SAINTE-CHAPELLE
s’étendaient alors sur tout remplacement qu’occupent anjourd’hui la cour de Lamoignon et la cour neuve. Ils ne ressemblaient ni aux jardins de Versailles artistement dessinés par Lenôtre, ni au parc de Saint-Cloud, ni aux promenades ombragées des Tuileries. Les chroniques nous les font voir entourés de baies vives, avec des bos(piets entremêlés de vignes, de potagers et d’arbres fruitiers, où l’on recueillait le vin, les légumes et les fruits de la table royale.
Saint Louis agrandit considérablement le palais de Robert le Pieux. On lui doit la salle qui porte toujours son nom, la grand’chambre, où siège la cour de cassation, l’étage inférieur, et les murs de la vaste salle des pas perdus, enfin la Sainte-Chapelle, « bastiment d’une architecture admirable, » dit André Ducbesne. Philippe le Rel ajouta de nouveaux travaux à ceux de ses prédécesseurs; il rendit le parlement sédentaire, tandis que jus(pie-là les plaids royaux n’avaient pas d’assises fixes. Les séances du parlement ne tardèrent pas à devenir permanentes, et les attributions de ce grand corps, d’abord assez vagnes, ensuite trop étendues par les prétentions d’une magistrature envahissante, causèrent à la fin de graves conflits et des troubles dans l’Etat.
La Sainte-Chapelle est le seul édifice du palais de saint Louis qui soit arrivé presque intact jusqu’à nous : magnificpie témoignage de la piété du roi, et chefd’œuvre d’un art (pii créa tant d’œuvres remarquables au xiif siècle. Louis IX fit bâtir cet élégant sanctuaire pour y déposer les précieuses relicpies de la passion du Sauveur.
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Baudouin de Courteiiay, empereur de Constantinople, avait reçu de nombreux secours du roi de France, et il en sollicitait de nouveaux pour résister aux ennemis terribles qui menaçaient l’empire latin d’Orient. Jamais appel ne fut vainement adressé aux sentiments généreux de la France; alors, comme à présent, elle était constamment prête à prendre en main la cause des faibles, et à voler à la défense des opprimés: l’Orient n’a-t-il pas vu à plusieurs reprises nos légions, appui de toutes les nobles causes, verser leur sang sur ses champs de bataille? Baudouin savait quel prix les nations chrétiennes attachaient à la possession des reliques insignes des martyrs et des grands pontifes. 11 n’ignorait pas que des guerres sanglantes avaient été engagées pour les conserver ou les recouvrer. Quel trésor (pie les relicjues de la passion de Jésus-Christ! Soit reconnaissance, soit calcul, l’empereur offrit en présenta saint Louis la sainte couronne d’épines, qui était conservée à Constantinople depuis un temps immémorial, w Nous serons réduits infailliblement, dit-il, à voir passer ce monument inestimable entre les mains des étrangers. C’est pourquoi souffrez que je vous le fasse remettre à vous, mon parent, mon seigneur, mon bienfaiteur, et que la France, ma chère patrie^ en devienne dépositaire. »
Lorsque le premier roi chrétien fit son entrée triomphale à Jérusalem, en 1099, au milieu des croisés, il refusa de ceindre sa tête d’un diadème d’or, dans une ville où le Sauveur avait eu son chef couronné d’épines. Les chevaliers avaient applaudi à cet acte d’humble
SAL\TE-Cll APEL LE.
piété, rehaussant à leurs yeux les autres qualités héroïques de Godefroy de Bouillon. Quels ne furent pas les sentiments d’un prince qui joignait la pins sincère dévotion à la bravoure des soldats de la croix, en recevant ce don incomparable! La possession de la couronne d’épines fit tressaillir tous les cœurs en France. A cette époque de foi vive et enthousiaste, où des milliers d’hommes n’avaient pas hésité à braver la mort pour conquérir le tombeau du Christ, cette nouvelle était propre à faire plus d’impression que la publication d’un bulletin de victoire.
Deux moines de l’ordre de Saint-Dominique partirent sur-le-champ pour Constantinople, précédés d’un message de ILaudouin et accompagnés d’un comte de l’empire. Un de ces religieux, après avoir visité les saints lieux, avait été placé à la tête d’un monastère de dominicains à Constantinople, où il avait eu l’occasion de voir maintes fois et de vénérer la précieuse relique. Le roi , se défiant de la mauvaise foi des Grecs, avait choisi en lui un témoin auquel il eut été difficile d’en imposer, et un homme que n’effrayaient pas les fatigues du voyage d’Orient.
Ce que Baudouin craignait et avait prévu était arrivé. IVessés par un besoin extrême d’argent, les barons de l’empire avaient engagé la sainte couronne aux Vénitiens pour une somme considérable. Ces riches commerçants étaient accoutumés à spéculer sur la dévotion impatiente des croisés. Ils étaient assurés que ce gage précieux ne leur resterait pas entre les mains. Pour prévenir toute difficulté, on était conAœnu que la couronne d’épines
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