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SAINTE-CHAPELLE

Pierre de Montreuil ’ fut choisi pour être rarchitecte de ce monument. Sa réputation avait été solidement établie à Paris par la construction du réfectoire de l’abliaye de Saint-Germain-des-Prés. Cette œuvre, terminée en 124i, était sur le point d’être achevée entièrement lorsqu’elle fixa l’attention du roi. Tous les écrivains qui en ont parlé ont été unanimes à en vanter la hardiesse, l’élégance et la solidité. Le génie de l’artiste, stimulé par la faveur royale et surtout par la noblesse de l’entreprise, conçut et exécuta dans l’esyiace de six ans le monument le plus parfait, peut-être, de l’architecture ogivale.

La Sainte-Chapelle s’éleva sur l’emplacement de l’oratoire Sainl-Nicolas. Elle est composée de deux églises superjiosées ; l’église inférieure, dédiée à la sainte Vierge, et destinée à servir de paroisse aux serviteurs du palais; l’église supérieure, consacrée sous le titre de la sainte couronne et de la sainte croix , est proprement la chapelle royale. La voûte de la première

1 Plusieurs écrivains, entre autres Eineric David, Vies des Artistes anciens et modernes , pag. 99, prétendent que cet artiste se nommait Pierre de Montereau. L’abbé Lebeuf, Histoire du Diocèse de Paris , tom. V, part., pag. 70, pense qu’il était né à Montreuil, près de Paris. L’opinion de ce dernier paraît être la plus communément admise. L’inscription gravée sur la tombe d’Agnès, femme de rarcbitecte de la Sainte-Chapelle, semble décider entièrement la question. « Ici gist Annès, femme jadis de feu mestre Pierre de Montereul; priez Dieu yiour l àme d’elle. » 11 ne faut pas confondre Pierre de Montrenil avec Eudes de Montreuil, qui fut également nn architecte et un sculpteur habile. Eudes suivit saint Louis à la croisade. Il bâtit à Paris plusieurs églises, mourut en 1289, et fnt enseveli dans l’église des Cordeliers. Pierre de Montreuil mourut le 17 mai 1200, et fut inhumé dans le chœur de la grande chapelle de la Vierge, f|u’il avait constrnite, à l’abbaye de Saint- Cermain-des-Prés.

IWRIS.

repose sur des colonnes isolées, syniétricpiejnent disposées et d’une légèreté surprenante. On conçoit aisément l’artifice de cette construction, qui assure au bâtiment à la fois élégance et solidité. Il en résulta un efiet de lumière (jui charme toujours, quoique nous soyons accoutumés au jeu varié des clairs et des ombres dans les nervures nombreuses et les pénétrations des voûtes à ogives.

C’est dans la cliapelle royale que l’arcliitecte déploya toutes les ressources de son talent. Une seule nef, de trente-six mètres de longueur et de neuf mètres de largeur, semble agrandie par la simplicité des lignes, la noblesse de l’ordonnance et la grandeur des fenêtres. Des colonnettes groupées s’élancent hardiment pour soutenir les retombées de la voûte, haute de vingt mètres. La principale de ces colonnettes n’a que quinze centimètres de module. L’espace libre entre chaque |)ilier est de quatre mètres vingt-cinq centimètres; la liauleur est d’environ dix-sept mètres. Ces vastes ouvertures furent garnies de vitraux j>eints, et divisées pai* des meneaux en pierre surmontés d’ornements en forme de trèfle. Une rose de dix mètres de diamètre, également ornée de vitraux coloriés, occupe la largeur presque entière de la façade occidentale. La décoration, avec ses fines sculptures, les dorures et les peintures murales, complète par sa richesse l’œuvre de l’architecte. L’éclat des ornements est tempéré par la lumière adoucie ([ui pénètre à travers les vitraux. La plus suave harmonie règne dans toutes les parties de l’édifice, et l’œü, fasciné par tant de magnificence, n’est pas ébloui par de trop éclatants rellets.

SALME-Cll M>1:LLE.

Les vitraux peints sont justement célèbres. On y voit représentés dans de nombreux médaillons des traits liistoricpies de TAiicien et dn Nouveau Testament, le jugement dernier, et ({iielqnes faits relatifs à la translation de la sainte couronne.

Derrière le maître-an tel, an rond-point dn sanctuaire, on A oyait une grande chasse en bronze doré, élevée sur (piatre piliers, où étaient exposées à la vénération des iidèles les relicpies de la passion. « Et le benoist roy aonrna d’or et d’argent, et de pierres précieuses, les lieux et les châsses on les saintes reliques reposent. »

C’est en cet état cpie parut j)onr la première fois la Sainte-Chapelle, le 26 avril 1248, jour de sa dédicace. Avant de partir pour la croisade, saint Louis eut la consolation d’assister à la cérémonie présidée par Eudes de Cliâteanronx , légat du pape. La chapelle royale fut consacrée j)ar le légat, assisté des archevêques français de Bourges, de Sens, de Rouen, de Tours, et de l’archevê(jue de Tolède. Philippe Berruyer, archevê(pie de Bourges, consacra la cha[)elle inférieure. Ce fut un beau jour pour la piété du roi (pie celui où il contempla dans son plein achèxement un édifice destiné à garder les plus précieuses relicpies du monde. 11 avait dépensé pour la construction la somme de quarante mille livres, (pii é(piivaut a huit cent mille francs environ de notre monnaie actuelle.

En 12 48, Louis IX porta à huit le nombre des chanoines de la Sainte-Chapelle ; Philippe le Bel et Philippe le Long augmentèrent encore dans la suite (*e clergé, (pii fut dès l’origine richement doté. Le

IV\ U! s.

trésorier, premier dignitaire, |)orlail la Jiiilre et Taniieaii pastoral. Les souverains pontifes se plurent à combler de privilèges ce sanctuaire vénérable. Des reli(|uaires aussi remarcpiables [)ar le lini du travail (pie par le prix de la matière, des ^ases d’or couverts de pierreries, des joyaux de toute espèce, vinrent successivement en remplir le trésor ‘. Mais, hélas! de tant de richesses accumulées par la dévotion des rois, il ne reste plus rien ! Le creuset révolutionnaire a fondu les métaux précieux, et les pierres fines sont devenues la proie de la cupidité. Quelcjues reli(|ues cependant ont échappé aux fureurs impies de 17 93, et sont conservées dans le trésor de l’église métropolitaine de Paris. La sainte couronne est exposée chaque année, le vendredi de la semaine sainte, à la vénération des cliré tiens.

La Sainte- Chapelle , [irofanée [lar la révolution, transformée en salle d’archives, a été rendue récemment à la religion et aux arts. La restauration en est fort avancée. Esjiérons que la sainte couronne reviendra bientôt prendre possession d’un sanctuaire qui lui est consacré, et que la piété fleurira de nouveau sous ces \outes témoins de tant de ferventes prières!

< V'oyez Antiquités de Paris, par G. Corrozet, où la seule énumération des richesses du trésor de la Sainte-Chapelle remplit plusieurs pages.

CATHÉDUAI.E

La Sainto-Cha[)elle du Palais, à Paris, est le momiïiient de la piété de nos rois; la cathédrale de Reims, on peut le dire, est le monninent de la monarchie française. Heims, en effet, raj)pelle saint Remi , le hapteme de Clovis et le sacre des rois de France. La conversion de Clovis, j)lns encore (pie la victoire de Soissons, est la vérilahle date de la fondation de la monarchie. ï.orsfpie rempirc (rOecident snccoinha sons les coups d’Odoaere, les (Rudes, en proie aux barbares, ij^émissaient sons le droit du plus fort. Nos provinces, foulées sans cesse par des armées tantôt victorieuses et tantôt vaincues, étaient sans maître. La complète n’avait pas encore définitivement remplacé la domination romaine. Si les populations, victimes de tons les partis, étaient indifférentc's sur le choix d’un chef, elles snp|)ortaient avec peine la domination de jirinces héréti([ues. Les évêques surtout désiraient ardemment le triomplie des rois francs, an rapport de saint Grégoire de Tours. Au moment où Clovis renonça aux superstitions ])aïennes jionr embrasser le christianisme, il vent un cri de joie dans tout FOccident ; le [lajie et les évècpies lui écrivirent des letti'cs de féli(*itation. « Vous avez re(;ii , dit le souverain pontife, les témoignages de notre joie; croissez maintenant en bonnes œuvres, comblez notre satisfaction, soyez notre couronne, et que l’Eglise votre nu'îre se réjouisse sans cesse d’avoir enfanté a .lésns-Christ un’ si grand roi; soyez, pour la défendre de ses ennemis, une colonne de fei‘, elle sera votre rempart contre vos propres ennemis. » L’évêcpie de Vienne alla jnsipi’à souhaiter à Clovis l’empire universel, lui (UVlarant (pie chacune de s('s victoires

DK REIMS.

('lait pour lui un sujet de triouiplie et d’esjK'ranee. Tu document lustori(jue contemj)orain ' nous apprend (jue la réduction des Gaules suivit immédiatement, le baptême du prince franc.

Le mariage de Clovis avec la douce et pieuse Clotilde, conclu dans des intentions politi(|ues, prépara ce grave événement, que la victoire de Tolbiac acheva. Le vain- (pieur, après avoir éprouvé la faiblesse de ses faux dieux et la protection puissante du Dieu de Clotilde, reçut humblement les instructions de saint Hemi, et se pi*épara à s’enrôler sous les étendards de Jésus-Christ. La (‘érémonie eut lieu la veille de Noël, en 496, dans l’église Saint- Martin, hors des portes de la ville de Keims. On choisit cet édifice à cause de la vénération singulière (|u’on professait dans toutes les Gaules pour l’illustre évêcpie de Tours. Saint Remi, accompagné de plusieurs prélats, n’omit rien pour relever cette grande action par un appareil éclatant. On garnit les rues de tapisseries depuis le palais juscpi’au temple, l.’église et le liaptistère étaient ornés magnifupiement. 11 y avait (piantité de cierges dont la cire , mêlée de parfums ex(juis, répandait dans le lieu saint comme une odeur céleste. Hincmar décrit en termes pompeux la marche des catéchumènes. Le pieux cortège formait une [)i*ocession, où l’on portait les saints Évangiles et la croix : le chœur des clercs chantait des hymnes et des litanies. L’évêque de Reims conduisait le roi j)ar la main; la

> Charte*, rapportée dans le Keeueil <le Pérard et eitée par Moreau, histo- )jojiT:qdie du Hoi, Dismi/rx sur /’ln'sfoi/r (h France, toiu. pop. 3^i0.

(;ATHia)RAU::

reine suivait, avec les deux princesses sœurs du monarcpie, et plus de trois mille guerriers. Clovis, ti'ansporté d’admiralion et comme liors de lui-même, dit au saint éAÔcpic: « Mon Père, est-ce là le royaume de Dieu que vous m’avez promis? — Non, prince, répondit saint Remi, ce n’en est que rombre. » Et montrant les fonts sacrés, il ajouta: «Voici la porte qui y conduit. Courbez la tète, fiei‘ Sicambre, continua l’é- ^è(ple; adorez ce ([ue vous avez brûlé; brûlez ce que vous avez adoré. » Après avoir fait publi(iuement profession de croire à la Trinité et aux autres dogmes catholiques, Clovis reçut le baptême et ronction du saint chrême.

I.e roi ne voulut pas que les réjouissances d’un jour si heureux fussent attristées par les larmes et troublées par les gémissements : il ordonna de rendre la liberté à tous les prisonniers. 11 témoigna en même tenq>s sa piété, en faisant des largesses aux pauvres et des présents aux églises. Durant huit jours, il porta l’habit blanc des néophytes. En continuant de l’instruire, saint Remi lui lut un jour la passion du Sauveur. Dans un mouvement de zèle et d’indignation, le prince se leva vivement en disant: « Que n’étais -je là avec mes Francs! •»

11 ne paraît pas douteux que Clovis ait reçu Fonction royale dans l’église cathédrale de Reims \ et (pie saint Remi reçut miraculeusement la sainte ampoule, si l’on s’en rapporte au témoignage des plus anciens historiens.

1 Clilodoveujii , a saiicto Hemigio baptizatum , ad regiaiii poteslatem perunctum fuisse in ecclesia Beatæ Mariæ Rhemeiisis. Flodoard.,\\\). II, cap. xix.

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