‹ Les plus belles églises du mondeChapitre 30 sur 84 · BERNARDIJS EPISC. ME DEDIT. M. CG. LXIX · texte numérisé non relu

BERNARDIJS EPISC. ME DEDIT. M. CG. LXIX

Vingt ans plus tard, Guillaume de Mâcon mit la dernière main au grand ouvrage d’Évrard, de Geoffroy, d’Arnoult et de Bernard. H termina les détails laissés imparfaits ou ajoutés au chœur et au chevet. Tout était entièrement fini en 1288, sauf les tours du grand portail et les balustrades du chœur et de la nef, qui portent le cachet du xiv® siècle.

Bernard d’Abbeville put jouir du fruit de tant de sacrifices. Sa cathédrale, après un demi -siècle d’efforts

CATHÉDRALE

persévérants, offrait aux regards émerveillés cet ensemble qui n’a cessé depuis d’exciter l’admiration de tous. Le plan primitif a été changé seulement par l’addition des chapelles latérales le long des ailes de la nef; il est en forme de croix latine. La longueur totale, hors œuvre, est de cent soixante-deux mètres, et, dans œuvre, de cent quarante-cinq mètres; la largeur, à l’intérieur, est de trente-deux mètres; la nef principale seule a quatorze mètres soixante centimètres de largeur; la longueur du transsept est de soixante-deux mètres; la hauteur des voûtes est de quarante-deux mètres cinquante centimètres.

Quand on franchit pour la ])remière fois le seuil de cette basilique, l’esprit ressent la plus vive et la plus agréable impression. Le monument n’a rien perdu de son caractère originel. Le marteau révolutionnaire en a respecté les ornements, et la mode, mille fois plus destructive que le tenqjs et les révolutions, n’y a introduit aucun changement important. Si le faux goût du xviii*' siècle y a laissé des traces, on peut aisément les effacer. De nombreux tombeaux recouvrent toujours la dépouille mortelle des personnages qui reposent à roml)re des autels en attendant la résurrection glorieuse. Le fanatisme ou la cupidité n’a pas remué la cendre des morts. De curieux tableaux du Puy- Notre- Dame, pieuse association établie en riionneur de la sainte Vierge, en décorent les murailles. Le chœur est entouré d’une charmante clôture en pierre ornée de bas-reliefs, et garni de stalles sculptées, la merveille du genre.

La réputation des stalles de la cathédrale d’Amiens

D’AMIENS

est universelle. Qui n’a entendu vanter ces magnifiques chaires, au nombre de cent vingt, dont les miséricordes, accoudoirs, panneaux, hauts-dossiers, dais, pyramides et pendentifs, sont richement historiés de sculptures, selon l’usage du temps? Arnoul Boulin , maître menuisier d’Amiens, fut chargé de l’entreprise en 1508; on lui adjoignit, l’année suivante , Alexandre Huet, maître menuisier de la même ville, afin de hâter l’exécution de l’ouvrage, qui menaçait de traîner en longueur. Antoine Avernier, tailleur d’images, fut chargé des sculptures et histoyres des sellettes. Le nom d’un simple ouvrier est aussi arrivé jusqu’à nous. Jean Trupin s’est représenté taillant une image; sous l’appui d’une stalle on lit l’inscription suivante :

3an ^ruçin, Bifu tf çourDotc!

Les maîtres menuisiers ne négligèrent rien pour répondre aux désirs du chapitre qui les avait choisis. Mais si leur main était adroite et exercée, si leur ciseau patient ne connaissait aucune difficulté, c’étaient, sans doute , des artistes peu versés dans les connaissances de la théologie positive et la mysticité. Comment alors expliquera- t-on la composition de cette nombreuse série de bas-reliefs représentant les traits historiques ou allégoriques de l’Ancien et du Nouveau Testament relatifs à la sainte Vierge? N’est-ce pas l’œuvre de clercs habiles? En elïct, quatre chanoines furent désignés par le chapitre pour diriger et surveiller les huchiers et tailleurs d’images. C’est à eux que revient l’honneur

CATHÉDRALE

(lu choix et de la disposition des sujets empruntés à l’histoire ou à la légende. Leur intelligence dirigeait réellement la main des sculpteurs. Ainsi se montre l’intervention du prêtre dans la décoration savante et mystique des églises. Si nous sommes étonnés aujourd’hui des connaissances profondes que supposent les légendes des vitraux symboliques du moyen âge, c’est que nous regardons seulement la main du peintre, et que nous oublions l’influence et l’action du prêtre. Les artistes d’autrefois étaient-ils tous docteurs ès sciences, pâlissant sur les écrits du Maître des Sentenees, initiés aux secrets de l’école? Pas plus qu’aujourd’hui; seulement ils trouvaient tout simple de recourir aux ecclésiastiques quand ils avaient à exécuter une œuvre où devait présider la science ecclésiastique.

Les célèbres boiseries d’Amiens furent terminées vers 1522. Elles sont en chêne, et le temps leur a donné une couleur foncée propre à faire ressortir les délicatesses du travail. Par bonheur, elles ont échappé au sort de tant d’autres précieux ouvrages de menuiserie; ni la peinture ni le badigeon ne les ont jamais souillées. En plusieurs endroits on voit les armoiries d’x\drien de Hénencourt, doyen du chapitre à l'époque où s’exécutait ce chef-d’œuvre. Le compte de dépense des notaires du chapitre nous a été conservé; les frais se montèrent à la somme de neuf mille quatre cent quatrevingt-dix-huit livres onze sols trois deniers, somme énorme et qui équivaudrait à cent cinquante mille francs environ de notre monnaie actuelle.

Cinq ans après l’achèvement des stalles, le 15 juillet

D^AMIENS

152 7, la foudre détruisit le clocher central. Le feu prit avec une violence extrême à la charpente, qui était couverte en plomb. L’incendie menaçait les toits du grand comble. Bravant le danger, augmenté par une pluie de gouttes de plomb fondu , de courageux halutants d’Amiens réussirent à en arrêter les progrès. Le désastre se borna à la ruine de la tour et de la flèche élégante qui la couronnait. Un nouveau clocher, commencé en 1529 par deux charpentiers picards, Louis Cordon et Simon Taneau, fut terminé en 1533 : il a cent trente mètres de haut depuis le pavé de l’église jusqu’au sommet de la croix, et soixante mètres à partir de la base de la tlèche. La décoration extérieure de ce clocher en fait une œuvre d’art : on y distingue huit statues colossales représentant Notre-Seigneur, la sainte Vierge, saint Jean- Baptiste, saint Pierre, saint Paul, saint Jacques le Majeur, saint Firniin, premier évêque d’Amiens, et sainte Ulphe. Ces figures sont montées sur des colonnes, en guise de [liédestaux, qui se rattachent au corps du clocher à l’aide de légers arcs-boutants. Plus haut, des anges portent les instruments de la passion. Parmi les ornements, on aperçoit des salamandres, emblème du roi François LL

Le frontispice de la cathédrale d’Amiens produit un effet imposant. Les renfoncements des trois voussures , avec des statues, des statuettes, de belles moulures et l’accompagnement ordinaire de dais, pinacles, fleurs et feuillages, est une conception originale et pittoresque. Il faudrait de longues pages pour en donner la description exacte. L’aspect des grandes statues, qui semblent

CATHÉDRALE D'AMIENS

garder les abords du temple, est vraiment saisissant. La figure du Christ domine cette vaste composition.

L’artiste a sculpté dans une série de médaillons de charmants bas-reliefs allégoriques. L’imagination n’a rien inventé de plus ingénieux. Ici, la Charité donne un manteau à un pauvre; là, l’Avarice renferme des sacs dans un coftre-fort; plus loin, l’Espérance chrétienne , sous la figure d’une femme modeste tenant un étendard surmonté de la croix , est placée en regard du Désespoir, représenté sous les traits d’un homme qui se perce d’une épée et tombe à la renverse. Un guerrier tient en main un bouclier orné de l’image du lion , symbole du Courage; un homme qui jette son épée à terre et prend la fuite devant un lièvre personnifie la Lâcheté. La Discorde ne saurait être mieux indiquée que par deux hommes qui se battent; à leurs pieds gît une cruche renversée , pour montrer que les querelles sont souvent les suites de l’Ivrognerie.

Le portail Saint-Honoré, au milieu de la plus riche décoration, possède une magnifique statue de la sainte Vierge, digne des grands maîtres. La Vierge soutient l’enfant endormi; à ses pieds, un ange joue du rebec ou violon à trois cordes. L’image de la Mère de Dieu est le symbole de l’Espérance. Marie est la reine des anges, le secours des chrétiens, le refuge des pécheurs. Le plus bel édifice gothique est consacré à son honneur; le nom seul de Notre-Dame d’Amiexs rappelle à la fois et la toute-puissante protection de Notre-Dame et la merveille de l’architecture du moyen âge.

*NUTHE-DAME DE CllAHTKES.

NOTRE-DAME

DE CHARTKES

A cathédrale de Chartres est bâtie sur une légère éminence. Les clochers qui en surmontent le portail , construits l’un en H 45, l’autre en 1507, dominent au loin les plaines fertiles de la Beauce, véritable grenier de la capitale et du nord de la France. Longtemps avant d’apercevoir les maisons de la ville , on découvre la pointe de ces flèches élancées, justement célèbres à cause de l’élégance et de la hardiesse de leur construction. La croix s’élève jusque dans la région où se forment les orages, comme un signe de clémence et de pardon.

Depuis un temps immémorial, la sainte Vierge, mère de Dieu , reçoit un culte particulier et de fervents hom-

NOTRE-DA ME

mages dans son magnifique sanctuaire de Chartres. Là aussi, par une sérié de merveilles, la Mere de la divine grâce s’est plu à faire éclater la puissance de son intercession. Qui eut recours à Dieu par l’entremise de Marie sans voir exaucer sa prière? Aujourd’hui , comme le poëte du xiiC siècle auteur du poëme U Miracles Notre-Dame, la reconnaissance nous fait un devoir de répéter :

Cfiecims iliso^'t : Dame lionorée.

Qui Diex poiias en tes saiiicls lianes, Comme il emploie bien son temps Qui de bon cuer te sert et prie , Douce Dame, saincte Marie C

Stiivant une naïve légende qui eut cours durant de longs siècles, les druides, chefs de la religion des Gaulois, dont rétablissement principal était situé dans le pays Chartrain, attendaient le salut d’une vierge mère, et ils lui avaient dressé un autel avec le titre : viRGixi PARiTüRÆ. La gfotte celtique et l’autel mystérieux, lorstpie, en effet, le salut eut été apporté au monde par la Vierge, fdle de David et de Jessé, firent place à une chapelle dédiée à la sainte Vierge, mère du Christ, et au temple auguste dont la grandeur, la richesse , la majesté, la décoration pompeuse, sont célèbres dans l’univers! La pieuse légende de Chartres n’est pas entrée dans l’histoire; mais, comme d’autres qui se rattachent à l’origine de plusieurs monuments construits

1 Bibliothèque de la ville de Tours, ms. n» 260.

CHARTRES

en riioimeur de Marie, elle témoigne de la dévotion de nos ancêtres. Telle est la légende romaine relative à la fondation de l’église Sainte - Marie in Ara Cœli. « Dans le temple de Jupiter Capitolin , l’empereur Auguste, après avoir consulté en vain l’oracle d’Apollon, vit le ciel ouvert, et sur l’autel, au milieu d’un cercle d’or, une vierge d’une beauté ravissante, tenant un enfant entre ses bras. Une voix disait : « Ilœc ara Filii J)ei est, C’est ici l’autel du Fils de Dieu. » Au sommet du Capitole, à l’endroit où les superstitions païennes possédaient un asile qui semblait à jamais inviolable, nous voyons actuellement l’autel de celle qui a vaincu la superstition et riiérésie. Dans un curieux recueil de Cancellieri , on lit un récit qui n’est pas sans analogie avec la légende de Chartres. Le temple de la Paix fut construit par Auguste en mémoire de la paix donnée au monde à la suite de la victoire d’Actium. Lorsqu’il fut achevé, l’empereur, désireux de savoir combien de temps il subsisterait, consulta l’oracle, qui répondit : « Quoadusque virgo pariat, Jusqu’à ce qu’une vierge enfante. )» Les Romains reçurent ces paroles comme une promesse d’immortalité ; mais durant la nuit où le Sauveur naquit à Bethléhem, ce superbe édifice s’écroula subitement, et demeura depuis enseveli sous ses ruines L

Ces poétiques narrations, qui charmaient la piété simple de nos pères, ne méritent pas une pleine con-

1 Cancellieri, Notte e festadi Natale, cliap. xxxviii. — Baronius, Annal, ad ann. 1, iium. xi. — Surins, tom. VI.

NOTRE-DAME

fiance, sans doute, mais il y règne un ton de candeur qui attire et captive. On respire, pour ainsi dire, en les lisant, un parfum qui réjouit le cœur, et qui s’est répandu jusque dans les noëls, ces chants jadis si populaires, petits poëmes rustiques où l’on célèbre, en termes parfois grotesques, la gloire et les joies de la maternité divine.

La ville de Chartres dut sa principale réputation au pèlerinage fameux qui attirait dans ses murs les fidèles de tonte la chrétienté. On y accourait pour vénérer la tunique de la sainte Vierge, précieuse relique donnée à Charlemagne par l’empereur de Constantinople, et déposée ensuite par Charles le Chauve dans la cathédrale de Chartres. Les habitants, pleins de confiance en la protection de la Vierge , lui donnèrent le titre de Dame de Chartres, la reconnaissant ainsi pour souveraine, et se déclarant ses sujets et vassaux fidèles. Ils regardaient le vêtement de lin jadis à son usage comme le palladium de leurs remparts; leurs monnaies en portaient l’image \ et les dévots pèlerins ne manquaient pas de se procurer de petites médailles ou pièces de métal qui en gardaient l’empreinte. La relique de la Vierge était conservée dans une châsse d’or garnie de perles et de pierreries \

La sainteté des prélats qui gouvernèrent le diocèse de Chartres ajouta un nouveau lustre à une église si privilégiée. Plusieurs des grands dignitaires de la cou-

* Voyez Monnaies au type chartrain M. Ét. Cartier, d’Amboise. 2 En 1793, la révolution s’empara du reliquaire d’or.

en AKTRKS.

ronne n’hésitèrent [)as à quitter les honneurs et les jouissances du pouvoir pour venir s’asseoir sur le siège épiscopal de Chartres. Des évêques, aussi remarquables par leur science que par leur piété , remplirent la charge honorable de légats du saint- siège, et travaillèrent avec force au triomphe des sages réformes que Rome opérait en France. Divers conciles furent célébrés à Chartres. Nul ne fut aussi important que celui de 1146. En quittant Vézelay, où fut décidée la croisade et où saint Bernard déploya tant d’éloquence, Louis le Jeune, roi de France , les principaux prélats et seigneurs du royaume, se réunirent à Chartres pour régler le voyage et l’expédition de terre sainte. Beaucoup d’évêques assistèrent à cette assemblée ; saint Bernard y parut encore , et tel était l’ascendant de son génie , qu’on résolut unanimement de le mettre à la tête de la croisade. L’abbé de Clairvaux était doué des plus éminentes qualités. Esprit lucide, cœur généreux, noble caractère, orateur entraînant , écrivain fécond , il possédait Fart difficile de commander aux hommes et de se faire obéir. C’était un homme bien supérieur à Pierre l’Ermite , et, il faut le dire, supérieur à ses contemporains. Mais riiumble moine comprit que sa place n’était pas à la tête des armées , qu’il figurerait mal au milieu des chevaliers et sur un champ de carnage : il refusa, sans qu’aucune instance ébranlât sa résolution L Le roi de France prit le commandement de cette expédition bril-

‘ Ou peut voir à ce sujet la belle lettre ([u’il écrivit au pape Eugène 111. Inter Epist. S. Bernard., ep. 250.

NOTRE-DAME

lante, qui eût été couronnée de succès si les avis de saint Bernard eussent été mis en pratique par ces milliers de soldats indisciplinés. La plupart des guerriers de la croisade périrent victimes de leurs propres désordres et de la perfidie des Grecs.

Depuis sa fondation jusqu’à nos jours, la cathédrale de Chartres a suhi liien des cliangements. A diverses reprises elle devint la proie des flammes, notamment vers 858 , époque de l’invasion des Normands ; en 962 ou 973, pendant la guerre entre Thibault le Tricheur et llichard, duc de Normandie; en 1020, sous l’épiscopat de Fulbert; et en 119 4, suivant le témoignage de Jean le Marchant , poète du xiiF siècle , auteur du poëme français intitulé ; Livre des miraeles de Notre-Dame de Chartres \ Après chacun de ces désastres , elle sortit de ses cendres plus belle qu’auparavant. Les princes se faisaient un devoir de concourir à la construction de ce sanctuaire renommé. A la prière de Fulbert, les rois de France, d’Angleterre et de Danemark, le comte de Chartres, le duc de Normandie, le duc d’Aquitaine, et (piantité de seigneurs, fournirent des sommes considérables. Aussi l’œuvre entreprise par Fulbert tit-elle si grand bruit, que beaucoup d’historiens ont attribué à cet évêque la construction du monument actuel. Avant de gouverner l’Église de Chartres, Fulbert avait été le disciple du savant Gerbert, [>ape sous le nom de Sylvestre IL Suivant quelques auteurs, il fut chancelier de France. On a justement vanté la pureté de sa doctrine.

< Ce poëme a été publié pour la première fois en 1855.

cil ART R CS.

l’étendue de ses connaissances, son zèle pour l’observance de la discipline ecclésiastique, la piété qui respire dans ses écrits, son goût pour la liturgie et les pompes du culte. Malgré son activité, il mourut avant d’avoir achevé sa cathédrale, le 10 avril 1029. On lui doit les cryptes, ouvrage vraiment remarquable, propre à faire honneur à sa mémoire. Thierry suivit les traces de son [)rédécesseur ; mais la mort ne lui permit pas de jouir du fruit de son travail. Lorsqu’il rendit le dernier soupir, le 16 avril 10 48, le bâtiment était loin encore d’être complet, puisque nous voyons, en 1088, la princesse Mathilde, veuve de Guillaume le Conquérant, faire exécuter en plomb la couverture du principal corps de l’ édifice.

En 1155, le portail occidental et le clocher vieux furent terminés. C’est à cette époque que les populations du pays Chartrain et des provinces voisines donnèrent un si bel exemple de dévouement , en contribuant à ra>ancement des églises dédiées à la sainte Vierge. Le souvenir en a été conservé à la postérité dans une lettre de Hugues, archevêque de Rouen, adressée à Thierry, évêque d’Amiens, en 1145. Ce document curieux a été publié dans le tome YI des Annales bénédictines. Nous nous faisons un devoir de reproduire l’analyse (jii’en a donnée le savant abbé Lebeuf L

1 Mercure de France, juin 1739 , p. 1297 et siiiv. Plusieurs écrivains modernes ont emprunté quelques lignes à la notice écrite par Lebeiif , aucun ne l’a rapportée en entier. Nous croyons que le lecteur nous saura gré de l’avoir extraite du recueil assez rare où elle est, pour ainsi dire, enfouie et ignorée.

NOTRE-DAME

« L’archevêque de Rouen écrit qu’on avoii vu depuis peu les hommes à Chartres s’aviser de tirer eux -mêmes les chariots et toutes les voitures nécessaires pour le bâtiment de la cathédrale , et que même il s’étoit opéré des miracles en ces sortes de labeurs, entrepris par dévotion : que ceux du diocèse de Rouen, munis de sa bénédiction, avoient été à Chartres travailler de la même manière , et , à leur exemple , les peuples des autres diocèses de Normandie. Ces voyages et ces travaux s’entreprenoient avec de saintes dispositions. On ne partoit point sans s’être confessé et sans s’être réconcilié; ainsi les procès étoient alors assoupis. La troupe des pèlerins se créoit un chef, et c’étoit lui, lorsqu’on étoit arrivé à Chartres, (pii donnoit le rang de chacun pour tirer tel ou tel chariot; et, ce qui est admirable, ces travaux se faisoient en silence, et ceux qui étoient partis malades s’en retournoient guéris. Haimon, abbé de Saint- Pierre- sur-Dive, au diocèse de Séez, écrivit vers le même temps, à certains Anglois, cpi’on avançoit par le même moyen l’édifice de son église, qui avoit été interrompu depuis bien des années. Les gentilshommes mêmes de Normandie et les femmes travaillèrent à voitiirer le vin, le bled, riuiile, la chaux, les pierres, les bois. Ils étoient, dit-il, (pielquefois plus de mille à tirer un chariot, tant hommes que femmes, et cela se faisoit avec un humble silence. Si dans les lieux de station quelqu’un ouvroit la bouche, c’étoit pour se dire pécheur ou criminel. Si quelqu’un s’offroit pour travailler, sans avoir auparavant pardonné à son ennemi, les prêtres rejetoient son offrande.

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<( Il parle des guérisons miraculeuses qu’il avoit vues s’opérer dans ces occasions , de l’invocation qu’on y faisoit fréquemment de la Mère de Dieu , et il ajoute une merveille qui paroîtra incroyable, c’est qu’un jour, ceux qui tiroient un de ces chariots étant arrivés a un endroit qu’on appelle le port Sainte -Marie , les Ilots de la mer s’arrêtèrent tout à coup. Il paroît que ces travaux ne se faisoient que dans la belle saison ; la nuit , on mettoit des cierges sur les chariots qui environnoient l’église, et là on veilloit en chantant des hymnes et des cantiques.

« Haimon atteste, comme l’archevêque de Rouen, que c’étoit à Chartres que cet usage nouveau avoit pris son origine, et que de là il s’étoit étendu presque par toute la Normandie, surtout à l’égard des églises du titre de la sainte Vierge. »

Voilà comment plusieurs de nos basiliques du moyen âge furent construites. On comprend pourquoi ces immenses édifices s’élevaient comme par enchantement. Mille bras se consacraient, par un sentiment plus fort que tous les obstacles, supérieur aux intérêts mondains, aux plus pénibles travaux , aux occupations les plus humbles. Les ennemis de l’Église n’ont pas manqué de dénaturer les faits. Ils prétendent que ces magnifiques ouvrages sont le produit des sueurs et du sang du peuple. Les corvées, disent -ils, usaient les forces et dégradaient l’esprit par des travaux excessifs et des privations barbares. L’archevêque de Rouen et l’abbé de Saint-Pierre, témoins et écrivains contemporains, à l’aide de deux mots, font évanouir ces déclamations

NOTRE-DAM E

injustes. Il ne faudrait pas croire, cependant, que le salaire payé aux ouvriers à l’époque où se bâtissaient les cathédrales, au xiv'" siècle par exemple, fût aussi petit, en réalité, qu’il le paraît à première vue. Si les ouvriers qui taillaient les pierres pour la cathédrale de Sens ne gagnaient que dix-huit deniers par jour, et les manœuvres un sou seulement , il faut noter qu’à la même éj)oque le boisseau de froment, à Sens, coûtait deux sous quatre deniers. Chacun sait que le prix du blé, nourriture principale de la population en France, est le meilleur terme de comparaison pour trouver la valeur réelle du salaire h Ainsi tombent les préjugés contre le clergé du moyen âge. Les ouvriei’s de Sens et les serfs, « gens taillables et corvéables à merci, » sur le sort des(juels on s’apitoie si vivement en maudissant la dureté de leurs maîtres, étaient -ils plus à plaindre (pie les ouvriers de nos jours? Ainsi tombe également radmiration troj) facile qu’on a montrée pour les bâtisseurs (ré(/liscs; tous ii’eurent pas la dévotion des ouvriers |)èlerius de (Chartres ou de Séez; la plupart travaillaient sans enthousiasme et se faisaient payer à beaux deniers comptants. L’histoire ne marche pas toujours d’accord avec la poésie.

L’édifice de Chartres étonnait par la beauté des pro-

1 Le Loisseau de blé, mesure du chapitre de Sens, pesait trente-six livres, et contenait a peu près vingt -trois litres La livre de vingt sous équivaut à trente-six francs quatre-vingt-cinq centimes de notre monnaie actuelle. Par conséquent, au xiv*^ siècle, le boisseau de froment coûtait à Sens trois francs vingt-huit centimes; la journée d’un ouvrier gagnant dix -huit deniers lui rapportait un peu plus de deux francs soixante-quinze centimes, et celle du maiiŒMivre lui rapportait environ un franc quatre-vingt-cinq centimes.

CIIAUTKES.

portions et la mapjiiificence de l’arcliitecture, lorsqu’en 1191 il fut dévore par les flammes \ Cette catastrophe excita d’unanimes regrets ; mais bientôt on se mit en mesure de la faire oublier. Chartres fut encore témoin des prodiges qui avaient édifié le monde au milieu du xiC siècle. L’art de bâtir subissait alors une transformation qui a laissé son empreinte sur une foule de monuments du premier ordre. Les antiques éléments, que le génie des architectes avait modifiés pour les approprier à de nouvelles idées, subissaient un changement remarquable. Le xi*" siècle avait agrandi le plan des églises, et adopté une ordonnance majestueuse et pittoresque à la fois, en prolongeant les lias-côtés autour de l’abside ; le \\f siècle avait inauguré l’emploi systématique de l’ogive, et découvert le secret de bâtir les voû tes ogivales , si légères , si solides et si élégantes ; le xiiC siècle montra une prédilection marquée pour l’ogive , pour les hautes arcades et les vastes fenêtres traversées de frêles meneaux. Les ornements reçoivent alors un cachet original. La statuaire, en particulier, est en progrès; et si les peintures murales disparaissent presque partout, les tableaux brillants des vitraux les remplacent. L’art du dessin, surtout dans l’architecture et la sculpture de décoration, atteint son apogée. Dans l’antiquité, à la renaissance et dans les temps modernes, on a fait de cet art séduisant des applications différentes.

1 Ce fait important, qui dissipe tous les doutes sur le temps où fut hàtie la majeure partie de la cathédrale de Chartres, a été mis eu lumière dans les notes de MM. R. de Mianville et Chasles, placées à la suite du poënie de Jehan le Marchant, édité par M. G. Duplessis. Chartres et Pnri.<!, 1855,

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niais non plus parfaites. Pour s’en convaincre, il suffît d’examiner la cathédrale de Chartres. Nulle part le crayon de l’artiste n’a été conduit avec plus d’esprit et de goût ; nulle part on ne trouvera des formes plus agréables, mieux finies. Précision dans les lignes, souplesse dans les contours, variété et distinction dans le choix des ornements, grandeur de conception, simplicité d’exécution, harmonie dans l’ensemble, noblesse dans les détails, rien n’y manque.

La longueur de l’édifice, à l’intérieur, est de cent trente-deux mètres; la largeur, de trente-quatre mètres trente centimètres; la hauteur des voûtes, de trentecinq mètres. Le transsept a soixante -cinq mètres de longueur, et quatorze mètres de largeur. L’étendue des dimensions, non moins que l’ordonnance du bâtiment, produit un vif sentiment d’admiration dans l’esprit de celui qui visite pour la première fois le monument de Chartres. La nef, composée de sept arcs à ogive, les ailes qui se prolongent autour de l’abside, les galeries supérieures , la foret de colonnes (pii soutiennent les voûtes et les arceaux, les vitraux peints, les rosaces et les hautes fenêtres, tout concourt au même effet. A cet aspect imposant, on comprend aisément pourquoi Notre- Dame de Cliartres jouit d’une renommée si populaire : tous sans exception, savants ou ignorants, en pénétrant à l’intérieur de cette église, sont émus involontairement.

Les cryptes ou les saints lieux souterrains étaient jadis l’objet d’une vénération particulière. Les pèlerins se pressaient en foule autour de la chapelle de la Sainte- Vierge, à l’endroit même oii la légende place la grotte

CHARTRES

consacrée à la Vierge qui doit enfanter fVirgini pariturœ J. De nombreux ex-voto, témoignages de reconnaissance, étaient suspendus aux murs, dont ils faisaient le plus bel ornement. La statue de la Vierge remontait à la plus haute antiquité; la simplicité des formes, due à l’enfance de l’art, semblait prouver que cette figure était l’ouvrage des premiers âges du christianisme. Elle était assise dans une espèce de. fauteuil, et tenait sur ses genoux l’enfant Jésus bénissant de la main droite et tenant un globe de la main gauche. C’était probablement une de ces curieuses statues dites byzantines, comme on en retrouve encore quelques-unes en France et en Italie, modèles de naïveté, images graves et voilées, non dépourvues de grâces, et répondant assez bien à l’idée que nous devons avoir de la Mère de Dieu.

Le faux goût du xviiF siècle occasionna des changements non moins regrettables que les ruines dues à la barbarie. Le maître-autel, refait en 1520, était entouré de colonnes en cuivre portant des statues d’anges en cuivre doré; au-dessus, on admirait une charmante statue de la sainte Vierge en argent. En 1766, on prit la résolution de le remplacer par un autel imité de celui que Louis XIV fit exécuter à Notre-Dame de Paris, et de le couronner d’un groupe en marbre de même style. Ce projet, loin d’avoir des contradicteurs, ne rencontra que des apologistes , tant le gothique était alors dédaigné. Ainsi disparut , sous une surabondance d’ornements modernes, funité de style et de décoration, condition essentielle de toute œuvre d’art. Le jubé fut démoli, et Bridan fut chargé de sculpter le groupe représentant

NOTRE-DAME

l’Assomption de la sainte Vierge, ([iii n’a pas moins de six mètres d’élévation sur quatre mètres trente centimètres de largeur; les figures ont trois mètres de haut. Cet ouvrage a été l’objet d’éloges et de blâmes également outrés. Ce n’est ni un chef-d’œuvre de premier ordre, ni une composition sans mérite. A l’exemple des vrais artistes, animés d’une passion vive pour les créations de leur génie, Bridan resta deux ans et demi à Carrare, en Italie, près des carrières de marbre, cherchant quatre blocs de dimensions convenables, qui fussent sans défaut, d’un grain fin et pur, d’une blancheur sans tache; sa patience fut récompensée. Les basreliefs en marbre blanc placés au-dessus des stalles et encadrés dans des bordures de marbre bleu turqiiin, sont dus au ciseau du meme artiste.

I.a clôture du chœur est ornée de sculptures et de lias-reliefs d’un genre bien différent. Les connaisseurs en admirent rarchitecture, la disposition, la richesse et la variété. Les principaux traits de l’Évangile relatifs â Notre-Seigneur et à la sainte Vierge, y sont représentés dans un grand nombre de tableaux surmontés de pyramides et de fines découpures gotliicpies. I.a plupart des figures sont l’œuvre de Jean ïexier, qui commença ce travail en lo i 4, et mourut en io2 9.

Les vitraux peints de la cathédrale de Chartres ne sont pas inférieurs aux verrières les plus vantées, telles que celles de Bourges, de Tours, du Mans, ou de la Sainte -Chapelle à Paris. Ils représentent des traits historiques tirés de la Bible, des saints, des figures symboliques, des personnages célèbres bienfaiteurs de

CHAKTRES.

l’église, (les écussons armoriés; on y distingue aussi des scènes relatives aux corporations d’arts et métiers. L’œil de l’antiquaire reconnaît dans ces curieuses peintures la continuation des traditions romano- byzantines. Les peintres restent fidèles aux préceptes des vieux maîtres, et continuent d’imiter les œuvres qui couvrent les murs intérieurs des églises bâties aux \f et \ié‘ siècles. Dans les vitraux du xuf siècle, comme dans les fresques antérieures \ les personnages principaux sont dessinés d’après un type facile à reconnaître, et avec des signes de convention que tout le monde distingue et comprend. Les ornements, rarchitecture, fagencemenl , appartiennent à un style plus ancien, sauf de légers changements qui ne sont pas toujours un progrès. Il faut le dire, la peinture, au xuf siècle, n’a point suivi â pas égaux la marche de la statuaire. Celleci, jusque-là dans l’enfance, timide, inexpérimentée, déploie alors une vigueur, une hardiesse, un caractère qui nous étonnent. Au lieu de statues à peine ébauchées, roides, sans mouvement et sans vie, nous voyons s’animer sous le ciseau le marbre et la pierre, et luire les premiers rayons du sentiment. La pose est naturelle, les draperies sont simples et bien ajustées; l’expression , but suprême de l’art, brille sur les visages.

Si les vitraux de Chartres égalent en mérite les meilleurs travaux du même genre, les statues des porches latéraux leur sont bien supérieures. Elles paraissent être

1 Les peintures murales exécutées aux et xu« siècles sont quelcfuefois a fresque, a /mon fresco, comme disent les Italiens, et très - souvent à la détrempe.

iNOTRE-DAME.

lin peu plus anciennes que les statues si vantées de la façade de l’église métropolitaine de Reims, auxquelles elles ne le cèdent en rien. Nulle part, à la même époque, pas même en Italie, terre classique des beaux-arts, la sculpture n’a rien produit de plus remarquable. Dans riiistoire de l’art moderne, l’œuvre de Chartres, comme celle de Reims, doit occuper une des premières pages. Peut-on concevoir quelque chose de plus splendide que le porche méridional de l’église de Chartres, orné de centaines de grandes statues, surtout lorsque toutes ces statues étaient peintes et dorées? Le temps et les injures des saisons ont altéré les riches couleurs de pourpre et d’azur dont on aperçoit encore quelques vestiges; mais la plupart des statues ont traversé les siècles sans accident. Sur le trumeau de la porte centrale est représenté Jésus-Christ tenant en main le livre des Évangiles; il est accompagné des apôtres. Dans le tympan se déploie, en une multitude de petits groupes, la scène imposante du jugement dernier, suivi de la séparation des justes et des pécheurs. Les élus, placés à droite, vont jouir des joies du paradis; les damnés, à gauche, sont précipités dans le goidfre de l’enfer. Sur le fronton extérieur, la sainte Vierge, entourée d’anges, domine l’entrée du temple, dont elle est la patronne. Les portes latérales du même porche sont dédiées à saint Étienne, premier martyr, et à saint Martin, évêque de Tours. Bien loin de pouvoir décrire toutes les statues (jui décorent le porche méridional , nous ne pouvons même pas en indiquer les plus remarquables. Il en est de même pour celles du porche septentrional et de la façade

CIIAUTUES.

principale. Ces dernières, qui datent du xii** siècle, flattent moins les yeux que les précédentes; elles sont également précieuses pour les antiquaires et les connaisseurs.

La cathédrale de Chartres, sauf quelques parties accessoires, était arrivée, vers le milieu du xiii*" siècle, à l’état de perfection qu’elle offre encore à notre admiration. Après de longs et pénibles travaux , ce noble batiment fut consacré solennellement, par Pierre de Maincy, le 17 octobre 1260. Rien ne fut omis de ce qui était propre à relever cetle imposante cérémonie. Le roi saint Louis s’y employa personnellement avec zèle; il obtint du pape Alexandre IV concession d’indulgences en faveur de ceux qui assisteraient à la dédicace, ou qui visiteraient l’église depuis cette fête jusqu’à celle de Noël. Le souverain pontife étendit cette grâce aux anniversaires de cette dédicace, à perpétuité. Faut-il s’étonner du concours de pieux fidèles que la dévotion envers la sainte Vierge attirait en outre dans cette vénérable basilicpie? Trente -quatre ans après la mort de saint Louis, on y vit entrer en grand appareil de guerre, entouré de chevaliers et suivi d’une foule innombrable et joyeuse , Charles de Valois , qui venait au nom de Philippe le Bel, son père, offrir à Notre-Dame de Chartres, en signe de reconnaissance, l’armure que le roi portait à la bataille de Mons-en- Puelle, gagnée sur les Flamands le 18 août 1304. Philippe de Valois imita cet exemple. Après la victoire éclatante qu’il remporta à Cassel le 23 août 1328, il vint lui-même à Chartres. Les historiens racontent qu’il entra dans la cathédrale

.N 0 K E - D iV M E .

revêtu de rarmure et monté sur le cheval (lu’il avait à la bataille. Le roi, suivant son vœu, présenta l’un et l’autre devant l’autel de la Sain te -Vierge, et les racheta ensuite pour une somme de mille livres h Louis XI était dévot à Notre-Dame de Chartres. Louis XII doit être compté })armi les bienfaiteurs du monument. A la suite de l’incendie allumé par le tonnerre le 26 juillet Io06, qui brûla le clocher en bois et faillit envahir toutes les charpentes, le roi s’empressa d’envoyer une somme assez considérable. Le cardinal Georges d’Amboise, dont le nom se raltache à toutes les grandes œuvres d’art au commencement du xvC siècle, seconda les intentions du prince, dont il fut constamment le ministre intelligent et dévoué. L’évêque René d’Illiers et le chapitre de Chartres donnèrent de grosses sommes d’argent. Alors s’éleva cette llèche en pierre, ouvrage de Jean Texier, objet de l’admiration des voyageurs , à cause de la hardiesse de la struclure et de la délicatesse des ornements. Le vieux clocher est d’une architecture plus sini[)le, mais non moins savante.

Parmi les princes qui visitèrent l’église de Chartres, nous ne devons pas omettre François Henri III, et surtout Henri IV, qui y fut sacré par l’évêque Nicolas de Thou, le 27 février Io9 i. On fit venir, pour cette cérémonie, la sainte ampoule de Marmoutier, parce que la ville de Reims était au pouvoir des ligueurs. Louis XIII vint à Chartres jusqu’à trois fois. Anne d’Autriche fit le même pèlerinage, en action de grâces pour

Snuchcf, îfisf. W.9. rie Chartres.

cil A UT R ES.

la naissance du prince (jui devait plus lard être appelé Louis le Grand.

La charpente des grands combles, appelée la forêt de Chartres, passait pour la merveille du genre. Elle fut consumée eu 1836, par un incendie effroyable. Les efforts de la ])opulation furent impuissants à en arrêter les progrès; le plomb qui couvrait les toits, fondu par la chaleur, coulait en pluie de feu, arrêtant Lélan des hommes les plus intrépides. La charpente fut entièrement brûlée. L’édifice heureusement fut sauvé. La Providence a voulu qu’il subsistât en témoignage du génie chrétien de nos pères et de leur piété envers la Mère de Dieu î

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SllNT-ÉTIENNE

DE IJOURCrES

’ ÉGLISE métropolitaine de Bourges doit son origine à saint Ursin, qui prêcha l’Évangile aux habitants du Berri vers le iniliéu du ni® siècle.

Le zèle de l’apôtre produisit des fruits abondants ; les fidèles songèrent bientôt à élever un temple et à célélirer les cérémonies du culte chrétien dans le sein de la cité. Connaissant les sentiments de Léocadius, qui commandait dans les Gaules au nom de l’empereur Décius, et qui appartenait Il à la famille d’Épagate de Vienne, l’avocat des premiers chrétiens, ils lui envoyèrent des députés à Lyon, où il résidait, pour lui demander, moyennant une juste indemnité, une des salles de son j)alais. En cette circonstance, Léocadius donna une preuve sensible

SAINT-ÉTIENNE

de son inclination pour le christianisme : non-seiilemeni il accueillit favorablement la supplique des citoyens de Bourges, mais encore il refusa les trois cents pièces d’or qu’on lui olïrait. « Il ])rit cependant trois pièces d’or, dit saint Grégoire de Tours, afin que le droit des chrétiens ne pût être contesté dans la suite. » Suivant la tradition, cette église fut dédiée à saint Etienne, [)remier martyr.

L’édifice consacré par saint Ursin ne subsista pas longtemps. Soit (pi’il fût trop petit pour la foule des chrétiens, soit que, bâti avec précipitation, il menaçât de tomber en ruine, il fut rebâti un siècle environ ajirès, grâce aux libéralités de saint Palais, neuvième évê({ue de Bourges. Saint Grégoire de Tours fait un grand éloge de cette église, « construite, dit-il, avec un ai’t merveilleux. » Saint Fortunat de Poitiers en vante les colonnes élégantes et les riches ornements. A en juger par le récit de ces deux écrivains, c’était un des monuments les plus remanjuables du temps. Le plan était conforme, sans doute, à celui des basiliques romaines. Un double rang de colonnes séparait la nef des ailes; l’abside, tournée vers l’orient, était précédée d’un transsept. Telle était la forme des églises dont parle saint Grégoire de Tours, et les documents historiques les plus anciens nous apprennent que les édifices religieux reçurent dès le commencement cette ordonnance, que les âges suivants respectèrent toujours. Plus lard, la basilique de saint Palais fut renfermée dans l’intérieur des remparts de la ville, à la fin du iv"' siècle, époque à hupielle la plupart des cités imporfanles de la Gaule

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