‹ Les plus belles églises du mondeChapitre 53 sur 84 · DE WESTMINSTER · texte numérisé non relu

DE WESTMINSTER

L y a désaccord entre les historiens anglais sur l’origine de la célèbre al)baye de Westminster, dont le nom est inscrit à chaque page, pour ainsi dire, des annales ecclésiastiques de la Grande-Bretagne. Quelques-uns en font remonter la fondation jusqu’au règne du roi Lucius, vers la fin du second siècle de l’ère chrétienne; mais cette opinion ne repose sur aucun document digne de foi. Les autres, avec plus de raison , en attribuent l’érection à saint Mellitus, premier évêque de Londres, envoyé d’Italie en 601 , par saint Grégoire le Grand, avec d’antres zélés missionnaires , pour partager les travaux apostoliques de saint Augustin. Après avoir l)aptisé Sébert, roi des Saxons orientaux, ainsi qu’un grand nombre de ses sujets, le pieux évêque, fidèle aux souvenirs du cloître

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de Saint- André à Rome, et secondé par les libéralités du monarque, bâtit un monastère dédié à saint Pierre, prince des Apôtres, à l’ouest de sa cathédrale consacrée à saint Paul. Cette maison dut à sa position le nom de Westminster; elle fut destinée à former le clergé saxon à la piété, à la science et à l’observance de la discipline ecclésiastique. Ce n’était d’abord, dit Sulcard, premier historien de l’abbaye, qu’une modeste église dont la ferveur des moines faisait le principal ornement. Les vertus cléricales et monasticpies ne tardèrent pas à y fleurir et à répandre au dehors la bonne odeur de Jésus-Christ.

Grâce aux traditions romaines, qui s’y conservèrent vivantes, Westminster enseigna la plus pure doctrine aux disciples rassemblés à l’ombre de ses cloîtres. C’est d’ailleurs une chose digne de remarque , que la tendre sollicitude avec laquelle les pontifes romains soignèrent la culture de la chrétienté dans la Grande- Bretagne. A plusieurs reprises, ils dirigèrent vers cette île des hommes aussi distingués par la piété que par le savoir. Qui ne connaît les services rendus au clergé anglo-saxon par le savant archevêque de Cantorbéry saint Théodore, au milieu du viC siècle? Né â Tarse, en Cilicie , élevé dans les écoles d’Athènes, initié à tous les secrets des sciences divines et humaines, également versé dans la connaissance de la littérature grecque et latine, saint Théodore fut nommé arclievêque de Cantorbéry par le pape Yitalien. A peine installé dans le siège archiépiscopal , avec l’aide de saint Adrien, il donna la plus heureuse impulsion â toutes les institutions ecclésiastiques. Dans Técole qu’il établit

DE WESTMINSTEH.

à Cantorl)éry , il enseigna lui -même rKniture sainte, et donna des leeons d'astronomie et d’aritlnnétique. Les langues grecque et latine y furent cultivées avec tant de succès, (|ue plusieurs jeunes gens les jiarlaient a\ee la même facilité que leur langue maternelle. Tel était son zèle pour la diffusion des connaissances utiles, (pi’il fonda plusieurs autres écoles, convaincu que la science bien dirigée est le meilleur remède pour guérir de la superstition un peuple qui y est naturellement enclin. Alors brillait en Angleterre saint Benoît Biscop , qui eut la gloire d'avoir pour disciple le Vénérable Bède. Depuis tant de siècles , la réputation de ce dernier n’a fait que s’accroître. « C’était, dit un écrivain protestant ^ , un prodige de savoir dans un siècle où l’on n’avait presque aucune teinture des lettres; ses écrits forment une bibliothèque et un trésor de tous les arts alors connus. » Nous ne pouvons pas mentionner ici tous les savants hommes, si justement nommés « les fleurs de l’Angleterre » dans une lettre écrite à (diarlemagne par Alcuin, qui n’est pas la fleur là moins belle de l’Eglise anglo-saxonne.

L’abbaye de Westminster ne rappelle [)as seulement la gloire des lettres et des arts; des souvenirs de tout genre se rattachent à ces vieilles murailles noircies par le temps et ébranlées par les orages. Plusieurs abbés jouèrent un rôle important dans les affaires [)ubli(]ues. Les hauts l)arons se montrèrent en armes i)lus d’une fois à Westminster. Les plus graves (|uestions poli-

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ABBAYE

tiques y furent chaudement discutées. Depuis le temps de saint Édouard le Confesseur jusqu’à nos jours, la plupart des rois d’Angleterre y reçurent solennellement la couronne ; beaucoup de princes y sont venus « dormir leur dernier sommeil, » etontcreusé leur tombe à l’ombre du sanctuaire. Depuis l’époque funeste du schisme de Henri VIII, et surtout dans les temps modernes, on y a éi’igé des monuments funèbres à une foule de personnages. La mort y a serré les rangs ; on y reconnaît partout son inexorable empire; et quoique de fastueuses inscriptions promettent l’immortalité , sur plus d’une de ces froides pierres pèsent l’inditférence et l’oubli.

Le [)remier établissement de Westminster fut détruit par les Danois au ix*" siècle. La ville de Londres et tous les édifices qui en faisaient rornement subirent le même sort. Saint Dunstan fut le restaurateur de l’abbaye. C’était un prélat aussi distingué par ses vertus que par son ferme courage. 11 ne craignit pas de reprocher sa conduite déréglée au roi Edwy, qui le jour même de son sacre (piitta la salle où étaient assemblés les grands du royaume pour se livrer au libertinage. L’exil fut la récompense de cette sainte liberté. Sous le roi Edgar, saint Dunstan, devenu archevê([ue de Cantorbéry, exerça la plus heureuse influence sur les affaires pid)liques. 11 parcourait sans cesse le vaste territoire soumis à sa juridiction métropolitaine, réformant les abus, prêchant avec force, surtout par sa conduite encore plus élo- (juente (jue sa parole , la pratique des devoirs ecclésiastiques. Son zèle pour l'observance de la discipline ne SC ralentit jamais. Afin d’empêcher le relachemeni

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