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Saint Grégoire de Tours y Tait allusion; une Vie de sainte Clotilde écrite dès la ün du \f siècle, en parle clairement; Hincmar, arclievê(|ue de Heinis au w'' siècle, s’exprime à ce sujet comme sur un fait généralement connu ; Louis le Débonnaire cite le même fait dans une circonstance solennelle, comme le raconte Flodoard V
La sainte ampoule était en verre, et en forme de petite fiole à col allongé; elle avait environ cinq centimètres de hauteur. Le liaume qui y était enfermé avait une couleur rougeâtre; il était si épais, qu’il n’était pas transparent. Peu de temps avant le sacre de Louis XVI , on constata que la fiole était pleine aux deux tiers. A la révolution de 1793, un insensé brisa la sainte ampoule : on en conserve avec respect, dans le trésor de la cathédrale de Heinis, quelques débris encore couverts de baume. Une parcelle de ce baume, mêlé au saint chrême, a servi au sacre de Charles X , en 1823.
L’église de Reims témoin de ces grands événements avait été bâtie par l’évêque saint Nicaise , au commencement du V® siècle, et dédiée à Notre-Dame. L’édifice fut reconstruit par les soins de l’archevêque Ébon, et
1 On peut consulter sur le miracle de la sainte ampoule : l« une dissertation d’Alex, le TanneuT contre Jacques Chifflet; '2° la note de D. Ruinart sur le cliap. 31 du liv. II de Grégoire de Tours; 3» le P. Sirmond, Concil. Galliœ anfiq un ,tom. l^^,ad ann. 496; 4° Morin., de sacris Unetionibus : Dorigny,
Vie de S. Remi, Chàlons- sur- Marne, 1714, cfr Ainioin, lit). 1, cap. xvi. — Flodoard. , Uist. Rem. Ëecles., lib. l, cap. xiu. — Aanul. Rertiuinc., cap. DCCCLXviii. — Rerurn gallic., lib. III , recueil de Gaguin du Haillan.
L’abbé Pluche a composé également une dissertation sur la sainte ampoule lie Reims.
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achevé sons le pontificat d’Hincmar ; l’architecte se nommait Romnald. Une grande magnificence y brillait dans chacune des parties : c’était nn des chefs-d’œuvre de ce siècle, qui n’avait pas encore perdu les traditions de science, de littérature et d’art que Charlemagne avait si fortement travaillé à ranimer dans son vaste empire, [/historien Flodoard en fait un pompeux éloge. Il admire les voûtes et les murailles décorées de peintures et de dorui’es éclatantes, les pavés de marbre et de mosaïcpie, les verrières de couleur, les tapisseries, et les riches vases en or et en argent, où de fines ciselures i*elevaien( le prix de la matière. Le témoignage du chroniqueur ne doit pas paraître suspect ; son enthousiasme ne l’entraîne pas à l’exagération ; car d’autres écrits coutemporains nous apprennent que les monuments religieux de la même é|)oque, en France, resplendissaient souvent de dorures, de peintures, de mosaupies, de sculj)tures, de marbres rares, comme les églises de Rome élevées deux siècles auparavant. 11 ne faut poiut oul)lier (jue beaucouj) d’évê(pies, d’abbés et de grands personnages avaient visité Rome et l’Italie à la suite de Charlemagne et de Louis le Pieux. L’amour des beauxarts, au milieu du ix^" siècle, n’était pas encore éteint.
Dii monument élevé sous la direction de Romnald il ne reste (pie des souvenirs, tandis que l’œuvre de Robert de Coiicy subsiste dans toute son intégrité. Hugues Libergier, contemporain de Robert, construisit l’église Saint -Nicaise, jadis un des plus riches ornements de Reims, le [)lus parfait édifice du xiiF smcle, non-seulement en Champagne, mais encore dans le nord de la
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France, s’il iaiil en croire certains écrivains; le marteau révolu lionnaire en a broyé tontes les |)ierres. Une simple dalle funéraire, gravée sans recherche, échappée ])ar bonheur à la destruction, nous a conservé les traits de cet habile maistre h œuvres de maçonnerie . Dans l’espace de trente années , Robert de Goucy termina les travaux de construction de Notre-Dame de Reims. Le talent de l’artiste ne rencontra aucun obstacle; et, chose fort rare au moyen âge, rare même en tout temps, le plan général ne reçut aucun changement durant l’exécution. Grâce à la continuité du travail, qui ne fut pas interrompu, grâce surtout à l’énergique volonté d’un homme de génie, l’église métropolitaine de Reims offre à notre admiration un monument entièrement homogène, sans mélange, sans altération, sans additions étrangères.
La cathédrale de Reims est â trois nefs; il n’y a de chapelles qu’autour de l’abside; le transsept est trèsrapproché du chevet. L’édifice a cent quarante -huit mètres de longueur, trente-un mètres de largeur, et trente -huit mètres de liauteur sous les voûtes jirincipales. La façade a une réputation populaire. Elle est ornée d’une multitude de statues, dont quehpies-unes sont aussi admirables sous le rapport de la composition que sous celui de l’exécution. Certains antiquaires ont pensé que toutes ces statues n’avaient pas été sculptées au xiiF siècle, et que quelques-unes d’entre elles appartenaient au XIV®. D’autres archéologues croient que le frontispice entier date du xiv® siècle, et leur opinion n’est pas dépourvue de vraisemblance. Quoi qu’il en soit, on s’extasie à la vue de ce magnifique vestibule
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rempli de statues, de statuettes, de bas-reliefs, de dais, d’aiguilles, de festons, de panneaux, de pinacles, de llenrons, de feuillages, de guirlandes. Si les lignes de rarchitecture disparaissent sous ces ornements trop multipliés, on n’a pas le courage d’en condamner la surabondance; la critique est désarmée par la perfection de la forme et la délicatesse des détails.
Le portail latéral du nord présente une décoration non moins curieuse. Au-dessus de la porte, et dans une série de bas-reliefs dont l’expression est naïve et charmante, se déroule le grand drame (pii doit clore la durée du temps: la résurrection des morts, le jugement dernier, le supplic‘e des réprouvés, et les éternelles joies du paradis.
Au-dessus des combles de l’abside s’élance une flèche élégante connue sous le nom de Flèche de l’Ange,, parce qu’elle est terminée par une statue d’ange portant la croix. Les connaisseurs en admirent la structure légère et gracieuse, |)lus encore que la position pittoresque.
L’aspect intérieur est très-imposant, et il faut convenir que l’architecture à ogives y produit tout son elfet. Les diverses jiarties se relient entre elles a^ec élégance; les colonnes sont fortes, les arceaux bien établis, de manière cpie la solidité ne semble nulle part sacrifiée à la recherche des ornements. Les fenêtres et les rosaces, garnies de vitraux, laissent passer une lumière douce et tempérée , (pii favorise la perspective en répandani un demi-jour mystérieux sur tous les objets. Si l’etfet de cette noble basilique est si majestueux, à ne considérer que rordonnance du bâtiment, combien n’est-il
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pas plus majestueux lorsque la liturgie y déploie ses pompes et anime tout de son symbolisme expressif, de ses cantiques inspirés, de ses ferventes prières, de ses adorations! Ceux-là seuls ont contemplé la royale église de Reims dans tout l’éclat de sa beauté, qui ont assisté à quelqu’une de ces solennités magnifiques où la religion consacrait par ses bénédictions l’autorité des princes, donnait fonction aux rois, en leur rappelant les principes de l’éternelle justice, la petitesse des grandeurs humaines en présence de Dieu ! Beaucoup de rois ont été sacrés et couronnés à Reims depuis l’origine de la monarchie. Que de vœux n’a-t-on pas adressés au Ciel dans l’enceinte de ce temple auguste ! Que de princes auxquels souriait le plus bel avenir, et (jui n’ont pas tardé à éprouver que la couronne royale déchirait le front comme une couronne d’épines! Les deux derniers rois sacrés et couronnés à Reims furent Louis XVI et Charles X, tous deux tombés du trône au milieu d’un orage !...
Transportons-nous par la pensée au milieu de l’anti(|ue cité de Reims, pour y être témoins des magnitiques cérémonies d’un sacre royal. Les rues de la ville sont remplies des flots d’une multitude empressée. De tous côtés brillent des étendards, des armes, de riches équipages, des uniformes somptueux et variés. Les trompettes font retentir les airs de bruyantes fanfares; les cloches font entendre au loin leurs joyeux carillons; le gros bourdon de Notre-Dame, qui ne pèse pas moins de quatorze mille kilogrammes, domine tous les bruits de sa voix sonore et puissante. Nous sommes au di-
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manclie 11 juin 17 75, fête de la Trinité, et le roi Louis XYl va être sacré [)ar le cardinal archevêque et duc de Reims, premier pair ecclésiastique du royaume.
Les ornements royaux ont été apportés de Saint- Denis par trois religieux de cette abbaye, où l’on garde les signes de la grandeur et de la faiblesse des rois de France : des couronnes et des tombeaux! Ces ornements sont; la couronne de Charlemagne, en or massif, enrichie de rubis et de saphirs, doublée d’un bonnet de satin cramoisi, et surmontée d’une Heur de lis d’or chargée de trente-six perles orientales; le sceptre, qui est également d’or massif, émaillé, et garni de perles orientales; il a environ deux mètres de haut; la main de justice, (pii est un bâton d’or massif, orné de rubis et de perles, et terminé par une main d’ivoire; l’épée du même empereur Charlemagne, dont la poignée et la garde sont en or; le fourreau est couvert de velours violet semé de Heurs de lis d’or; l’agrafe cpii doit attacher le manteau i*oyal : elle est en forme de losange, d’or massif, ornée de dix-huit rubis avec (piatre pointes de diamants, et bordée de perles orientales; les éperons, aussi en or et garnis de rubis; enfin le livre (jui contient les j)rièi*es usitées aux cérémonies du sacre: ce livre est revêtu d’une couverture en argent doré et orné de ciselures.
Les personnages (pii doivent assister a la cénùnonie prennent jilace au chœur de l’église métropolitaine, dans l’ordre suivant. L’archevêque de Reims, accompagné des évêques de Soissons et d’Amiens faisant les tondions de diacre et de sous-diacre, la mitre en tête.
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s’assied sur un fauteuil tourné vers l’assemblée, en face du prie-Dieu du roi.
Au côté droit de l’autel, les pairs ecclésiastiques, au nombre de six, eu mitre et revêtus de chapes de drap d’or, se placent sur un banc couvert d’un tapis de velours violet semé de fleurs de lis d’or. Après l’archevèque duc de Reims, les pairs ecclésiastiques sont : l’évêque duc de Laon, l’évêque duc de Laugres, Tévêque comte de Beauvais, l’évêque comte de Clialons et l’évêque comte de Noyon. Le cardinal de Luynes s’assied sur un tabouret un peu plus haut, mais moins avancé que le banc des pairs. Il porte un grand manteau de soie rouge. Les archevêques et évêques invités se rangent derrière les pairs ecclésiastiques, èt précèdent les conseillers d’État, les maîtres des requêtes et les secrétaires du roi, qui suivent immédiatement les prélats du royaume.
Au côté gauche de l’autel siègent les pairs laïques, sur un banc semblable à celui des pairs ecclésiastiques. Ils sont vêtus d’une veste de drap d’or, serrée sur les reins au moyen d’une ceinture en or, et portent le manteau ducal de velours violet, doublé et bordé d’hermine, ouvert sur l’épaule droite. L’épitoge est également bordée d'hermine. Tous ont sur la tête une couronne d’or, enrichie de perles et de pierreries ; le bonnet de la couronne est en satin violet.
Les pairs laïques, suivant les anciennes constitutions du royaume et selon le rang de préséance , sont : le duc de Bourgogne, le duc de Normandie, le duc d’Aquitaine, le comte de Toulouse, le comte de Flandre, le
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comte de Champagne. Ils sont représentes par le comte de Provence, le comte d’Artois, frères du roi, le duc d’Orléans, le duc de Cliartres, le prince de Coudé et le prince de Bourbon. Les trois premiers pairs portent la couronne ducale, surmontée de fleurons entremêlés de ])erles ; les antres portent la couronne de comte , surmontée d’ime rangée de grosses perles : tous déploient sur leurs manteaux les colliers de leurs ordres.
Les maréchaux de France désignés par le roi pour porter la couronne, le sceptre et la main de justice, sont j)lacés sur un banc, derrière celui des pairs laïques; ce sont MM. de Contades, de Broglie et de Nicolaï. Les secrétaires d’État viennent après, ainsi que les autres maréchaux, puis les principaux ofiiciers du roi, enfin les principaux seigneurs de la cour.
Dans une tribune, à droite de l’autel, on aperçoit la reine. Madame, Madame Clotilde, Madame Klisabeth, et les dames (jui les accompagnent.
Dans une tribune située en face, à gauche de l’autel, paraissent le nonce du pape, les aml)assadeurs de toutes les puissances, les ministres et envoyés des dithérentes cours, les princes et seigneurs étrangers.
Les galeries en amphithéâtre, construites entre les piliers des deux cotés du chœur, sont remplies par les autres personnes de distinction.
Les chanoines de l’Eglise de Beims, tous en chape, occupent les stalles hautes; les autres ecclésiastiques se tiennent sur les stalles basses.
Cette assemblée présente le spectacle le plus imposant. L’œil est ébloui par la richesse et la variété des
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costumes; il distingue sous les mitres et les couronnes (les fronts graves et recueillis. Les grands officiers de la couronne, les prélats, les chefs de la magistrature et de l’armée, la tète découverte, paraissent dans l’attente. Tout le monde remarque l’émotion de la reine IMarie- Antoinette et des sœurs du roi. Un léger murmure se fait entendre lorscpi’on voit sortir de l’église les évêques de Laon et de Beauvais. Ces pairs ecclésiastiques, députés par les autres pairs, vont en grand appareil chercher le roi au palais archiépiscopal. Ils sont précédés du grand maître des cérémonies, de tous les chanoines, du chantre et du sous-chantre, ces derniers portant le bâton, insigne de leur dignité.
Lorsijue les députés arrivent à la porte de la chambre du roi, le grand chantre y frappe avec son bâton; le grand chambellan, sans ouvrir, dit à haute voix : « Que demandez-vous? » L’évêque de Laon répond : « Le roi. » Le chantre frappe encore deux fois; alors les portes s’ouvrent, les deux évêques s’avancent vers le roi, le saluent profondément, et le conduisent processionnellement à l’église.
Pendant que les chanoines chantent tierce, la sainte ampoule est apportée en grande pompe de féglise Saint- Remi à l’église métropolitaine. Le grand prieur de cette abbaye la tient entre ses mains. Durant le trajet^ il est monté sur une haquenée l)lanche, couverte d'une housse de moire d’argent richement brodée. Il s’avance sous un dais, accompagné de quatre seigneurs à cheval, qu'on appelle les otages de la sainte ampoide, parce qu’ils s'engagent par serment à défendre cette précieuse relicpie
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l’épée à la main et jusqu’à la mort s’il le faut, et à la faire restituer à l’église qui la possède.
Arrivé à la ])orte du chœur, le grand prieur remet la sainte ampoule à rarclievêque de Reims, en disant :
« Monseigneur, je dépose entre vos mains cet insigne trésor, envoyé du ciel à l’illuslre saint Remi pour le sacre de Clovis et des rois ses successeurs; mais auparavant je vous supplie, suivant l’ancienne coutume, de vous obliger à me le rendre après que le sacre de notre roi Louis XVI sei a fait. » L’archevêque répond à haute Aoix : « Je reçois avec respect cette sainte ampoule, et je vous promets, foi de prélat, de la remettre entre vos mains dès que la cérémonie du sacre sera terminée. »
La sainte ampoule est placée sur l’autel. Alors l’archevêque, revêtu de tous les ornements pontificaux, s’avance vers le roi, et lui dit au nom des évêques : « Nous vous demandons de conserver les privilèges canoniques, les droits et la juridiction dont chacun de nous , et les Eglises qui nous sont confiées , sommes en possession , et de vous charger de notre défense, comme un roi le doit dans son royaume à chaque évêque et à l’Eglise (pii est commise à ses soins. » Le roi promet, avec le secours de Dieu, de veiller à la conservation des droits canoniques des Eglises de son royaume. Alors les évêcpies, selon l’antique usage des Francs, demandent à l’assemblée, c’est-à-dire aux grands et au peuple, s’ils acceptent Louis XYl pour roi. Après les acclamations accoutumées en pareille circonstance, l’archevêque annonce au roi qu’il doit prêter le serment (lu royaume. Le prince met la main sur le livre des
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Evangiles, et prononce la Ibrimilc suivante : a Je promets, an nom de Jésns-Clirist , au peuj)le chrétien qui m’est soumis, de faire observer la paix en tout temps, dans rÉglise de Dieu , en faveur du peuple chrétien ; (remj)êcher les personnes de tout rang de commettre des rapines et des iniquités, de quelque nature qu’elles soient; de faire observer la justice et la miséricorde dans tous les jugements, afin que Dieu , qui est la source de la clémence et de la miséricorde, daigne la répandre sur moi et sur vous; de m’appliquer sincèrement et de tout mon pouvoir à exterminer, de toutes les terres soumises à ma domination , les hérétiques nommément condamnés par l’Église. Je confirme par serment toutes les promesses ci-dessus énoncées : qu’ainsi Dieu et ces saints Evangiles me soient en aide! » Ce serment solennel, pendant lequel toute l’assemblée, debout, est tournée vers le roi, est suivi des serments de chef et souverain grand maître des ordres du Saint-Esprit et de Saint- Louis.
En ce moment, les habits et ornements royaux sont étalés sur l’autel. Le roi s’avance et reçoit l’épée de Charlemagne, symbole de la puissance suprême et du droit terrible qu’ont les princes de faire la paix ou la guerre. Après l’avoir baisée, le prince la fait étendre sur l’autel, déclarant ainsi que le pouvoir vient de Dieu , que les chefs des empires doivent être ses ministres dans la justice et l’équité, gardiens vigilants des droits des faibles, et qu’ils ne doivent jamais tirer l’épée pour satisfaire leur ambition ou leurs vengeances. L’archevê(jue reprend de nouveau l’é[)ée de Charlemagne et la
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rend au prince, (|iii la confie an maréchal de Clermont- Tonnerre, remplissant les fonctions de connétable. Celui -ci doit la porter la pointe levée pendant tontes les cérémonies du sacre et du couronnement. En voyant briller cette redoutable épée du plus puissant monarque (pli ait gouverné le royaume de France, (jui ne fait des vœux pour que la main qui doit continuer de la tenir soit toujours ferme et invincible !
Le prélat consécrateur prend, avec une aiguille d’or, une parcelle du baume renfermé dans la sainte ampoule, et la place sur la patène du calice dit de Saint- Remi, pour la mélanger avec le saint chrême. Après la prostration et le chant des litanies, le roi reçoit les onctions, cpii se font au sommet de la tête, sur la poitrine, entre les épaules, sur chaque épaule, aux jointures des bras et sur la paume des mains. Des ouvertures avaient été prati(juées à cet eflet dans la tunique, et après cha({ue onction les évêques de Laon et de Beauvais les fermaient avec des lacets d’or. Le prince est alors revêtu des insignes royaux : une camisole de satin rouge, la tunicpie et la dalmatique , les l)ottines de pourpre et le manteau royal; l’archevêque lui passe au doigt un anneau précieux, et lui remet le sceptre dans la main gauche et la main de justice dans la main droite. Le prélat, aidé de tous les pairs ecclésiastiques et laïques, soutient au-dessus de la tête du prince la couronne de Charlemagne, qu’il y pose en récitant une prière.
Le roi paraît en ce moment dans tout l’éclat de sa majesté. Il s’avance gravement au milieu du chœur, conduit par rarchevê([ue et les pairs, monte les degrés
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(lu trône et s’assied sous le dais, ayant à droite et à gauche les grands olïiciers de la couronne. T(jus les regards sont fixés sur le souverain. Les évè(|ues sont coifiés de la mitre, les pairs j)ortent leur couronne. Le connétable se tient debout, . portant toujours l'épée haute. Les maréchaux se placent sur les sièges (pii leur ont été préparés. L’archevêque salue le roi, le baise, et dit à haute voix et par trois fois : Vivat reæ in æternum: n Que le roi vive éternellement! » Tous les pairs en font autant, et les vivat se font encore entendre (piand on ouvre les portes de la cathédrale et cpie la foule se précipite dans l’enceinte. Les voûtes retentissent des cris mille fois répétés : Vive le roi! Les mêmes acclamations se répètent au dehors, et se prolongent jusque dans les derniers rangs de la multitude qui couvre les parvis, les rues et les places voisines. En ce moment le canon tonne, les cloches font entendre leurs joyeuses volées. L’enthousiasme est à son comble.
Le chœur chante le Te Deum, et la messe commence. Le roi y communie sous les deux espèces. Après avoir fait l’action de grâces, la tête découverte, à genoux sur les degrés de l’autel , il reçoit des mains de l’archevêque une couronne plus légère que celle de Charlemagne, mais non moins brillante. Jusqu’à la fin de la cérémonie religieuse, et durant le festin royal, il garde cette couronne en tête. Terminons ici la description de cette fête , mentionnée brièvement au commencement du règne des anciens rois de France, et dont les détails sont propres à nous inspirer un profond respect pour les institutions religieuses. La religion mêle toujours
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les enseignements aux pompes dn siècle; en couronnant les rois, elle leur dit : Les rois, comme leurs
moindres sujets, sont entre les mains de Dieu. La vertu est la vraie dignité de l’iiomme. »
Nous croyons devoir placer ici la description de la couronne du sacre de Louis XYL On y trouvera un intérêt historique et artistique L Elle est composée du l)andeau ou diadème, surmonté de huit fleurs de lis. Du sommet de ces fleurs de lis s’élèvent huit branches qui vont se réunir au haut de la couronne pour la lérmer, et sont surmontées d’une autre fleur de lis qui termine la couronne.
Le bandeau est bordé de deux fllets de perles , où sont attachés vingt-(piatre gros diamants et huit pierres de diflérentes couleurs. L’un de ces vingt-quatre diamants est un grand brillant d’une perfection admirable, connu sous le nom de Miroir de Portwjal; de l’autre coté de ce diamant s’en trouve un autre non moins beau, le plus gros des diamants Mazarin.
A la fleur de lis (pii surmonte le milieu même du bandeau, et manpiant le devant de la couronne, brille le fameux diamant appelé le Rér/enf : il pèse cin(j cent quarante-sept grains. C’est le |)his beau diamant connu , non-seulement à cause du poids, mais surtout à cause de l’éclat dont il jouit; il est sans défaut, et on l’estime aujourd’hui cinq millions de francs. Les autres fleurs de lis présentent j)lusieurs gros diamants, parmi lesquels se trouve une partie des diamants Mazarin.
I Nous avons emitninté cette description à un écrit du temps.
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Les luiit lloiirons entre les huit lleiirs de lis sont composés chacun de trois diamanis roses et de trois pierres de dilîerentes couleurs , d’un volume et d’un prix considérables.
Sur chacune des huit bandes qui partent des huit Heurs de lis pour se réunir au haut de la couronne, sont trois diamants et quatre pierres de différentes couleurs, (jui sont placés aux endroits où les fdets de perles se croisent. Entre les huit bandes, et à l’endroit où elles se réunissent pour fermer la couronne, sont huit gros diamants montés à jour, qui ensemble forment une espèce de soleil du milieu duquel paraît naître la belle tleur de lis du sommet.
Les huit bandes se trouvent arrêtées j)ar un cercle enrichi de petits diamants brillants et d’un blet de [)erles placé au bord de la table (jui porte la tleur de lis du sommet. Cette tleur de lis est composée du fameux diamant appelé le Sancy, pesant deux cent seize grains. Ce diamant a une grande réputation aiqu-ès des connaisseurs. Les seize autres diamants qui accom[)agnent le Saney sont montés si habilement et si légèrement , (pie de loin ils paraissent ne former (pi’un seul diamant étincelant des feux les plus vifs.
Le bonnet (pu est au dedans de la couronne est couvert de satin violet, divisé en huit compartiments égaux par des filets de perles; entre cha(pie compartiment sont placés trois diamants roses, dont la plupart sont d’une grandeur extraordinaire. Ces huit conijiartiments se terminent au milieu du bonnet par un autre diamant rose non moins beau que les précédents.
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