‹ Les plus belles cathédrales de FranceChapitre 6 sur 78 · D*ANG£RS · texte numérisé non relu

D*ANG£RS

La religion clii'élienTie pénéira dans l'Anjou î\ la tin du m' siècle, apportée par un .solitaire dont la réputation do «sainteté fut toujonTS grande dans le pays qu^il a édifié de ses vertus. Saint Florent , sorti de la Bavière après avoir échappé à la persécution où son frère Florian reçut la couronne du martyre , vint planter la croix , Tan 29d , sur les rives de 1.1 Loiro . dans cet endroit que l'on nomme aujourd'hui Saiiil-Flon iit-le- Vieil, au Mont-filonne Ces faibles commcncemenls du ctiristianisme en Anjou, vivifiés par la prédication évangc^'lique, grandirent de jour en jour, et vers la fin du IV* siède il y eut un évèque à Angers. Défensor est le premier que Thistoire mentionne.

Pendant quelque temps, Torafoire et le lieu de réunion des premiers chrétiens furent situas hors des reriip.ii'ts de la cité. Enfin, à l'époque où le num de Julmmaffus, inijHtsé par les conquérants, renijilai ]»ar le vieux nom national des Andes, oii les idoles du temple de Jupiter Capitolin furent renversées, Tévêque s'établit dans 1 intérieur de la ville et vint prendre possesnon du palais curial.

La première église kâ.tie dans Fenceinte de la capitale

( L'Aiijuu cl ses uionuiiiciib. par M. itudai-d-Kaullrier, tome l<'^

ANCERS. SI

(les Andccavi lut ( oiis.ifTée sous 1 invocation do la sainte Vierge. Cette anliqne basiliqno, roiisfmilo ?» la plai e on maintenant s'élève la cathédrale de Saint-Maurice, fut détruite à une époque désastreuse pour la ville d'Angers. Sous révéque Talaise, Childérîc ruina la ville et n'épargna pas réglise épiscopale. Les Normands apportèrent encore de nouveaux malheurs à Féglise et k la cité. Unies au fléau fleslnirfcui' qui n'épartma aurnu éditicc religieux sur les bonis de la Ijnrt', les iDjuivs dii icmps durent occnsionnor à ditférenles reprises la démolition et la rét'iiification de réglise principale. Quoique Thistoire garde le silence à ce sujet, la nature des constructions de cette époque éloignée suffirait seule pour nous autoriser à le penser.

Dans le cours du xf siècle, il y eut à Angers un mouvement en architecture très -prononcé. Plusieurs princes du nom de Foulques le favni'isL'rcnl n\ ïouAtmi un 'f^vinid nombre d'églises, de mona.strres <■! de cliàUîiuix. Foulques Nerra, surnommé le f/rand bûlmeur, dont la vie religieuse , aventureuse et chevaleresque résume le caractère de son siècle, exerça la plus gi*ande influence. L'impulsion se continua et même s^accrut pendant le cours, du xit* siècle , pour s'arrêter an xin*. C*est à ce temps que Ton doit rapporter les principaux moiiuineuts ilc lu villt' d'Auu'crs. tels que la cathédrale, l'église de la Trinité, Saiut-AubiTi et Saint-Serge. Tous ces édiiices portent l'empreinte de œ style archilectonique remarquable que les archéologues ont appelé rcmano' hyzmUin fleuri ou Hyle de trannUon» Lancé dans une voie de progrès y Tart angevin prend alors un aspect de grandeur et d^élégance qu^on rencontre rarement ailleurs. Sous Henri II, roi d'Angleterre et comte d'Anjou, rarchitecture se développa d'une façon si puissante et en même temps si originale, que M. Godard l'aul trier croit devoir la designer

CATHÊDRAUSS DE PBANCE.

sons le nom de siyle PlaniaffeMt, à cause des caracièros particuliers qui la distinguent. Nous adoptons entièrement le sentiment de Tanteur de XHistovre de VAt^m^ et nous

avons vérifié la justesse de son observation , non-seulement à Angers, mais encore à Poitiei^s , et surtout en Touraine, aux environs de Chiuon, et sur les Lords de la Vienne , où les princes de la maison d\\njou se plurent à fixer leur résidence.

Avant d'aborder la description de Téglise Saint-Maurice, indiquons sommairement les principales cjH)(]ut's qui y laissèrent leur oni[ui'inte. La grande nel, ornée de belles fenêtres géminées, à plein cintre , date de la tin du xi' siècle. Ses trois voûtes en coupole sont du milieu du jxt siècle. Le portail et le chœur sont encore du xu', taudis que les ailes du transsept ne remontent pas au delà du xui'.

Le plan de la cathédrale d* Angers est très-régulier, en forme de croix latme et à une seule nef. Quoique la perspective générale de l'intérieur soit loin d'être aussi pittoresque que celle des églises g(itlii(|i!es a |>liisitMirs nefs, eiic uilic cependant beaucoup de grandeur et de majesté. La nel , longue de quatre-vingt-dix mètres quarante-sept centimètres, depuis la porte principale jusqu'au fond de l'abside, sur une largeur de seize mètres trente>huit centimètres, est une des plus vastes qu'il y ait en France. Elle présente par ses dimensions et ses beureuscs proportions un caraclère ini lisant qu'on ne rt ut outre pas toujours dans des édifices plu:» étendus. Des massifs ornés de colonnettes, disposés avec goût et d'un effet très-agréable, partagent la muraille de distance en distance. Les ogives aveugles qui interrompent la monotonie des surfaces forment une décoration élégante par leur disposition symétrique.

Les voûtes, en général, se liaussent à leur point central

AMIKRS.

comme Jes coupoles et sont distribuées en valves nombreuses par des nervures toriques. Appuyées sur iiue ossature oompliquée, elles sont hardies et légères, et méritent toute

l'attention des antiquaires et des archilectes. L'c^xociition rn est fort savante, et pour qui( onque î>ait apprécier iesdiiiicuités vaincues , les votites de Saint - Maurice d'Âiigers doivent compter parmi les oeuvres les plus remarquables de Tarcbitecture catholique : on a fait quelquefois aussi bien, jamais on n'a fait mieux.

Le chœur, percé de nombreuses /enètres, entouré d^une * suite d'arcs en tiers-point, perd touti' la beauté màlc et sévère que l'archiiccte avait su lui comiuumquer, grâce aux boiseries, commencées en 1778, qui le couvrent entièrement. Malgré le mérite de leur exécution , mérite incontestable, elles défigurent la construction ; elles déplairont toujours aux vrais amateurs comme un hors-d^œuvre et même un obstacle , car elles cachent une œuvre d*art intéressante, le loinbeau du roi René, duc d'Anjou, prince dont le souvenir ne saurait »''tre indilléreuf aux habitants de celte province. Au<dessous du chœur est une crypte obscure dans laquelle reposent les resles.de plusieurs personnages illustres.

Le porlail de la cathédrale d'Angers, dans sa partie la plus ancienne , est extrêmement curieux. Snr le tympan se

voit la figure du Sauveur, accompagnée des quatre évangélistes sous la i'oruie de leurs enihlèuicij. La vuussure est chargée de statuettes d'anges et de bienheureux en adora« tion. Tous les visages respirent un calme religieux, expriment des sentiments de béatitude et de contemplation profonde, avec une simplicité de pose et une naïveté de détails pi opres à nous faire comprendre l'état de l'art à cette époque, si intimement empreinte du génie chrétien. Les

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pieds-droits de la grande porte sont ornés de statues qui

rcpr(jseiitent MdïsL' , Aarou, Jobué, David et (1ul-I(|iics aiitrt'à liui sDiiiiagcs dont on n'a pn découvrir le nom. Le jilus souveut f le portail des é|j;lises est décoré de statues de saints personnages de T Ancien Testament, parce qu'il est , pour ainsi dire, l'introduction au christianisme. Les artistes religieux du moyen âge , qui plaçaient de tous les côtés des images symboliques, considéraient le porche d'une église oonimo rcmblème de la rpliffion jiKlanjuc qui nous conduit à la religion de Jèîus-Clirisl, qui eu est la suite et le complément.

Les deux flèches, commencées en 1518, furent achevées en 1S23. Un incendie survenu en 1533, parla négligence du sacristain, obligea de les réparer. La tour du milieu , bâtie sous la direction de Jean dç lapine , et les huit grandes

stafm s (In lidiitivpice furent achevées en lo40 Les trois fl?'clie.s, ('iitkniiiiKmt'es par le terrible orage de 1831, sont eutièrement l'épaiées.

Les murs extérieurs de la cathédale d'Angei-s ne sont point soutenus par ce système de contre-forts et d'arcs-boutants qui se trouvent à toutes nos grandes églises; ils s^appuient sur des contre-forts d'un genre tout particulier. On (laail des constructions militaires bordées de créneaux et destinées à la «IrlVnse. Pltisit'nrs antiquaires poiiseiit que cette disposition n'avait pas d'autre but, et qu en cas d'allaque Téglise Saint- Maurice, située sur une éminence, devait prêter un refuge aux assiégés et un point d'opération d'une haute importance. Vue des bords de la Maine, la cathédrale de Saint-Maurice domine la ville* Toutes les mai-

1 Au-dessus de la tële dos statues on a placé ceUe légende, écrite en leUrc<i golhiques : Da pocem Domine in rfw6iM nottriê tt dtt»pa polmlet gui bella voliua, 1540.

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