B A PT I ST È R E , C A M PO - S A N TO
parce que les historiens IVancais trop souvent l’ont ignore ou oublié, au luoiuent où, suivant l’expression de Raoul Glaber, « le monde chrétien se couvrit du blanc manteau des nouvelles basiliques, » durant le \f siècle, la France donna plus (pi’elle n’emprunta, même à l’Italie, cette terre privilégiée des beaux-arts.
Commencée en i064 par l’architecte Bnschetto, continuée par Rainaldo, la cathédrale de Pise fut consacrée en 1118 par le pape Gélase II. Cette cérémonie s’accomplit en des circonstances mémorables. A la mort de Pascal II, Jean de Gaëte, chancelier de l’Église romaine, était monté sur le trône de saint Pierre, malgré les violences des ennemis du saint-siège. C’était un homme très-pieux, également renommé pour son amour éclairé des sciences divines et humaines; son caractère ferme annonçait assez qu’il ne consentirait à aucune lâche concession et (pi’il était décidé à braver tous les périls. Echappé avec peine au poignard des assassins maîtres de Rome, Gélase II résolut de demander à la France un asile que ce noble pays accorda de tout temps aux pontifes persécutés. S’étant embar- (jué en compagnie de plusieurs cardinaux , il s’arrêta, chemin faisant, à Pise, où il fut comblé d’honneurs; la population lui prodigua les témoignages d’un dévouement sans bornes.
Seize ans après cet événement, l’église de Pise s’ouvril pour recevoir le concile présidé par Innocent II. Cette assemblée fut nombreuse : on y remarqua la présence de saint Bernard, abbé de Clairvaux, moine austère, orateur éloquent, génie aussi prompt à concevoir qu’à
CATHÉDRALE DE PISE
exécuter les grandes entreprises. D’orageuses délibérations eurent pour résultat des résolutions énergiques et importantes. L'antipape Anaclet, Pierre de Léon, y fut excommunié avec tous ses fauteurs; Alexandre, usurpateur de révêché de Liège, fut déposé. Saint Hugues, évêque de Grenoble, y fut solennellement canonisé. Enfin, riiérétique Henri, (jui avait infecté de ses erreurs plusieurs provinces de France, y fut frappé d’anatlième. Imitant l’exemple des hérétiques de tous les siècles, Henri joignait l’hypocrisie à ses crimes. Craignant d’être enfermé dans un monastère et soumis à la pénitence, il feignit de se placer sous la discipline de saint Bernard; mais, en retournant en France, il s’échappa et courut à de nouvelles aventures.
Une assemblée si célèbre accrut encore l’éclat de l’F]glise de Pise. La cathédrale possédait alors ses ornements principaux, chefs-d’œuvre vantés par tous les historiens de l’Italie; quelques-uns ont échappé au funeste incendie de io96, comme pour justifier l’admiration dont ils étaient l’objet. Le plan de cette cathédrale est en forme de croix latine et à cinq nefs; il présente les dimensions suivantes :
Longueur 9o"’
Largeur 33"»
Hauteur 28"»
Longueur du Iranssepl. . . . 72»»»
Vingt- quatre colonnes en granit rouge et monolithes soutiennent la grande nef; elles sont antiques, dit-on; en tout cas, elles sont fort belles. Des arcs en plein
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cintre reposent sur les chapiteaux de ces colonnes; audessus règne une galerie, séparée des arcs inférieurs par une architrave, dont les longues lignes horizontales rappellent la disposition des édifices antiques et des basiliques romaines. Les ailes qui accompagnent la nef sont décorées de colonnes élégantes en marbre, de moindre dimension. Il en résulte une ordonnance simple et grandiose ; et, comme les maîtres chargés de construire le bâtiment ont réussi à en ajuster très* adroitement tous les détails , il n’est pas surprenant que des historiens aient assuré que la cathédrale de Pise est le premier monument où l’on observe les symptômes de la renaissance italienne. Ce n’est point cependant le premier ouvrage d’architecture qui montre l’emploi des règles véritables de l’art de bâtir; quantité d’églises élevées au commencement du xf siècle offrent des preuves évidentes de l’application des bons principes.
Le trait le plus saillant et le mérite principal de l’œuvre de Buschetto, c’est la coupole sur pendentifs bâtie au centre du transsept. Ce genre de construction exige des connaissances plus étendues qu’on ne le suppose communément. La coupole byzantine est portée sur quatre piliers massifs et sur quatre arceaux trèsouverts. Cette voûte a été restaurée et peinte par Riminaldi, un des meilleurs artistes de l’école moderne de Pise, mort de la peste en 1630, dans un âge avancé. Le chœur et l’abside souffrirent moins que le reste de l'édifice des atteintes du feu, en 1596. Les mosaüpies sur fond d’or exécutées en 1320 produisent un bel effet : elles représentent le Sauveur accompagné de la sainte
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Vierge et de saint Jean l’évangéliste. On n’admire pas moins les peintures à fresque du célèbre Ghirlandajo. Un antre monument est dû an pinceau d’André del Sarto, surnommé le Raphaël florentin. Quatre tableaux de ce maître décorent le chœur; celui de sainte Agnès est d’nne beauté ravissante h
11 serait trop long d'énumérer les objets d’art qui forment la décoration de ce temple , et que le temps et la piété y ont successivement accumulés. C'est un musée sacré où le chrétien et l’amateur peuvent trouver un aliment à leurs sentiments de dévotion ou de curiosité. Si l’on étudie ces œuvres charmantes, où le génie a étalé les j)lus délicates fleurs du goût et de l’imagination, uni(piement à cause de la perfection des formes, de la suavité du coloris, de la grâce ou de la \ ivacité de l’expression, on rendra du moins hommage à la fécondité inépuisable du talent qui a puisé ses meilleures inspirations aux sources chrétiennes, et qui a trouvé constamment dans l’Église ses plus puissants encouragements. Nous n’omettrons pas cependant de mentionner la chaire sculptée où l’on distingue plusieurs statuettes de Jean de Pise jiarmi cent autres délicieux morceaux. Ces statuettes proviennent de la chaire primitive détruite par l’incendie. Cet artiste est un des chefs de 1 école de Pise; de ses ateliers sortit une légion d élèves distingués. 11 eut pour maître son père, Nicolas de Pise, qui semble avoir pris à tâche d’imiter en tout
1 Ce tableau, comme beaucoup d'autres œuvres d’art, avait été transporté à Paris par les armées impériales. Il fut rendu eu 1815.