VIENNE. — AUTRICHE
bourg a été cent soixanle-doiize ans en consiriiciion ; celle (le Fril)onrg en Brisgan , nn siècle; el celle de Tliann en Alsace , (jnatre-vingt-six ans.
En 1 ioO , on résolut d'édilîer la tour déjà fondée dn transsepi septentrional de l’église de Vienne, sur le meme plan et avec la même magnificence rpie celle qui venait d’être achevée aux applaudissements de toni le monde. Biichsbanm fut chargé d'exéciiter ce projet. Mais à peine arrivée à la hauteur où nous la voyons actuellement, elle fut abandonnée sans retour.
Depuis longtemps les ducs d’Autriche sollicilaienl l’érection d’un évêché à AÙenne. En 1480, Sixte IV créa le siège épiscopal, (pi’il fixa à Saint-Etienne. Cet acte s’accomplit au milieu des circonstances criticpies qui tenaient l’Europe en suspens. F.es Turcs menacjaient la chrétienté, ils poussèrent leurs incursions jusqu’en Italie. La bravoure des chevaliers de Rhodes les arrêta tout court dans leurs espérances de conquête, et leur ferma la porte des plus belles contrées du monde. Sixte IV attacha son nom à une midtitude d’œuvres importantes. Il lit construire ou réparer à Rome tani de monuments, qu’on a dit que les seules pierres on son nom est inscrit sufü raient à bâtir un vaste édifice. L’évêché de Vienne fut élevé à la dignité d’archevêché en 1722, par le pape Innocent XIII.
Aux réjouissances qui suivirent l’établissement du siège épiscopal succédèrent les fléaux de la guerre et des discordes civiles. En 1 484, le roi Mathias de Hongrie envahit l’Autriche à la tête de foi’ces considérables, précipite sa marche, s’empare de tout le duché, et
SALM -KTIEiNNE.
vient à rinij)roviste mettre le siège devant la capitale. Les habitants de Vienne tirent des prodiges de valeur; mais leur courage et la solidité des murs de la ville ne les mirent pas à l’abri des hori'eiirs de la famine. La disette les contraignit à capituler, après avoir vainement attendu le secours de l’empereur Frédéric , leur souverain. Mathias prit possession de la ville, y fixa le siège de son gouvernement , et accabla la population du poids des impôts. Ce [)rince néanmoins contribua aux embellissements qui s’exécutaient alors à la cathédrale; on lui attribue même des travaux assez considérables, et (pii annoncent un goût décidé pour les arts. A cette épocpie, les Hongrois étaient remarquables par l’activité fpi’ils déployaient dans leur pays, et par leur culture intellectuelle. Ils seraient sans doute parvenus à un haut degré de puissance, si de funestes rivalités n’avaient pas livré un des plus beaux royaumes chrétiens aux incursions continuelles des sauvages sectateurs du Coran.
Après la mort de Louis, roi de Hongrie, tué à la funeste journée de Mohacz, en lo26, a[)i*ès laquelle le vainqueur inhumain fit décapiter quinze cents prisonniers, Ferdinand, son beau-frère et archiduc d’Autriche, ht valoir ses [irétentions au trône de Hongrie; elles paraissaient d’autant [)lus légitimes que le dernier prince de Hongrie ne laissait pas d’héritier direct. Ferdinand se ht couronner solennellement à Presbourg. I.es principaux seigneurs, mécontents, donnèrent la couronne au duc de Transylvanie, Jean Zapolya. Celui-ci, trop faible pour résister à son terrible adversaire, implora le secours des Turcs, qui n’attendaient (ju’une o(^asion
VIEiN NE. - AETIUCIIE.
favorable pour s’élancer sur une contrée dont ils enviaient la [)ossession. Les troupes fanaticpies du sultan espéraient bien tirer tous les profits de la victoire. Soliman parut sous les murs de Vienne en lo!29, menant avec lui une armée de plus de trois cent mille combattants. Jamais l’Europe n’avait couru un danger [)lus imminent. Vienne était le boulevard de l’Allemagne et la clef des royaumes chrétiens de l’Occident et du Nord. Après vingt assauts meurtriers livrés en vingt jours et repoussés avec vigueur, Soliman se vit forcé de s’éloigner de Vienne, laissant plus de quarante mille des siens ensevelis devant la place. En 1683, les Turcs assaillirent de nouveau avec furie la ville de ATenne, qui fut un moment sur le point de succomber. Un héros la délivra par sa vaillance : c’était Jean Sobieski , dont le nom sera en vénération chez les chrétiens jusqu’à la fin des siècles. Les infidèles furent si rudement battus, qu’ils perdirent pour toujours l’envie de revoir les remparts de A ienne. De solennelles actions de grâces furent rendues à Dieu dans l’église Saint-Etienne, et les voûtes du temple furent ébranlées par les acclamations qui saluèrent le héros polonais et les armées victorieuses.
La cathédrale de A ienne est bâtie en forme de croix latine, et dans les dimensions suivantes:
Longueur totale hors œiivTp. . . . 105”’ 25
Longueur du transsept 70'”
Largeur des nefs 36'” 30
Largeur de la façade 44”’ 60
Hauteur de la voûte principale. . . 27”* 2ü
Hauteur des murs extérieurs. . . . 2a'”
SAINT-ÉTIENNE
Les charpentes gigantesques (|iii couvrent rédifice sont appelées jnsteinent In forêt , car elles sont composées de j)lns de trois mille grands arbres, s’il faut en croire la chronique. Elles n’ont pas moins de trente- trois mètres d’élévation au-dessus de la nef, et de vingt mètres au-dessus du chœur. Elles supportent une couverture en tuiles vernissées de couleur blanche, rouge et verte, dont l’etlèt est pittoresque.
Cinq portes donnent entrée dans l’église : la porte (lu (Ukint, située entre les tours des Pa'ieus, à l’ouest, otfre tous les caractères de rarchitecture romano-byzantine, en vogue au xiE siècle. La décoration en est très-originale, et ne manque pas d’élégance. Les antiquaires restiment beaucoup, tandis (pie la multitude, toujours séduite par des ornements brillants, la regarde avec assez d’indilTérence. L’attention des voyageurs est prescpie uniquement alisorbée par l’eflèt de la tour surmontée de la flèche hardie dont le sommet semble se jierdre dans les nuages, (œtte llèche penche sensiblement vers le nord, par suite soit d’un tremblement de terre, soit du tassement des matériaux. De tous les quartiers de Vienne on aperçoit ce beau clocher, qui domine les antres monuments de la ville. On peut monter à la cime à l’aide d’un escalier de cinq cent cinquante-trois marches en pierre et de deux cents marches en bois. Ceux (|ui ne craignent pas la fatigue d’une ascension aussi considérable jouiront , à cette hauteur, d’une vue admirable sur la cité et sur les vastes et riches faubourgs qui renvironnent. Les porches latéi'aux sont disposés de manière à interrompre par leur architecture ornée
VIENNE. - Al'TRICIlE.
les longues lignes des flancs de rédilice. Aii-dessns du portail de la cour épiscopale, on voit de charmantes sculptures représentant la Mort de la sainte Vierge et son Couronnement dans le ciel. Ces deux tableaux sont traités avec cette perfection qui brille dans la plupart des compositions dédiées à la mère de Dieu par les artistes catholiques. On y reconnaît sans peine une œuvre de piété en même temps qu’une œuvre d’art. Le Couronnement de la vierge Marie fut un sujet de prédilection pour les peintres et les sculpteurs durant les siècles de ferveur religieuse ; il faut en convenir, ce sujet gracieux a porté plus d’une fois le génie jusqu’à l’inspiration, et a fait naître des chefs-d’œuvre. Parmi les figures qui accompagnent la scène principale , on distingue celles du duc Rodolphe IV et de Catherine, sa femme. Derrière elles se voient des écuyers tenant en main des écussons d’armoiries. Dans la voussure apparaissent les jolies statuettes de sainte Catherine, sainte Barbe, sainte Elisabeth, sainte Agnès et sainte Geneviève.
L’intérieur de l’église métropolitaine de Vienne est simple et majestueux. Les piliers du chœur offrent cette particularité, qu’ils sont arrangés pour recevoir six statues qui n’y paraissent pas appliquées comme des hors-d’œuvre. Les vitraux peints n’y sont pas inférieurs à ceux qui ont le plus de ré))utation en Allemagne. Tous les autels sont en marbre, et quelques-uns sont surmontés de tableaux des grands maîtres. Dans les fêtes publiques, on étend le long des murailles des tapisseries précieuses, suivant nn usage longtemps
SAINT-ÉTIENNE
en vigueur, supprimé eu France seulement après les [)illages des huguenots , qui firent essuyer aux trésors de nos églises des pertes irréparables. Mais la merveille du mobilier de cette église, c’est la chaire, terminée en 1430. Elle passe à bon droit pour être le chefd’œuvre du genre; elle est bien supérieure aux chaires trop vantées de la Belgique, assemblage bizarre de formes rustiques, de statues, d’animaux dans des postures parfois grotesques.
La chaii’e proprement dite est en pierre. On y voit les bustes des quatre grands docteurs de l’Église latine, entourés de moulures délicates, de feuillages gotliiques et de lleurons variés à l’infini. La base est composée de colonnettes, de prismes, de pinacles, de feuilles finement découpées, de contre-forts et d’arcs-boutants en miniature; vingt statuettes gracieuses y sont logées dans des niches encadrées de dentelles en pierre. Le couronnement, en bois, ne le cède ni en richesse, ni en mérite ai*tistique. Des bas-reliefs dus à un habile ciseau représentent les sept Sacrements. Au-dessus voltigent des anges. La pyramide qui surmonte le baldaquin est chargée de feuilles épanouies. Suivant un de ces caprices qui ne sont [las rares dans les œuvres du moyen Age, sous la rampe de l’escalier on découvre une espèce de fenêtre carrée où se penche un personnage la toque sur la tête, tenant un compas à la main : c’est le portrait de l’artiste. Mais, comme en punition de sa vanité, la tradition ifa pas conservé son nom. On a pensé, mais sans aucune certitude, que cette figure est celle de Jean Buchsbaum.
MIENNE. — AiniUClIE.
I.e hiiflel (rorgiies est encore une ceuvre digne d’elre menlionnée. On y reinanjue la même singularité (jii’à la clmiiv. Un [)ei*sonnage formant console, tenant le compas d’une main et l’étpierre de l’antre, représente probablement rautenr du bel ouvrage sur lequel il est placé. I^es traits de la figure indicpient un vieillard à physionomie expressive. Si le sculpteur a cru que sa réputation sauverait son portrait de l’oubli, il a eu tort. A peine quelques générations se sont-elles succédé, et ce visage spirituel, légèrement plissé [>ar l’âge et l’habitude de la méditation, n’est plus que celui d’un étranger inconnu , (pii ne pique la curiosité (pie pour un moment : telles sont trop souvent les d(M*eptions de la gloire.
Les voyageurs ne manquent pas d’étudier avec plaisir les quatre-vingt-six stalles sculptées qui garnissent le chœiii*, les fonts baptismanx, œuvre charmante de la lin du xv‘’ siècle, les châsses, les vases précieux et les riches ornements déposés dans le trésor. Q^iels sont ceux qui se Rappellent , dans cette enceinte où brillèrent d’un si pur éclat ses vertus, sa piété, sa douceur, la noble conduite du pape Pie VI, ce pontife courageux mort en exil pour la justice ! Les pays jus(jue-là fidèles de l’empire d’Allemagne étaient poussés au schisme et à l’hérésie, vers la fin du xvnf siècle, par la fausse philosophie, qui faisait alors tant de ravages. Joseph II, excité par des conseillers imbns des doctrines les plus pernicieuses, ne craignit pas de sanctionner des actes directement hostiles à la religion. En même temps l’archiduc Léopold lit revivre des prétentions surannées
SAIM-ÉTIENNE.
sur le duché (rUrl)iu, dépendant du domaine de Saint- Pierre. L’Empereur ne tint aucun compte des avertissements paternels du souverain pontife.
Gnidé pai- sa grandeur d’âme et sa connance généreuse dans les sentiments d’un prince qui protestait sans cesse de son dévouement au siège apostolique , Pie VI résolut d’aller â Vienne, de voir lui -même rKmpereur, et de lui exposer le sujet de ses plaintes. Son voyage fut une marche triomphale. Partout les populations -se pressaient sur les pas du vicaire de Jésus-Christ, et s’inclinaient devant lui poin* recueillir ses bénédictions. A quelques lieues de Vienne, l’Empereur alla au-devant du pape. La premièi*e entrevue fut pleine de démonstrations. Le mars 1782, eut lieu l’entrée solennelle du saint -père dans la ville, au milieu des flots de la multitude, qui donnait des preuves frappantes de joie et de dévotion. Le jour de Pâques, Pie VI officia solennellemenl à l’église Saint-Étienne. Jamais cette basiliipie ne fut témoin de fêtes aussi pompeuses. Rien ne fut négligé pour en accroître l’éclat. « Ce spectacle , écrit un au teur prostestant, m’a ému jusqu’aux larmes. » Hélas! la condescendance du pape fut inutile. L’Empereur lui prodigua extérieurement toutes les marques de respect et de soumission; mais il ne souscrivit à aucune des justes réclamations qui lui furent adressées. Aveuglé par les préjugés d’une vaine philosophie, séduit par les nouveautés qui tournaient presque toutes les têtes, Joseph II [iroclamait bien haut qu’il ne souhaitait rien tant que de vivre dans le sein de l’Eglise catholique, apostolique et romaine, en fils obéissant du
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successeur de saint Pierre, le |)riuce des apôtres; et eu uième teiu|)s il suj)priinait les monastères, s’emparait des biens ecclésiastiques, sécularisait des communautés de son autorité privée, soumettait les bulles pontificales à la sanction laïque, s’immiscait dans les affaires qui intéressaient uniquement la juridiction sjiirituelle , gênait de toute manière l’exercice des droits essentiels de l’Eglise, exerçait une influence déplorable sur l’enseignement des universités, entravait jusqu’aux communications ordinaires entre le saint- siège et les évêques de ses Etats. Pie VI, en quittant Vienne, nourrissait des espérances qu’il eut la douleur de voir promptement s’évanouir. Son erreur est propre à lui faire honneur aux yeux de la postérité : il jugea l’empereur en chrétien .
Le successeur actuel de Joseph II, l’empereur glorieusement régnant, prince religieux et chevaleresque, semble avoir pris à tâche de réparer les fautes de ses prédécesseurs. Des jours plus prospères coininencent à luire dans les vastes domaines soumis à la maison d’Autriche. La voix terrible des révolutions n’a-t-elle pas suffisamment appris aux rois et aux peuples que les promesses de la philosophie sont menteuses, et que les fondements de la société reposent sur les lois éternelles de la justice, de la vérité, de la morale, dont Dieu a établi l’Église catholique la gardienne fidèle et le plus ferme rempart?
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