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l’inclinaison dn campanile de Pise soit accidentelle on intentionnelle, le curieux édifice a bravé bien des siècles, et rien n’indique que la chute en soit à craindre, d’autant plus que le centre de gravité n’est pas en dehors des lois générales de l’équilibre.
On monte au faîte à l’aide d’un escalier de trois cent trente degrés. De la plate-forme on jouit d'une vue magnifique. La ville, aux rues étroites et sombres, s’étend sur les bords de l’Arno et du Serchio. Au delà d’une plaine vaste et fertile, on aperçoit la Méditerranée, aux eaux bleues; la ville de Livourne, avec son phare et ses navires. A l’horizon se dressent les collines du mont Néron, garnies de blanches villas. D’un autre côté, comme un rideau de vapeurs, s’allongent les belles pentes qui forment la frontière du pays de Lucques. Le groupe des monts Pisans n’est séparé des Apennins que par la gorge de Ripafratta , à travers laquelle le Serchio roule vers la mer ses eaux tantôt limpides, tantôt troublées par les torrents. Le fond du tableau est terminé par les pics abrupts des Alpes. L’imagination ne saurait rêver des perspectives plus enchantées.
Le campanile de Pise est en forme de tour cylindrique d’environ seize mètres de diamètre. Il est formé à l’extérieur de huit rangs de colonnes superposées. Les architectes furent Guillaume d’Inspruck et Ruonanni de Pise. Favorisé par l’inclinaison de l’édifice, Galilée fit à Pise , en présence de plusieurs savants , ses expériences fameuses pour calculer la chute des corps pesants. Déjà les oscillations de la grande lampe du
CATIIÉDHALE DE PISE.
dôme lui avaient suggéré l’idée de mesurer le temps à l’aide du mouvement régulier du pendule.
En 1152, Diotisalvi commença la construction du baptistère, situé vis-à-vis du portail de la cathédrale. Cette entreprise eut lieu grâce à des contributions volontaires. L’enthousiasme, au début, fut si vif, que rédifice s’éleva jusqu’au-dessus des arceaux du premier étage dans l’espace de quinze jours. Si le récit des historiens n’est pas exagéré, il faut convenir que ce feu s’éteignit vite. Après ces quinze jours si occupés, le travail resta suspendu durant plus d’un siècle; il fut repris seulement en 1278, comme nous l’apprend rinscriptiou curieuse gravée sur une des murailles, et achevé dans le cours du xiv** siècle. Ce baptistère est à pans coupés en dehors et circulaire en dedans. La voûte, à l’intérieur, est en forme de cône; à l’extérieur, elle est hé]nisphéri(|ue. La hauteur totale est de cinquante-ciu(| mètres. Au centre sont placés les fonts baptismaux, grande cuve de marbre semblable aux antiques bassins destinés à l’administration du baptême par immersion. Mais ce qui frap])e davantage l'attention, c’est le magnifique ambon exécuté jiar Nicolas de Lise. Les Pisaus attachaient tant d’importance à la conservation de ce chef-d’œuvre, qu’ils l’avaient placé spécialement sous la protection de la loi. Autrefois, lorsque la foule se pressait dans les galeries du liaptistère pour assister à la cérémonie de la bénédiction solennelle des fonts, le samedi saint, le podestat , premier magistrat de la cité, devait le faire garder par des soldats armés, de peur qu’il n’éprouvàt la moindre
BAPTISTI^RK, CA]\1P()-SAM'().
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dégradation. Qii’on se figure une large chaire en marbre portée sur neuf colonnes ouvragées , et chargée de tous les ornements que l’esprit peut inventer, que le goût peut réunir en un petit espace , et que le ciseau le plus adroit peut tailler dans le marbre. Les cinq basreliefs principaux représentent la Nativité de Notre-Seigneur, l’Adoration des mages, la Présentation au temple, le Crucifiement et le Jugement dernier. Vasari dit que cette œuvre a été exécutée con pazienza e diligenza infînüa.
Le Campo-Santo, le seul monument complet de ce genre qui existe au monde, remonte à la fin du xif siècle. Il fut commencé par rarchevêque Ubaldo, qui occupa le siège métropolitain de Pise depuis 1 188 jus(|ii’en 1200. Le Campo-Santo proprement dit est un cimetière dont la terre provient de la montagne du Calvaire et des environs de Jérusalem. Ubaldo en rapporta lui -même une quantité considérable dont il chargea cinquante- trois vaisseaux, lorsqu’il fut forcé par Saladin d’aliandonner la Palestine. Dans la suite, les navigateurs pisans se tirent un devoir religieux d’en lester leurs navires, après avoir conduit en Palestine les pèlerins des saints lieux. Ce cimetière est entouré de quatre portiques en marbre blanc de Carrare; de minces colonnettes de six à sept mètres de hauteur divisent les arcades en ogive. Ces fragiles appuis, qui semblent devoir ployer sous l’effort du vent, subsistent depuis six siècles sans montrer le moindre signe de vétusté. Mais la partie vraiment curieuse de ce gigantesque portique en forme de parallélogramme, et qui n’a pas moins de trois cent
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CATHÉDHALE DE PfSE.
quarante mètres de dévelopjDement , ce sont les monuments funéraires érigés à l’ombre des voûtes, et les tableaux peints sur les murs. Ici reposent les plus illustres personnages de Pise, en compagnie des poètes, des savants, des artistes étrangers qui ont obtenu l’honneur d’y être ensevelis. Malgré les inscriptions destinées à recommander tant de noms , le temps fait peser l’oubli sur des milliers de tombes; on sent qu’on est ici au sein du palais de la mort.
Du Temps et de la Mort tout proclame l’empire ,
suivant l’expression d’un poète’; et plus d’une fois le curieux, en foulant cette terre on dorment plusieurs générations, n’a pu s’empêcher de tressaillir, lorsque
L’oiseau des funérailles
De son cri prophétique attriste ces murailles.
Les plus longues épitaphes, ici comme partout, sont consacrées aux hommes les plus obscurs; les grandes vertus, les éminents services rendus à la patrie, les belles actions, le génie (|ui brilla dans les arts libéraux, ont-ils besoin de si pompeux éloges gravés sur des dalles funèbres?
L étude des monuments funéraires et des peintures du Lampo-Santo n’est pas moins utile qu’attrayante pour 1 antiquaire. La lumière, qui pénètre en abondance sous les larges arceaux du péristyle , éclaire les tableaux de
1 Alex. Soumet, poëme intitulé VlncréduNte.
BAPTISTÈRE, CAMPÜ-SANTO. U7
rancienne école. G’esl d’abord Giotto, élève de Ciinabue, qui de pâtre devint le restaurateur de l’art de peindre; il lui traça une voie sûre et digne du noble but qu’il doit se proposer en ornant les murs du sanctuaire. Giotto choisit des sujets empruntés à riiistoire de Job ; ses tableaux ont Ijeaucoup souffert, mais ce qui en reste suffit pour donner une idée de sa manière calme et expresswe. Simon Memmi, l’ami de Pétrarque, peignit la vie de saint Renier, et le Campo-Santo possède incontestablement son meilleur ouvrage. Antoine de Venise continua l’œuvre de Memmi, et y ajouta trois tableaux, que Vasari regarde comme les plus gracieux de l’école primitive. Étienne le Florentin essaya le premier, dit-on, de vaincre les difficultés de la perspective et du raccourci. André Orcagna, avec une verve prodigieuse, a déployé dans d’immenses fresques le Jugement dernier et le Triomphe de la Mort. On remarque, au milieu de ces grandes compositions, des groupes ou l’artiste s’est surpassé lui-même. Telle est la vérité de certaines scènes lugubres, que, malgré l’impression d’effroi qu’elles causent, on les regarde longtemps, comme si l’on était fasciné. Benozzo Gozzoli, disciple préféré du peintre angélique, Jean de Fiesole, doué d’une merveilleuse facilité, peignit vingt-deux tableaux sur tout un côté du Campo-Santo, dans le court espace de deux années. Les Pisans, émerveillés et reconnaissants, décidèrent que son tombeau occuperait une place honorable sous les voûtes du grand portique.
Il serait plus facile de décrire chacun des mille objets curieux qui remplissent les galeries du Campo-
CATHÉDRALE DE PISE
Santo, que d’exprimer l’eüet magique résuUant de l’ensemble. En parcourant cette véritable nécropole ou ville des morts, au spectacle de ces tombes si pressées, de ces trophées de la mort, de ces grandes peintures, dont les personnages immobiles semblent vous regarde]' d’un œil perçant, on sent l’émotion vous gagner insensiblement. Plus d’un voyageur qu’une simple curiosité conduisit au Campo-Santo, en sortit louché jusqu’aux larmes.
La ville de Pise, dans l’espace de deux siècles, a vu s’élever dans son enceinte quatre monuments qui lui feront un éternel honneur. Plus heureuse que beaucoup d’autres cités animées d’un zèle non moins ardent, elle a réussi à finir les cliefs- d’œuvre qu’elle avait enti'epris.
Au moment de quitter ces nobles édifices revêtus de tous les embellissements des arts, la mémoire rappelle nn des plus graves événements de l’histoire ecclésiastique, le concile fameux de Li09, qui avait pour but l’extinction du grand schisme d’Occident. En face des monuments témoins de ce drame mémorable, l’imagination fait revivre tous les personnages qui y prirent une part plus ou moins active. L’assemblée était des plus imposantes; elle se réunit pour la première fois, le 25 mars, dans la nef de la catliédrale. Les regards de toute la chrétienté étaient tournés vers Pise. Il s’y trouva vingt- trois cardinaux, les quatre patriarches d Alexandrie, d’Antioche, de Jérusalem et de Grado ou d Acpiilée; douze archevêques; quatre-vingts évêques; cent seize procui'eurs d’évêques absents; quatre-vingt-
BAPTISTÈRE, CAM PO-SAiNTO.
sept abbés; une foule d’autres prélats; les députés des chapitres et des universités; trois cents docteurs en théologie et en droit canon; enfin les ambassadeurs des rois de France, d’Angleterre, de Portugal , de Bohême, de Sicile, de Pologne et de presque tous les princes de l’Allemagne. Les décisions du concile de Pise furent énergiques. Les cardinaux y élurent le pape Alexandre V. Si le schisme ne fut pas entièrement étouffé, il reçut le coup mortel; l’Église vit dès lors briller des jours plus calmes.
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CATHÉDRALE
DE MILAN
LivANT une pieuse tradition , saint Barnabé jeta les premières semences de la foi dans la ville de Milan.
L’Évangile y compta bientôt de nombreux disciples, et l’apôtre en partit pour voler à de nouvelles conquêtes. Le sang des martyrs Nazaire et Celse, Fauste et Félix, Gervais et Protais , cimenta les fondements de l’Église naissante, qui ne tarda pas à prendre des accroissep ments extraordinaires, et brilla, dans la suite, d'un vif éclat. Pour en rappeler la gloire, ne suffit-il pas de nommer saint Ambroise , cet évêque courageux dont la douce éloquence fut comparée à un rayon de miel, et de dire que trente-trois de ses évêques méritèrent les honneurs de la canonisation? C’est à Milan
CATHÉDRALE
(jue l’èrc des [)erséeiitions lut close définitivement par la publication de l’édit de pacification émané de Constanfin, au commencement de l’année 313. Ce prince permet à la religion chrétienne, si longtemps proscrite, de cpiitter les souterrains obscurs des catacombes, et de déployer à la clarté du soleil la majesté de ses cérémonies. 11 ordonne (pie les liiens injustement confiscpiés durant les })ersécu lions seront restitués aux héritiers des martyrs, ou donnés aux établissements religieux. Pontifes et lidcles respirent en lilierté; la pure morale de l’Évangile est [irêchc^e sans obstacles, et cette seule tolérance en assure le triomphe; la civilisation du monde moderne prend son cours régulier \
L’histoire n’a pas moins admiré la conduite de Théodose pénitent (pie celle du César (pii planta la croix au sommet du Capitole. Se vaincre soi-même n’est pas moins difficile (pie de triomjiher d’ennemis armés. Le fait est universellement connu. Dans un mouvement de colère. Théodose avait condamné à mort les habitants de Thessalonicpie, (pii l’avaient insulté. Sejit mille personnes de toute condition, de tout âge, de tout sexe, arrosèrent de leur sang les rues de la ville, victimes de la vengeance impériale. Ce massacre effroyable jeta la consternation dans les cœurs : on se redisait en tremblant les tristes scènes de ce drame lugubre. Saint Ambroise ne put retenir ses larmes et son indignation; il écrivit à l’empereur une lettre où se
I lAiseh. , Hisf.j lih. X, cap. v. — Baionius, Annnl. nd nnnuni 313, tnin. III , pag. 74 , imm. 1-8.
DE Mll.AiN.
montrent à la fois et la termcté et la compassion Il lui reproelie son crime en termes énergicpies, mais sans mamiuer an respect du à la personne du souverain. Le dimanche suivant, révê(|ue de Milan, apprenant que le prince veut entrer à l’église et assister à l’office divin, s’arme d’iin saint courage et se présente devant lui, sous le portique du temple. « Oserez-vous, dit-il, étendre votre main encore fumante du sang innoceni |)our recevoir le corps de Jésus -Christ? » Théodose ne chercha point à se justifier. Sentant l’énormité de sa faute, il implora le pardon, en citant l’exemple du roi David. « Imitez dans sa pénitence, répliqua saint Ambroise, celui que vous avez imité dans sou péché. » L’empereur s’humilia et fit publiquement pénitence, laissant à la postérité un trait digne de n’être jamais oublié. Ce grand acte se passa dans le vestibule de la basiliipie rebâtie par saint Ambroise et consacrée le 19 juin 387 ; le même temple, en partie reconstruit par l’archevêque Anspert, de 868 à 881, restauré au viiC siècle, est aujourd’hui connu sous le vocable du docteur de Milan, dont les restes reposent sous l’autel principal, à coté des reliques des saints mailyrs Gervais el Protais. Les [)ortes de bronze sont probablement celles (pii furent fermées à l’approclie de ïhéodose. On y voit encore la chaire en marbre blanc où furent prononcées tant d’homélies élo- (pientes, et d’où descendirent les paroles inspirées cpii convertirent saint Augustin. Au fond de fabside se trouve aussi le trône épisco{)al en marbre, et sur les
1 s. Ambros.; episf. 31.
CATHÉDRALE
murs s’étalent de naïves peintures à fresque, où sont représentées en regard l’une de l’autre les villes de Milan et de Tours, avec de curieuses inscriptions relatives à l’antique tradition des deux illustres Églises: saint Ambroise assiste en esprit aux funérailles de saint Martin. Le même fait est reproduit dans un des vitraux de l’église métropolitaine de Tours
La cathédrale actuelle de Milan s’élève sur l’emplacement de l’église épiscopale primitive, que saint Ambroise, écrivant à sa sœur sainte Marcelline, appelle la grande hasiliqia^ neuve. Celle-ci subsista jusqu’au milieu du v*" siècle , et fut détruite vers 452 , lorsque le farouche Attila , après avoir ravagé les Gaules , la Pannonie, la Vénétie, pénétra dans les provinces septentrionales de l’Italie, qu’il mit à feu et à sang. Le Fléau, de Dieu voulait s’emparer de Home; il fut arrêté aux portes de cette ville par saint Léon le Grand. Cent vingt
1 Nous avons copié les inscriptions de l’église Saint- Ambroise de Milan. Elles sont peu connues et méritent d’étre publiées.
Du côté de l’Épitre.
ECCLESIA TURONICA.