‹ Les plus belles églises du mondeChapitre 29 sur 84 · IG · texte numérisé non relu

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présence de ce saint personnage, dont la mort a respecté les traits, comment oublier les services qu’il a rendus à l’Église, le rétablissement de la discipline ecclésiastique, et ces immortels discours synodaux où respirent une tendre piété, une sagesse inspirée, un zèle ardent pour le salut des âmes?

Dans l’église, on distingue, au milieu de quantité de tombes sculptées, celles de Jean -Jacques Médicis, marquis de Marignano, mort en J 555; du cardinal Frédéric Borromée, neveu de saint Charles; du cardinal Cajetan , de deux archevêques de la puissante famille des Yisconti, d’André Mercati, et du cardinal Caracciolo, gouverneur de Milan , mort en 1538. Derrière le chœur est la statue colossale de saint Barthélemy. Cet apôtre, dans son martyre , fut condamné à être écorché vif ; c’est en cet état qu’il a été représenté. Le sculpteur Marc d’Agrate, fier de son œuvre, se compare à Praxitèle dans une inscription curieuse, imitée d’une épigramme de l’Anthologie grecque :

NON MF. FINXIT PRAXITELES, SED MARCUS AGRATES.

Cette statue est, dit-on, un chef-d’œuvre d’imitation anatomique; mais cette ressemblance, qui aurait son mérite dans une école de médecine, en fait, dans une église, un objet d’effroi et de dégoût. arbre de la Vierge est beaucoup moins célèbre que cette statue; il est digne d’être connu davantage. C’est un magnifique candélabre à sept branches , en bronze doré , formé de charmants rinceaux gothiques entremêlés de statuettes

CATHEDRALE

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dessinées avec une .grâce naïve; la figure de la sainte Vierge tenant l’enfant Jésus sur ses genoux , au milieu de la tige principale et au centre d’un riche enroulement de feuillages, explique cette admirable composition allégorique du XIII® siècle \

Parmi les pièces du trésor de la cathédrale qui méritent d’être mentionnées, nous citerons un calice en ivoire d’une forme élégante et d’un travail délicat : c’est une œuvre du xix® siècle; deux statues en argent, enrichies de pierreries, représentant saint Ambroise et saint Charles; deux diptyques du Bas-Empire ; un évangéliaire manuscrit du ix® siècle, avec une couverture en métal ornée d’émaux. Mais à côté de ces objets, dont l’étude charme l’antiquaire, se présente un spectacle propre à causer la plus vive émotion. Du haut de la flèche élancée qui surmonte le dôme, la vue s’étend sur un horizon immense. A a os pieds se déploie une ville populeuse, arrosée par deux belles rivières, l’Adda et le Tessin, assise majestueusement au milieu d’une plaine fertile. Vers le nord et l’est, le sommet des Alpes se découpe sur le ciel azuré en lignes brisées, portant jusqu’au-dessus de la région des nuages des crêtes couvertes de neiges éternelles; d’un autre côté, les Apennins se prolongent en ondulations vaporeuses. Nous poussâmes un cri d’admiration en contemplant ce magique tableau, (jue tout contribue à embellir.

I Ce candélabre a été posé en 15G2 sur un piédestal de marbre de Sienne, couvert de fines sculptures. M. Victor Petit Ta dessiné pour les Annales archéologiques dirigées par M. Didron. Voy. tom. XII et suiv.

DE MILAN

Les vallées, entrecoupées de canaux, ornées d’arbres vigoureux et de vignes qui s’élancent en festons d’un arbre à l'autre, montrent çà et là des bourgs, des villages et de riantes maisons. Partout la terre répond aux soins du cultivateur intelligent, et rend au centuple la semence qui lui a été confiée. Ajoutez à ce paysage enchanteur le prestige des souvenirs historiques. A travers les défilés des montagnes, vous voyez paraître et se mouvoir successivement cent peuples divers qui se disputent la conquête des riches campagnes d’Italie : Gaulois , Romains , Carthaginois , barbares venus de tous les pays du Nord, Lombards, Allemands, Français, Espagnols! En descendant de ce belvédère unique au monde, prions la Vierge auguste, dont la statue s’élève au-dessus de nos têtes, de protéger cette contrée, et de la mettre à l’abri de nouveaux orages !

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D’AMIENS

A cathédrale d'Amiens est la plus belle cathédrale de France : c’est le chefd’œuvre de rarchitecture à ogives.

L’ordonnance générale de l’édifice est admirable ; les proportions en sont habilement calculées, de manière à satisfaire pleinement l’œil, la raison. L’art de bâtir au moyen imaginé, n’a rien exécuté de plus complet. La nef surtout est sans rivale. Cet éloge ne paraîtra pas exagéré à ceux (pii ont visité les grandes églises gothiques de la France, de l'Angleterre et de l’Allemagne , où l'architecture est moins parfaite ou moins avancée qu’à la cathédrale d’Amiens. Si quelques monuments étrangers la surpassent en étendue, c’est un mérite qui ne suhit pas

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pour racheter l’infériorité du plan ou la médiocrité de l’exécution. « La cathédrale d’Amiens, dit M. Violletle-l)uc, comme plan et comme structure, est l’église ogivale par excellence. » A considérer seulement les dimensions, Notre-Dame d’Amiens présente une étendue gigantesque. Le plan, y compris les piles extérieures, couvre une surface de huit mille mètres environ. A Reims, la cathédrale occupe une surface de six mille six cent cinquante mètres; à Bourges, de six mille deux cents mètres; à Paris, de cinq mille cinq cents mètres L r.a supériorité du monument fondé par Evrard de Fonilloy et conçu par Robert de Luzarches, consiste principalement dans la justesse merveilleuse qui règne entre l’effet de l’architecture et les moyens employés pour l’obtenir. On ne voit point ici ces artifices de construction qui étonnent le vulgaire, trop souvent aux dépens des bons principes; ni cette lourdeur dans les masses, signe évident de rincertitude des procédés; ni cette légèreté excessive, résultat de l’inexpérience, qui prend la témérité pour la hardiesse. Tout est soumis aux règles sévères du calcul; rien n’est laissé au hasard; un génie souple et prudent a tout prévu, (ont pesé, tout réglé d’avance. Instruit par fobservation des modèles, à Noyon, à Laon, à Saint -Denis, Robert de Luzarches met à profit les essais de ses devanciers, sans se laisser séduire par les brillantes innovations (|ui trompèrent.

1 Viollet-le-Duc, Dictionnaire de V arcidtecture française, tom. II, p. 328. La cathédrale de Cologne, lorsqu’elle sera achevée, couvrira une surface de huit mille neuf cents mètres environ, neuf cents mètres de plus que celle d’Amiens.

quelques années plus tard, le maître de l’œuvre de Beauvais. Il ne sacrifie pas les règles consacrées par le temps à la tentation d’en créer de nouvelles, et, semblable en cela aux ])oëtes et aux orateurs de génie, en restant fidèle aux lois déjà connues des arts libéraux, il découvre des beautés inconnues.

De nos jours, celui qui désire connaître les progrès de rarchitecture à ogives, afin de mieux apprécier le mérite du monument d’Amiens, doit examiner d’abord les charmants édifices bâtis à Angers et en Touraine sous le règne des Plantagenets. Existe- t-il quelque pari rien de plus élégant, de plus léger, que la grande salle de l’hôpital Saint- Jean à Angers, que la nef do l’église Saint- Martin de Cande, ou le chœur de Saint-Germain de Bourgueil? Ces édifices étaient bâtis avant la fin du xii^ siècle. Peut-on supposer qu’ils restèrent ignorés des architectes des autres provinces de France? Lorsipie Philippe- Auguste, au commencement du xiiP siècle, réunit à la couronne les domaines confisqués sur les rois d’Angleterre de la maison d’Anjou, les monuments de ce genre étaient nombreux et renommés. La chronologie exige donc qu’ils soient placés en tête des ouvrages où l’observateur reconnaît les signes manifestes du changement opéré dans l’architecture. C’est une nouvelle preuve en faveur de l’opinion qui tient, avec raison, ([lie les premiers édifices à ogives ont été élevés en France. L’emploi de l’ogive comme système et non comme accident, avec les voûtes hardies qui caractérisent ce système, était déjà commun chez nous, tandis qu’en Angleterre on suivait encore les leçons données

CATHÉURALE

par les Normands de la conquête, et que sur les bords du Rhin on érigeait les belles cathédrales appelées byzantines par les archéologues allemands.

On a démontré récemment, dans de savants écrits, (pie Notre-Dame d’Amiens avait exercé la plus grande influence sur des édifices de premier ordre, tels que les cathédrales de Cologne, de Beauvais, de Limoges, de Narbonne, qu’un antiquaire français appelle les plies de la cathédrale d'Amiens. Le même auteur n’a pas été aussi heureux lorsque, adoptant d'une manière trop absolue l’idée de certains écrivains imbns des maximes de l’école historique moderne, il soutient que l’archilecture ogivale est le produit de l’esprit laïque émancipé par l’établissement des communes, délaissant l’architecture romano-byzantine, résultat des traditions monastiques. J.a fausseté, ou du moins l’exagération de cette théorie, ressort clairement de ce fait, (pie l’époque de l’aliandon des traditions ecclésiastiques fut celle de la décadence complète des arts. Le xvi*' siècle, (pii donna le signal de la liberté religieuse, ne fut-il pas stérile précisément dans les [lays où f indépendance fut proclamée avec le plus d’enthousiasme? L’émancipation de la pensée, pour employer l’expression à la mode, n’a-t-elle pas éteint l’inspiration artistique, et ne voyons- nous pas de nos propres yeux l’amour et le sentiment des beaux-arts baisser, aussi bien que le génie (pii en produit les créations brillantes, chez les peuples où l’on se glorifie hautement d’une entière liberté d’esprit, de pensée, de conscience et d’action? ï.e spectacle de ce qui se passe autour de nous est assez

D’AMIEXS.

significatif; la seule source des nobles inspirations n’est elle pas celle des traditions religieuses, toujours féconde, toujours abondante?

Fondée vers la fin du iiF siècle, comme la plupart des cathédrales de France, l’église primitive d’x\miens était loin d’offrir la magnificence qu’elle étale aujourd’hui. F]lle fut rebâtie plusieurs fois à la suite d’incendies qui la réduisirent en cendres, notamment â l’époque de l’invasion des Normands, vers 850, en 1019 et en 1107. A la fin du xF siècle, le diocèse d’Amiens avait à sa tête un évêque instruit et entreprenant , ami des lettres et des arts. Guy de Ponthieu releva de ses ruines l’abbaye jadis bâtie à l'endroit où saint Martin partagea son manteau avec un pauvre , et habitée par des religieuses du temps de saint Grégoire de Tours. L’ancien monastère fut transformé en collégiale , et des clercs y furent placés en 107 3. Guy de Ponthieu composa un long poëme sur la prise de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant. Les succès étonnants du duc de Normandie, dont quantité de seigneurs français, plus braves que riches , secondèrent les exploits et partagèrent la fortune , étaient un sujet digne de la poésie épique : mais les Achilles ont été moins rares que les Homères !

En 1218, le tonnerre tomba sur la flèche de la cathédrale et mit le feu aux charpentes. L’embrasement s’étendit avec une effrayante rapidité. Tout secours fut inutile; l’édifice entier s’écroula dans les flammes. Evrard de Fouilloy était alors évêque d’Amiens. Distingué par sa naissance , non moins que par ses qualités person-

nelles, Evrard comptait au nombre de ses parents Guillaume de Joinville, archevêque de Reims. C’était un prélat instruit, riche et zélé. Il entreprit de rebâtir son église, et choisit pour architecte Robert de Luzarches, maître maçon, suivant l’expression du temps, capable de comprendre et d’exécuter ses projets. Des ressources considérables furent amassées en peu de temps; aussitôt que les plans furent prêts, on se mit à l’œuvre. En 1220, la première pierre fut posée, au milieu des plus vives démonstrations d’allégresse. La cité picarde donna libre cours à son enthousiasme. Jamais espérances, il faut le dire, ne furent plus légitimes et mieux appuyées; si les projets étaient magnifiques, les moyens de les réaliser ne l’étaient pas moins. Les travaux s’ouvrirent par la nef; le chœur de rancicnne église servit à la célébration de rofhce divin. Déjà le bâtiment s’élevait à une certaine hauteur, (juand Evrard de Fouilloy fut emporté par une mort inopinée. Une tombe en bronze recouvrit ses restes : ouvrage admirable, conservé jusqu’à nos jours, et (pii montre (jue l’art de fondre les métaux était plus avancé alors en France (pi’en aucun pays du monde L Ce beau monument a été dérangé du lieu qu’il occupait (l’al)ord, et jilacé à l’entrée de la nef. Geoffroy d’Eu, successeur d’Évrard, eut aussi une tombe de bronze, sur laquelle « il gît en cuivre, tout de son long, relevé en bosse , » suivant l’expression naïve de l’auteur des Antiquités d’Amiens. En 1302, un autre sarcophage non moins précieux fut érigé à la mémoire de Guillaume

^ Émpiic David, Histoire (te la srulptiire française.

D’AMIENS

de Maçon. L’évêque est revêtu de ses habits pontificaux ; sa statue en bronze était couchée sur un tombeau orné d’émaux et de bas-reliefs. Ce tombeau, dit un vieux chroniqueur, « est artistement émaillé de figures, et la devanture est relevée de personnages élaboiirez L » Geoffroy d’Eu , à peine monté sur le trône épiscopal , confia la direction de l’œuvre de sa cathédrale à un autre architecte, nommé Thomas de Cormont. L’impulsion donnée au début ne se ralentit pas. Le trésor était pourvu de sommes considérables; les dons affluaient de tous côtés; chacun rivalisait de zèle et de libéralité. Huit ans à peine s’étaient écoulés depuis la pose des fondements, et les murs de la nef s’élevaient jusqu’à la naissance des grandes voûtes. En 1228, Renault de Cormont, fils du précédent, continua l’entreprise et présida aux œuvres de maçonnerie durant de longues années. En 1237 mourut Geoffroy d’Eu. Les dépenses de la cathédrale n’avaient pas empêché cet évêque de construire l’hôpital d’Amiens, confié à huit religieuses qui vivaient sous la règle de Saint-Augustin. Innocent IV approuva, en 1234, cette institution, qui fait honneur à la piété du xnf siècle : humble mais touchant prélude à l’œuvre des sœurs de Charité, qui, sous des habits différents, remplissent le monde catholique de la bonne odeur de leurs vertus , et étonnent le schisme et l’hérésie par leur dévouement héroïque. L’Église catholique n’at-elle pas toujours donné des signes de sa fécondité divine? Selon le besoin des temps, l’Esprit de Dieu fait

< De la Morlière, Antiq. d’Amiens , p. 210.

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germer et ileiirir des vertus extraordinaires dans des âmes d’élite appelées à exercer une sainte influence sur une province, un royaume, la chrétienté entière, nonseulement pendant une courte vie d’homme, mais encore pendant des siècles. Ces âmes privilégiées sont saint Benoît, saint Bruno, saint Bernard, saint Dominique, saint François, saint Ignace de Loyola, saint François de Sales, saint Vincent de Paul, et ces légions de pontifes, de prêtres, de religieux et de vierges, que nous honorons comme nos patrons et nos modèles !

Après Geotfroy d’Eu , l’évêque Arnoult recueillit l’héritage d’Évrard ; mais, plus heureux que ses prédécesseurs, il eut le plaisir d’achever la nef, et de voir, au centre du transsept, s’élancer une tour en pierre surmontée d’une flèche en charpente. Les chapelles de l’ahside furent terminées à la même époque. « Cet évesque, dit Adrien de la Morlière, estoit origénaire d’Amiens, fort débonnaire et de grande estude. » Prélat d’une activité prodigieuse, également habile dans les sciences divines et humaines, d’une piété tendre qui rehaussait encore la douceur de son caractère, trèsappliqué à tous les devoirs qu’impose la charge pastorale, Arnoult s’acquit des titres nombreux à la reconnaissance de ses diocésains. Le développement de sa cathédrale le força de transférer ailleurs l’hôpital fondé et doté par son prédécesseur. 11 mourut en L247. Dès l’année 1^40, les travaux se ralentirent; les ressources ne répondaient pas à l’ardeur de l’évêque : elles furent vite épuisées, à cause de l’empressement qu’il montra au commencement de son épiscopat.

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Gérard de Concy fit peu pour son église, dont le trésor était appauvri. D’autres affaires d’ailleurs absorbèrent ses soins. Deux ans après son élévation sur le siège épiscopal d’Amiens, il était en terre sainte, en compagnie du roi saint Louis. Notons cependant que les ateliers ne furent jamais abandonnés. Si les ouvriers étaient moins nombreux qu’auparavant, on poursuivait avec courage, quoique lentement, les labeurs, objet de l’attention générale. Chaque jour apportait une pierre à l’édifice. Un malheur imprévu faillit arrêter tout. Un incendie dévora la charpente des chapelles absidales en 1258. La galerie au-dessous des hautes fenêtres du chœur n’existait pas encore; on voit aujourd’hui les traces de l’incendie au-dessous des premières assises du triforium. Cet accident servit à stimuler le zèle. En 1269, le chœur était fini, puisque l’évêque Bernard d’Abbeville faisait poser les vitraux aux fenêtres. La date de cet événement si important dans l’histoire de la cathédrale d’Amiens , écrite sur une des verrières, a été copiée par les savants auteurs du Gallia christiania :

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