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renommés, où se pressaient de jeunes étudiants venus de tous les pays chrétiens. C’est là que Guillaume de Champeaux attirait autour de sa chaire maîtres et disciples, séduits par le charme de son éloquence, et (pi’Abélard se préparait aux luttes de la parole, qu’il jiréféra aux luttes de l’épée. Là encore, Louis le Jeune |)assa les années de son adolescence dans les exercices de la religion et de la science, vivant dans l’Église (( comme sur le sein d’une mère. »
A peine monté sur le trône épiscopal, Maurice de Sully résolut de rebâtir sa cathédrale : il en exécuta les premiers travaux , suivant le texte de l’inscription gravée sur sa tombe. Le génie de cet évêque était hardi juscpi’à l’audace, aucune difficulté ne l’effrayait. Dès le début de l’entreprise, il traça le plan dans les vastes j)roportions, à peu |)rès, (pii nous étonnent aujourd’hui, lant les grandes pensées lui étaient naturelles et comme lamilières. Maurice de Sully savait bien (pie son œuvre occu|)erait plusieurs générations d’hommes, il ne douta pas de l’avenir. J.orsqu’il ferma les yeux, en 1196, le chœur était sur le jioint d’être achevé, puisqu’il laissa cin(| mille livres jiour le couvrir en plomb. La première pierre avait été posée, en 1163, ]>ar le jiape Alexandre 111, alors réfugié en France pour échapper aux factions qui ensanglantaient Rome et l’Italie; le maître-autel fut consacré, en 1 18!2, par Henri, légat du saint -siège, et, en 118o, Héraclius, patriarche de Jérusalem, venu à Paris pour prêcher une troisième croisade, officia solennellement dans le chœur.
Eudes de Sully n’épargna ni peines ni dépenses pour
PARIS
rontiiiuer rœiivre de son prédécesseur. La façade prinri[)ale cependant ne fut achevée (|iie sons l’épiscopat de Pierre de Nemours, cpd gouverna le diocèse de Paris depuis 1208 jusqu’à 1219. Les portails latéraux furent bâtis a[)rcs, et une inscription sculptée sur le soubassement du portail méridional de la croisée atteste (ju’en 1257 maître Jean de Chelles commença cet ouvrage en l’honneur de la Mère de Dieu. Saint Louis régnait à cette époque , et Renaud de Corbeil occupait le siège do Paris.
Telle est l’iiistoire abrégée de la construction de Notre-Dame de Paris. Avant la tin du \uf siècle, elle était entièrement linie selon les plans primitifs. Ces plans ne comportaient pas de chapelles le long des ailes de la nef, disposition généralement adoptée dans les édilices de la première épo(|ue de rarchitecture ogivale, et (pi’on retrouve encore à Chartres et à Reims. Vers 1270, Jean de Paris, archidiacre de Soissons, laissa cent li\res tournois pour servir à bâtir les chapelles latérales de Notre-Dame, qui s’élevaient entre les contre-forts de la nef. Le chanoine Pierre de Fayel donna deux cents livres pour aider à sculpter les histoires de la clôture du chœur, commencées par maître Jehan Ravy, et finies par maître Jehan le Bouteiller, en 1351. L’édifice était alors complet, entouré des dépendances nécessaires à une catliédrale, telles que le palais épiscopal, la salle capitulaire, le trésor des reliques, vases sacrés, joyaux et ornements sacerdotaux, le cloître, la bibliothèque, les écoles, l’Hotel-Dieu, les tribunaux ecclésiastiques. Représentons-nous par la pensée la magnificence de cette église
NOTlUi-DAME.
enrichie par les rois et les princes, les évêques, les chanoines et les l)oiirgeois de Paris. Tontes les fenêtres sont p^arnies de vitraux peints; le jnl)é étale ses ornements sans nombre; le chœur est entouré de stalles scnlj)tées en j)erfection ; le [)avé du sanctuaire est formé de marbres précieux on de dalles historiées; le maîtreautel, accompagné de colonnes en cuivre, est chargé de chasses d’or et d’argent où l)rillent les pierreries. Aux jours de fête, les murs disi)araissent sous des tentures précieuses : ces tentures d’or et de soie, d’un j)ri\ inestimable, variaient suivant la couleur liturgique de la fête, ha llamme des cierges, durant la nuit de l’Assomption de l’année 1^18, ayant mis le feu aux lentiires (pii tapissaient le chœur, en brûla pour une valeur de plus de (piarante-cinq mille francs en (jiieUpies heures. Cet accident montre à (jnel degré ce genre de magnificence était porté au commencement du xnC siècle ; ce (pii nous inonlre, jiour le dire en passant, comment les traditions anciennes avaient été gardées scrupuleusement. Sous le règne de Charlemagne, les tapisseries étaient en vogue; les cathédrales et les grandes églises monastiipies en étaient abondamment pourvues. Des peintures murales rempla(;aient cette décoration somptueuse dans les églises pauvres, et il faut convenir que ce système était jilus conforme au gont de ranti(|uité et mieux apjiroprié à l’effet de rarchitecture.
Nulle part, excepté à Rome, le culte divin n’était célébré avec jilus de pompe qu’à Notre-Dame de Paris. If appareil des cérémonies, le chant, l’ordre, étaient parfaits. Le pavé de l’église était jonché de fleurs et
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d’herbes odoriférantes, usage qui s’est conservé jusqu’à nos jours dans la capitale dn inonde chrétien. An xin*" siècle, les prieurs de l’archidiaconé de Josas étaient obligés de fournir ces herbes aromatiques; deux siècles pins tard, on se contentait de ré])andre sur le sol de l’herbe tirée des prés de Gentilly. Les dimanches ordinaires, de la paille remplaçait les fleurs et les plantes choisies. Personne alors n’avait de siège dans l’église : les infirmes seuls avaient la permission d’en apporter. Plus d’un lecteur sera tenté de sourire en pensant à la simplicité de nos aïeux, qui se contentaient d’étendre de la paille jusque dans les édifices les plus somptueux et les sanctuaires les plus fréquentés; qu’il n’oublie pas que c’était alors un luxe qui se voyait dans le palais des rois. Ce genre de tapis agrestes fut en usage jusqu’au xvC siècle. La paille du palais royal, chaque fois qu’elle était renouvelée, était donnée aux hôpitaux et aux écoles. « Pour le salut de notre àme et de l’ânie de nos ancêtres, dit le roi Philippe -Auguste, et dans des vues de pitié, nous accordons pour l’usage des pauvres demeurant à l’Hôtel -Dieu de Paris, situé devant l’église Notre- Dame, toute la paille de notre chambre et de notre maison de Paris, toutes les fois que nous quitterons cette ville pour aller coucher ailleurs. »
L’histoire de Notre-Dame se lie en mille occasions à l’histoire de la monarchie française. Il faudrait des volumes entiers pour contenir le simple récit des solennités nationales, des baptêmes de princes, des mariages et des funérailles des rois, des traités de paix qui furent célébrés en cette église. A chaque avènement, le non-
NOTRI'M)AM E.
veau monarque venait dans ce temple auguste déposer sa couronne aux pieds de Celui qui juge les peuples et les rois. Avant de combattre, il y demandait la protection du Ciel pour ses armes; et dans la gloire du triomphe il s’y rendait pour offrir d’humbles actions de grâces au Dieu des armées. Les étendards pris sur les enuemis de la France étaient suspendus en trophées aux galei'ies du chœur; mais, par un sentiment de délicatesse toute française, les drapeaux conquis sur les champs de bataille ne restaient pas dans l’église durant la paix. Enfin il ne se passait aucun événement remar- ({uable sans que la population parisienne, les princes â sa tête, marchât en foule vers la cathédrale, ou les |)rières de la religion se mêlaient sans cesse aux plus graves intérêts de la patrie.
Nous n’omettrons pas de mentionner ici un usage supprimé on 147!2. Jusque-là les médecins, ou physiciens, la plupart ecclésiastiques, tenaient leurs réunions à Notre-Dame. Ils s’assemblaient autour des bénitiers pour délibérer en commun ou avoir leurs conférences scientifiques : c’étaient les séances de l’Académie de médecine du temps. Les malades les attendaient sur le parvis ou sous la tour méridionale. Parfois les consul- (ations dégénéraient en tumulte. Médecins et infirmes furent éloignés du lieu saint, les pansements et les ordonnances se firent ailleurs, de manière à ne pas troubler l’office public et à ne pas scandaliser les fidèles qui venaient prier.
Sons le règne de saint Louis, le avril 1229, le comte de Toulouse, fiaymond VU, fut absous du crime
PA lus.
(l’iiérésie dans l’église Notre-Dame. Il avait encoiini, en outre, les censures de l’Église, pour avoir prêté main -forte aux Albigeois, dont les doctrines monstrueuses sapaient les fondements de la société religieuse et de la société civile. Le comte s’avança en habits de pénitent, en chemise et les pieds nus. Le légat le reçut an bas de l’autel, et lui donna l’absolution. Les peuples étaient édifiés et satisfaits de voir ces actes de sévérité de la part de l’autorité spirituelle, et d’humiliation pour la violence des seigneurs temporels. Quelques esprits forts du siècle en étaient choqués : témoin le chroniqueur Guillaume Puylaurens, qui disait : (( C’estoit pitié de voir un si grant homme, lequel par si long espace de tems avoit pu résister à tant et de si fortes nations , conduit nu, en chemise, bras et pieds découverts , jusqu’à l’autel. » De nos jours on se révolte à ce seul souvenir. « Princes et peuples, dit M. Eugène de la Gournerie, ont trouvé la verge trop dure; ils l’ont lirisée, et Dieu leur a envoyé la verge des révolutions L »
En 1302, les états généraux du royaume se réunirent à Notre-Dame, sur la convocation de Philippe le Bel. Deux ans après, en 1301, le même roi gagnait contre les Flamands la célèbre victoire de Mons-en-Puelle. Philippe le Bel, heureux et fier d’un si plein succès, entrait à cheval à Notre-Dame pour en remercier Dieu. En mémoire de ce fait, et en signe de reconnaissance , la statue équestre du prince fut placée par son ordre près de la chapelle de la Sainte-Vierge. Le roi était représenté
1 Uistoirp dp Porh et de se.<{ monument.<i , p. 24t>.
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armé de toutes pièces, la visière du casque baissée, vêtu d’une tunique semée de fleurs de lis : le cheval était couvert d’une housse armoriée.
A l’entrée de l’église fut érigée, un siècle plus tard, une autre statue non moins remarquable : c’était une statue colossale de saint Christophe, exécutée aux frais d’Antoine des Essarts, frère de Pierre des Essarts, le célèbre prévôt de Paris. Pierre des Essarts, engagé dans les violentes ([uerelles d’ Armagnac et de Bourgogne, fut décapité aux halles, après y avoir fait décapiter Jean de Montagu, son prédécesseur. « Prévôt de Paris, lui disait un jour le duc de Bourgogne, Jehan de Montagu a mis vingt -deux ans à se faire couper la tête; mais vraiment vous n’y en mettrez pas trois. » La prédiction, ou plutôt la menace, s’était accomplie. Antoine des Essarts craignait le même sort. Content d’y avoir échapjié, il éleva la statue dont nous venons de parler, dans des proportions extraordinaires, a On peut juger de l’excès de sa frayeur, dit Yillaret, par l’énormité de Vrx-voto. » Cette statue fut détruite en 1784; elle avait environ huit mètres de haut.
Jadis les nefs, le chœur et les chapelles de Notre-Dame étaient pavés de dalles funéraires : ces pierres couvraient les restes de personnages illustres de l’Eglise et de l’État. On y voyait gravées des inscriptions intéressantes; le portrait des défunts y était également dessiné. En quelques endroits, des monuments funèbres s’élevaient au-dessus du sol, et portaient des statues de marbre, de pierre ou de bronze. Ces tombes ont disparu. L’histoire n’a point oublié le nom des morts illustres qui
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attendent riieiire de la résiirrection , couchés à Toinbre du sanctuaire. Nous citerons seulement ici ceux qui lurent ensevelis dans le chœur. Parmi les princes et les princesses nous lisons les noms suivants : Philippe, archidiacre de Paris, fds du roi Louis VI, mort en 1161; Geolïroy, duc de Bretagne, fils du roi d’Angleterre, 1186; Isabelle de Hainaiit, première femme de Philippe-Auguste, 1189; Louis de France, Dauphin, fds de Charles VI, 1415; Louise de Savoie, mère de François P*’, 1531 L Parmi les évêques, nous comptons : Eudes de Sully, 1208; Étienne II, dit Tempier, 1279; le cardinal Aymeric de Magnac, 1384; Pierre d’Orgemont, 1409; Denis Dumoulin, patriarche d’Antioche, 14 47; Pierre de Marca, Hardouin de Péréfixe, et François de Ilarlay. Nous n’omettrons pas Renaud de Beaune, archevêque de Sens, qui rendit à la France d’éminents services à l’époque des guerres civiles, et (pii eut le bonheur de clore les dissensions de la Ligue en recevant l’abjuration de Henri IV, de protestant devenu catholique. Ce prélat était fils de l’infortuné Jacques de Beaune-Semblançay , surintendant des finances, victime des intrigues de cour et pendu à Montfaucon.
Qui pourrait refuser des regrets à la perte de tous ces tombeaux? Dans une église, la vue seule des tombeaux est éloquente : elle apprend que tous les hommes sont égaux devant Dieu, et qu’il n’existe de véritable ditférence, au delà du trépas, que celle des vertus et des
1 Le cœuv de Louise de Savoie fut enseveli à Notre-Dame.
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bonnes œuvres. La mort enseigne à vivre, dit le pieux an leur de Vlniilation de Jésus-Christ. Transportons-nous dans l’enceinte de Notre-Dame en 1686; la nef est tendue de noir; au centre, un cercueil est entouré des princes et des grands de la cour de Louis XIV. En face de ce lugubre appareil, un évêque aux cheveux blancs et au regard inspiré adresse la parole à un auditoire consterné. « Venez, peuples, venez maintenant, s’écriet-il; mais venez surtout, princes et seigneurs, et vous qui jugez la terre, et vous qui ouvrez aux hommes les portes du ciel ; venez voir le peu qui nous reste d’une si auguste naissance, de tant de grandeur, de tant de gloire. Jetez les yeux de toutes parts; voilà tout ce qu’a pu faire la magnificence et la piété pour honorer un héros : des titres, des inscriptions, vaines marques de ce qui n’est plus; des figures qui semblent pleurer autour d’un tombeau , et de fragiles images d’une douleur (pie le temps emporte avec tout le reste ; des colonnes qui semblent vouloir porter jusqu’aux cienx le magnifique témoignage de notre néant; et rien enfin ne maïupie dans tous ces honneurs, que celui à qui on les rend. » Celui qui manque, c’est le grand Gondé ! celui qui parle, c’est Bossuet!
Un siècle après que les voûtes de Notre-Dame avaient retenti aux nobles accents de l’éloquent évêque de Meaux, elles s’ébranlèrent aux cris tumultueux d’une horde en délire. La révolution venait frapper à la porte de la basilicpie dépositaire des plus grands, des plus touchants souvenirs de la monarchie. Elle broya autels, statues, images, tombeaux. Des scènes hideuses se
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passèrent jus([iie dans le lien saint. Des ])lasplièmes, des imprécations remplacèrent les chants sacres et les douces aspirations de la prière. Enlin , pour comble d’hon*enr, le sanctuaire profané fut consacré an cnlte impur de la Raison.
Victime d’nne aveugle fureur, Notre- Dame perdit ses plus beaux ornements. On pilla son trésor, où la piété avait accumulé mille objets précieux, où l’art avait déployé toutes ses ressources et étalait des délicatesses plus estimées des hommes de goût que l’or, l’argent , les perles et les pierreries. Quand des jours meilleurs commencèrent à luire, la religion reprit possession de son temple, et peu de temps après, par suite d’un des ces événements extraordinaires dont la Providence étonne parfois le monde, un guerrier victorieux y recevait la couronne impériale des mains du souverain pontife. Napoléon y fit entrer plus d’une fois ses aigles triomphantes. Des changements nouveaux, après un demi-siècle d’agitations stériles, que Dieu a permis sans doute pour nous punir et nous instruire, y ont ramené les aigles de l’empire, et, en 185o, Napoléon III s’y montrait à la tête de tous les grands corps de l’Etat pour remercier Dieu du succès de nos armes en Crimée.
E’ère des réparations semble ouverte pour la liasilique vénérable, témoin et victime de tant de révolutions. Une sacristie monumentale vient d’être bâtie sur l’emplacement du palais des archevêques, démoli par la révolution de 1830. La façade va reprendre son aspect primitif : les statues des rois, les statuettes
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dos inarlyrs, des évoques, des doeteiirs, des vierges, remontent sur les socles d’où le fanatisme les avait précipitées. Des embellissements de tout genre, à l’intérienr et à l’extérienr, s’exécutent on se préparent. Plaise à Dieu ([ne ces travaux s’achèvent vite et henrensement !
Le plan de Notre-Dame est en forme de croix latine; il olfre les dimensions suivantes : longueur totale dans amvre, cent trente mètres; longueur du transsept, quarante-huit mètres; hauteur des voûtes, trente-cinq mètres; liauteur des tours, soixante-huit mètres. On y compte cin([ nefs, trente -sept chapelles, trois rosaces de plus de treize mètres de diamètre chacune, cent treize fenêtres, soixante-cpiinze colonnes ou piliers isolés, et deux cent quatre-vingt-dix-sept colonnes, y compris les colonnes engagées et les colonnettes. On entre par six portes, et un escalier de trois cent quatre-vingts degrés conduit à la plate-forme des tours.
L’aspect de la façade est imposant. Les connaisseurs ont observé (jue les proportions en sont très-habilement calcuh'es; cette masse, (jue le vulgaire trouve trop lourde, est ingénieusement disposée, la force, nécessaire à un grand batiment, étant relevée et non dissimuh'e par les ornements. Ainsi, suivant l’expression d’nn historien ancien, « la masse inspire une sorte de terreur religieuse % » tandis (pie le regard, charmé par l’arrangement des ligures et des bas-reliefs, s’arrête à considérer l’ensemlile et les infinis détails de cette
> Mole sua tervorem iunitit speetantibus.
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vaste coiijposiüon. Tout porte à croire que ce [)ortail superbe, si lier, si majestueux, a été conçu et exécuté par le même architecte; la |)reuve ressort de runité (pii règne [lartout, jusque dans les moindres j)rolils des moulures.
Au portail du milieu se voit la rejirésentation du jugement dernier; la tradition a consacré cette place à la mise en scène de cette redoutable journée \ dont la pensée est propre à exercer une salutaire impression sur râme chrétienne. Ajoutons qu’à Paris, comme ailleurs, dans la sculpture comme dans la peinture on aperçoit clairement derrière la main qui tient le ciselet ou le pinceau, celle du prêtre qui trace le dessin général, montre la place de chaque groupe, explique le sens des anciennes allégories, crée des allégories nouvelles. L’art du moyen âge, à l’époque ogivale aussi bien (ju’aux époques antérieures, reste sous la direction de l’Lglise, quand il s’agit de la décoration des monuments ecclésiastiques. Les imagiers n’ont pas tracé le programme des compositions symboliques dont l’exécution leur appartient; ils n’étaient point aussi familiers avec les écrits des saints Pères et des auteurs ascétiques qu’avec la pratique moins mystique de l’atelier.
Pour donner une idée de la décoration de la porte [>rincipale de Notre-Dame, nous citerons un passage extrêmement curieux de la relation d’un voyage fait à Paris par un évêque d’Arménie, sous le règne de Charles VIH, entre les années 1 189 et 1 490. u La grande
< Oies iræ, dies ill.i.
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église, dit le prélat voyageur, est spacieuse, belle et si admirable, (jii’il est impossible à la langue d’un homme de la décrire. Elle a trois grandes portes tournées du côté du couchant. Entre les deux battants de la porte du milieu, le Christ est représenté debout. Au-dessus de cette |)oiie est le Christ présidant au jugement dernier; il est assis sur iin trône d’or et tout garni d’ornements en or |)laqué. Deux anges sont debout à droite et à gauche; l’ange à droite est chargé de la colonne à lacpielle on attacha le Sauveur, et de la lance avec hujuelle on lui perça le côté; l’ange qui est debout à gauche porte la sainte croix. Du côté droit est la sainte Mère de Dieu agenouillée, et de l’autre côté saint Jean et saint Étienne. Dans la voussure sont les archanges, les anges et tous les saints. Un ange tient une balance à l’aide de la(juelle il [)èse les péchés et les l)onnes actions des hommes. A la gauche, mais un peu [)lus bas, on voit Satan et tous les démons cpii comj)osent sa suite; ils conduisent les pécheurs chargés de chaînes vers les goutl'res de l’enter. I.eurs visages sont si horribles, qu’ils font trembler et frémir les spectateurs. Devant le Christ se trouvent les saints apôtres, les patriarches, les prophètes et tous les saints, j)eints de diverses couleurs et ornés d’or. Cette composition représente le paradis, qui enchante le regard des hommes. Au-dessus sont les images de vingt- huit rois, représentés la couronne en tète; ils se tiennent debout sur toute la longueur de la façade. Plus haut encore est la sainte Vierge, mère du Seigneur, ornée d’or et de peintures de diverses couleurs; à droite et à gauche sont les archanges, qui
l‘AlUS.
la servent \ » Nous ajouterons (jue le grou})e de cinq ligures (jui remplit l’ogive du tympan est un des chefsd’œuvre de la sculpture au xiii'* siècle.
Nous n’entreprendrons pas la description des ornements sans nombre que les connaisseurs admirent autour de chaque porte ; nous ne pouvons même pas les indiquer. Nous signalerons cependant les sculptures charmantes de la porte de la Vierge, ciselées avec amour, comme on dit en Italie, et celles de la porte du cloître, également consacrées à l’honneur de la patronne de Paris. Nous n’omettrons pas non plus les magnifiques pentures de fer forgé qui recouvrent les épais vantaux de bois des portes de la Vierge et de Sainte-Anne : elles sont rangées parmi les œuvres les plus élégantes de la serrurrerie du xiii® siècle ; tous les antiquaires les connaissent. On ne saurait assez vanter la forme gracieuse des enroulements de feuillages , où se jouent des animaux sans nombre. Emerveillé à la vue de cet ouvrage extraordinaire, le peuple crut à l’intervention d'une puissance surnaturelle. Ces pièces inimitables seraient l’œuvre du démon, qui aurait conclu un pacte avec l’ouvrier chargé de les exécuter. Ce diable forgeron était connu dans les vieux récits de la cité sous le nom de Biscornette; des savants en ont fait un artiste, et ce sobriquet a pris place sur plus d’une liste de maîtres du moyen âge ^
L’intérieur de l’église de Paris ne répond pas entière-
1 Voy. Aïmales archéologiques , dirigées par M. Didron aiiié.
2 M. de Guilhermy, Itinéraire archéologique de Paris, p. 77.
NOTRE-DAME
ment à la dignité de cette antique hasili(iiie. réarchitectnre en est majestueuse, mais nn peu lourde. Aucun embellissement ne pare ces longues nefs, ces chapelles, ces murailles froides et nues. Le chœur fait seul exception; et encore les restes de la som|)tueuse décoration exécutée par ordre de Louis XIV, ])our l’accomplissement du vœu de Louis XIII, sont-ils en désaccord avec le style général de l’édifice. Les verrières peintes ont disparu ; celles des trois rosaces seules sont conservées. La clôture du chœur, jadis historiée par Jean Ravy et Jean le Bouteiller, montre encore ses curieuses en persoimafjes de pierre dorez et bien peints ^ du Nouvel et Vieil Testament
Jusipi’au règne de Louis XIII, Paris fut un évêché dépendant de la métropole de Sens. En 1622, le pape Grégoire XV, cédant aux instances réitérées du roi de France, l’éleva à la dignité d’archevêché. Mais déjà, à cette épocpic, les évêipies de Paris avaient vu diminuer considérablement leur puissance. Jadis les successeurs de saint Denis, de saint Marcel, de saint Germain, possédaient des droits presque royaux, (jui s’étendaient, à divers titres, sur la moitié de Paris. Le chapitre, d’où sortirent six papes et trente-neuf cardinaux, avait également une juridiction particulière et indépendante. Quatre églises, Saint-Merry, le Saint-Sépulcre, Saint- Benoît et Saint-Étienne-des-Grès, se glorifiaient du titre de filles de Notre-Dame. Quatre autres églises, Saint- Marcel, Saint-Honoré, Sainte-Opportune et Saint-
< r.e P. Dubreul, Antiquifés de Paris.
PARIS
Germain -T Auxerrois, étaient les tilles de révè(|iie. Le prévôt de l’évêciue prêtait serinent au roi , et le prévôt du roi prêtait serinent à l’évêque. Cette fière rivalité de juridiction entrava plus d’une fois le cours de l’administration: mais il ne faut pas oublier (pi’alors les dilTérents degrés de la juridiction n’étaient pas déterminés comme à présent, et que ces luttes furent souvent l’aiguillon de la civilisation. Le droit tendait à prévaloir sur la force, et les procureurs lettrés de l'Eglise apprirent par leur exemple aux agents de la puissance séculière comment on peut triompher en s’appuyant sur des textes écrits, lois, privilèges ou simples concessions. Les lois civiles se modelèrent sur les lois ecclésiastiques, et les bourgeois obtinrent des privilèges semblables à ceux des clercs. Ainsi se formait l’esprit moderne. L’expérience corrigeait les abus, et donnait le secret de l’avenir.
Les évêques de Paris occupent une place honorable dans riiistoire; ils doivent en trouver une dans la reconnaissance de la patrie. Leur utile induence en une foule de graves événements ne saurait être méconnue. Quelle gloire pour une illustre Église d’ouvrir ses annales par le nom de saint Denis, apôtre et martyr, et d’en présenter la dernière page avec le nom d’un autre martyr, qui n’a pas craint de verser son sang pour arrêter celui de tant d’infortunés, victimes des funestes discordes de 184 8!
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