DE VIENNE EN AUTRICHE
ANS les desseins de la Providence, les conquêtes de Rome préparèrent la voie aux prédicateurs évangéliques. Les pontifes ro-
mains successeurs de saint Pierre, établis au cœur même de Tempire , au centre du gouvernemen I du monde, dans cette ville qu’ils devaient rendre véritablement éternelle, envoyèrent des apôtres jusque dans les contrées les plus loin-
% taines à la suite des légions. La civilisation de TEvangile, autrement vivace que la civilisation païenne, étendait ses racines partout à la fois, et les enfonçait profondément dans le sol en apparence le plus ingrat. Les premiers missionnaires qui parvinrent sur les rives du Danube s’arrêtèrent à Vindobona, petit
SAINT-ÉTIENNE
village composé de quelques pauvres cabanes , sur l’emplacement occupé de nos jours par la capitale superbe de l’empire d’Autriche. Les cohortes romaines y avaient fixé leur camp à cause d’une légère éminence, favorable à un poste militaire, d’où elles surveillaient les peuples remuants de la Norique et de la Pannonie. Mais le flot de l’invasion barbare ne tarda pas à emporter l'établissement romain destiné à lui servir de digue. Après avoir plusieurs fois changé de maîtres, ce pays fit partie, en 791, du vaste empire des Francs. Charlemagne conduisit jusque-là son armée victorieuse, et repoussa en Hongrie les tribus sauvages des Avares. En signe de triomphe et de dévotion , l’Empereur bâtit à Vienne l’église Saint-Pierre.
Dès l’an 781 l’Autriche devint comté, et Léopold de Babenberg en fut le premier comte ou m.argrave. A l’exemple de plusieurs des grands feudataires de l’Empire, Léopold réussit à rendre cette dignité héréditaire dans sa famille, qui la posséda jusqu’à son extinction, en 1216. Un de ses descendants, le margrave Henri H, surnommé Jasomirgott, posa les premiers fondements de l’église Saint-Étienne en 1111. L’édifice, agrandi dans la suite des siècles, est devenu l’église métropolitaine, dont la flèche hardie passe à bon droit pour nue des merveilles de l’Allemagne. Faute d’espace suffisant, le bâtiment primitif était en dehors de l’enceinte fortifiée; mais, prévoyant sans doute les hautes destinées de la modeste capitale de la basse Autriche, Henri affecta de ne rien craindre pour la sûreté d’un monument qu’il plaça toutefois, six ans après, sous la pro-