HI
rempli de ses monuments funéraires les principales églises de l’Europe. Des trente -deux rois issus de la tige féconde des Capétiens, de[)uis Hugues Capet juscprà Louis XV,' tous eurent leur toml)eau à Saint-Denis, à l’exception de trois, Philippe P% Louis VII et Louis XL « Les tombeaux des trois dynasties, dit M. Giiilhermy ‘ , se trouvaient autrefois tous réunis dans l’église supérieure. Ils occupaient une partie du chœur, le transsept, la première travée de l’abside et les (juatre chapelles de Saint-Hippolyte, de Saint-Michel, de Notre- Dame-la-Blanche, de Saint-Jean-Baptiste, ouvertes sur les deux croisillons. Oii^ind on se plaçait sur la plateforme de l’abside, élevée d’un grand nombre de marches au-dessus du sol du reste de l’église, on les voyait presque tous à la fois. Ce devait être un grand et magnifique spectacle. L’art de quatre siècles apparaissait là dans ses œuvres les plus parfaites et les plus intéressantes. On avait, sur la gauche, la chapelle de Dagobert, richement dorée et enluminée; à droite, sur un même tombeau , deux fils de Philippe le Bel , deux reines, et les deux premiers rois de la branche des Valois. Derrière la chapelle de Dagobert se montraient Charles V et ses deux successeurs, environnés d’un pompeux cortège de connétables et d’illustres guerriers. De l’autre côté, la chapelle de Notre-Dame-la-Blanche laissait voir les elïigies de deux filles du roi Charles IV. Dans le travers du transsept, les tombeaux érigés par saint Louis formaient deux lignes parallèles; les statues
1 Monographie de l'église royale Saint -Denis , p. 40.
SAINT-DEMS.
couchées, sans aiicim ornement, sur de simples socles en pierre, avaient été anciennement coloriées. Au pied des marches du maître-autel, on apercevait la tombe en cuivre de Marp:uerite de Provence, puis quelques tombeaux en marbre des successeurs de saint Louis; enfin, sur un plan plus reculé, entre les deux rangs des stalles du chœur, le monument de l’empereur Charles le Chauve. Du côté du nord, dans le croisillon et dans la chapelle de Saint-Hippolyte , la colonne du cardinal de Bourbon , le tombeau de deux princesses mortes au xiv‘“ siècle, le mausolée de Louis XH et celui de Henri II, rapporté dans l’église depuis la destruction de la rotonde des Valois, composaient une merveilleuse perspective (pie l’œil allait chercher à travers les clôtures à jour, les faisceaux de colonnettes, les retables découpés des autels, dans un lointain éclairé par de brillantes verrières. Au midi , le mausolée de François F’’ s’avan(;ait à moitié du croisillon pour faire voir les cinq statues agenouillées sur son entablement, et près de ce chefd’œuvre du XVI® siècle on pouvait encore distinguer, dans l’ombre de la chapelle de Saint-Michel, le tombeau de Marguerite, comtesse de Flandre, placé entre quatre colonnes qui supportaient un dais d’une excpiise délicatesse, sculpté en 1382. »
Toutes ces tombes, hélas! ont été violées. Les ossements des rois en ont été arrachés en 1793, et jetés dans une fosse commune remplie de chaux vive et creusée au milieu du cimetière. Grâce à l’intervention de quelques hommes courageux, entre autres de M. Alexandre Lenoir, qui firent valoir l’intérêt des
SAIM -DKNIS.
arts, la plupart des statues échappèrent aux coups du fanatisme révolutionnaire. Kn 1816, elles furent rendues à l’église Saint-Denis, et replacées ensuite dans l’ordre où nous les voyons présentement. Quehpies ossements, retrouvés dans les fosses profondes où la Convention les avait fait jeter, ont été déposés dans la crypte. Là se voient les cercueils de plomb contenant ce qu’on a [)u retrouver des restes de Louis XVI et de Marie- Antoinette dans le cimetière de la Madeleine, où leurs corps mutilés avaient été ensevelis entre deux lits de chaux vive. En face de ce roi et de cette reine, dont les têtes ont roulé sur l’échafaud, gisent dans d’autres cercueils deux fdles de France mortes en exil. Mesdames Victoire et Adélaïde, et un prince tombé sous le poignard d’un assassin, Charles-Ferdinand d’Artois, duc de Berri. Suivant l’antique usage, le corps de Louis XYIII attend sur la première marche du caveau royal que son successeur, prenant sa place , le fasse descendre au rang que la mort lui a destiné. Mais combien attendra- t-il encore? Charles X a rendu le dernier soupir sur la terre d’exil !
Dans la crypte de Saint- Denis, « à je ne sais (juelle odeur de vétusté répandue sous ces arches funèbres, on croirait, pour ainsi dire, respirer la poussière des temps passés.
« Si tout à coup, jetant à l’écart le drap mortuaire qui les couvre, ces monarques allaient se dresser dans leurs sépulcres et fixer sur nous leurs regards à la lueur de cette lampe!... Oui, nous les voyons tous se lever à demi, ces spectres des rois; nous distinguons leur
SAINT-DEMS.
race, nous les reconnaissons, nous osons interroger ces majestés du tombeau. Eh bien, peuple royal de fantômes, dites-le nous, voudriez-vous revivre maintenant au prix d’une couronne? le trône vous tente-t-il encore?... Mais d’où vient ce profond silence? d’où vient que vous êtes tous muets sous ces voûtes? Vous secouez vos têtes royales, d’où tombe un nuage de poussière; vos yeux se referment, et vous vous recouchez lentement dans vos cercueils ^ ! »
Au souvenir de tant de grandeur et au spectacle de tant d’abaissement, nous n’avons qu’à répéter ce mot de Massillon : Dieu seul est grand!
< Chateaubriand, Génie du christianisme , IV^ partie, chap. ix.
LES PLI S HELLES EGLISES I)l MONDE.
A 1 \T-0 r i:N ItK KOI E V