BAÏONNE
Vexiénem de la cathédrale de Bayonne est extrêmement simple. L œil est frappé de la lourdeur des masses, qui n'est dissimulée par aucun artifice de construrtion. façade du côté de Févêché n'a jamais été teruunée. L'entrée latérale , sur la place publique , est pi'écédéc d'un narthex élevé de phisieufs degrés pour atteindre au niveau du parvis. C'est une espèce de dais <m de pavillon, soutenu sur des arcs en ogive y qui viennent s'appuyer sur deux pilasties chargés de niches d'une exécution délicate.
!.e cloître qui accompagne cette cathédrale est fort remarquable. 11 est analoene h ceux d'Arles et d'Elne, mais il présente des particularités propres à intéresser les antiquaires. Un acddenl avait fait craindre pendant quelques instants pour sa solidité. Sur les dessins du colonel Gleiies et sous son habile direction, des travaux de consolidation et de restauration ont assuré pour longtemps la possession de ce précieux monument à l'étude et à l'admiration des amis de i'arcMtecture religieuse et nationale.
NOTRE-DAME
DE CHARTRES
L'étude attentive Je^ cathédrales élevées au moyen âge est bien propre a exalter Tesprit et Le seiiliiiient religieux. Elle révèle un si noble enthousiasme, un si pur dévouement, que la froide indiirérence de notre siède en est vivement émue. La société actuelle a peine à comprendre les œuvres de la foi, parce qu'elle possède seulement quelques pâles étincelles de ce feu sacré qui embrasait autrefois tous les cœurs. Un égoïsme glacial semble avoir tari la source des grandes peiist es et di s belles ai llons, j (vpendaiit le spectacle des iuHiiortels travaux de générations mieux inspirées produit une vive impression dont on ne peut se défendre, notre nature applaudit instinctivement à tout ce qui dépasse la mesure ordinaire des forces humaines.
Quand on voit pour la première fois k cathédrale de Chartres , on est frappé d*étonnement, tant il y règne de majesté, de gréiiideur et d'inspiration chrétienne. On y reconnaît la maison de Dieu, et Tœil y est ébloui, comme par une apparition des merveilles célestes. 11 y a dans cette basiliqtie noircie par les siècles, si jeune encore de grâce, si pleine de poésie, un concours de beautés qu'il est impossible à la parole humaine d'exprimer convenablement* Le langage humain est obligé de procéder en décomposant, afin de
CHARTRES
peindre sncoeanvemdDt les pensées de Pesprit : il a^ten cela comme Vanatomiste qui scrote, le scalpel à la main, les organes dn corps; il réussira sans doute à décrire exactement toutes les formes soumises à son eiamen : mais qui donnera
le mouvement et la vie à ces membres glac^? Qui découvrira, dans un monument, la mens dwimor (£ui y réside comme en son tabernacle?
Une réflexion se présente natureUemeui à notre espht, eu contemplant Notre-Dame deChartres : presque tous nos grands monuments de style ogival sont dédiés à la bienheureuse Vierge. Nommons seulement les cathédrales d'Amiens, de Reims, de Paris, de Rouen, de Strësbourg, de Bayeux et de Coutances. 11 y avait, à l'époque où ce style florissait, un amour inépuisable dans tous les cŒurs pour la glorieuse Mère de Dieu , la divine patronne des âmes pures , la consolatrice des affligés, la reine des élus! Les sentiments des populations catholiques se traduisaien t en monuments élevés à son honneur, comme témoignage de reconnaissance pour des hien^ faits obtenus, comme prières afin d*en obtenir de nouveaux. Nous éprouvons une vive satisfaction h consigner id, comme nous l'avons fait plusieurs fois dans le cours de cet ouvrage, les marques de la profonde vénération et de Tenlière confiance que les chrétiens ont toujours manifeslée envers la très-douce et immaculée Vierge Marie. Les honmiages que nous lui rendons de nos jonrs sont donc une tradition de famille, que les âmes bien nées se font un devoir et un bon^ henr de continua.
Avant de commencer Vbistoire des diverses constnictions de la cathédrale de Chartres j nous ne pouvons nous dispeiist'i de faire connaître un fait très -intéressant, qui s'est renouvelé souvent plus tard, mais qui s'est accompli en premier lieu à Chartres. Nous y trouvons un exemple de ce zèle
9» ( ATUÈDRALfS !»£ FRANCE.
Rident qui animait les cœun fidèles, quand il s'agissait de la construction d'un édifice chrétien. Ces détaib sont empruntés à une lettre écrite , en 1 1 45 , aux religieux de Tain
baye de Tuttebery, en Angleterre , par Haimon , abbé de SSaint-Pierre-snr-Dive, en Normandie. Celte lettre curieuse a été iiLseit-e dans les Annales bénédicUnes , traduite, il y a quelques années, par M. Richome , et publiée dans les mé* moires des antiquaires de Normandie ' .
tf C'est un prodige inouï, dit-il, que de voir des hommes puissants^ fiers de leur naissance et de leura richesses, accoutumés à une rie molle et voluptueuse , s'attacher à un char avec des traits et voiturer les pierres , la chaux , le bois , et tous les matériaux nécessaires à la construction de l'édifice sacré. Quelquefois mille personnes, hommes et femmes, sont atteîi^es au même char, tant la charge est considéraljle, et cependant il règne un si grand silence, qu'on n'entend pas le moindre murmure. Quand on s'arrête dans les chemins, on parle, mais seulement de ses péchés dont on fait confession avec des larmes et des prières; alors les prêtres engagent à étoutltr les haines, à remettre les detles, etc. etc. S'il se trouve queli|u'iiu assez, i iiJui li pour ne pas vouloir pard<»nner à ses ennemis, et refuser de se soumettre à ces pieuse.s exhoi"tations , aussitôt il est détaché du char et chassé de la sainte compagnie.
« Haimon rapporte ensuite que ces travaux s^entreprenaient principalement durant la belle saison; que la nuit on allumait des cierges sur les chariots, autour de l'église
en construction, et qu'on veillait en chantant des hymnes et des cantiques.
1 .M. de Caumoui l'a cilée dans ta quatrième partie de son Court ^AnH^ fHltf» «MMiMMiitiito; nous en «von» cité nous-mtme quelques fkvgmenlt dans notre volume sur l'areliiologie chrétienne^
CHARTRES
« Enfin il nous apprend» et ceci mérite d'être noté, que ce pieux usage de se réunir pour travailler à la constroc^ tioB des églises, ayant pris naissance à Chartres, se oon-* tinnapoor une foule d'autres églises, mrUmt danuk» Seux cA Fcn ^evaii de$ teny)les tous Fm^oeaUon de la sakUe Vierge. * *
On frouve aussi dans ime lettre de Hugues, archevêque de Rouen, écrite Thierry, évèque d'Amiens, en H 45, des détails sur ces grandes réunions d'ouvriers bénévoles, qui faisaient vœu de travailler à Tœuvre des cathédrales, en esprit de pénitenoe et de mortification. « Les habitants de Chartres, dit l'archevêque de Rouen, ont concouru à la construction de leur église en charriant des matériaux; Notre-Seignenr a récompensé leur humble zèle par des miracles qui ont excité les Normands h imiter la pi«ît(5 de leurs voisins. Nos diocésains, ayant donc reçu notre bénédiction, se sont transportés à Chartres, où ils ont accompli leur vœu. Depuis lors, les fidèles de notre diocèse et des autres contrées voisines ont formé des associations dans un but semblable; ils n^admettent personne dans leur compagnie, à moins qu'il ne se soit confessé, qu'il n'ait renoncé aux ani-r mosités et aux vengeances et ne se soit réconcilié avec ses ennemis. Cela fait, ils élisent un chef sous la conduite duquel ils tirent leurs chariots en silence et avec humilité '. >»
C'était donc par ces admirables moyens que nos grandes églises s'élevaient vers le ciel : on peut bien dire qu'elles
(K dtliMM in no$trà virtut^m imuiaurit eonfirnmlia, pntrmà per Atfam ftri
Northnuinniam longé latéque convaïuil, ac loca per singula Matri intnriconfiff dkaia. prcfcipyà occujMVtf. (Annal. Bencdkt., tome VI, page 394.)
2 Le B(jeuf. remarques sur le lome \ f (! ^ Annales bént-dictinex de doin Slabillon , publié par doin Marlène i Mercure de France, ium 4 pa^ 1290.
aiHÊDRALES DE FRANCE.
sont l'œuvre des |M»pulafions chrétiennes. On peut ^itrove ajouter qu'elles sont la traduction en pierre, s'il est penuis de (Kirler ainsi, des pensées et des sentiments dont elles étaient imiTeneUement animées. Voyez ces basiliques <pii se liieiseiil ocumoe fiar enchantement ! La prière des génénlions catholiques monte au del avec les flèches élancées. La foi religieuse s'épanouit dans cettehelle floraison arehitecturalequi semble porter à Dieu l'espérance et le parfum de toutes les âmes!
Et pourtant, malgré cette ardeur des populations, la construcUon des monuments religieux durait quelquefois plusieurs Ages d'homme. Cela se conçoit. Gomme on avait M dans une religion immortelle, on croyait à. Tavenir et l'on ne se laissait pas tenter par le désir de jouir plus tôt , dans la crainte que Tœuvre ne fAt jamais terminée. On commençait toujours sur un vaste plan, et (piand les ressources de la contrée venaient à s'épuiser, on suspendait les travaux, et on léguait avec conûance aux générations futm^ le soia d'achever la maison de Dieu. La postérité recueillait avec amour le saint héritage, et les fils poursuivaient à peu près sur le même plan les travaux sacrés commencés par leurs pères.
Le christianisme fut annoncé pour la première fois, dans
le pays chartrain, par saint Savinicn et saint Potentien. qui furent en même temps les fondateurs de 1 »^gh>e métiupolitaine de Sens. Leur disciple, saint Aventin, est reconnu comme le premier évéque de Chartres. 11 fut cbaigé de gouverner les fidèles nouvellement convertis et d'augmenter le nombre des chrétiens dans cette contrée. Il hâtit Téglise épi> scopalevers la fin do iii* siècle. Cette basilique primitive s'é^ levait sur reniplatx'inent de la cathédrale actuelle. La persécution sévit à Chartres comme dans toutes les provinces du
CHARTRES
iraste empire lomain ; elle y fot terrible* Plosieuis chrétiens flcellèrent leur foi par l'effusion de leor sang, et le lien de
leors réunions fut entièrement détruit. Enfin la paix refleurit sous renipirt! de Constantin , et les chrétiens , jtrofitant de la protection que leur assurait la conversion de ce ^and prince , se hâtèrent de l'établir Téglise épiscopale. Ce secxMid édifice fut ruiné par le feu en 858 , quand les Normands pénétièfent à Chaiires y sous le prétexte d*y recevoir le baptême et dé -rendre les honneurs de la sépulture à Hasting, leur chef, qu'ils supposèrent mort. Ces hardis pirates ^ pour lesquels tous les moyens étaient légitimes quand il s'agissait de démolir et de piller, qui savaient également employer la fourberie et la ^'^olence, une fois introduits dans la ville, mirent tout à feu et à sang, sans que la cathédrale pût échapper à leurs fureurs sacrilèges. Cet incendie nous fait soupçonner que Féglise était oonstruite seulement en bois, ou du moins que cette matière y dominait, selon les procédés usités à cette époque dans Télification des monuments chrétiens , au témoignage de saint Grégoire de Tours.
L'église de Chai ires jouissait d'une tranquillité jjrofnnde, quand les fléaux de la guerre vinrent de nouveau répandre dans le pays le trouble et la contusion. Pendant la guerre que Thibault de Tricheur, comte de Chartres et de Ton-raine, soutint contre Richard, duc de Normandie, die devint la proie des flammes, en 973. Enfin , en 1020 , un moendie dont on ignore les causes et qu'on présume avoir été occasiomié par la foudre, embrasa rapidement presque toute la ville, et l'église épiscopale ne put écliapper à la calamité commune. Elle fui complètement réduite eu cendres, ce qui prouverait encore qu'elle avait été restaurée selon les principes de la construction première. Ce malheur arriva sous
l'épiscopat de Fulbert , que tous les historiens nous font
connaître comme un homme plein de vertus et de talents» entouré du respect et de la considération générale.
Ce saint prâat se livra arec tout le sële possible à la restauration de sa basilique. Il oonunença par s'imposer des sacrifices : pendant trois années conséoutiyes il donna tous ses revenus , ainsi que ceux de la mense capiiulaire. Chacun s'empressa cV imiter un si touclianl exeuiple : les rois de France , d'Angleterre , de Danemark , le comte Eudes de Chartres , Richard duc de Normandie , Guillaume duc d'Aquitaine et beaucoup d'autres seigneurs donnèrent généreusement pour aider à roauvre. Grâce à ces libéralités, des ressources considérables lurent assurées è Fulbert. Les bourgeois, les marchands, les artisans de la ville, enfin tous les habitants du pays charfrain et des lieux cirœnvoisins voulurent contriltut r suivant leui-s moyens à la construction du monument, les uns par leurs cotisations, les autres par leurs travaux manuels.
Gr&ce à de si puissants auxiliaires, l'évéque commença les travaux avec le plus vif empressement. Mais il jnourut en 1029, lorsque les travaux n'étaient pas encore tràs-avancés. Aussi devons-nous considérer comme une fable l'opinion des liisl«riens qui regardent la plus grande partie du monument actuel comme devant être rapportt^e au temps de cet évéque. Cette erreur se réfute d'elle-même quand on se «donne la peine de jeter un coup d'œil sur l'édifice , dont Tarchiteoture appartient évidemment à une époque postérieure, n n'y a que les cryptes ou groUes soiUerrmm , comme les appelait l'évéque Fulbert lui-même, qui puissent être attribuées aux travaux du xi* siècle. Les autres parties de l'église ne peuvent pas remonter au delà du xn' siècle et du xui^', puisque Tédifice fut détruit par un incendie en 1194.
CUARTRSS.
De nombrenses enmn ont été oonnmfles ému Tindication
des dates des parties les plus iniportaiites de la cathédrale de Chartres» et M. Gilbert , dans une notice assez développée sur ce monument, n'en est pas exempt. Si nous voulions donner exactement l'âge des membres de Téglise les plus considérables, nous cioinoiis pouvoir les fixer de la manière suivante. Au zn* sîède il faut attribuer le portail occidental a?ec ses statues et ses diverses moulures romane-byzantines» telles qu'on les exécutait dorant la phase fransitîonnelle. Au xia' siècle on doit rapporter les nefs presque tout entières, les admirables portiques latéraux , ainsi que le chœur et les transsepts. L'examen des parties exténeures vient confirmer le résultai de l'observation de l'édifice à Pintérieur, et fournirait de nouvelles preuves s'il pouvait rester le plus léger doute.
Après la dédicace solennelle qui fut faite en 1260, par Pierre de Bfaincy, soizante-seis^e évéque , où Top plaça l'église sous l'invocation de la sainte Vierge, à la demande du saint roi Louis IX , il restait encore beaucoup de détails terminer. La tour du nord ne fut achevée qu'à la fin du xv' siècle et au commencement du xvi*; les bas-reliefs et la gale* lie sculptée qui entourent le duBur ne datent anflai que ànjYf siède, et Ton pourrait enoor^ indiquer d'autres dates pour diverses parties de l'édifice qui portent le signe de restaurations faites à toutes les époques du style ogival.
DimeiiMons principales de la cathédrale de ( h u tres: longueur, cent vingt-huit mètres soixante-quatre centimètres; largeur, trente-trois mètres quaiaute-sept centimètres; hauteur sous voûte, trente-quatre mètres trente-cinq centimètres; longueur du transsept , soixante-trois mètres trente* sept centimètres ; bauteur du clocher vieux, cent cinq mètres vingt centimètres; hauteur du clocher neuf, cent treize
CATIIÉDBALKS DK FRANCK.
mètres soixante centimètres; largeur de la façade principale, trente-sept mètres cinquante centimètres.
Pendant toute la durée de la période archifeclonique ro-
mano- byzantine, on éleva généralement les étrlises sur des cryptes ou lieux soulenains , le pliLs souvent consacrés par (les souvenirs anciens ou par les prières des premiers néophytes. On a prétendu que les cryptes de Chartres avaient remplacé une grotte druidique dans laquelle les Celtes ren» daient un culte à la Vierge-Mère « qui devait enfanter le Sauveur du monde, sous ce titre : VirgM Pmituarœ. Éclairés par une lumière surnaturelle, ils attendaient le salut moral ' t liili Ht xlael de cette Vierge, dont parle en termes si adniii ablt s le prophète Isaïe. Quoi qu'il eu soit de cette tradition, les chrétiens du moyen âge eurent une dévotion singulière pour Notre-Dame de Chartres. La chapelle qui lui était dédiée dans les cryptes était entourée d'es>iio<o et d'autres signes de la piété reconnaissante. La confiance en la sainte Vierge a-4-elle jamais été vaine t Outre cette chapelle» plus somptuensement décorée que les autres , on en comptait treize diijposét s jLvsez ici^ulièrement dansîos parties latérales. C'est là qu'on trouvait le PuHa des Sdinb forts, ainsi uonuué parce que» au temps de la persécution» sous le gouverneur romain Quirîi^us, on y psédpita le corps d'un grand nombre de martyrs courageux. Dans un des c6tés, à droite» on trouve encore une cuve baptismale en pierre. Les cryptes de la cathédrale de Chartres portent clairement les caraotères des constructions du temps de Fulbert, et doivent être jilacées au nombre des travaux de ce genre les plus considérables et les plus curieux à étudier. Elles consistent eu deux longues nefs voûtées, auxquelles on peut descendre par cinq escaUers différents.
En pénétrant dans Tintérieur de ce temple , dit M. Gilbert ,
CHARTRES
du se livTL' nécessaire meut aux sensations que son aspect fiùi ualire. L'admiration y devient, pour ainsi dire, conlemplative, ei pénètre l'âme d'un pieux recueiUeaieDt. Sa vaste étendue, sa noble simplicité , la hauteur de ses voûtes, le jour mystérieux qui perce à travers les magnifiques vitraux peints ; -produisent un effet magique qui n'est pas sans charmes. La sévérité de style, observée tant à l'extérieur ([uh rintériear du vaisseau, ne lui a rien fait perdre de < olte hardi L'sse et de cette grâce qui distinguent si éminemment l'architecture gothique.
Cinquante-deux piliers isolés forment rordomiance pittoresque du ehoeurt de la nef , du transsept et des bas céiés, et trente-six massifs, liés par les murs qui en déterminent la circonférence» soutiennent l'édifice dans toute son étendue. Les piliers libres , cantonnés de quatre colonnes demi-engagées, sont surmontés de chapiteaux de forme variée. La végétation capricieuse des monuments de la fin du xii* siècle s'y fait encore distinguer au milieu des feuillages imités de la nature au commencement du xm*. L'art chrétien y a jeté, avec cette grÂce naïve qui forme un de ses mérites, des branches d'arbre coupées dans nos bois, avec ces mille fleurs cueillies dans nos champs. La flore murale du xm* siècle est peut-être moins variée que cullc du xiV; 'mais déjà cependant quel heureux choix des formes les pkis élégantes, quelle science dons leur disposition symétrique!
Les arcades en oi^^vc , à l'exception d^un petit nombn», sont très-bien dessinées et surmontées de gahsries. Les arcs, couronnés de trèfles, de quatre-feuilles et de rosaces, font comme une ceinture. Au-dessus du triforium s'ouvrent de larges et hautes fenêtres.
l^s verrières de la cathédrale de Chartres méritent ratlenlion des connaisseurs. Outre qu'elles sont parfaitement con-
CATUÉDRALES Dt tKANCE.
servéWi elles offireiit encore un mérite d'exécution et une série de tableaux qui les lendent plus inléfessantes. Ceat
une des plus belles œuvres du xrii* siècle. Nous n'y trouvons pas ce dessiu correct, ces formes pures, ces contours étudiés, ce jeu des clairs et des ombres, ces secrets de j i is[ ective qui décèlent le talent des artistes des âges postérieurs; mais nous y voyons un coloris vif, une mosaïque éblouissante, des tons opposés avec un art surprenant, un ensemble de couleurs étinoelantes qui frappent Tœil sans le blesser. De belles légendes se déroulent dans des scènes simples et naïves et parlent aux yeux , tant elles expriment naturellement le sujet qu elles représentent. Sans vouloir entreprendre l'énuméralion beaucoup trop longue de tous les traits historiqu es q u 'elles sont destinées à reproduire , nous dirons seulement qu'on y remarque de nombreux laits empruntés à l'bistolre sacrée de l'ancienne et de la nouvelle loi, dea saints, des patriarches, des prophètes, des apôtres, des martyrs, des pontifes, des évéques, des abbés, des moines, des princes, des princesses, des chevaliers, des emblèmes de corporations, de métiers, et^. En examinant ces curieux vitraux uniquement au point de vue de l'histoire et de l'archéologie , on y trouvetoit des renseignements du plus haut intérêt. Ce travail s'exécute dans la grande monographie entreprise sous la direcâon du Comité historique des arts et monuments; nous posséderons enfin une explication exacte, sons tous les rapports , de ce brillant chef-d'œuvre.
Les trois roses de la cathédrale de Chartres sont aussi i-emarqualiles par leur structure que par leurs vitraux. Les meneaux en pierre sont disposés liabilement. La rose du grand portail conserve la simplicité des formes rayonnantes primitives , tandis que celles du transi^t sont composées de meneaux plus savamment découpée. On voit dans la rose
CUAaiRES. M
Mptenirionale la aiinte Vierge debout, tenant «m Ris entre
ses iti.is; elle est environnée des figures des douze lois de l'iViicjeii Testament, des douze petits prophètes et dos douze bannières de France, distribuées dans les divers compartiments. La rose du portail méridional offre la figure de iésus- Ghiist donnant sa bénédiction. On trouve dans les oompaiv timents qui VenTironneat les quatre animaux symboliques , les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse» des anges» et les douze bannières aux armes de Dreux.
La nef |)riucipa!e est construilc dans de vastes proportions : elle est accompagnée de bas côtés, sans chapelles collatérales ; c'est le plan du xni*" siècle daiiy toute sa gravité. Une seule chapelle a été construite, en 1413, entre les piliers de la cinquième travée à droite, pour accomplir un vœu fait & la Vi^ge par Lods» comte de Vendôme, dont elle porte le nom.
Autour du chevet rayonnent sept chapelles absidalcs , dont Ja [ l is 1 1 mai'quable, située au centre, est dédiée à la sainte Vierge.
La clôture du chœur est enrichie d'une curieuse suite de bas-reliefs dans le genre de ceux qui ornent la clôture du chœur d'Amiens. Ce travail fut commencé en 1514, sur les dessins de Jean Texier, dit communément Jean de Beauee* Il est aussi digne de fixer l'attention par sa disposition générale que par la multitude et la délicatesse des omen^ents. Le xvi* siède avait perdu la première qualité du style, qui est la simplicité, mais il a son caractère spécial dans l'abondance et la perfection des ornements. Les d^ius les plus • • •
capricieux, les feuilles les plus finement découpées, les arcades, les frontons, les dentelles» les aiguilles, se pressent et s*anissent. Quarante groupes, composés de nombreuses statuettes, représentent les principaux traits de la vie de
( ATHËDIULbS hï, FKA.NCE.
Notre-Seîgnenr et de la sainte Vierge. Chaque trait d'histoire
est séparé par des pilastres décorés d^ane profusion d'arabesques et d'omemenis d'un excellent choix.
En sortant du monument , jetons un coup dVeil sur son extérieur. L'eflet général qu'il produit n'excite point d'abord dans rimagination un sentiment de vive surprise, mais ce degré d'inl&ét et de satisfaction calme qui naît de la sévérité des lignes, du grandiose des proportions et de la majesté de Tensemble. Construit à la fin du xn* siècle et an rommencemenf du xiii', il conserve la simplicité noble des premiers temps de Vart.
Lia façade principale est plus remarquable par ses proportions que par sa décoration. ËlLe montre de grands ma»sifey interrompus par des arcades ogivales et des arcs à plein cintre. Mais ce qui lui communique un mouvement extraoïv dinaire , m sont les deux tonrs'qui accompagnent les portails. Elles servent de base à deux flèches élancées, dont l'une est désignée sous le nom de clocher vieua-; l'autre, ruimuencee en ! 507 et terminée en ITit 4 , tonte couverte de festons et de dentelles, est connue de toute la France grâce à cet adage si répandu, qui dit qu'une ^lise parfaite devrait unir le chœur de Beanvais» la nef d'Amiens» le portail de Reims et la flèche de Chartres.
Si le portail occidental est peu orné , les portails latéraux ont reçu par compensation toutes les magnificences de la srulpfnre monumentale. Le portail septentrional surtout, précédé de son portique, fera toujours naître un sentiment d'enthousiasme dans Tàme de ceux qui auront le bonheur de le contempler. On y voit de grandes statues d*un style lai^y des statuettes d*nne expression charmante, des hasreliefe et des moulures variées. Cette ornementation est l'image de la nature, où tout respire au souffle de Dieu, où
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CHARTRES. 313
tolu les êtres étalent aa soleil les beautés qu'ils ont reçues du Créateur, sans qu'il en résulte trouble ou confusion, sans
que Vécht des uns nuise à la modestie des autres.
Nous terminerons cette Tiotioe sur la cathédrale de Chartres en rendant compte du tatal incendie qui a dévoré la magnifique chaipente de cette église et qui a failli déu-uire le monument entier. Le 4 juin 1836, le feu, attribué à la négligence de deux ouvriers plombiers occupés à réparer la toiture, se déclara avec une violence qiii annonça immédiatement les dégAts terribles qu'il allait occasionner. Il était six heures et demie du soir : au son lugubre du tocsin , toute la population se précipite sur le lieu du sinistre. Mais les efforts sont vains : on désespère de maîtriser Tincendie, et bientôt une pluie d'étincelles enflammées et^e gouttes de plomb fondu éloignent les travailleurs. Cependant, vers trois heures du matin et après une lutte obstinée , on était maître du feu. Ce fut alors seulement qu'on put juger de l'étendue du désastre. Les charpentes, qui par leur conslruclion et leur élégance faisaient l'objet de l'admiration des connaisseurs, avaient été entièrement consumées. C'était une perte irréparable. D'une extrémité de la France à l'autre, on s'émut à la nouvelle du malheur arrivé à Chartres. Gependapt l'édifice lui-même avait peu souffert, et les grandes verrières étaient intactes. Le gouvernement , dont nous louons la juste sollicitude pour la restaura lum de nos monuments chrétiens, donna immédiatement les moyens de répaier les ravages de l'incendie. Une charpente en fer a remplacé l'antique forêt, et si elle ne peut rivaliser en beauté avec celle qu'elle a remplacée, du moins elle est à Fabri d'accidents qui pourraient compromettre l'existence du monument lui-même.