GRENOBLE
dfis sculptures allait être sacrifiée aux exigences d'un goAt moins pur.
Les fonls baptismaux qui occupaient cette chapelle ont été
déplacés en 1838, lorsqu'on songea à restaurer Téglise et à bâtir une chapelle parallèle à la première. Les essais n'ont pas eu un résultat satisfaisant. La construction moderne offre une maladroite imitation du style ogival flamboyant. Les niches sont mal exécutées^ et les statues qu'elles renferment sont tont à fait insignifiantes comme art et comme expression.
L'église Notre-Dame, qui sert actuellement de cathédrale, est plus intéressante, sous certains rapports, que la précédente. Saint Hugues nous apprend que la cathédrale de Grenoble est Touvrage de l'évéque Isame, qui la fît commencer après Texpulsion des païens de sa ville épiscopale Cette autorité parait irrécusable, malgré l'opinion contraire du chanoine Barthélémy, auteur d'un manuscrit sur Grenoble et sur le Dauphiné. Celte expulsion eut lieu en 955; c'est de cette année à 900 que les fondements de la nouvelle construction fuient posés et que l'église lut consacrée à la sainte Vierge, puisque, dans un acte de 905, la cathédrale de Grenoble est mentionnée comme étant encore sous le vocable de saint Vincent.
L'architecture de Notre-Dame de Grenoble offre un mélange qui fait penser que dans son état actuel la cathédrale
' Nidum sit quod post destructiouent payanorum, Isamus fpiscoitus œdificavit tedetiam GratUmopcditanam. Carlul. de saint Hugues. — Quelques auteun onl prélenda que la déuoniiutioii de païens de?ait être appliquée aux Samsia», qui auvaient occupé le pajs jusqu'à cette époque. U. Pilot
pen«ie, avw beaucoup pins de vraisemblance^ que les païens dont il est fait mention H.tns lo Carlnlain' de sninf Huffues rt sous l'r'piiropal ti'h'irpr , doivent ôlrc les Hongre» ou Hongrois, défaits dans les environs de Grenoble en 955.
CATUÉDUALKS DK KltA.Xt.E.
ne doit pas être attribuée entièfement aa travail dlsame. L'édifice porte des preuves matérielles de constmctions plus
récentes faciles à reœnnaître. Plusieurs siècles y ont laissé leur einpieiiitc et ont plus ou moins 'dhvré la disposition première. Ou incline généralement à croire que le portique qui précède l'église appartient à l'œuvre de l'évêque Isame. La forme de la porte située au fond du porche, les colonnettes de cette porte, leurs chapiteaux grossiers et d^autres détails ne démentent pas cette origine.
La façade seule du portique est b;ltie en pierres, le reste de la construction est eu briques. Comme dans la plupart des éf^lises romanes, le vestibule est surmonté d'une tour rarrée faisant saillie sur le corps de l'édiûce. Celte tour porte le cachet de Timpuissance de Tart de bAtir, quand il ne peut mettre en usage que des nutériauz aussi rebelles que la brique. La lourdeur de la masse inhérente à toute construction de cette nature n'est rachetée par aucun de ces artifices qui en dissimulent la pesanteur et la monotonie. Toutes les fenêtres percées sur les quatre faces du clocher sont à plein cintre et sans oniements. Le sommet n^est pas surmonté d'une flèche pyramidale et se termine d'une ma* nière assez désagréable.
Les arcades du portique , soit à l'intérieur, soit à Textérieur, ainsi que les vmYtes qui en dépendent, sontb&ties à plein cintre. l>e portail intérieur à double arceau est orné de quatre colonnes à chapiteaux romans. La partie la plus considérable rie la grande nef, les voûtes qui la recouvrent, les arcades des deux bas côtés, et celles des galeries supérieures sont à ogive naissante. Les voûtes sont généralement bien construites. On a ciselé différents sujets sur les defs destinées à les fermer. On peut distinguer sans peine une sculpture très-curieuse : un évèque, tenant un livre d'une
tiRËNOBLK. m
main, donne la bénédiction de raulre ; il paraît que dans cet t'vécjue, dont la lêle est ceiiitii d'un l)andeau, on a votdii représenter Isarne , le fondateur de Téglise et le premier des évoques de Grenoble qui rt^gna en souverain sur la vîUe. La vieille cité de Grenoble fut longtemps, en effet» gouvernée par oes évèques qui joignaient la puissance temporelle à leur autorité spiriluélle. Les populations furent heureuses sous leur paternel empire. Plusieurs autres villes, telles que I jége * f Cain! rai , furent , durant des siècles, sounùses à des constitutions semblables.
Riclie en souvenirs, remarquable par son ensemble et son aidiitectufe sévère, la cathédrale ^ Grenoble rappelle, dans un des monuments qui en décorent Tintérieur, l'époque brillante où le beau gothique a créé ces chefs-d^œuvre. Le tabernacle placé à droite, dans le chœur, est un morceau précieux de sculpture qui peut rivaliser avec tout ce qu Une féconde imagination a produit de plus gracieux et de plus léger en ce genre. Ce magnifique monument, justement admiré des artistes et des connaisseurs, aussi remarquable par la pureté de ses formes que par le précieux, fini de Texécution, date du XIV* siècle. C'était dans un temps oh Tart catholique . était arrivé à son apogée. On ignore quelle main habile a su exécuter ce noble ouvrage; on est. porté à l'atlnJuK r ii Nicolas Girard, marbrier ou imaigitr de Grenoble, le même qui, en 1353, construisit par ordre d'Humbert 11 les tombeaux ou mausolées des dauphins, placés autrefois dans relise Saint-André, et démolis par les protestants en 1
Le tabernacle est surmonté d'un dais à trois faces, qui le couronne d'une manière admirable. Tous les détails en sont traités avec la i ! is surprenante délicatesse; le ciseau s'est plii h perfectionner jusqu'aux formes les phis arress*»ire.s. Huit niches, placées sur deux rangs, sont ouvragées avec le
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même luxe; elles sont anjomrd'biii vides de leurs statuettes,
détruites pendant les guerres de rolicion. F^s dais qui on font le couronnement servent en m^'me temps de base pour soutenir d'autres statuettes, qui ont également disparu. Les feuillages, les rinceaux, les fleurons, ces mille créatious rsvissaotes de l'art gothique, se desanent au-dessus de oe second rang, et en font une véritable corbeille de feuilles et de fleurs. Le sommet est triangulaire et 94taché de la muraille ; il offre enc(tre trois niches, et se termine de la manière la plus heureuse et la [»lus pittoresque.
Tout le moDument, en pierre très-fine et très-dure, a deux mètres quatre-vingt-quinfe centimètres dans sa plus grande largeur, sur quatorze mètres trente-quatre centimètres d*âévation, depuis la base jusqu'au point le plus culminant. H est vulgairement désigné sous le nom d*ofr(j&9ue.
A culé du tabernacle est sculptée en relief une espère de portail gothique, avec (\(^m niches latérales, décor»"^ de festons, de dentelures, de rosaces, et qui se rapporte à la même époque que le monument que nous venons de décrire; le genre du travail indique qu'il appartient au même artiste.
Un troisième monument, moins riche que les précédents, rosis cependant digne dMntérèt, est situé de l'autre c^té du chœur; il se ressent de la décadence des arts. C*est un tombeau que til ( (Histruire, en H07, l'évAque Aimon Chissay, pour servir à sa sépulture et à celle de ses successeurs.