A BRUXELLES
,.40" L comniencemeiit du ix** siècle, la I^slgiqiie faisait partie du vaste 'M Charlemagne. Le voisi-
nage d’Aix-la-Chapelle, non moins w que la feililitè du sol et le génie industrieux des habitants, contribua à sa prospérité, dans un temps oii beaucoup d’autres pays, ])lus cousidéiubles en étendue, restaient ensevelis au milieu des ténèbres de la barbarie. Sous les faibles successeurs du plus puissant monarque de l’Occident, la Belgique, trop souvent la proie des hordes normandes, partagea le sort du reste de l’Europe; elle fut moi-celée par la féodalité, t.es proxinces belges furent transformées en petites principautés, lesquelles à leur tour furent divisées et subdivisées en une mul-
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titiide de seigneuries, fiels et arrière-fiefs. Elles passèrent, pins tard et siiccessiveinent , entre les mains des ducs de Bourgogne. Les princes de cette illustre maison gouvernèrent habilement les riches contrées qui formaient leur apanage; leur cour, à diverses époques, devint le brillant séjour des arts et des lettres; le bel esprit et les manières élégantes y étaient à la mode. Bruxelles, Bruges et d’autres cités montrent avec orgueil les monuments témoins de leur goût et de leur magnificence. Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, porta le Hainaut, le Brabant, la Flandre et d’autres importants domaines dans la puissante maison d’Autriche, par son mariage avec l’archidnc Maximilien, fils de Temperenr Frédéric III. Le petit-fils de Maximilien, Charles-Quint, empereur d’Allemagne et roi d’Espagne, hérita de ces belles provinces, qui se trouvèrent ainsi placées sous la domination espagnole. La France n’eut pas à s’applaudir des procédés de son ambitieux voisin; Charles-Quint lui suscita des embarras de plus d’un genre. Le chevaleresque François eut plus d’une fois à s’en plaindre. En 1714, cette belle contrée fut cédée par Philippe IIl, roi d’Espagne, à sa fille Isabelle, épouse de l’archiduc Albert : elle |)rii alors le uom de Pays-Bas autrichiens, pour être distinguée des provinces hollandaises. Annexée à la France en 179 O, elle en fut distraite en 1814 et 1815, pour constituer le royaume des Pays-Bas, qui, outre la Belgique et la Hollande, comprit le Luxembourg, le Lind)ourg et le pays de Liège. Ce nouveau royaume , uni(piement formé parla diplomatie, sans unité, sans
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comniunaiit^ de principes, de goûts et d’intérêts, fut violemment déchiré ])ar la révolidion de 1830; le 4 juin 1831, Léopold de Saxe-Cobonrg fnt proclamé roi des Belges.
Cette courte es({uisse historique aide à comprendre les phases diverses qu’ont snl)ies les beaux-arts en Belgique. L’infliience de la grande renaissance carlovingienne, des luttes féodales, de l’organisation municipale, dn règne des princes bourguignons et des Espagnols, est apparente aux yeux les moins clairvoyants. Si la peinture a su conserver im caractère original, il n’en est pas de même de rarchiteetnre. Celle-ci, suivant une remarque faite par un grand nombre d’observateurs, rellète fidèlement l’état de la société, et garde l’empreinte que chaque siècle y a profondément gravée. De là, dans toutes les grandes villes de Belgique, des édifices curieux, attestant des habitudes differentes, aussi bien que le passage de races diverses. 11 en résulte un aspect très-pittoresque, non moins agréable aux yeux de l’archéologue qu’à ceux du peintre. Quand on parcourt certains quartiers de Bruxelles, de Bruges et d’Anvers, on reconnaît avec })laisir les maisons et les palais représentés dans les vieux tableaux de l’école flamande, et qui forment des fonds et des lointains charmants. Ce sont des façades couvertes d’ornements étranges, de découpures, de broderies, de festons, de balcons saillants, de tourelles en encorbellement, de grilles ouvragées, de guichets, de meurtrières, de créneaux et de mâchicoulis. Les fenêtres, encadrées de moulures et d’arabesques, s’ouvrent à des hauteurs
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différentes. Les pignons aigus, à rampes taillées en degrés on chargées de feuillages et de figures grotesques, s’élèvent dans un désordre qu’on dirait calculé pour rainuseinent des Aoyageurs. xMettant en parallèle ces maisons variées avec celles qui garnissent nos rues modernes d’une structure si uniforme, Walter Scott compare les premières aux casques des guerriers du moyen âge, en acier poli, jetant mille éclairs au soleil, ornés de plumes et de panaches, et les secondes, aux vulgaires chapeaux dont chacun se couvre aujourd’hui la tête.
Au moment où Lambert llaldéric, comte de Louvain, conçut le projet de bâtir une église sur la colline de Molenberg, en 1010, la ville de Bruxelles était loin d’avoir l’étendue (pi'elle possède actuellement. Des moulins rustiques tenaient la [)lace (ju’occu|)ent a présent des édilices somj)tueux. l.e comte Baldéric posa la première pierre du monument, qu’il dédia à l’honneur de saint Michel. Suivant une pieuse coutume du moyen âge, on |)laçait sous la protection de l’archange les églises situées sui' les hauteurs. On avait con fiance en celui qui terrassa le démon , et (pii est armé contre les puissances de dair et les princes des ténèbres. Les travaux n’élaienl pas encore entièrement achevés, lorsqu’en 10 il on y transféra les relicpies de sainte Gudule , ])atronne de Bruxelles. Sainte Gudule, fille du comte Wilgère et de sainte Amalberge, édifia le monde par ses vertus, et l’étonna par ses austérités. Elle mourut en 71^, et son tombeau devint le but d’un pèlerinage très- fréquenté. Chai-lemagne fit ti’ansporter les restes précieux de cette vierge dans un monastère qu’il fonda
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en son honneur. En 978, Charles, duc de Lorraine el maître du Brabant, les déposa dans la chapelle Saint- Géry de Bruxelles. Oepuis leur dernière translation solennelle, la collégiale de Saint-Michel fut connue également sous le \ocable de Sainte-Giidide. Dans la suite ce dernier titre a fait oublier le premier.
L’église Sainte-Gudule fut réédiliée en 1^^6. Le chœur et le transsept étaient terminés en 1^273; la nef est l’œuvre du xiv*" siècle; plusieurs chapelles et antres j)arties accessoires portent les caractères du xv*" el du xvL siècle; les tours ne furent élevées qu’en loJ8. tjuoique l’extérieur de rédilice soit simple jusqu’à l’austérité, l’intérieur est niagniticpie. lœs proportions en sont l)elles, et la décoration est digne de la principale église de la capitale du royaume. Le plan est en forme de croix latine, à trois nefs, avec plusieurs chapelles de grande dimension. Aux piliers de la nef soni adossées des statues en marbre, dues au ciseau des meilleurs artistes. Quelques tableaux sont estimés des connaisseurs. Bien n’égale la richesse et l’éclat des verrières. On doit signaler surtout celles de Boger A"an-der-Weyde , dans la chapelle du Saint- Sacrement- (leAIiracle, exécutées en 1546 et 1547. La renaissance s’y montre avec ses qualités et ses défauts : dessin coi’rect, couleur line, ajustements et détails recherchés, costumes élégants, expression gracieuse. Elles re})résentent les portraits de [)lusieurs souverains. On peut y trouver une certaine analogie avec les célèbres vitraux des Pinaigrier; mais les œnivres des peintres français sont supérieures à celles de Boger et de ses
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compatriotes, autant que l’école de la renaissance française, restée fidèle à ses traditions, surpassa les écoles rivales. Les verrières du xvi® siècle, il faut en convenir, quoique généralement bien dessinées , sont loin de produire le même elïèt, dans les vastes édifices, que celles des siècles antérieurs. La muraille de la façade est ornée de peintures en grisaille, dont les plus remarquables représentent sainte Regnilde et sainte Cliarailde, sœurs de sainte Gudule.
Dans la vaste nef de la collégiale , Philippe le Bon , duc de Bourgogne, tint un des premiers chapitres de Tordre de la Toison d’or, que ce prince venait d’instituer « à la gloire et louange du Tout-Puissant, notre Créateur et Rédempteur, en révérence de sa glorieuse mère Vierge, et à l’honneur de monseigneur sainct André, glorieux apôtre et martyr ‘. » Le nombre des chevaliers de la compaignir sous V enseigne de la Toison d’or ïut d’abord fixé à vingt -(piatre; il fut augmenté dans la suite. On peut se faire une idée de la magnilicence déployée dans les grands chapitres de Tordre, en songeant que les manteaux et les cha[)erons des chevaliers étaient de velours cramoisi, doublés de satin blanc; les robes étaient également en velours cramoisi, et ces vêtements d’apparat étaient garnis, sur les bords, d’un semé de fusils, pierres , étincelles et toisons d’or. Autour du cou était passé le grand collier de Tordre. Un autre chapitre eut lieu à Sainte-Gudule en 1516, sous la présidence de Charles -Quint.
< Hélyot, Histoire des ordres monastiques, religieux et militaires. tom. VIII , p. 174.
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l.a chaire a une grande célébrité : elle passe en Helgicpie pour un chef-d’œuvre de menuiserie. Elle fui exécutée, en 1699, par Henri Yerbruggen, pour les jésuites de Louvain. L’iin[)ératrice Marie -Thérèse en lit présent à l’église collégiale de Sainte-Giidule en 17 76, après la suppression de la compagnie de .Tésus, oi'donnée par Clément XIV. La composition de cette chaire est très-originale; mais il faut convenir que l’elTet en est {)lutôt singulier qu’admirable. Adam et Eve, de grandeur naturelle, sont chassés du paradis terrestre par un ange armé d’une épée flamboyante. Du coté opj)osé à l’ange, la Mort, sous la forme d’un squelette hideux, considère et poursuit sa proie : la sentence a été prononcée ; elle marque ses victimes à l’avance, sûre que [)ersonne désormais ne sera soustrait à ses coups. La chaire de vérité s'appuie sur Varbre de la science et V arbre de vie, dont les rameaux, chargés de fruits, s’entrelacent en tout sens; des oiseaux et des animaux de toute espèce sont perchés sur les branches, dans les poses les plus gracieuses, et quelquefois les plus grotesques. Au-dessus du baldaquin, la sainte Vierge porte l’enfant Jésus, et écrase la- tête du serpent. C’est la réparation après la chute. Marie a donné au monde le véritable fruit de vie. Celui qui a dit de lui -même : Je suis la voie y la vérité et la vie.
A certains jours de fête, on étend dans le chœur des tapisseries de haute lisse représentant l’histoire des hosties miraculeuses. Par une haine sacrilège (pii n’est pas sans exemple dans les annales du moyen Age, un juif, s’étant emparé d’un ciboire d’or rempli d’hosties
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consacrées, résolut de renouveler les scènes de violence et de mort auxcfuelles se portèrent jadis ses ancêtres sur la personne du Sauveur. Plusieurs membres de la synagogue se joignirent à lui, et, par dérision des chrétiens, ils choisirent le vendredi saint pour commettre leur crime. Dès qu’ils eurent percé les hosties avec des canifs, il en jaillit des Ilots de sang. Découverts et dénoncés, ces juifs furent condamnés au dernier supplice par la population indignée , et une fête expiatoire , établie alors, a conlimié d’être célél)rée juscpi’à nos jours. Une chapelle, sous le vocable du Saint -Sacrement-de-Miracle, fut fondée en 1531. Elle est décoièe avec magnilicence. Près de l’autel on voit la pierre qui ferme l’entrée du caveau sépulcral des archiducs. En 1621 , l’archiduc Alberl y fut enseveli en habit de récollet, et en 1633, l’infante Isabelle, sa femme, fut placée à côté de lui, en costume de religieuse Clarisse. Autrefois les plus puissants princes demandaient, sur leur lit de mort , à être revêtus des vêtements de la [)énitence et du pauvre costume des frères mendiants. Ils descendaient ensuite dans la tombe sous les humbles livrées de la religion. Combien de vaillants chevaliers, après avoir étonné le monde du bruit de leurs exploits et s’être signalés j)ar leurs hauts faits d’armes, ont voulu être couchés dans leur cercueil vêtus de la robe de l)ure des enfants de saint Benoît, ou de la robe blanche des moines de Citeaux! La mémoire de l’archiduc Albert est restée en bénédiction dans les provinces des Pays-Bas, dont il fut le souverain. D’abord revêtu des dignités de l’Eglise, nommé cardinal en 1577 par
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(irégoire XIII, puis archevê(|iio de Tolède j)ar le roi (rKs[)agne Pliili[)|)e II , il deviul gouverneur du Portugal , et ensuite des Pays-Pas. N’étant |)oint engagé dans les ordres, il renonea aux honneurs ecclésiasticpies pour suivre entièrement la carrière désarmés. Il assisla à jdusieurs batailles rangées, où il se distingua toujours par sa valeur et sa prudence. Il refusa deux fois la couronne im[)ériale. A[)i*ès une vie fort agitée el mêlée de succès et de revers, il rendit le dernier soupir à l’age de soixante-deux ans, avec des sentiments de j)iété (lu’il n’avait jamais cessé d’exj)rimer dans sa conduite.
En 1610, ce prince avait fait élever un monument superbe à la mémoire de Jean II, duc de HrabanI, et de Marguerite d’Angleterre, sa femme. Le tombeau est orné d’un lion en cuivre doré, pesant trois mille kilogrammes, et d’un beau travail. Un autre mausolée, également placé dans le sanctuaire, recouvre les restes de l’archiduc Ernest, mort à Bruxelles en lo9o. L’archiduc est représenté couché sur son tombeau, appuyé sur le coude. 11 est revêtu de sa cuirasse, son épée est étendue près de lui, et son cas(|ue est placé à ses pieds. On y lit ces mots :
SOLl DEO GLOUIA.
( Gloin* à Dieu seul. )
Devise digne d’un prince chrétien : il n’y a pas d’autre inscription.
Dans la chapelle de Notre- Danie-de-Délivrance un
SAINïE-r.lIDüLE.
monument en marl)re blanc a élé érigé en l’honnenr du comte Frédéric de Mérode, frappé à mort sur le champ de bataille en 1830, dans la lutte (pii assura l’indépendance de la Belgi(]ue. La statue est de M. Geefs. Non loin de là se trouve un autre tombeau, élevé aussi [lar la reconnaissance : il est consacré au chanoine ïriest, dont la charité inépuisable et les bienfaits ne seront jamais oubliés à Bruxelles.
;atii kuhai.
CATHÉDRALES
DE SËYILLE ET DE TOLEDE
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de
ui n'a pas vu Séville, n’a pas vu une merveille, dit iin jiroverhe espagnol. Fondée par les Phéniciens dès la pins haute anticpiité, agrandie sous les Romains^ ca- })itale du royaume des Goths jusqu’au règne de Léovigild, rebâtie par les Mores, enlevée J aux inlidèles par saint Ferdinand , siège d’un antique évêché illustré par les Léandre et les Isidore, cette ville, la Reine de V Andalousie , e dans ses monuments tous les grands souvenirs l’histoire d’Espagne. Jules César favorisa Séville,
1 Quieii 110 ha visto à Sevilla, No ha visto à maravilla.
parce (pie Coiiloue avait emlii'assé le parti de Pompée; il lui donna le nom de Romnla, petite Ro)ne, y établit le siège dn gouvernement, et mérita ainsi le titre de second fondateur. Quelques ouvrages romains ont à peine écluqipé aux injures du temps et aux révolutions. Les édifices morescpies, au contraire, sont très-nombreux, et donneni a cette cité une physionomie à part et un aspect des plus pittoresques. Le Guadalquivir roule au pied des remparts, dans un lit bordé de lauriers-roses, de grenadiers, de myrtes et d’orangers, des eaux paisibles, cpie les orages enflent (piekpiefois subitement et cliangent en torrent impétueux, l.es rues, étroites et tortueuses comme dans toutes les villes du Midi, sont garnies de jialais et de maisons où se l'econnait partout la main ingénieuse des Arabes. On dirail (pie les premiers possesseurs les ont quittés la veille, tant le climat est conservateur sous ce ciel inondé d’air et de lumière. Les fenêtres, garnies de fortes grilles en fer, sont closes à Laide de rideaux d’un riche lissu, aux couleurs éclatantes et bariolées, comme au lemj)s des Mores. Dans l’épaisseur des murs, les azufejos, ou faïences couvertes de couleurs et d’émaux où domine l’aznr, sont incrustés en com[)artiments variés. Au-dessus des toits des maisons s’élève la tête de la (iiralda, l’une des tours de la cathédrale. C’est une construction fière et gracieuse, due à Abu-Jusuf-Yacub, (pii l’ajouta, en M9(), à la mosquée bâtie par son père. Elle mérite d’être comparée à la tour des Asinelli à Bologne, haute de cent dix- huit mètres, et à celle de Saint-Marc à Venise, haute de cent six mètres.