‹ Les plus belles églises du mondeChapitre 28 sur 84 · MORS SUA DIGNA BONO FERTUR CELEBRATA PATRONO · texte numérisé non relu

MORS SUA DIGNA BONO FERTUR CELEBRATA PATRONO

SPIRITUS AMBROSll DUM FAMULATI R IBI.

Du côté de l' Evangile.

ECCLESIA MEDIOLANENSIS.

MARTINI IXTERITLM SACRIS OPERATES AD ARAS AMBROSIUS QUAMYIS DESTITUS INDE VIDET;

DUMQUE VIDET CORAM SPECTABILIS IPSE PARENTAT,

PRÆSENTEMQüE SIMUL FUNUS ET ARA CAPIT.

ÜE MILAN.

ans plus tard, l’invasion des Lombards ruina de nouveau les villes et les campagnes situées au pied des Alpes. L’anarchie fut si grande alors et les désordres si multipliés, que les historiens regardent le pillage et l’incendie comme le moindre des maux qui accablaient le pays. Chaque jour, en effet, on trouvait épars sur les routes, ou pendus aux arbres, les corps des personnages les plus considérables, sénateurs, illustres Romaines, évêques et abbés ‘ .

Le calme se rétablit enfin , les mœurs des l)arbares s’adoucirent, les plaines de la Lombardie se couvrirent d’une population industrieuse, et les cités se relevèrent pour atteindre un degré de prospérité inconnu jusque-là.

En 1075, la cathédrale de Milan fut rebâtie, à la •suite d’un violent incendie qui la réduisit en cendres. En 1162, elle fut démolie en partie par l’empereur Frédéric L’’, qui craignait de voir le clocher transformé en donjon de citadelle.

La première pierre du monument actuel fut posée par Jean Galéas Visconti, le 15 mars 1386. Ce prince aml)itieux ne recula ni devant le parjure, ni devant l’assassinat pour se rendre maître du Milanais. Grâce à la trahison , il s’empara de la personne de son oncle et de ses deux cousins, qu’il enferma au château deïrezzo, où ils moururent empoisonnés. Jamais le remords ne s’éteignit dans son âme. Au milieu des jouissances de l’ambition satisfaite, il entendait toujours une voix secrète qui lui reprocliait son crime. Vaincu par sa

< P;uil. Diac., lib. 11, cap. xxxi.

CATHÉl) RALE

conscience et désirant expier ses péchés, il fonda deux magnifiques églises en riionneiir de la sainte Vierge, (pie tons les siècles catholiques ont aimé à saluer du doux nom de Refuge des pécheurs et de Mère de miséricorde. Ces deux églises sont deux merveilles de Tari religieux ; la cathédrale de Milan et la chartreuse de Pavie. L’une est dédiée à la Nativité de Marie, Mariæ \usce7di ; l’antre à Notre -Dame -des -Grâces, Sauta Maria delle Grazie. ï.a chartreuse de Pavie passe pour être le pins beau monastère du monde.

Galéas Visconti eut de sa première femme, Isabelle de France, une fille nnicpie nommée Yalentine, et mariée à f.oiiis d’Orléans. Cette alliance est l’origine des droits (pie les princes français prétendirent à la possession du Milanais, lorsque le dernier Visconti, en 1Ü7, laissa pour seule héritière nue fille mariée à Sforza. Telle est la source des guerres (pii ensanglantèrent une riche contrée, on des milliers de Français trouvèrent leur tombeau.

En jetant les fondements de la cathédrale de Milan, le duc donna pour rexécution de l’œuvre, outre une somme d’argent considérable , les magnificpies carrières de marbre blanc de Candoglia, sur la route du Simplon , au delà du lac Majeur. On en tira tous les matériaux qui servirent à la construction de l’édifice. Le marbre de Candoglia est très-fin, et le temps lui donne une couleur légèrement jaunâtre agréable à l’œil. Suivant l’opinion la plus accréditée, le prince fit venir un architecte allemand , Henri de Gmiïnden , aiupiel il confia le soin de bâtir le monument d’après les principes de l’art

j)l: mii.an.

ogival, aloi’s peu coniiiis en Italie. Depuis longtemps déjà rarchitecture à ogives avait créé de nombreux chefs-d’œuvre en France, en Angleterre et en Allemagne. Sous la direction de l’habile maître allemand, l’église de Milan fut commencée dans des proportions qui en ont fait un des édifices les plus vastes de la chrétienté, et avec une richesse d’ornementation qui lui a mérité les éloges même des Italiens, bien qu’ils affectent d’estimer peu ce qu’ils appellent V architecture tudesque. A la suite de Henri de Gmünden , nous voyons paraîti’e plusieurs artistes nés au delà des Alpes, venant de France et des villes de Fribourg, d’Ulm et de Bruges. Nous devons citer ici les noms de Nicolas Bonaventure , [larti de Paris le 8 juin 1389, Jean de Ghampmousseux et Jean Mignot, en 1399; ces deux derniers étaient oi*iginaires de Normandie *. Les Italiens vinrent ensuite, et parmi eux nous remarquons le célèbre Brunelleschi de Florence. A l’Allemagne toutefois afipartient le [irincipal honneur du plan et de la construction du dôme de Milan. En 1486, Jean Galéas Sforza adressait une lettre aux magistrats de Strasbourg, les priant d’envoyer à Milan Hammerer, maître maçon de leur cathédrale, pour avoir son avis au sujet de la tour centrale, dont l’érection présentait de graves difficultés, et inspirait même de sérieuses inquiétudes pour l’avenir.

L’ouvrage avança lentement, faute de ressources;

< Giulini, Memorie spettonti alla sforia di Milano, tom. XI, pag. 458. — Emeiic David, Tableau historique de la sculpture française, cliap. v, pag. tl^ et 113.

CATHÉDRALE

aujourd’hui, après un travail de quatre cent soixantedix ans, on peut dire qu’il n’est pas entièrement achevé. Depuis plus de quatre siècles et demi , les échafaudages ont été constamment dressés le long des flancs du gigantesque édifice. Au commencement de notre siècle. Napoléon fit reprendre l’œuvre interrompue , et lui donna une vive impulsion, comme à toutes ses entreprises : la dépense faite par le gouvernement français en quelques années ne s’éleva pas à moins de trois millions cinq cent mille francs. On avait alors conçu le hardi projet d’élever un campanile de style ogival, dans des dimensions qui en eussent fait le rival des clochers les plus célèbres. Les ])lans furent dessinés par Cagnola et soumis à l’approbation de Napoléon ; envoyés à Moscou , ils disparurent dans les désastres de la campagne de Russie.

Si le plan de la façade principale fut dressé par les premiers architectes, il fut perdu de bonne heure; car, en io60, saint Charles Borromée, archevêque de Milan, chargea Pellegrini, surnommé Tibaldi, d’en faire le dessin et de terminer la nef. Cet artiste, sincère admirateur des œuvres inspirées par la renaissance italienne, imagina une composition dans le goût du temps , dont le moindre défaut est d’être en désaccord avec le reste du batiment. Pellegrini, en effet, s’efforça de flatter le regard par des ajustements recherchés et par des ornements délicats ; mais cette fine décoration disparaît au milieu des grandes lignes d’architecture. Ajoutons à cela qu’après la mort de saint Charles, Pellegrini fut mandé en Espagne par le roi Philippe II,

DK MILAN.

pour peindre rEscurial , et que la continuation de l’ouvrage fut confiée à des mains inhabiles. Castelli et Ricchino altérèrent les dessins de Pellegrini ; exagérant la manière de ce maître, ils chargèrent les portes et les fenêtres d’ornements superflus. Le marbre se prête aisément à l’exécution des broderies et des arabesques de la renaissance; mais le résultat, qui peut séduire le vulgaire, n’est aucunement propre à satisfaire les connaisseurs : une noble simplicité est le cachet des grandes œuvres; la richesse ne remplacera jamais la beauté. De vives discussions s’élevèrent au wif siècle et au xviii® , touchant le mérite de l’œuvre de Pellegrini et de ses successeurs. La conclusion fut que le style ogival devait remplacer la décoration moderne de la façade; en 1635, Carlo Buzzi proposa de faire les changements réclamés par le goût et par l’opinion publique. Le projet fut approuvé; mais il resta sans exécution. Un nouveau projet très- remarquable fut présenté par François Castelli; il échoua comme le précédent. Le temps se consumait en vaines disputes ; enfin, en 1790, on décida que la façade serait couverte d’un vêtement gothique, s’il est permis de s’exprimer ainsi , et que les ornements de Pellegrini seraient conservés. Il paraît que cette résolution ne satisfit pas pleinement ceux qui la prirent , car ils ordonnèrent que les motifs en seraient exprimés au public dans une inscription qui se voit encore gravée sur un des contre- forts.

Celui qui entre pour la première fois dans la cathédrale de Milan est fortement frappé de l’eflét imposant de l’ensemble. Le demi-jour qui règne à l’intérieur

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augmente l’impression qu’il éprouve à l’aspect d’une forêt de colonnes, des hautes arcades, des Ajoutes élancées, des statues sans nombre qui se montrent au sommet des piliers, des vitraux anciens, qui ont un éclat extraordinaire. L’édifice ne le cède en étendue (pi’à la basilique de Saint-Pierre de Rome. Il a la même longueur cpie le dôme de Florence , mais il le surpasse en largeur. La grandeur du vaisseau , les doubles bas-côtés, la forme originale des chapiteaux , l’éclat des murailles, les sculptures sans nombre étalées de toutes parts, la richesse du sanctuaire, la grandeur des fenêtres absidales, tout contribue à donner à ce monument un caractère majestueux. A ne considérer (pie les matériaux employés à l’exc^'cution de ce magnifique ouvrage, nulle église ne peut être comparée au dôme de Milan. On n’y voit que du marbre blanc; les murs, les piliers, les voûtes, le pavé, les combles, la couverture même sont en marbre blanc. Dans tout l’édifice on ne trouverait ]>as une seule pièce de bois : le marbre a été taillé de mille manières pour servir à tous les usages. Ajoutez à la richesse des matériaux la variété et la perfection du travail, qui en centuplent la valeur. On a calculé que les niches et les pinacles, à l’extérieur seulement, iTclament une population d’environ quatre mille cinq cents statues. On voit à présent, sans compter h's bas-reliefs, au moins trois mille statues mises en place. La figure de la sainte Yiei’ge domine l’édifice; elle est posée sur la plus haute aiguille de la coupole. Les images des anges, des saints et des saintes semblent former sa cour céleste.

DE MILAN

Le plan de Téglise métropolitaine de Milan est en forme de croix latine et à cinq nefs. La longueur totale est de cent quarante-neuf mètres quarante centimètres; ta largeur, de cinquante -huit mètres; la hauteur des voûtes , de quarante-sept mètres; l’élévation de la pyramide qui domine le dôme est de cent dix mètres. Les arceaux des travées reposent sur cinquante- deux piliers isolés, sans compter les colonnes et colonnettes engagées dans les murailles, qui servent de supports aux nervures des voûtes. Les piliers sont couronnés d’une guirlande de feuillages , au milieu desquels se jouent des enfants et des animaux. On remarque au-dessus une disposition originale : huit petites niches , répondant aux interstices des huit colonnettes groupées autour de chaque pilier, renferment des statues en marbre. Ces espèces de chapiteaux ont été dessinés par Filippino de Modène, dans la grande nef. Cet arrangement, dont on ne retrouve nulle part ni le modèle ni la copie , a été beaucoup trop vanté : il est en désaccord avec les principes de la bonne architecture. 11 en résulte une interruption dans les lignes que rien n’explique ni ne motive. Les connaisseurs blâment également les peintures de la voûte, qui représentent des nervures multipliées à l’infini. Cette inutile décoration nuit à l’eflèt grave des voûtes gothiques. Ce n’est pas, d’ailleurs, par la pureté des détails que se distingue la cathédrale de Milan. Le style ogival, si remarquable dans le centre de l’Europe* par un ensemble plein d’élégance et d’harmonie, si correct dans les lignes, si régulier dans la décoration, régi par des procédés si bien réglés,

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qu’on en peut suivre avec certitude toutes les évolutions, n’a jamais été importé en Italie dans sa perfection, ni à Milan, ni à Florence, ni à Pise, ni à Sienne, où l’on trouve cependant de curieux édifices à ogives.

Le ^0 octobre 1577, saint Charles Borromée fit la dédicace solennelle de l’église de Milan. Cette cérémonie fut célébrée avec une pompe extraordinaire. En tout ce qui concerne la religion , saint Charles déploya constamment une munificence digne d’un souverain. I.es villes où il résida quelque temps montrent des monuments de sa générosité. Les principaux ornements du chœur de la cathédrale furent exécutés par ses ordres. A l’entrée de la crypte, on voit gravé en grosses lettres le mot hcmilitas , Jnmiilité , devise de ce grand saint, issu de l’illustre famille des Borromée, descendant })ar sa mère des Médicis, neveu du pape Pie IV, nommé archevêcpie de Milan à l’age de vingttrois ans, cardinal du titre de Sainte-Praxède, orné des dons du génie et de l’éducation , possesseur d’une immense fortune, comblé de toutes les faveurs que les hommes envient. Tout le monde connaît son héroïque dévouement durant la peste de Milan. Il mourut a Page de quarante-six ans; et celui qui avait pris pour devise V humilité , repose aujourd’hui , au milieu d’une chapelle souterraine dont les murs sont recouverts de bas-reliefs en or et en argent, dans une chasse de vermeil enrichie de pierreries. On voit le corps du saint archevêque à ti'avers de riches panneaux transparents de cristal de roche; il est vêtu des ornements pontificaux; sa tête, coiffée de la mitre précieuse, s’appuie sur un coussin d’or. En

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