‹ Les plus belles églises du mondeChapitre 52 sur 84 · DE LINCOLN · texte numérisé non relu

DE LINCOLN

A cathédrale de Lincoln, située sur line éminence , domine nn vaste horizon. Les maisons de la cité moderne se groupent au pied du .j. monument , dont les hautes tours semblent protéger toute la contrée.

L’Angleterre catholique dédia jadis à la sainte Vierge, Mère de Dieu, ce temple auguste, où l’œil ne se lasse jamais d’admirer les ornements les plus délicats et les plus variés. Notre-Dame de Lincoln, par la grandeur des dimensions, la beauté de l’ordonnance, la régularité de l’ensemble, l’élégance des détails et la noblesse de rarchitecture, mérite d’être citée à côté des célèbres églises de Chartres, d’Amiens, de Bourges et de Reims, chefs-d’œuvre de l’art religieux. Toutefois l’origine de

cet éditice ne remonte pas au delà de l’invasion normande; aussi peut-on le regarder, à certains égards, comme le monument de la conquête. Les premiers fondements en furent jetés par Remi , d’abord abbé de Fécamp. Venu en Angleterre à la suite de Guillaume le Concjuérant, il fut nommé évêque de Dorchester en 1070, et transféra le siège épiscopal à Lincoln. Cet événement exerça la plus heureuse influence sur les destinées religieuses de cette partie de l’Angleterre. Au bruit des combats qui retentit si fortement dans tout le midi de la Grande-Bretagne succédèrent les travaux féconds de la paix et les douces influences de la religion. Si le roi Guillaume se montre souvent dans ces régions, ce n’est plus à la tête des armées, mais en compagnie de la reine Mathilde, des évêques, des abbés et des comtes , qui gouvernent avec lui les populations soumises à son empire.

La fondation de l’église de Lincoln est , pour ainsi dire, le trophée de la victoire qui mit les îles Britanni(|ues au pouvoir de cette race forte et entreprenante (pii venait de conquérir un riche royaume en Italie. La con({uête de l’Angleterre fut un des plus brillants faits d’armes du moyen âge.

Longtemps avant l’année 1066, Guillaume, üls de Robert le Diable, se préparait à revendi(|uer, les armes à la main, la couronne d’Angleterre, qu’il regardait comme faisant partie de son héritage. Harold connaissait les menées de son compétiteur au trône, et se disposait à la résistance ; mais la marche des événements trompa son attente. Le duc de Normandie, malgré

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ses promesses séduisantes, avait eu de la peine à se |)rocurer de l’argent. Les états de la province, peu favorables à des projets aventureux , avaient refusé de lui en donner. Le Normand eut recours à l’adresse, el réussit à remplir ses cotfres. Il parvint même à décider les seigneurs ses voisins à partager les hasards de l’expédition. En homme prévoyant, le duc avait envoyé des ambassadeurs à Rome, pour expliquer au pape la justice de ses réclamations et le prier de favoriser son dessein. Alexandre II accorda plus qu’on ne lui demandait; il envoya à Guillaume un anneau d’or, une bannière et une bulle d’investiture.

Harold semblait comprendre qu’il n’avait pas de temps à perdre , et cependant il fut surpris. Parti de Saint-Valéry à la tête d’une flotte de neuf cents voiles , le duc de Normandie débarque ses troupes dans un petit port du comté de Sussex. Il y arrive si inopinément, que tous les soldats mettent pied à terre sans être inquiétés. Rempli d’ardeur et d’espérance, fier de ce premier succès qui ne lui coûte rien, Guillaume paraît sûr de la victoire. Un accident indifférent en soi, mais dont on pouvait tirer mauvais augure, faillit ébranler la confiance de ses compagnons de fortune. En quittant sa barque , le hardi capitaine , soit emporté I>ar trop de précipitation , soit étourdi par la fatigue de la traversée, fait un faux pas et tombe sur les mains. On l’entoure avec inquiétude: » Tant mieux, s’écrie-t-ii en riant, je prends possession de l’Angleterre; elle esl à moi , je la saisis des deux mains. » La présence d’espril et l’assurance du prince inspirent confiance à tout

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le monde ; après quelques courts instants de repos , on se dispose à marclier en avant.

En même temps , Guillaume publie un manifeste où il montre ses droits à la couronne d’Angleterre, qui lui a été ravie par un usurpateur. Il proteste qu’il vient unicpiement pour entrer en possession d’un bien dont il est légitime propriétaire. Sur-le-champ il envoie un ambassadeur à Harold, pour le sommer de lui restituer la couronne ou le défier à un combat singulier. Le monarque anglais répond par un double refus , et se met aussitôt en campagne. Deux ennemis qui se cherchent ne doivent })as tarder à se rencontrer : les deux armées sont bientôt en présence, et l’on choisit les champs d’Hastings pour livrer la l)ataille.

Les troupes des deux partis passèrent bien différemment la nuit qui précéda le combat. Chez les Anglais, ce n’étaient (pie joyeux propos, festins et fanfaronnades. Les Normands reposaient ou priaient. Au point du jour, la plaine retentit du bruit des armes. Les bataillons se déploient en silence; la voix des commandants seule se fait entendre. De part et d’autre on voit de vaillants chevaliers, des gens de cœur, des soldats façonnés au rude métier de la guerre. Harold partage son armée en deux corps; Guillaume en hiit autant, se ménageant de plus un corps de réserve.

Déjà la fureur martiale éclate dans tous les regards. Les deux chefs haranguent leurs troupes. Par une amère dérision, chacun fait valoir les mêmes motifs d’encouragement: la légitimité de son droit, la justice de sa cause, la droiture de ses intenlions, l’usurpation de

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son adversaire; chacun prend Dieu à témoin de sa sincérité.

Au signal donné, les deux armées s’él>ranlent. Le choc est terrible. La mort frap{>e à coups redoublés; le sang ruisselle : chevaliers et soldats mordent la poussière. Malgré des prodiges de valeur, la victoire reste longtemps indécise. L’avantage semble appartenir aux Anglais, quand Guillaume, à l’aide d’un stratagème, attire Harold dans une embuscade où il l’enveloppe et le défait. Le monarque anglais tombe au milieu des siens, après s’être défendu comme un lion. La mort du roi fut le signal de la déroute : plus de six mille Anglais restèrent sur le champ de bataille. Le vaincpieur passa la nuit sur le théâtre sanglant de la lutte. Il fonda en ce même lieu un monastère, en souvenir de cette journée mémorable : des religieux venus de Marmoutier-lez-Tours furent chargés d’y célébrer l’office divin. La dépouille mortelle de l’infortuné Harold fut ensevelie avec honneur par des chevaliers normands, qui n’hésitèrent pas à rendre ce dernier hommage à un prince malheureux. On a prétendu que le roi d’Angleterre ne périt pas dans cette funeste rencontre, et qu’il échappa couvert de sang et de blessures. Longtemps après, dit- on, mourut à Chester un pauvre ermite chargé d'années et d’infirmités. Avant de rendre le dernier soupir, il assembla quelques témoins; il paraissait en proie à de pénibles souvenirs , et , à la surprise générale, il révéla qu’il était le roi Harold, le vaincu d’Hastings. Cette légende n’a pas d’autre fondemeni, peut-être, que l’imagination du peu[)le, vivement

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frappée de la catastrophe soudaine qui précipita du trône un jeune et brillant monarque : les grands désastres n’ont- ils pas tous leur poésie?

Chacun sait comment Guillaume profita de sa victoire. Aussi prudent que brave, il ne négligea rien pour assurer sa conquête; et, grâce à un système que la rudesse de ces temps explique sans le justifier, il partagea l’Angleterre entre des serviteurs dévoués, qu’il s’attacha par les liens solides de l’intérêt à défaut des liens de la reconnaissance, sur lesquels le Normand ne comptait guère. Les bénéfices ecclésiastiques euxmêmes furent traités comme domaines de conquête, et des clercs normands possédèrent bientôt la plupart des sièges épiscopaux et les principales abbayes. C’est ainsi (fiie Kemi fut élu évêque de Dorchester.

On s’étonnera peut-être de voir Remi abandonner les saintes coutumes de l’antiquité ecclésiastique, en (piittant la vieille cathédrale de Dorchester pour l’église neuve de Lincoln. Sa conduite sera justifiée par la pensée des dangers auxquels étaient alors sans cesse exposées les villes sans défense, et j)ar le souvenir du concile de Londres, tenu en 1075, lequel ordonna de transférer dans des cités fortifiées les sièges épiscopaux situés dans des villes ouvertes, où l’amour du pillage poussait continuellement des bandes armées et indisciplinées. Quoi qu’il en soit, Remi était un de ces hommes que leur génie portait naturellement à entreprendre les plus hardis projets, et qui avaient la persévérance nécessaire pour les mener à heureux achèvement. Les historiens du temps sont d’accord pour louer sa charité envers les

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pauvres; il en nourrissait plus de mille durant trois mois de rannée, et chaque jour il en invitait trente à manger à sa table. Ce prélat était doux, modeste, d’une piété exemplaire, zélé pour le salut des aines, a[)pli(pié à scs devoirs, d'un esprit dégagé de toute [iréoccupation mondaine, et d’un caractère saintement indépendant.

Le milieu du xé‘ siècle fut signalé en France par la construction d’importantes églises romano-byzantines ; on peut en admirer le type dans les deux abbayes de Saint-Étienne et de la Trinité à Caen , fondées l’une par le roi Guillaume, et l’autre par la reine Mathilde de Flandre, son épouse. L’architecture romano-byzantine n’est pas dépourvue de noblesse, ni d’originalité; on y découvre sans peine le germe des progrès que réalisera plus tard l’architecture à ogives. Remi creusa les fondations de la cathédrale de Lincoln sur un vaste plan. Il en choisit remplacement au sommet du monticule, non loin du château qui s’élevait alors et promettait aux gens d’F]glise protection et sécurité. S’il laid en croire sur ce point les historiens anglais, la cathédrale romano-byzantine de Lincoln était bâtie en forme de croix latine, avec un double transsept. Tel est le plan de l’église actuelle; et, quoique l’édifice ait subi des changements à diverses époques, il est possible que les hardis projets de l’évêque Remi aient dépassé les grandes œuvres juscpi’alors réalisées par l’architecture. Le génie, de l’évêque normand n’était pas audessous de la haute fortune que les circonstances lui avaient faite. Remi poussa les travaux avec activité. On vit avec surprise et admiration monter dans les airs

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les larges arcades en plein cintre et les trois tours, dont la construction portait tous les signes de la force. Déjà l’entreprise était sur le point d’être achevée; l’évêcpie faisait des préparatifs pour la dédicace solennelle. La cérémonie fut fixée au 9 mai i092, et les évêipies, les abbés, les comtes, et quantité d’autres puissants personnages, furent convoqués à la fête. Remi se disposait à étaler en ce jour toute la magnificence possible, quand tout à coup il fut saisi par la maladie; il rendit le dernier soupir le 8 mai, veille de cette solennité si pompeusement annoncée. En descendant au tomlieau , l’évêque eut au moins la consolation de laisser le monument de Lincoln entièrement fini , et avant de se fermer au jour, ses yeux purent le contempler dans toute la beauté d’une noble architecture. Son successeur, Robert Bloet, qui avait été d’abord chapelain de Guillaume le Conquérant, en fit la consécration cette même année 1092, et le mit sous l’invocation de la sainte Vierge. Cet événement eut lieu sous le règne de Guillaume le Roux, prince ambitieux, avide et cruel.

La cathédrale de Lincoln semblait destinée à traverser des siècles nombreux, tant l’architecture en était solide ; mais un violent incendie y causa de graves dommages en 1121. L’évêque Alexandre répara ce désastre. Alexandre doit être compté, ainsi que son oncle Roger, évêque de Salisbury, et son frère Nigel, évêcpie d’Ely, au nombre des prélats (pii montrèrent non-seulement un goût éclairé pour l’architecture, mais encore des connaissances prati(|ues dans l’art de

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hatir. On lui attribue la construction des voûtes en jjierre, que Remi n’avait pu faire exécuter. Ce trait, ajouté à beaucoup d’autres, prouve que les grands travaux d’architecture étaient alors, en Angleterre, dirigés par des artistes faisant partie du clergé ou recevant l’intluence de l’Église. Un autre fait, emprunté à Tliistoire de la cathédrale de Lincoln, montre qu’il en était encore de même un siècle plus tard.

Un 1 185, un tremblement de terre renversa les voûtes et lézarda les murs de l’église Notre-Dame ; le monument toutefois ne tarda pas à sortir de ses ruines, et à se relever plus imposant, plus élégant que jamais. L’évêque de Lincoln était un de ces pontifes éminents que l’Angleterre emprunta plus d’une fois au continent; saint Hugues de Grenoble, surnommé le Rourguignon , successeur de Robert de Ghesney et de Gaultier de Coutances, se dévoua à cette œuvre longue et pénible. Mais, avant de décrire les magniliques travaux qu’il exécuta, il est bon de faire connaître ce saint personnage. On comprendra mieux , après avoir lu quelques détails sur sa vie, d’où provenaient la force de volonté, l’énergie de caractère, le courage à toute épreuve, l’ardente piété, le zèle vraiment sacerdotal des évêques catholiques placés alors à la tête des Eglises d’Angleterre. Hugues naquit en Bourgogne, de parents distingués par leur mérite et leur fortune. Suivant la coutume du temps, il fut placé dans un monastère de chanoines réguliers , pour y apprendre les sciences divines et humaines. Dès sa plus tendre jeunesse, il étonna par des dispositions extraordinaires à profiter des leçons de ses

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maîtres. Il avait été confié spécialement aux soins d'un vieillard qui réussit sans peine à le former à la piété, et à l’initier à toutes les branches de l’enseignement alors en faveur. Ayant reçu l’ordre du diaconat, il s’éprit d’un vif amour pour la solitude et résolut de s’enfermer à la Grande-Chartreuse, où il avait été conduit par le prieur de son monastère dans un voyage de dévotion. Après avoir triomphé de divers obstacles, il céda enfin à son attrait, et entra dans la famille de l’austère saint Hruno, sous le prieur Basile, successeur de saint Anthelme. Hugues ne tarda pas à recevoir la prêtrise, et resta dix ans dans une étroite cellule, servant Dieu avec ferveur, dans la pratique de rhumilité, de l’obéissance, de la mortification et des autres vertus monastiques. Devenu procureur de la communauté, il s’acquitta des devoirs de sa charge avec une telle supériorité, que sa réputation s’étendit au delà des limites de la province (pi’il habitait. Il vint en Angleterre à la demande du roi Henri H, pour gouverner la chartreuse de Witham, dans le comté de Somerset, fondée par ce prince. Le prieur du nouveau monastère, par sa piété douce, son éloquence jiersuasive, ses manières engageantes et la régularité de ses mœurs, gagna promptement l’alfection du monarque et du peuple. On ne saurait faire un plus bel éloge de ses qualités, car le peuple anglais détestait alors les étrangers. Aussi, à la vacance du siège de Lincoln, Hugues fut -il nommé évêque à la majorité des suffrages, le 2o mai 1186. L’archevêque d’York confirma l’élection. Mais le nouvel évêque refusa de prendre la mitre, prétextant son indignité.

nr: Lincoln.

craignant en outre que le désir exi)rimé par le roi n'eût diminué la liberté des votes, enfin ne voulant i)as accepter sans le consentement du prieur de la Grando Cliartreuse. Toutes les difficultés ayant été aplanies, Hugues reçut la consécration épiscopale à Westminster. L’éclat des honneurs ne l’éblouit pas; il ne se relâcha en rien des exercices de l’institut monastique, et continua de vivre avec la même austérité durant les quatorze années de son épiscopat. Après sa mort, arrivée le 17 novembre 1200, il obtint les honneurs de la canonisation. Son corps, enseveli dans la chapelle de Saint-Jean -Baptiste , à la cathédrale de Lincoln, y demeura jusqu’en 1282, époque à laquelle ses reliques furent mises dans une châsse précieuse et exposées â la vénération des fidèles. Hugues de Grenoble fut un grand homme et un grand saint; dans un siècle fécond en personnages distingués, il obtint une des premières places; les œuvres qu’il a laissées rendent un témoignage immortel à son génie.

Saint Hugues ne se contenta pas de rebâtir sa cathédrale; il conçut le dessein de l’agrandir et de la construire selon les principes nouveaux qui triomphaient alors en France, et dont la renommée lui racontait des merveilles. Lui-même peut-être avait vu les beaux édifices à ogives construits à Angers, à Poitiers, à Tours, sur les domaines des puissants comtes que la fortune avait portés sur le trône d’Angleterre. Quels beaux modèles, en effet, que les charmantes églises fondées ])ar les Plantagenets sur les rives de la Vienne et de la Loire, en Touraine et en Anjou! Quoi qu’il en

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soit, la cathédrale de Lincoln tnt édifiée dans de belles proportions, et reçut dans chacune des parties qui la constituent, un cachet de rare distinction. On doit rapporter au temps de Hugues le Bourguignon presque toute la région absidale, le chœur, les chapelles et la salle capitulaire. Hugues de Wells, entre les mains duquel passa le bâton pastoral en 1209, et qui gouverna le diocèse de Lincoln jusqu’en 1225, continua les travaux si bien commencés, et en poursuivit l’achèvement avec persévérance. Ce fut un prélat d’un esprit cultivé et d’un caractère libéral. Il allia constamment l’amour de Dieu avec un goût prononcé pour les beauxarts et la littérature. Aucun sacrifice d’argent n’arrêtait son zèle, et ses contemporains ont loué sa munificence à l’égal de ses vertus épiscopales. On termina sous son pontificat la principale nef, le porche du nord et une grande partie du frontispice.

En 1235, la chute de la tour centrale, qui venait de recevoir le couronnement, occasionna des dégâts considérables; l’évêque Grossetête, ainsi nommé par les Français à cause du volume extraordinaire de sa tête, les répara promptement. Durant le xiv*" siècle, on fit des additions au monument de saint Hugues, on fonda des chapelles, on bâtit le cloître, on exécuta des embellissements de tout genre. Il est à noter que la piété des fidèles à Lincoln, comme en France, en Italie et en Espagne, s’était appliquée à décorer avec somptuosité ce sanctuaire dédié à la sainte Vierge. Plusieurs siècles y avaient rassemblé toutes les richesses de fart, lorsque la prétendue réforme vint y établir sa

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liturgie stérile. Les vases d’or el d’argent, les reliquaires ornés de pierreries , les vêtements précieux devini'ent la proie de la cupidité ; les tableaux , les verrières peintes, et mille objets auxquels la matière et la délicatesse de l’ouvrage donnaient une valeur inestimable , tombèrent sous les coups du fanatisme.

Aujourd’hui la cathédrale de Lincoln, malgré les pertes qu’elle a subies, est un édifice digne de l’admiration des archéologues. On y voit en outre un grand nombre de monuments funéraires L

Le plan , en forme de croix archiépiscopale ou a double transsept, est très- régulier. L’édifice est composé, dans sa longueur, de dix-huit larges arcades ou travées, y compris celles des deux transsepts. La perspective intérieure , grâce à une forêt de colonnes et de colonnettes, est très-pittoresque, et l’effet général ne laisserait rien à désirer si les voûtes étaient plus hautes. Le défaut d’élévation nuit beaucoup à riiarmonie de l’ensemble. La façade , ornée d’une infinité de petites arcatures à ogives en trèfle, est plus remarquable par la multiplicité des détails que par la grandeur des lignes. Plusieurs arceaux de style romano -byzantin attirent justement l’attention des curieux ; ils faisaient partie probablement de l’édifice construit par févêqueRemi, et portent les signes archéologiques des monuments bâtis à la fin du siècle. Rien , dans les églises de la Grande-Bretagne, n’est supérieur à la hardiesse et à

1 Longueur hors œuvre, 524 pieds anglais; largeur de la nef, y compris les collatéraux , 80 pieds; longueur du grand transsept , 222 pieds.

l’élégance de la tour centrale ; rarcliitectiire y a déployé tontes les ressources d’nn art ingénieux. Cette tour est carrée, ayant les angles sontenns et décorés en même temps par des contre -forts surmontés de clochetons; les faces sont percées de fenêtres à ogives, où sont prodiguées les plus fines sculptures; le couronnement enfin est formé de moulures et de feuillages artistement combinés: elle a environ soixante-treize mètres d’élévation. Nous ne connaissons que la tour centrale de l’église Saint-Ouen de Rouen qui l'emporte sur celle de Lincoln. Les deux tours de la façade occidentale sont également d’un bel aspect. Le monument de Lincoln , que les archéologues anglais comparent , sous plusieurs rapports, à l’église métropolitaine d’York, avec la disposition peu commune des transsepts, les contre-forts assez lourds des bas-cotés, les hautes murailles garnies de créneaux , les larges fenêtres à meneaux gothiques, les trois clochers, le cloître et la salle capitulaire, présente une masse imposante, un caractère grave et majestueux qui sied bien à la maison de Dieu.

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