BOURGES
sieurs caveaux isolés qui ont servi à la sépulture des archevêques , (les chanoines et de divers autres personnages. Ces cryptes ont été creusées sous l'intluence des lr<idilions ecclésiastiques; mais elles doivent peut-être leur vaste étendue à la nature du sol ei aux nécessités de la construction. Le terrain s'abaisse visiblement dn côté du sanctuaire, de sorte que les Yoùf es souterraines étaient indispensables pour éla* Llir Taire du chœur au niveau du pavé deîa nef. Cette disposition, impos('e jusqu'à un certain point par la nécessité, se; retrouve dans plusieure autres églises du centre de la France; le style des rryptes est semblable à celui des chapelles absidales, et nulle part on ne retrouve de traces du travail primitif; les auteurs qui ont prétendu y découvrir de beaux restes de rarchitectnre carlovingienne, ont conmiis une grave erreur.
Le chœur et l'abside de la cathédrale de Bourges pi'ésentent une perspective magnifique. Quand on entre pour la première fois dans cette majestueuse enceinte, on éprouve involontairement une émotion indéfinissable de respect et d*admiratioD. Les arcadesogivalesse développent avec gran deur et force, les colonnes s'élancent avec grâce, toutes les richesses de l'architecture y sont déployées.
Les nefs, au nombre de cinq, se déploient avec majesté et semblent divisées par une forint de i>iliers et de colonnes. L'aspect qu'elles présentent ne [)eut se comparer qu'à la perspective de la ( éliîljre cathédrale d'Anvers. Dansées deux monuments, la disposition générale du vaisseau et des bas côtés cSke la plus grande ressemUance : c'est la même immensilé, la même ordonnance, le même caractère religieux. A la vue de ces édifices gigantesques, on conçoit sans peine la puissance de la foi qui animait les populations ( atholiqnes du moyen âge; les facultés de râme, aussi bien que. les
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sens» sont "viireinent saisies eomme par une poésie subUme
ou une ravissante mélodie.
Une des gloires de Saint-Étirmu; de Bourges réside dans les vitraux qui ornent le plus grand nombre des fenêtres. On y Gomple cent qoatre-vingi-trois verrières peintes à différentes époques du moyen âge, mais pour la plupart au XIII* siècle. On y voit représentés des sujets emprantés à riiistoire biblique et an Nouveau Testament, des traits de la vie de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge , les figures des apôfres et de plusieurs saints évt^ciues. de longues légendes exprimées dans d'innombrables médaillons. La pureté du style se joint à rbannonie des couleurs dans ces œuvres, les • 0 plus précieuses que nous ait léguées le moyen âge entier \
L'eitérieur de la cathédrale de Bouiges ne répond pas entièrement à rintérieur. La façade principale ne présente pas l'aspect gracieux que nous admirons au frontispice de plusieurs cathédrales. Quelques parties peuvent être attribuées aux mi' et xiv' siècles; mais des additions nombreuses et des reconstructions ont eu lien postérieurement. La tour gauche, la plus élevée de l'église, a été commencée en 1508, et le travail en est assez caractérisé pour qu*on n'éprouve aucune hésitation à lui attribuer cette date. Les cinq voussures qui forment l'entrée des nefs eut l)eaucoup de noblesse. Toutes les uiciies étaient autrefois remplies de statues de saints , qui ont été détruites par les prolestants en 1502. lu grand nombre de bas-reUe£s ont échappé au marteau dévastateur. Depuis plusieurs années on s'occupe de grands travaux de restauration; il est à regretter qu'on n*ait pas été assez sévère dans le choix des matériaux et même dans la direction de l'œuvre.
^ On peut eonsiilu r mr lc<i vitraux de la cutliédnle de BouiKes le gnmd ouvrage des PP. ArUtur Martin el Cliarles Caliier.
Uigmzeu by L^OOgle
SAINT-PIERRE
DB TROTES
Le mouvemeDt aichiteciural du moyen âge n'a pas été moins prononcé ni moins piogiesôf en Champagne que dans les provinces de France les plus privilégiées. Nous avons ^usienrs fois déjà mentionné la perfection de Tart chrétien dans
la Noi'iaaiiJie , la Picardie, la Toiiraine, le Poitou, la Bourgogne, l'Auvergne et la Sainloiige; nous avons dc^ja payé un juste tribut d'admiration aux monuments de Reims et de Cbâ- Ions, sans oublier cette riche fleur gothique » éclose au milieu des champs, sous l'influence de Tamour et de la reconnaisaajice, et dédiée à Notre-Dame de TÉpine; il nous reste maintenant à décrire une basilique, Phonneur de la Champagne et du génie religieux. La cathédial< *le Troyes est un noble édifice, l'onienient d'une viUe riche en souvenirs historiques et en monuments de tous les âges, oîi l'église Saint- Urbain déploie des formes gothiques si pures , oh le jubé de réglise de la Madeleine, création brillante du conunencement de la renaissance , étale les merveilles de sa décoration.
La cathédrale de Troyes, jusqu'à ce jour, n*a peut-être pas été assez connue; il suffit cependaul de la voir pour en apprécier la grandeur. Nous ne faisons pas difficulté de la ranger parmi les cathédrales les plus vantées, et nous serions heureux si cette courte notice pouvait contribuer à lui faire
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prendre dans tons les esprits la place élevée rprelle mérite, en révélant toutes les qualités que sa constrnelion renferme.
La cathédrale de Troyes est mi nouvel exemple.de Tobscurité qui pèse sur l'origine des basiliques andennes : on ignore la date de sa fondation primitive. Suivant la tradition la plus accréditée, les premiers habitants de Troyes, que saint Sayinîen convertit à la foi chrétienne, élevèrent vers l'an 259 , sur l'emplacement occupé encore aujourd'hui dans la cathédrale, parla diapelle du Sauveur, un oratoire dans lequel ils se rassemblaient pour prier le vrai Dieu.
Vers 870, sous le règne de Charles le Chauve, Otulphe, trente-h'uitième évéque de Troyes, entreprit de rebâtir sa cathédrale, qui tombait en mine. Hincmar, archevêque do Reims , lui écrivit à ce sujet pour lui donner des conseils ; du reste , nous ne connaisrons rien de cette seconde basilique. Au IX' siècle, la ville de Troyes ne }tut se soustraire à un fléau plus terrible que ceux de la nature , les hordes normandes y apportèrent le ravage et la désolation. En 878 le pape Jean VIU sacrait un de nos souverains à Saint-Pierre de Troyes, et en 898 les Normands en avaient fait un triste monceau de ruines. L'évéque Milon, en 980, avait entièrement réparé les désastres précédents et avait même agrandi l'édifice élevé pai son prédéeesseur, et y avait ajouté six autels. Celle église avait à peine traversé deux siècles, lorsque le 25 juillet H 88, sous Tépiscopat de Manasses de Pougy, un horrible incendie consuma toute la ville de Troyes et réduisit en cendres la cathédrale et les antres monuments re^ ligieuz.
Cette catastrophe arrivait à un moment où l'Europe entière était dans Tagitalion des "guerres saintes : vingl années se passèrent sans qu'on pût rebâtir la cathédrale. Ce fut Hervé, évéque plein de zèle, qui conçut et arrêta les plans de réé-
TftOYE^.
dification. Une transfonnaiiob extraordinaire s'était opérée dans l'arl de bAtir, L'évéque Hervé, animé de Fespiil qui s'était alors emparé de tous les hommes émiueiils, se voua avec ardeur à l'œuvre de son église. Malgré son empressement et Tabondance des ressources, il n'eut pas la joie de voir son entreprise achevée. Lorsqu^îl mourut, le 2 juillet 1223, Tabside et les chapeUes qui Tenviionnent étaient à peine terminées.
En 1227, une violente tempête ébruiiia les nouvelles constructions et causa quelques dommages. La iibi-ialité des fidèles fut sollicitée par une lettre du pape Grégoire en date du 10 septembre 1229; la voix du souverain pontife était alors toute-puissante; elle fut entendue, et les roallieurs furent promptement réparés. L'évéque Nicolas de Brie profita de l'impulsion communiquée aux populations de son diocèse par la bulle papale , et de la longue durée de sou épiiicopat , pour faire avancer les travaux. Le pape Urbain IV, né à Troyes, contribua de toute l'autorité de sa hante position à rédificatîon de la cathédrale, « dans laquelle, dit -il en propres termes, nous sommes demeuré dès notre enfance. » Enfin le chœur fut entièrement terminé sous Jean d|Auxois , élu évéqueen 1304.
Le traussopt fut achevé sous les règnes de Philippe le Bel et de Loui.s Hulia, comme semblaient Tiadiquer plusieurs écussons armoriés « peints sur la voûte de l'intertransst^pt et qu'on y voyait encore avant le badigeonnage de l'église en 1770.
Des lenteurs interminables empêchaient le monument d'arriver à son entier perfectionnement, ei attristaient le
( lergé et les tidèles. L'évôque Jean d'Au.xuis, deuxième du nom , lit un don considéral)lc pour hâter l'exécution des travaux; le chapitre traita avec maître Tbimari, maçon, en
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1364 , pour conduire les «uvrages avec la plus grande célérité. Bientôt un accident vint encore mettre à l't'pn^uve la constance dos lialiitants (le Tmyes : le mercredi 13 août 1365, un toiirliillon Impétueux renversa le clocher qui existait depuis un demi-siècle au centre de la croisée. Cette chute causa un grand dommi^ aux combles du transsept et des parties voisines. Le courage des constructeurs sembla ranimé par les obstacles mêmes, et après plusieurs années d'un travail assidu, le î) juillet 1429, r%lise fut dédiée aux a pAtres saint Pierre et saint Paul, par l'évêquo Jean Léguisé. A cette époque , la cathédrale de Troyes n'était pas encore entièrement finie; ce ne fut qu'au mois de mars de Tannée qu'on jeta les fondements du portail et des tours. Martin Cambiche de Beauvais » nuiUre de maçaonerie, fut chargé de la direction de cette importante opération.
Ainsi, dans la cathédrale de Troyes, nous retrouvons le style ogival avec toutes ses modifications, depuis le xm* siècle, où il florissait dans toute sa pompe, jusqu'au milieu du xvi% 011 il s'épuisait en créant des ornements innombrables, déjà sous les influences de ce retour à Pimitation des formes propres, à Vantiquité.
Le plan de l'église de Troyes est à cinq nefs, avec transsept ci chapelles accessoires. Les dimeuijions du vaisseau, la hauteur des vorttes, Vélanrement de^ piliers, l'élendue des fenêtres, la richesse des rosaces, l'éclat des verrières peintes, les prodiges de la décoration, tout se réunit pour exalter le sentiment de l'admiration. Joignons à ces beautés la noblesse de la perspective, le pittoresque deFordonnance. la majesté deTabside avec ses ogives surélevées, ses galeries transparentes, ses vitraux étincelants, et nons donnerons une idée encore inexacte de l'impression profonde (jue nous avons éprouvée en visitant cette basilique vraiment royale.
tROYES.
La longueur totale dans œuvre est d'environ cent-vingt mètres, et la largeur, de quarante-huit mètres.
L'abside et le chœur de la cathédrale de Troyes appartiennent à eette époque du ziii* slède, où l'architecture prit un caractère simple et grandiose à la fois , qui atteste la supériorité des arcliilecles autant que le r^gne des véritables principes qui doivent toujours doniinei' dans les arts. Le chœur se compose de treize arcades, nombre déterminé peutêtre en l'honneur de Jésus-Christ et des douze apôtres, car tout était symbolique dans l'architecture religieuse au un* siëde. Les piliers sont flanqués de légères oolonnettes destinées à supporter les retombées des voûtes; autour de l'abside, ce sont de grandes colonnes monocylindriques qui soutiennent les ogives surélevées. Ces colonnes sont accompagnées de deux colonncttes disposées selon les lignes rayonnantes des nervures des voiMes , et qui ne sont réunies aux premières que par leurs bases et leurs chapiteaux. Sur res derniers s'élève un faisceau de trois cclonnettes appliquées qui soutiennent les voûtes du sanctuaire, et dont le fût, à la hauteur de trois à quatre mètres, est aussi interrompu par un chapiteau. Celui-ci n'est que le suppoi ta[>ptircnl d'un dais hexagonal découpé en ogives trilobées et présentant, sur chaque face , trois petits frontons ou couronnements d'édiilce avec des fenêtres carrées telles qu'on en remarque au-dessus de la tète des figures de saints, aux portaib des églises de Paris et d'Amiens. Avant 1792, on voyait encore huit statues de saints évèqaes de Troyes , plus grandes que nature, placées sous ces dais. 11 est vraiment fâcheux que ces statues n'aient pas échappé au marteau des iconoclastes; elles formaient une décoration tout à fait convenable, reliirîcuse, et qui rappelait le Saint des saints du tabernacle de Moïse, qui en avait peut-être inspiré la première idée*
Les chapiteaux des colonnes de la i»artie .sii[>L^rieure de l'église Saint- Pierre de Troyes sont composés de feuillages él^ants, disposés par bouquets» et en volutes lecoudiées» alternant arec des trèfles et avec des feuilles d^auties plantes indigènes. Les bases sont uniformes dans toute la partie ancienne de réglise , c*estrli-dire à Tabside, au chœur» au transsept et aux premiurs piliers de la nef; ce sont partout deux tores, dcïnt le supérieur, assez maigre, est creusé d'une rainure » puis une âcotie profonde qui le sépare du tore inférieur. Les angles sont ornés d^appendices en forme d'expansions végétales.
Les fenêtres au-dessus du triforium, dans le chœur» sont larges et divisées en quatre compartiments par des meneaux arrondis, fermés par an Inlobe et couronnés de trois rosat es à six feuilles disposées en triangle. Elles sont très-i einarquables par leur architecture , et plus encore par les magnifiques verrières qui les remplissent.
En étudiant la nef principale, achevée seulement dans le cours des xtv* , jlv* et xvi* siècles » on y découvre tons les cap raotères de ces trtiis périodes , o& la dégénérescence devient de plus LU plus sensible. La plupart des ,i:raiidcs lignes de la nef sont parfaitement rarrordées aver celh's du chœur; cependant, quand on examine minutieuseiueut loutes les travées» on ne tarde pas à se convaincre de Texistence de quelques fautes de goàt. Ainsi la deuxième arcade est beaucoup plus étroite que les autres, et il résulte de oe resserrement un défaut d'autant plus choquant que d'un côté Togive repose sur des chapiteaux , tandis que de l'autre ses profils s épanouissent sur le fût du gros pilier qui jiorte la tour. A part ces taclics, peu cousidérahles , la nei principale et ses collatéraux offrent un aspect solennel qui force promptement à les oublier.
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Les chapolles accessoires sont nombreuses et coiistruiles à des dates difllérentes. Celles qui rayonnent autour de Tabside sont admirables sons tous les rapports. Nous signalerons sur^ tout la chapelle du eheyet, dédiée à la sainte Vieige, et pleine d*élégancc ; les fenêtres qui T^Jairent sont élanoées et ornées de vitraux ; les colonnettes qui sont en saillie sur la muraille sont très-gracieuses et montent jusqu'à la voùle pour en recevoir les nervures. Les chapelles des collatéraux, moins développées que les précédentes , sont aussi beaucoup moins remarquables sous le rapport archilectonique. Elles ne datent que de la fin du XV* siècle et du commencement du xvi% et eOes en portent les caractères et les défauts.
Les vitraux de la cathédrale deTroyes, partout où ils souL conservés, méritent l'attenlion des amis de cette branche de l'art religieux. On en trouve de presque toutes les époques, depuis le zm* siècle , où Ton voit de longues légendes avec des bordures armoriées, jusqu'aux temps les plus modernes, oîi Ton voit quelques sujets traités avec un talent et un sentiment chrétiens qui rappellent les meiUeurs temps. Nous ne pouvons ici qu'indiquer leur mérite en général , sans pouvoir entrer dans des détails qui ne convieiiiienl qu'à une monographie, et qui s'écarlent du plan que nous avons adopté. Nous ne pouvons cependant passer sous silence une composition de 1625, qui représente Jésus-Christ sous le pressoir mystique. L'exécution est aussi belle que l'idée. Les ^ vitraux qui décorent les grandes roses méritent également d'être cités avec honneur : les couleurs en sont magnifiques, et les différents sujets qu'on y a représentés sont parfaitement en rapport avec le lieu qu'ils occupent.
Nous avons toujours considéré les roses gothiques comme le dief-d'ceuvre des architectes du moyen Age. Elles sont exécutées avec tant d'habileté, qu'il est impossible de les
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regarder avec iadifférence. Kes rosw de la cathédrale de Troyes sont formées de nombreux entre-croisements en pierre exécutés avec délicatesse. La rose Hamboyante du frontispice est surtout admirable.
Les diverses églises de Troyes possèdent un grand nombre de pierres tombales qui forment un pavé à la fois historique et monumental. Nulle part , pas même en Normandie, il n*en existe de pluscurieuses que celles que l'on voità Saint-Urbain et h la catliétlnile. Elles ont été posées à diverses époques, et elles se distinguent les unes des autres par une sculpture riche et variée , selon le go&t qui dominait au moment de leur exécution; leur conservation intéressé au plus haut point rhistoire des monuments funéraires aux différents âges de la monarchie française.
L'exir-rieur de la cathédrale de Troyes ne manque pas de giaudeur e( de richesse, quoiqu'il soii inférieur dans l'eiisemble à celui de plusieurs catliédrales. L'aspect de rabside est pittoresque , avec.ses arcs-boutants et ses contre-forts couronnés de clochetons pyramidaux. Les flancs, quoique obstrués en plusieurs endroits, sont ^lement remarquables par leup architecture noble et sévère. Nous avons hâte d'arriver à la farade principale, dont nous donnerons une esquisse plus détaillée. Le frontispice est divisé» à sa partie inférieure, en trois portiques à voussures profondes, séparés par des contre-forts solides* Userait impossible à la parole, quelque fadle qu'on la suppose, de décrire tontes les ciselures qui couvrent le portail de la base au sommet. Le crayon est luimême insuffisant pour rendre ces innombrables découpures, CCS mille fleurons ouvrag-és, ces dentelles, ces festims, ces guirlandes jelés d'une main prodigue sur toute la muraille; la décoration monumentale a ouvert ici tous ses trésors et les a épuisél»-
NOTRK-DAME
DE GLEKMONT
La cathédrale deClermont est ]*édîfîce ogival le plus grand et le plus rein;u'L[uable de TAuvergiic, ûîi le style gothique sciiililé avoir eu peine à se naturaliser. Elle fut ronslruite à une époque où Tari ogival était parvenu à créer un système complet; depuis l'ordonnance du plan jusqu'aux moindres détails d'ornementation, tout indique évidemment qu'une transformation s*était opérée que les développements en étaient arrivés à leur plus complète expression. « Le même esprit qin avait associé les volontés pour les merveilles des croisades, dit M. Thévenot, formula également son adiou sur les peuples par ces sublimes créalious artistiques. De toutes parts, à la voix de nombreux architectes, des «'issoclations d'ouvriers se formèrent, et souvent plusieurs générations s*écoulèrent avant de terminer ces gigantesques constructions. Alors la société entière était & Tœuvre; et l'esprit, en face du somnjeil dn corps social actuel, est effrayé du contraste de la force créatrice dont l'art religieux disposait au moyen âge pour opérer ces prodiges. »
Le monument de Clermont appartient, dans sa masse, à la première période de l'architecture gothique. 11 fut bâti sur les plans d'nn architecte dont Phistoire nous a conservé lenom, JoAamiés à CampU, Jeati Deschamps, contemporain
330 CATflÉDRALES DE FHANCE.
iVEudos de Monlieuil. Malliourcu.srmenl il est inarhnvé; toulefuis la hauteur des voûtes et les dimensions , qui ne le cèdâDt ni à Notre -Dame de Paris, ni à Téglise Saint-Denis, annoncent un édifice de premier rang.
Soit que Tancienne église de style byzantin menaçât raine, puisqu'elle datait du ix* siècle; soit quelque autre motif inconnu, Ihiguesde la Tour, dclamaison d'Auvergne, soixanledeuxit^ine évAque de Clormoni, avoit c(>uçu le projet de Mtir à la place une autre église dans le efiût dominant de Tépoque. Des acquisitions de termins fun ut faites pour faciliter les nouvelles constructions. La fondation eut lieu en 124S; mais le voyage d'outre ^mer que Hugues de la Tour fit avec saint Louis empêcha la réalisation de ce grand projet. Un peu plus tard , dès 1 253 , les travaux furent repris avec activit<5. ' L'énergie des populntions fut dirigée vers l'édification de l'église épiscopale. C'est t\ œ zèle que nous devons la plus lieiie portion de la cathédrale actuelle. En 1 202 l'église était déjà très^avancée, lorsque saint Louis vint en Auvei^e à l'occasion du mariage de son fik aîné, Philippe, avec Isabelle d* Aragon. Le pieux monarque , qui signala son dévouement à la religion par son intrépidité dans les combats contre les intidèles el par rétablissement d'une foule d'églises et d'abbayes, contribua sans duuie de ses largesses à l'œuvoe de Notre-Dame de Clermout. L'enthousiasme ensuite se refroidit, dès 1270, peu de temps avant la^ort de Louis IX, nous voyons les travaux snqiendus.
Durant le xiv* siècle, la France entière fut dfohirée par les guerres contre les Anglais. L'Auvergne se battît contre eux pendant |iliis de cent ans, avec des succès divers : tantôt victorieux cl lantôl vaincus, loujoui'S inquiets, les peuples, en amies, en proie aux plus vives agitations, ne pouvaient songer à la construction de leur église épiscopale. Tandis