mosaïques et de peintures à fresque, fut consacrée en 590. Saint Gr^oire nous a laissé seulement quelques lignes sur le monument élevé par ses soins, tandis qu'ils plait à donner d'amples détails sur les églises Mties par saint Namalius, évéque de Ûennont , et par Agricole, évèque de Ghàlons. Cette cathédrale subsista cinq cent quatre-vingtquatre ans, c est-à-dire jusqu'en 1166, (ju'elle devint la proie des flammes, à la suite de querelles entre Louis VII, roi de France, et Henri II, i-oi d'Angleterre. Les deux monarques ne pouvant aller en Palestine, selon la dévotiqn du temps, voulaient au moins contribuer par des secours en argent à la détivrance des saints lieux ; les sommes recueillies dans les deux royaumes furent mises en dépôt à la cathédrale Saint-Maurice de Tours. En sa qualité de métropolitain, l'archevêque Joscion prétendit au droit de faire transporter en terre sainte, par ses commissaires privés, tous les deniers liéposés dans son église. Telle fut la cause des discordes. Henri s'oppc»sa aux prétentions de l'archevêque ; Louis les soutint. Le roi d'Ângleten-e était trop fier et trop fort pour céder; on en yint donc aux mains. La ville de Tours fut victime des fureurs de la guerre ; les flammes la détruisirent en partie, et n'épargnèrent pas la cathédrale.
Quelques parties peu importantes, mais bien caractérisées, échappèreat au feu de Tin» nulie, et sont arrivt'ies jusqu'à niius. Nous ne croyons pas pouvoir les rapporter à la baiôlique de saint Grégoire ; elles annoncent le xii* siècle , et appartenaient probablement à des constructions entreprises pour souteuir ou pour agrandir la vieille église du vi* si^e, et dues au zèle du vénérable Hildebert de Lavaidin, aivhevéque de Tours de 1 125 à i 134. Ces restes se rencontrent à
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la base des touis, et sont îasaks à distinguer à leur physionomie romano-byzantine.
Joscion résolut de rebâtir son église sur un phin pins gi andiose. et en rapport avec la haute dignité de métropole des provinces les plus riches et les plus importautes. Les sommes échappées aux flammes furent ses premières ressources. Les offrandes des fidàles, ne pouvant servir à leur destination première, furent ainsi employées à la gloire de Dieu. Cétait dans ces temps fertiles en grands projets où tous les arts prenaient d'admirables développements ; et, en fait d'arts religieux , il n'en est aucun qui n'ait eu son épanouissement ou au moins sa racine dans celle prodigieuse période du moyen %e. L'architecture avait pris une direction nouvelle. Joscion, entraîné par Timpulsion qui emportait les esprits vers des voies extraordinaires , jeta les fondements de la nouvelle ^lise métropolitaine, selon les principes de Tarchîtecture ogivale qui commençait à prendre son essor. En considérant le plan général de cet édifice , on est frappé de l'heureux accord cjui règne entre les diverses parties, de rharmonic qui en réunit tous les nu'mlm'.s (j.ins de justes proportions, et i on est forcé d'admettre qu'il fut l'œuvre d^un architecte très-habile. Malheureusement l'histoire ne nous a pas transmis son nom. Il faisait sans doute partie de ces corporations dVtistes d'élite qui sillonnaient l'Europe en tous sens, offrant le secours de leur science et de leurs bras aux évoques et aux seigneurs qui entreprenaient de grandes ciaistructions. Enti^remenl voués à l'œuvre saïule, ces hommes ignorés de la postérité, inunu.s 'le Dieu seul, nous ont laissé des chefs-d'œuvre qui n'imniortali seront aucun nom particulier, maïs qui feront à jamais la gloire de l'esprit chrétien.
La prendère pierre de la cathédrale actuelle fut posée
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en 1170; les travaux furent commencés avec ardeur et poussés avec tm zèle qui tenait de Tenthousiasme. Dans ces
âges de foi vive, le travail de la cathédrale était regardé comiiie un travail sacré; charnu y consarrail ses efforts et son dévoueineiit. Mais, quelque leuips après, rciiiprtssi niont se refroidit, l'œuvre demeura suspendue, et dans la suite ne se continua qu'avec la plus déplorable lenteur; on y travaillait encore en 1 547. De là ce proverbe populaire dans nos contrées : Cesi interminable, c'est l'œuvre de Saint- Mauriee,
La cathédrale de Tours conserva le vocable de Saint- Maurice jusque vers le milieu du xni* siècle; alors elle s'appela ludistiucteuicut de son premier nom ou de relui de Saint-Gatien; celui ci a prévalu depuis l'érecUon, par les chanoines, de la confrérie de Saint-Gatien, qui en acheva les dernières constructions.
Pendant la première moitié du xin* siècle, on éleva la plus belle portion de l'église, c'estpà-direles quinze chapelles du rond-point , le chœur, le transsept et la nef, jusqu'à la secondf; travi'e inclusivement. Ces parties furent terminées sous l'épiscopat de Vincent de Pirmil. En 1400, les deux portails de la croisée aniveal à leur perfection. Ën 1377, un clocher en bois fut élevé au-dessus de l'entrecroisement de la nef et du transsept; il fut frappé de la foudre le 25 mai 1425, jour de la fête de saint Urbain.
En continuant de rechercher les dates des différentes parties du monument, nous trouvons qu'en 1426, le jour anniversaire de la lète de saint iTbain et de l'incendie du clocher en bois, le chapitre ordonne la continuation des deux tours du portail, qui déjà s'élevaient de dix mètres environ au-dessus du sol. Enfin , en 1430, l'achèvement de toute l'église est décidé. On entreprend la construction de la nef.
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des latéraux et des chapelles» depuis le deuxième pilier jusqu^au frontispice. Les travaux sont activés par la générosité de larchevèque Cofitquis, qui donne quatre cents écus d*or» par Tabandon d*une forêt que fait le chapitre, et par le sèle empressé des membres de la confrérie établie en rhonneur de monseigneur saincl Gatien. Guillaume le Roux, charpentier, reroil c in(| cents livres pour lacoiisIruLtiuii de la char})enfe des L;raiiJji coinbles. Tant de (lévouement devait amener de prompts résultats : la grande façade fut achevée en 1440. EnGn les deux tours recurent leur dernier couronnement, la première en 1507, et la seconde en 1547.
L*intériettr de la cathédrale de Tours, par ses dimensions bien proportionnées, la hardiesse de ses voûtes, le nombre et la délicatesse de ses colotuies, rordonnance pittoresque tlt s travées, les ouvertures des innomltialiles lenétres, pioiluil un effet saisissant. Ce monument ne peut le disputer en étendue aux églises de Reims, d'Amiens, de Paris, de Chartres ou de Bourges, mais il peut soutenir la comparaiton 8*il s*agit de la pureté du style, de Télégance des formes,, de la variété et de la perfection de romemenf ation architecturale. La construction est d'une légèreté à peu près sans exemple : la grande façade découpée à jour, depuis le pavé jusqu'à la voûte, se dessine dans le lointain comme un immense réseau de dentelle en pieri'e ornée des mille couleur changeantes des vitraux peints ; les murailles , percées de larges fenêtres, forment une enceinte vraiment fantastique. Ajoutes à cela les grandes verrières historiques qui étinceilent autour du chœur, rayonnent dans les roses, brillent dans les chapelles absidales et jusque dans les galeries au-dessus du premier ordre de colonnes, cl vous concevrez l'impression (jiic l'on éprouve en contemplant tant de beautés réunies. Combien de fois, lorsque le soleil faisait
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scintiller les vitraux comme un amas do pieiTes précieuses, lorsque ses rayons répandaient dans les nefs et sur les voûtes ce mélange inexprimable d'ombres et de lumière , n'ai- je pas senti au dedans de moî>mème ces émotions douces et fortes à la fois qui reportent naturellement an souvenir des cieux! Il faut s'agenouiller au pied de l'autel , dans le calme du cœur et de l'intelligence, pour comprendre nos églises gothiques !
La cathédrale de Touis, dont le plan est en forme de croix latine, s'étend sur une longueur de cent mètres et sur une largeur de trente mètres; la longueur de la croisée est de quarante-six mètres , et la hauteurdas grandes voûtes, de vingt-huit mètres.
îl existe peu de cathédrales (pii puissent offrir une abside et un chieur aussi complets que ceux de Saint-Galien de Tours; e'est un tout dont les proportions sont hahilement talcu]é«'s pour faire valoir toutes les parties les unes par les autres, sans nuire en aucune façon à Teffet total. Les colonnes groupées sont surmontées de chapiteaux à feuillages; les colonnettes qui s'élancent jusqu aux nervures des voûtes sontd'une finesse étonnante; les arcades du rond-point, légèrement surélevées, communiquent au chevet un élancement qui captive; les galeries à jour, coiiipos<'es de trètles .su[)erposés ou des formes rayonnantes des quatre- feuilles et des rosaces, environnent le chœur d'une ceinture éblouissante ; les grandes fenêtres, encore garnies de leurs vitraux du xiii* siècle, à mosaïques et à légendes, complètent cette merveilleuse décoration. Au-dessus s^étendent des voûtes d'une construction savante, avec leurs nervures toriques et leurs clefs sculptées : elles forment un riche pavillon au-dessus du matire- , autel; partout le trait distinctif est la pureté, la symétrie, la grùce,.i' unité. Aucune altération n'est venue déparer l'ordon-
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nance première, et, plus privilégiée en cela que beaucoup d'auUes églises, la cathédrale de Tours n'a pas vu son chœur déshonoré par de lourdes constructions : la perspective des nefs déambulatoires n'a pas été interrompue, les travées n'ont pas été obstruées, le sanctuaire n*a jamais été défiguré. Puisque la véritable beauté d'un édifice ne consiste ni dans la masse, ni dans l'immensité de l'étendue i mais dans un heureux ensemble de qualités qui ra\issent au premier aspect, nous rangeons la partie supérieure de la cathédrale de Tours à coté des œuvres les plus irréprochables de la période ogivale entière. Dans les monuments gothiques les plus somptueux , et nous avons visité les plus célèbres, nous n'avons lien rencontré de plus achevé. .
Les diapelles absidales sont disposées régullèfement autour du chevet. Dans le symbolisme des constructions religieuses , nous avons toujours admis Temblènie des chapelles rayonnantes: c'est la couronne glorieuse qui ceint la tète du Sauveur du monde. Le grand autel, où s'offre chaque jour le divin sacrifice, représente cette téte auguste , dont la nef et les transsepts rappellent le corps et les bras étendus. Pourquoi ne trouverions-nous pas une conséquence de cette idée dans l'inclinaison du plant On a contesté cette intention; c*e8t à tort, selon nous; ces paroles de l'Évangélisfe: Et inclinai 0 capite, Iradidil spindtm, auraient été traduites pieusement par des artistes qui introduisaient dans leurs œuvres une fouie d'allusions mystiques dont aujourd'hui nous avons peine à découvrir la signification. La déviation de l'axe longitudinal de l'édifice est sensible à Saint-Gatien de Tours. Ces réflexions en font naître une auU!e : pourquoi la figure du Christ ne se trouve-t-elle jamais isolément et très-apparente au fond de TahsideT Gela tient à une considération toute naturelle pour les esprits pénétrés des senti-
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mente de la foi. La ressemblaTire et la ^gore ne devaient
pas se rencontrer l.\ on se trouvait la réalil^^, Jésus-Christ ilaignant (Icsct^iidie ( haffiic |«>iir, par un prodige d'amour, sur nos autels à la voix du prôtre.
Le transscpt produit beaucoup d'effet par la forme rayonnante des fenêtres et surtout par l'éclat des deux rosaces qui brillent aux extrémités. Au-dessus de Tautel dédié à saint Martin, la grande rose, légèrement appuyée snrune magniBque galerie à jour, doit être comptée parmi les plus extraordinaires cr(''ations de ce genre. Les réseaux qui représenleut les |i('talt s do la belle fleur gothique, sont conduits avec tant de délicatesse, réunis avec tant de L^iût, entrelacés avec tant d'art, vitrés avec tant de luxe, qu'on s'extasie on les considérant attentivement. Les roses du. transsept de Touis, ornées de leurs verrières parfaitement conservées, fraîches comme au commencement du nw* siècle, où elles furent terminées, sont Tobjet de la juste admiration de tous les amis de l'arcliitecture chrétienne.
La grande nef, a( i onijiatrnée de ses latéraux et de chapelles, date du xV sièt;le et eu porte tous les earactères archi tectoniques. Les colonnes, cantonnées en croix autour d'un pilier cylindrique, conservent les mêmes proportions qu'au chœur et au transsept, mais les chapiteaux sont remplacés par de simples guirlandes de feuillage. Ce couronnement n'est pas dépourvu d'élégance, mais pourtant il est loin de remplacer la rii he corbeille de feuillages adoptée aux siècles précédents. Les galeries et les fenêtres se dilatent pour recevoir K s innombrables compartiments du style ogival llamboyant. Les meneaux, raccourcis, angulaires, se contournent sans effort pour prendre les formes les plus ca^pdcieuses : ce sont des flammes allongées, des cœurs arrondis , la vesica pUeU, des fleurs de lis et toutes ces fantaisies
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bnllantes que les artistes du temps savaient si bien expnmer en pierre. Les voûtes, appuyées sur des arceaux prismatiqueSy soDt embellies de de£s finement sculptées, portant les amunnes de saint liaunee, des papes et des archevêques bienfaiteurs de Toeuvre. On a reproché à la nef principale d'être trop étroite, par rapport au corp?. ^ciiéial de lYîdiiite. Ce défaut, si toutefois c'en esl un, résultai sans aucun doute du plan primitif, contribue à donner à cette partie une élévation étonnante. L'œil suit avec surprise rélancement des colonnettes, qui montent à la voûte en gerbes délicates et serrées. Toutes les parties architecturales» dans le système gothique, tendent à prendre la direction perpendiculaire; elles reçoivent ici cette direction d'une manière plus seusible encore.
Le vaisseau de la cathédrale est complété par l'entrée des portails , qui est très-omée à l'intérieur. Les arcades sont entourées de festons, de fleurs, de guirlandes, de sculptures d'un travail varié. La galerie est aussi admirable sous le rapport architectural que sous celui des vitraux représentant des personnages en pied, revêtus de manteaux armoriés. M. Lambron de Lignim, très -versé dans la science héraldique, y a découvert les divei-ses alliances de l'illastre famille de Laval -iMontmorency. Toute cette muraille est transparente; une superbe rose flamboyante la domine. A l'exception de la cathédrale de Reims, aucune église en France ne possède un portail intérieur aussi pompeusement orné.
Aux beautés de Farchitecture et de la sculpture, la catliédrale de Tours joint la décoration des vitraux peints. Le XIII* siècle y a laissé des verrières à légendes comparables à tdut l e (jui existe de plus renommé dans ce genre. Le xiv% le XV' et le xvi' siècle y ont également exécuté des œuvi'es de mérite.
L'extérieur de la cathédrale de Tours répond à l'inlérieur : c'est, en eftet, même harmonie dans les lignes, même symétrie dans la disposition des masses, môme élégance dans les détails. Vue de rextrémité de la place Giégoire-de-Tours, Fabside se présente avecheauconp de dignité. Les Gontre-forts, les arcs -boutants, les galeries se groupent et se dessinent dans une perspective ravissante. C'est la force et la majesté uiin il la grâce et à la délicatesse, c'est un corps robuste dont les mâles proportions sont relevées encojv par des membres souples et déliés. La science avancée montre les préfautions les plus ingénieuses : la solidité n*a jamais été sacrifiée à de simples motifs d'oinemenfatiou.
Le temps, moins encore qu*un vandalisme aveugle, a laissé sur les vieux murs de la cathédrale des traces de son passage. Les pointes pyramidales de la plupart des clochetons ont été détruites dans le couvant du siècle dernier; d'antres parties ont été mutilées. L'inaltérable solidité des matériaux semblait délier l'attaque des siècles, et il a fallu que la main de l'ignorance et de la brutalité vint s'y poser lourdement pour broyer sculptures et omements de toute espèce. Les niches des portails sont vides de leurs statues de saints; les bas-reliefs ont été dégradés; on a mis un soin barbare à faire disparaître ces admirables productions de la statuaire chrétienne. Honte à ces lionuues qui nVmt rien su respecter ni dans l'ordre religieux , ni dans Toi dre moral !
La façade de la cathédrale de Tours est complète, et sous ce rapport elle peut disputer la prééminence même aux plus grandes églises gothiques. Si Ton préfère s'attacher à la magnificence des omements» à la profusion des sculptures, sous ce rapport elle ne craindra , pour ainsi dire , nulle comparaison. Si l'on aime mieux considérer la grAce, la délicatesse, la pureté, la noblesse, elle a des droits sinon à une
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supériorité absolue, du moins à un rang élevé parmi les plus vantées des façades gothiques. Les voussures des trois
portails sont chargées de mille ciselures fines et variées : guirlandes, couronnes, feuilles épanouies, fli uions, rf»saces, dais, aiguilles, pinacles, toutes les ricliesses de l'art du xvi* siècle y sont étalées avec un luxe inouï. Joignons à cette merveilleuse orfèvrerie eu pierre, s*il est permis de parler ainsi, de beaux frontons pyramidaux , évidés à jour, avec un art plein d^adresse, chargés de grosses feuOles grimpantes et surmontés d'une croix festonnée; ajoutons encore pliisieui-s p.ilerit's lt^lr^res, quatre contre-forts couverts de paiiiif aux v\ ilu ciosseij végétales, la grande rose du milieu, et nous compléterons l'esquisse de cet incomparable tableau.
Au point oii la plupart des tours ogivales sont terminées, reposent deux pyramides, tronquées à leur extrémité et couronnées par une coupole hémisphérique. De la base au sommet, elles sont revêtues des ornements les plus nombreux ; la tète porte tous les caraclères de l'ai^chitecture de la renaissance. Nous ne pouvons pas nous dispenser, en finissant cette notice , de citer une parole de Henri IV, parce que les mots sortis de la bouche du bon roi ont eu partout une réputation populaire. En considérant les deux tours et la façade qui venaient d*ètre achevées, il s*écna plein d*euthousia8nie : Vo&à deux beaux bijoux, il n'y man([ue plus que des éerins.
Des travaux de restaurât itm très-importants ont été exécutés daiLs le cours des dernières années, sous la direction de l'architecte M. G. Guérin; et s'il nous est permis d'augurer de l'avenir par le présent , les amis des arts pourront un jour contempler notre belle cathédrale dans sa beauté première.