VIENNE. - AUTRICHE
tection de son château , bâti dans le voisinage. Trois ans après Tonvertiire des travaux, l’église fut dédiée à saint Etienne, premier martyr, par Reimbert, évêque de Passau. Ce fut d’abord une simple église de paroisse. Les historiens ont négligé d’en faire la description; mais le portail occidental, conservé presque entier après les incendies de 1258 et de 1265, qui ruinèrent l’édifice, suffit pour donner une idée du talent de l’architecte, Octavien Jalkner, et de la munificence du prince. L’architecture de la façade et des deux tours, appelées tours des Païens y n’est dépourvue ni de grandeur ni d’élégance , si l’on fait attention â l’époque et aux circonstances de la fondation. Le xiff siècle a vu construire en France et dans les provinces baignées par le Rhin des édifices plus vastes et mieux ornés; il ne désavouerait nullement l’œuvre d’Octavien, qui, né à Cracovie, avait admiré probablement les monuments ecclésiastiques les plus vantés de son temps. Le margrave Henri II s’occupa aussi d’accroître et d’embellir la basilique Maria-Stiegen, et fonda le monastère des bénédictins écossais. Ces entreprises si considérables servirent utilement aux progrès de l’architecture, et des arts qui en sont ti'ibutaires. Les services du monarque furent appréciés et récompensés par l’empereur Frédéric LL La basse et la haute Autriche furent réunies et érigées en duché, auquel on accorda des privilèges extraordinaires. Henri H fut le premier duc d’Autriche.
A la mort de Frédéric H , dernier rejeton de la noble maison de Babenberg, le duché d’Autriche fut revendiqué par l’empereur d’Allemagne, en (pialité de fief
SAINT-ÉTIENNE
d’Flmpire tombé en déshérence. Ce changement de maître occasionna des tronbles. Le pape Innocent IV, à cause des démêlés toujours existants entre le sacerdoce et l’Empire, invita les princes voisins à s’emparer de l’Autriche. Personne ne se crut en état d’accepter la dangereuse invitation du pontife romain. Fatigués de cette position incertaine, si nuisil)le à leurs intérêts, les États du duché se réunirent et manifestèrent l’intention d’offrir l’Autriche à quelqu’un des parents de leur ancien souverain. Le roi Venceslas de Bohême leur proposa son fils Ottocare, qu’il envoya sans délai à la tête d’une puissante armée. La crainte qu’inspirait la force dont il disposait, des libéralités faites à propos, des promesses adroites lui ouvrirent les portes de Vienne, où il s’établit en 12ol.
Ottocare déploya le zèle le plus louable pour relever l'église Saint-Étienne de ses cendres après le furieux incendie de 1265. Deux ans après, Guy, cardinal-légat, y présida un concile où furent rédigés dix-neuf canons pour la réforme de la province de Salzbourg et du diocèse de Prague L Vienne n’était pas encore évêché. On s’éleva fortement contre la simonie, et le légat menaça d’interdiction les clercs qui recevraient l’investiture des bénéfices ecclésiastiques de la main des laùpies, à l’exclusion de l’évêque ou de son archidiacre.
Rodolphe de Ilapsbourg, ayant été élu empereur d’Allemagne, réclama à Ottocare, devenu roi de Bo-
1 Cotidl. German., tom. III, an. 1267.
VIENNE. — AITRIEHE.
hême, la restitution de l’Autriche, de la Slyrie, de la Carinthie et de la Carniole, qu’il lui reprochait d’avoir envahies injustement. Ottocare se crut de force à lutler contre rEmporeur; mais il avait trop présumé de sa bravoure et de la fidélité de ses nouveaux sujets. Kodolphe pénétra en Autriche, et, le 18 octobre 1276, il arriva bientôt sous les murs de Vienne. Le siège commença sur-le-champ. I3ésespérant du succès de la lutte, Ottocare se résigna à perdre l’Autriche et les provinces dont il s’était emparé. Rodolphe fit une entrée solennelle à Vienne, et célébra son triomphe avec grande pompe dans l’église Saint-Etienne. En 1283, il institua son fils Albert duc d’Autriche, et depuis lors la maison de Hapsbourg n’a pas cessé de posséder ce trône, dont l’éclata toujours été en grandissant jusqu’à nos jours.
Le duc Albert II fit exécuter à l’église Saint-Étienne des ouvrages dont nous ignorons l’importance. En 1326, Ulric de Tirna et Berthe, sa femme, aussi distingués |)ar leur générosité que par leur naissance, construisirent à leurs frais la chapelle de la Croix , placée au jourd’hui sous le vocable de saint Eugène. En 1359, le duc Rodolphe IV mérita le surnom de Fondateur, à cause des travaux qu’il entreprit et qu’il eut le bonheur d’achever. Du règne de ce duc datent les voûtes de la nef, le chœur et la base des deux clochers du transsept , dont un seul est terminé. Les sculptures et les statues nombreuses exécutées [)ar ordre de Rodolphe IV, sont dues au ciseau de Henri Kumpf, originaire de la Hesse, et de Christophe Horn de Dünkelspid. Ces deux artistes avaient un talent soujile et original : on en peut juger
SAINT-ÉTIENNE
par leurs œuvres, dont la majeure partie s’est conservée intacte jusqu’à présent.
A partir de cette époque, les travaux ne paraissent pas avoir été interrompus. Le chapitre, établi en 1365, leur donna une vive impulsion , les ressources de la collégiale étant de beaucoup supérieures à celles de l’ancienne église paroissiale. La llèche magnifique du portail méridional, commencée en 1359, par l’architecte Wenzel de Klosterneubourg , atteignait les deux tiers environ de sa hauteur en 1 404, lorsque cet artiste rendit le dernier soupir. Maître Pierre Bracchawitz y travailla avec une extrême ardeur jusqu’en 1429, époque de sa mort. L’honneur d’y mettre le couronnement était réservé à Jean Buchsbaum. Cette belle pyramide, disent les chroniques, fut terminée quatre jours après la fête de saint Michel en 1433. Elle a cent trente-trois mètres de hauteur, et l’on employa soixante-quatorze ans à la bâtir.
Le temps considérable consacré à l’érection des pyramides célèbres qui excitent notre juste admiration , atteste plutôt la persévérance (|ue renthousiasme ou l’abondance des ressources. Les difficultés de ce genre de construction ne sont pas énormes; elles ne pouvaient nullement arrêter des tailleurs de pierres accoutumés à résoudre chacpie jour les problèmes les plus compli(jués du tracé géométrique, et possédant une connaissance approfondie de tons les secrets de l’art de bâtir. Ce (pii nous étonne davantage à l’aspect de ces pyramides gigautes(pies, c’(^st l’unité de style: on dirait qu’elles oui été bâties d'un seul jet. La flèche de Stras-