‹ Les plus belles cathédrales de FranceChapitre 8 sur 78 · ANGOULÊME · texte numérisé non relu

ANGOULÊME

ilss*en dédommagèrent on brisant los anlcls, les croix, les statues et les vitraux, en déchirant les tableaux, les tapisseries et les vêtements sacrés, en volant tous les vases en or, en ai^gent, les reliquaires, et quantité d'autres richesses; lenr fureur sacrilège ne sut rien^ respecter. En 1568, ils osèrent violer les tombeaux , et , dans leur haine aveugle , ils renversèrent des pans de muraille , firent tomber une partie» dos voi'ites, bouleversèrent toutes les cliapelles, et ruinèrent de tond en comble le grand clocher, qui, dans sa chute effroyable; écrasa Téglise Saint- Jean et la chapelle Saint- Gelais.

Le cathédrale de Saint-Pierre eut de la peine à se relevér de ses débris. On travailla à la restaurer dès la fin du xvr siècle; mais rn ne fut quW dater de 1628 qu'elle commença à reprendre une partie de son ancien éclat. Les grands travaux qui furent faits alors à la lanterne nu coupole qui éclaire Péglise par douze vilifiux, à la voûte du chœur et à celle de la nef, sont dus aux soins et aux frais du doyen Jean Hesnean, comme nous l'apprend une noie écrite de sa main. 11 8*écrie avec vm joie naïve : « Que le tout soit à la gloire, louange et exali.dion du saint nom de Dieu, et qu'il lui plaise recevoir les frais que j'ai faits, qui montent à dix mille escus, et mon labeur durant sept années» et les avoir agréables, et me donner sa sainte gr^e en ce monde, et sa gloire en son saint paradis avec les bienheureux I >i

Ces roofs : Tem/^ de la RoUon, inscrits dans des temps de triste mémoire, et qu'on lit toujours en caractères mal effacés au-dessus de la principale porte d'entrée, prouvent que celte cathédrale eut encore à souffrir. Les perturbateurs de 1 ordre religieux et social eu tirent disparai ti*e tous les ornements intérieurs; les ruines annoncent partout leur passage.

Nous donnerons maintenant quelques détails descriptifs

sur les parties les jiliis intéressantes fie la cathédrale il'Angoulème. Nous i injtruiiluiifj rcs détails ;i une notice publiée récemment poi' M. Kusèbe CasI aigrie. Quoique cette église ne soit pas comparable à Saint- Front de Périgucux, ni à quelques autres édifices de la transition, son histoire mérite l'attention des archéologues studieoi.

La façade parait, au premier coup d^œil, divisée en einq enlre-colonnements, ou plutôt en cinq arcades allongées, dont l'une , celle du milieu, plus large et plus élevée que les deux autre.s, monte Jusque vers le sommet de T entablement. EUes sont séparées par des colonnes do!il la forme, moins titepne qu'à l'époque secondaire de rarchilecture romano* byzantine, est déjÀ passablement élancée; les chapiteaux, à feuillages variés, rappellent assez bien la corbeille d*acanthe du chapiteau corinthien.

Au pied (le la L:rande arcade est la prin( i[)al(' pui te d'entrée, qui a été si gauchement fcslaurée sur la fin du dernier sir-cle , mais dont il reste une partie de l'ancienne archivolte. Plus haut se trouve la seule fenêtre du frontispice, ayant à droite et à gauche six figures debout, dont les deux inférieures sont placées dans des cintres. Au sommet de l'arcade , un cadre à peu près ovale entoure la statue de Jésus- Christ, que Ton a regardée lonirlcmps comme la figure de Jupiter, dans l'idée où Ton était (jue la façade remontait jusqu'au paganisme. Cette statue csl couronnée de flammes, pour exprimer, sans doute, l'ardeur de la charité, et, peutêtre encore, la lumière de la vérité qui brille dans^l'Évangile. Gomme à Téglise Saint-Trophime, à Arles, elle est accompagnée de la figure emblématique des quatre évangélistes, l'homme ou l'ange, l'aigle, le ha iif et le lion; dans l'archivolte on voit huit anges eu aduruli«ju. Il y a de plus dix médaillons dans cette partie de Tédifice.

A.NGOLLÈMK. «.9

La partie inférieure des quatre autres arcades présente autant de cintres, renfermant à leur sommet les douze apôtres, divisés trois par trois. A droile. dans une petite platebande, on voit une sorte? de coiidj.it où figurent quatre cavaliei-s, dont les cottes de mailles et les casques pointus sont absolument conformes à ceux que le célèbre bénédictin dom Bemaid Monlfaucon nous donne comme usités au temps de la première croisade \

Le reste des entre-colonnements est subdivisé en douze cintres, décorés de douze statues; huit autres statues sont pt>sées dans des niches sous les arcliiviilles des arcades. Sur la petite corniche qui règne au-dessus de ces arcades s'appuient six autres cintres, ornés de vingt-un médaillons.

Un entablement droit, à corniche saillante supportée par quatre consoles, couronne tout Tédifice; c'est un estfaanssement beaucoup plus moderne que les autres parties de la façade, et tout à fait dans le goût de la renaissance. A ses extrémités s'élèvent deux campaniles élégants, de forme ronde, et du nic^me âge que renlablement.

En terminant la description du frontispice de la cathédrale d'Angoulème, M. Eusèbe Castai^e fait observer qu'il serait très-possible que la plupart des statues et modiUons prodigués sur sa surface fussent la représentation des pontifes qui ont occupé le siège de saint Âusone ayant Villustre Gérard II. S'il en était ainsi, les (juati e personnages effrayants placés au-dessus des espaces nus du premier et du cinquième entre-colonnement devraient être regardés comme les images des évéqnes ariens qui protanèr^t la cathédrale pendant toute la durée du siècle. Deux de ces personnages paraissent assis sur une sorte de trépied, et Tun d'entre eux

• B. MoTiAtcox, Monuments, tome I". jilatu'Iic I. cl suiv.

Ta CATHÉDRALES DE FRANCE.

saisit on serpent qui se jette sur son visage; les deux autres , debout et les cheveux hérissés, tiennent un reptile dans les mains. « Je n'attache ancnne importance à cette interprétation, dit l'auleur précédemment cil*' , jiiais je pense n«'anraoins (luV'lle peut présenter luut auiaul de vraisemblance que iids Jllcrculc, prêtres de Cybèle, dalles et Archifjdlles de mes honorables prédécesseurs. » L opinion de M. Ë. Castaigne est très-vraisomblable, el elle semble appuyée sui' les principes de Ticonographie du moyen âge.

L*inlériear de Saint-Pierre d*Angoul6me offre un aspect peu agréable, à cause du manque d'unité. La perspective n'est pas riche, el u uil're [las celle orduimance pittoresque que Tua aime tant à voir dans les grandes églises. La nef unique est surmontée de trois coupoles, et les arcs qui les séparent ont une légère tendance ogivale. Voilà la partie vraiment intéressante de Téglise, avec la façade dont nous venons de donner l'esquisse. Ces voûtes singulières sont rares en France, el ne se rencontrent que dans certaines pi(»\inces assez, voisines l'une de l'autre; l'ancienne collégiale de Loches, en Touraine, est l'exemple le plus rapproché du nord de la France. Les trois coupoles d'Ângoulôme s'élevaient primitivement au-dessus du toit, autant qu'on peut en juger par analogie. L'hypothèse ici n*esl pas sans fondement» car les murs de la nef ont été exhaussés postérieurement pour supporter le toit en charpente. Comme i Périgueux, on crut ne pus puuvuir autrement préserver c&s voûtes de riolillraliou des eaux pluviales.

Le ducur se termine en une abside semi-circulaire» el Tespace compris entre le chœur et la nef est éclairé par une lanterne dominant sur le toit, et percée de douce fenêtres en plein cintre. Les deux bras du tranasept étaient autrefois plus étendus qu'ils ne le sont aujourd'hui, et à Textrémité

A.NGOLLÈME.

de chacun d'eux s*élevait une coupole. Ces deux grandes voûtes latérales étaient surmontées de deux hautes tours,

dont Tune subsiste encore aujourd'hui. Cette t<jur, carrée et fort élevée, terminée en pyramide à quaUe paiis, (oinme beaucoup de timrs romano-byzaulines, est très-remarquablo. On Taperroil de plusieurs lieues, au haut de l'éminence sur laquelle la viile est bâtie ; elle y parait comme le grand màt d*un navire. Quel effet merveilleux Tautre grand clocher ne devait-il pas produire à Tépoque oh le célèbre André Duchêne dit que c^élail Vme des plus hautes Umn et aiguilles de France!

Les bas côtés du chœur n'entraient pas dans le plan primitif, et n'ont été ajoutés au corps du monument que vers le XIV* siècle. Les fenêtres à meneaux semblent indiquer assez clairement cette époque. Les arcades qni régnent autour du choBur n*ont été percées et restaurées qu'après coup, et voilà pourquoi les retombées des voûtes ogivales des bas côléi» se raccordent si mal avec les piliers de séparation.

Si nous devions assigner un rang à la catliédrale d'Angouléme parmi nos édifices religieux , nous ne la placerions pas en première ligne. Alais au point de vue archéologique elle est intéressante, et elle a droit à une page dans l'histoire générale de Tardiitecture sacrée du moyen âge.

SALM-BÊMGNE

Page 1