CHAPITRE IX
Les absents ont tort. Flor aime son fiancé don Miguel parti pour la guerre. Mais don Juan lui parle de Vamour
en termes si ardents que cest V amour quelle aime en son fiancé; Vamour quelle attend, quelle désire, cest le visage de Vamour quelle embrasse : alors qu importe que ce soit don Miguel ou don Juan qui le porte; mais elle paye de sa raison cette épouvantable erreur. Don Juan oublie Flor en aimant dona Crisiina et en ravivant une amitié amoureuse avec Julia, une amie quil retrouve mariée.
Don Rodriguez Romero donnait soirée à la belle noblesse de Séville. Les salles splendides, ornées de meubles rares et de hautes tapisseries, resplendissaient de lumières qui se reflétaient dans les glaces. Des cavaliers vêtus de soie et de velours aux couleurs éclatantes dansaient avec des dames dont les épaules nues étincelaient de joyaux précieux.
Les larges portes s'ouvraient sur des jardins profonds que la nuit baignait d'une pénombre mystérieuse.
Lorsqu'ils avaient dansé, les couples s'en allaient prendre le frais par les allées, sous le regard indulgent des étoiles, et s'attardaient aux détours des charmilles touffues.
Un Amour de marbre jouait de la flûte au milieu d'un bosquet de verdure; il semblait que c'était de sa flûte que sortaient tous les murmures de cette nuit divine; mais il s'arrêtait de jouer pour écouter au passage les serments d'amour et les baisers qu'échangeaient devant lui les couples enlacés, comme un hommage à sa toute-puissance.
Don Juan dansait peu; il se contentait d'obser-
ver les femmes et de choisir celle que devait lui donner cette soirée.
11 ne tarda pas à la découvrir. Sa taille haute et fière l'impressionna; son visage pur et serein n'était cependant pas froid et indifférent car il semblait refléter une ardente pensée ou un amour souverain; elle marchait et elle dansait avec une aisance simple et noble.
Don Juan la désira avec l'ardeur qui l'enflamw mait devant toute proie nouvelle et il souhaita que sa conquête fût difficile pour en augmenter encore le prix.
Il ne pouvait pas souhaiter mieux.
Avant de se faire conduire à elle pour l'inviter, il interrogea tous les amis qui pouvaient la connaître sur sa famille, son caractère et ses sentiments afin de la connaître lui-même le mieux possible et de se comporter en conséquence, comme fait un bon stratège devant les positions de l'ennemi avant d'engager l'action.
Il apprit ainsi que dona Flor habitait avec son père, qui était déjà très âgé quoiqu'elle fut encore jeune, une maison petite, mais agréable avec un jardin petit aussi, mais ombragé par quelques beaux arbres et rafraîchi par un jet d'eau qui retombait en chantant dans une vasque de marbre.
Il sut aussi que dona Flor était fiancée à don Miguel qui était parti à la guerre, ce qui est une imprudence presqu' aussi grande pour un fiancé que pour un mari. Flor aimait son fiancé à la folie; elle ne pensait qu'à lui ; elle ne parlait que de lui, elle répétait ses paroles à leurs amis et
se répétait à elle-même ses serments. Ou plutôt leurs serments, car, s'il avait juré de lui être fidèle et de ne revenir que pour l'épouser, elle-même, en retour, lui avait juré par tous les saints du paradis — et ils sont nombreux - — de l'attendre patiemment. Elle avait même ajouté qu'elle entrerait en religion plutôt que de parjurer ses serments si, par malheur, le dieu de la guerre, jaloux, brisait une existence qu'ils voulaient consacrer au dieu de l'amour.
Enfin, quoiqu'il y eut déjà longtemps que don Miguel fut parti, elle avait le cœur toujours aussi plein de son souvenir. Aussi, lorsque don Juan, après l'avoir fait danser, l'emmena dans un coin isolé où ils pouvaient causer tranquillement, elle lui parla inévitablement de son fiancé, de sa noblesse, de sa fortune, de son courage, de sa famille; et tout en parlant, elle s'animait, ses yeux brillaient en pensant à lui ; une félicité céleste se peignait sur son visage et la transfigurait lorsqu'elle évoquait leura promesses, leurs espoirs, leur amour.
Don Juan la regardait en l'écoutant; elle étzdt naturellement jolie; et plus jolie encore dans la vivacité, l'exaltation de son amour; une pensée captieuse, un désir plus âpre monta en lui.
Séduire une femme, la belle affaire ! C'était courant, quotidien presque ; mais séduire une femme dont le cœur était plein de l'amour d'un autre, voilà qui devenait une difficulté digne de son pouvoir de séduction. Quelle entreprise sournoise et raffinée que de faire tomber dans se6
bras cette fiancée qui se gardait jalousement pour un autre, et qui avait juré par serment solennel de n'être qu'à lui ou à Jésus-Christ. Et quelle habileté que de se servir dans cette entreprise de l'amour même qu'elle avait pour son fiancé et de le faire tourner à son avantage !... Jamais aventure ne s'était présentée de façon aussi passionnante : tout y était : joies d'amour, satisfaction de vanité, trahison, parjure, sacrilège, victoire difficile et par conséquent glorieuse.
Don Juan écoutait toujours dona Flor, souriait, approuvciit tout en échafîaudant son projet ; il lui parut avantageux de faire semblant d'avoir connu autrefois ce don Miguel qui avait le bonheur d'être si ardemment aimé ; il en avait assez entendu pour pouvoir en parler lui-même sans invraisemblance; d'ailleurs, il assura qu'il l'avait connu beaucoup plus jeune, avant dona Flor ellemême; il n'y a rien qui rapproche autant que les amitiés communes; la fiancée d'aujourd'hui n'a pas de désir plus vif que de connaître le passé de celui qu'elle aime; la jeune fille eut un élan spontané et confiant vers don Juan :
— Vraiment, vous l'avez connu... Comment était-il? Vous étiez bons amis... Quels étaient ses goûts... Racontez-moi vos souvenirs... Tout ce qui est lui me tient si fort au cœur, non seulement ce qu'il est mais ce qu'il a été...
Don Juan s'en tira avec de vagues réponses et des anecdotes où il jouait un rôle selon le caractère qu'elle lui avait dépeint.
1 76 LEè PLUS BELLES NUITS D*AMOUR DE DON JUAN
— Oui, oui, s'écriait-elle transportée, c'est bien de lui... je le reconnais bien là...
Pour le surplus, don Juan, riant de sa naïveté, s'excusa, étant pris à l'improviste et ses souvenirs étant déjà lointains; mais puisqu'elle voulait tant savoir, il serait heureux de lui faire plaisir, il réfléchirait, il fouillerait dans sa mémoire et y trouverait certainement des choses fort intéressantes et qu'elle serait très heureuse d'apprendre.
— C'est cela, s'écria-t-elle, cherchez... comme vous êtes aimable... cherchez et venez me voir, nous parlerons de lui.
Don Juan n'en demandait pas davantage.
La première fois qu'il vint la voir, elle le conduisit au fond du jardin; pour les premières fois, passe encore, mais il fallait aux projets de don Juan un cadre plus fermé; il y avait deux sièges à l'ombre d'un arbre. Don Juan avait rassemblé une série de souvenirs où il faisait apparaître don Miguel, où il le faisait agir, parler; il effleura même, par touches légères, l'histoire de leurs amours de jeunesse et il vit le front de la jeune fille se rembrunir; mais, sans paraître le faire avec intention et uniquement pour lui faire plcdsir, il montra un don Miguel ayant fort peu de goût pour ces affaires galantes; il s'en détournait et ne s'attachait jamais; certainement, il pressentait déjà, il attendait le grand amour qui allait remplir sa vie. Et un sourire d'enchantement fleurissait le visage de la jeune fille ; un transport irraisonné la poussait vers cet ami qui avait connu
son fiancé tant aimé et qui lui en parlait d'une façon si conforme à son amour.
lElle s'avançait vers lui et lui serrait la main pour le remercier; oui, c'était bien là son Miguel, elle le reconnaissait au portrait et aux traits qu'on lui rapportait de lui; il était bien tel qu'elle l'aimait et il avait toujours été ainsi.
Don Juan gardait dans les siennes la main qu'elle lui avait tendu dans un élan de joie et il la caressait doucement. Mais attention; n'allons pas trop vite pour ne pas donner l'éveil à cette âme sensible. D'ailleurs, pourquoi se presserait-il? La séduction d'une jeune fille est une C3euvre d'art qu'il faut mener délicatement en savourant point par point, jour par jour, les lentes transformations qui, de ce qu elle est, Vamènent à ce que l'on veut. C'est une délectation de raffiné que ne goûtent point les butors et les brutaux qui se pressent.
— Il est toujours à peu près de ma taille, n'estce pas, demandait don Juan?
— Oui, répondaiti-elle, avec un visage avenant comme le vôtre et une petite moustache fine. J'ai de lui un bon portrait dans ma chambre ; je vous le montrerai.
Sur cette promesse, don Juan prit congé; il ne fallait pas être importun, mais partir assez tôt pour laisser un regret et le désir de le revoir.
Il se fit attendre quelques jours avant de revenir; ils restèrent encore au jardin. Sous cette pensée commune, et pour ainsi dire sous le regard
de don Miguel, une douce intimité s'établissait entre dona Flor et don Juan.
A sa quatrième visite, elle le mena dans sa chambre pour lui faire voir le portrait ; il était d'assez petite dimension; elle le tenait devant la fenêtre, dans une bonne lumière, et attachait sur lui un long regard d'amour.
Pour bien le voir, don Juan s'était placé tout près d'elle, un peu en arrière; il montrait les particularités du portrait en avançant la main et cette main frôlait le bras de la jeune fille; il reconnedssait les traits de son ami et pour les mieux reconnaître, il s'approchait et se penchait sur l'épaule de la jeune fille; il s'y appuyait même, légèrement d'abord, puis en insistant un peu ; et ce n'était plus le portrait qu'il regardait, c'était cette nuque ambrée qui frissonnait doucement au souvenir du bien-aimé, à moins que ce ne fut au souffle ardent qui faisait voleter ses cheveux follets.
— Ce qui me surprend, dit don Juan, c'est que, vous aimant et se sachant aimé comme vous l'aimez, il ait pu se résoudre à partir à la guerre.
— C'est son père qui fut un vaillant guerrier sous le dernier roi; il a voulu que son fils obéit à la tradition de famille et se distinguât les armes à la main avant de revenir à la cour et de vivre dans la paix.
— Don Miguel a dû partir désolé, laissant la femme qu'il adorait.
— Désolé, oui; mais ne le laissant pas voir; il est brave comme il est bon et aimant.
— Certes ! affirma don Juan, mais, au moins, auriez-vous pu vous marier avant son départ et vous auriez eu ainsi pour vous consoler dans la séparation des souvenirs d'amour plus précieux.
— ... Ou des regrets plus vifs, dit-elle en souriant. Croyez-vous que nous n'y ayons pas pensé ? Mais nous sommes jeunes tous les deux, nous pouvons attendre; si le mariage nous donnait des satisfactions, il pouvait avoir dans certains cas des inconvénients : je vous répète là ce que nous ont dit les personnes sages.
— Il ne faut jamais écouter les personnes sages, mon amie, il faut écouter la jeunesse et l'amour; et il n'est jamais trop tôt, surtout pour une femme...
— Et puis, pendant que l'on discutait, le départ a été avancé et le jour de la séparation est arrivé tout d'un coup.
— Quoi ! si vite, s'écria-t-il, et vous n'avez même pas eu le temps d'échanger ces caresses...
Elle rougit et voulut détourner ses regards; mais il prit sa main pour la retenir et se penchant vers elle, il lui parla de plus près et à voix plus basse et plus ardente :
— ... Ces caresses qui marquent à la fois le corps et l'âme, qui sont un lien indestructible et une félicité suprême... quand on s'aime, quand on s'aime vraiment, peut-on avoir le triste courage de résister aux désirs qui font, de deux êtres jeunes et épris une seule félicité...
11 s'arrêtait; malgré la chaleur de sa parole, il fixait sur la jeune fille un œil froid et il se réjouis-
sait en luirmême de la voir tremblante et effarée.
II se réjouissait aussi de sa parfaite innocence; il était évident que don Miguel n'avait rien appris à sa fiancée des délices de l'amour; tant mieux, elle serait plus facile à troubler.
Elle secouait la tête doucement.
— Pourtant, continuait don Juan, j'imagine que votre fiancé a caressé d'une main légère les sombres et lourdes boucles de vos cheveux... j'imagine même que ses doigts tremblants ont effleuré la peau satinée et si blanche de ce cou parfait et de cette épaule avant qu'elle disparaisse sous les plis de la robe...
Et don Juan, souriant d'un petit air d'innocence, glissait ses doigts dans la souple et somptueuse chevelure et frôlait le cou et l'épaule de la jeune fille de la façon la plus insidieusement caressante, comme il pensait que don Miguel avait fait ou aurait dû farre. Dona Flor souriait aussi, et, en vérité, ne pouvait pas se fâcher de ces petites marques d'amitié qu'il lui donnait en invoquant don Miguel et qu'elle recevait en pensant à lui.
— Je suis bien sûr, continuait don Juan, qu'en arrivant auprès de vous, et aussi en vous quittant, il vous donnait le plus chaste baiser, sur le front, comme ceci...
Il s'approchait plus encore; elle eut un imperceptible mouvement de recul; mais il la retint encore :
— C'est mon ami Miguel, votre fiancé, qui vous embrasse, comme il avait coutume de le faire, dit-il en posant ses lèvres sur le front rougissant.
Il résista à la tentation de glisser du front à la bouche; il était sage dans sa sensuelle perversité et ne voulait aller qu'avec la patiente lenteur qui mène au succès. Il avait soin de couvrir ses audaces, si bénignes soient-elles, du voile de T amitié qui le liait à don Miguel et à elle-même de plus en plus. Pourquoi ne prendrait-il pas, seul avec elle, ces petites familiarités qu'il prendrait aussi bien en la présence du fiancé ?
Ainsi, avec ces considérations subversives et fallacieuses, il endormait sa prudence et élargissait le champ d'action de ses privautés. D'ailleurs» par une rouerie assez subtile, chaque fois qu'il avait pu l'inquiéter par une caresse plus directe, un mot, un geste un peu plus osé, il s'imposait une période de réserve excessive. Il restait même assez longtemps sans revenir, de façon à se faire désirer; elle ne manquait pas de le lui reprocher :
— Voilà bien longtemps que vous n'êtes pas venu... Vous savez bien que j'ai besoin de vous pour parler de lui...
Mais ne se trompait-elle pas elle-même et ce besoin de parler de lui n'était-il pas à son insu le désir secret de revoir don Juan lui-même ? Alors, pour ne pas être privé de lui aussi longtemps, elle se faisait aimable et souriait à ses caresses au lieu de s'y soustraire.
Il en profitait pour l'entourer de marques d'affection, de petits soins troublants; et, dans ses conversations, il en revenait toujours à l'amour, à l'amour de don Miguel pour sa fiancée, bien entendu; et ainsi au lieu de s'en offusquer, dona
Flor allait elle-même au devant de ces entretiens qui lui faisaient deviner sa félicité future.
Mais il était bien facile à don Juan de glisser vite de ce cas particulier à des considérations générales et même à des évocations précises. Il dépeignait à la jeune fille les joies successives de r amour, les étapes progressives par lesquelles deux amants arrivent à l'abandon total, et les félicités qui jaillissent de leur étreinte.
Il suivait avec un rare sang-froid les progrès du trouble qui envahissait la jeune fille. Quand par hasard elle avait un sursaut devant une image trop vive, vite, avec une habileté démoniaque, il ramenait tout à don Miguel; certainement, son fiancé l'instruirait ainsi, il était même étrange qu'il ne l'eut pas déjà fait; cela était dans l'ordre des choses...
Le nom de son fiancé refoulait ses scrupules; il aurait pu être là lui-même; il aurait pu lui tenir ce langage; en attendant que ce fut lui, c'était son ami; lui fallait-il un si grand effort pour s'imaginer que c'était lui et entendre, comme si elles sortaient de sa bouche, ces paroles de douce expérience amoureuse ?
Alors, elle se penchait vers lui et elle l' écoutait avidement, les yeux ardents, les lèvres entr' ouvertes sur ses dents humides, de profondes aspirations gonflant sa poitrine et s' exhalant en longs soupirs. Lui aussi se penchait vers elle, il prenait sa main, comme un médecin, pour mesurer son degré de fièvre; il s'arrangeait pour frôler sa jambe; d'abord elle la retirait vivement; mainte-
nant, elle la laissait prisonnière entre celles de don Juan; et ainsi tout près d'elle, il faisait défiler devant ses yeux des images voluptueuses; il dépeint une fois de plus et en ajoutant chaque fois quelques nouveaux détails précis, les joies et les mystères des enlacements et des caresses; il lui verse jour par jour, mot à mot, goutte à goutte ce poison qui doit troubler cette âme, la bouleverser, l'anéantir, la mettre à sa merci.
Et ce poison est si doux, si enivrant qu'elle le réclame elle-même; elle provoque ces conversations où les paroles et les gestes de don Juan lui font comprendre et presque connaître le bonheur qu'elle goûtera avec don Miguel; ce bonheur, elle l'attend, elle l'appelle, elle voudrait le tenir déjà.
Don Juan comprend ce désir et il s'achemine peu à peu à le satisfaire, tout en s' étonnant que son fiancé ne l'ait pas déjà fait; il donne à la jeune fille le regret du temps perdu, ce temps si précieux qui passe si vite et qui ne revient pas... Et don Miguel non plus ne revient pas...
Alors, faudra-t-il donc que la pauvre fille attende encore longtemps avant de connaître ces caresses dont l'évocation la fait frissonner? Don Juan lui parle de tout près; elle le sent derrière elle, penché sur son épaule, le souffle sur sa nuque; il lui prend le bras, il frôle le sein; assis devant elle, il se penche comme pour des confidences; les yeux dans les yeux; leurs visages se touchent presque; y a-t-il si loin d'une parole d'amour au baiserl...
Elle frissonne sous la caresse; il la tient dans
ses bras; il la serre; il l'enveloppe; c'est ainsi que don Miguel aurait dû faire; c'est ainsi qu'il fera quand il reviendra; oui, mais quand reviendrat-il? Attendre, attendre encore, comme c'est pénible, que de temps perdu...
De grandes ondes passionnées, affolantes, la parcourent de la tête aux pieds; elle ferme les yeux; dans son esprit délirant, c'est don Miguel qui la tient embrassée; c'est son nom qui sort de sa gorge comme un doux gémissement tandis qu'elle rend ses baisers à don Juan; ce n'est plus lui seulement qui l'enlace, c'est elle qui se serre contre lui les nerfs tendus; le désir abolit sa volonté, la brise, l'anéantit et la livre à cet homme qui l'a peu à peu amenée à ce point d'oubli et d'amour.
Maintenant, il peut tout oser; si elle a encore un sursaut de résistance, il sera bref et facilement réprimé; d'elle-même, d'ailleurs, elle ne le prolongera pas car il lui est maintenant impossible de résister plus longtemps au désir qui la brûle.
Don Juan la renverse, la prend, savoure la juste récompense d'une si longue et satanique patience; et elle s'abandonne en murmurant :
— Miguel... Miguel... mon bien aimé.
La main sur la poignée de la porte, un sourire sarcastique troussant le coin de sa lèvre, don Juan s'apprête à s'en aller. Dofia Flor est agenouillée, accroupie sur le lit encore chaud, toute pantelante; par instants, un tremblement convulsif la secoue toute, elle murmure encore :
— Miguel... Miguel... mon bien-aimé.
Elle fixe sur don Juan des yeux hallucinés comme si elle ne le reconnaissait pas, comme si elle ne l'avait jamais vu. Elle répète :
— Miguel. Miguel... enfin, tu es revenu, mon bieni-aimé... enfin, tu me les as dites ces paroles de tendresse que je n'entendais plus depuis si longtemps... enfin, tu me les as données ces caresses... ohl les douces, les ardentes caresses... c'est bien vrai qu'elles sont le grand bonheur de la vie... Miguel...
Un sourire grimaçant crispait, déformait ce joli visage; des lueurs égarées troublaient ses beaux yeux et un ricanement sinistre coupait ses paroles :
— Miguel... ne t'en vas pas si vite... de quoi te plains-tu? Ne t'ai- je pas bien rendu tes baisers... Viens... J'ai encore soif de tes caresses... Ne pars pas sitôt revenu... Viens... Il y a si longtemps...
Elle avait réussi à se redresser à demi et lui tendait les bras; elle avait des gestes cyniques comme pour s'offrir de nouveau. Puis, brusquement, avec un râle atroce, elle s'effondra sur le lit et resta allongée, secouée de convulsions délirantes.
Don Juan s'enfuit.
Une jeune femme, jolie malgré son air égaré, parcourt les rues; elle sourit aux jeunes cavaliers et les aborde :
— Miguel... tu es donc revenu... il y a si longtemps que je t'attends, que j'ai soif de tes caresses...
Elle cherche à l'entraîner. Le cavalier s'aper-
çoit vite qu'il a devant lui une folle, jolie, mais folle tout de même. Il est assez heureux pour ne pas désirer une aventure dans ces conditions, et il se débarrasse de la pauvre femme; elle le suit d'un regard déçu et de paroles prometteuses. Et elle va à un autre :
— ^ Miguel...
Le jeune cavalier est étonné de s'entendre appeler Miguel et d'apprendre qu'il est enfin de retour; mais, à part cela, il ne s'aperçoit pas toujours ou pas tout de suite que la jeune femme est folle; d'ailleurs peut-être n'est-elle pas si folle que cela; peut-être aussi n'a-t-il pas beaucoup de scrupules et, folle ou pas folle, c'est toujours une jolie femme. Et il l'emmène. Ce n'est pas cet inconnu qui l'enlace, c'est don Miguel; c'est à don Miguel qu'elle rend ses baisers; don Miguel qui lui a enfin révélé les délices de l'amour. Ces délices, elle les aime, elle veut les goûter encore, encore...
La première fois, ouvrant les yeux et reconnaissant don Juan alors qu'elle pensait à don Miguel, elle avait ressenti un coup si terrible que sa raison y avait sombré; et cette illusion qu'elle a eue dans les enlacements de la volupté, elle l'a encore; sa folie la fixe en elle; elle lui fait prendre pour don Miguel tous ces jeunes gens qu'elle rencontre; elle va à eux et leur demande des baisers; elle s'étonne quand ils se détournent d'elle et elle les suit, toute radieuse de joie et d'amour, quand ils lui répondent.
Don Juan, selon son caractère, oublia ces aven-
tures aussi facilement que les autres malgré ce qu'elles avaient de tragique et de lamentable et peut-être à cause de cela; mais n'était-ce pas son destin de séduire les femmes, de s'amuser de leur faiblesse, de torturer leur amour, de faire saigner leur âme et de les abandonner dans les larmes et la désolation.
C'est quelque temps après qu'il eut comme maîtresse dona Cristina qui était la femme d'un gouverneur des lies.. Elle habitait une maison vaste et fraîche avec de hautes fenêtres. Minutieuse et maniérée, sa seule pensée était le soin de son corps et le souci de sa parure; on l'eut bien étonr née si on lui eut dit que les ressources de la nature et l'activité des hommes pouvaient avoir un autre but que ses parures et ses ajustements. Toute la ville pouvait l'admirer habillée, ornée, parée, coiffée; mais elle voulait aussi être admirée toute dévêtue dans la grâce simple et nette de son corps adorable, et peut-être n'avait-elle des amants que pour entendre la louange de ses charmes.
Don Juan eut pour elle, non point de l'amour vrai, mais une flamme haute et vive; elle avait fait préparer une chambre où les volets tirés maintenaient la pénombre et la fraîcheur; un lit bas les recevait; elle y allongeait son corps délicat, fardé et parfumé; don Juan s'approchait doucement et lui donnait des baisers câlins, des caresses minutieuses; car elle ne haïssait rien tant que les amours bouillantes et rapides, les assauts impétueux, les mouvements fougueux; mais elle voulait qu'on la
prit avec des précautions raffinées et qu'on ne lui donnât du plaisir que par des gestes délicats et subtils.
Ils s'aimaient depuis assez longtemps; don Juan avait épuisé la gamme des sensations qu'elle pouvait lui donner et commençait à se lasser. Or, un jour, comme il arrivait auprès d'elle, il aperçut au pied du lit un papier tombé à terre et aux trois quarts caché par des vêtements. Il se baissa, le ramassa; c'était une lettre, il la lut. C'était une lettre d'amour adressée à dona Cristina par son ami don Luis Martinez
Pendant qu'il lisait, en tenant son papier, lentement, son autre main jouait avec la poignée de sa dague, la sortait à demi du fourreau et l'y renfonçait avec un claquement sec; et, sur son visage se reflétaient des sentiments divers, depuis l'indifférence méprisante qui accueille la trahison avec un haussement d'épaules jusqu'à la fureur qui met le poignard au bout du bras.
Quand il eut fini de lire, don Juan regarda la femme nue qui tremblait, car il jouait toujours avec sa dague; elle fixait sur lui des regards épouvantés.
Il avait bien eu un mouvement de fureur et l'idée de la vengeance lui était venue; mais il l'avait vite abandonnée, du moins ne voulait-il pas l'exercer contre la femme, et il avait plutôt envie de rire de l'aventure. Mais il ne rit pas et, gardant l'air furieux, il s'approcha du lit en faisant toujours claquer sa dague.
La femme se mit à genoux avec les mêmes
gestes mièvres qu'elle avait d'habitude et elle joignit les mains :
— Juan, supplia-t-elle, ce n'est pas vrai.»^ Je te jure qu'il n'est pas mon amant... depuis longtemps il me le demande... mais ce n'est pas vrai... Ne me tue pas, Juan, je n'aime que toi...
Don Juan la regardait dune façon toujours terrible; et il imagina sa vengeance; cette femme si sensible qui craignait tant la brusquerie et qui ne voulait être traitée qu'avec une délicatesse raffinée... et puis, ce serait peut-être plaisant de prendre une femme qui avait peur de mourir.
II s'approcha d'elle en serrant les mâchoires et roulant des yeux farouches; il tira son poignard et le brandit. Dona Cristina se rejeta en arrière avec un cri. Alors, don Juan posa son poignard et se rua sur elle; il l'empoigna avec une rudesse de portefaix, quitte à meurtrir ses membres fins; il la serra avec une violence de bachi-bouzouck au risque de faire craquer ses jointures; malgré sa complaisance et sa docilité, il lui livra une attaque brutale comme s'il eut voulu la violer et il la posséda avec des mouvements brusques au risque de déchirer ses chairs délicates. Elle gémissait, elle criait, elle craquait comme un vaisseau secoué par la tempête.
II la laissa sur le lit brisée, rompue, meurtrie, pantelante.
Prêt à partir, ayant repris son poignard et la lettre, il se dirigea vers la porte; elle l'entendit et se souleva péniblement sur un coude; il se
retourna, lui fit un grand salut cérémonieux et ironique, et sortit.
(Le soir, don Juan s'en alla dans une taverne où il savait retrouver ses amis de débauche. Il trouva les meilleurs autour d'une table : don Alonso Alcaniz, don José Rodriguez, don Francisco Avila, don Luis Martinez lui-même et quelques autres.
Don Juan avait ressenti depuis qu'il avait quitté dona Cristina quelques sentiments contraires et le désir de la vengeance lui était revenu; il était chatouilleux sur le point d'honneur — mais où diable l'honneur va-t-il se nicher; dofia Cristina... qu'était donc dona Cristina ? Et que lui importait ? Il ne l'aimait plus, il n'avait donc qu'à ne plus la voir. Ce don Martinez était un fourbe; mais qu'était-il donc lui-même ? N'avait-il jamais pris sa femme ou sa maîtresse à un ami ?
Alors ? Le souvenir de don Niceto lui revint; cette affaire lui était restée sensible, sans doute parce qu'elle était la première; il avait tué un homme pour une heure de plaisir avec une femme qu'il n'avait jamais revue.
Il ne voulait pas recommencer avec don Luis Martinez. Mais il n'aimait pas qu'on se moquât de lui derrière son dos.
Il s'assit et se mit à boire comme les autres; le Xérès et l'Alicante coulaient généreusement et les histoires sur les femmes se succédaient. Quand il jugea le moment bon, don Juan s'écria :
— J'en ai une à raconter.
— Bravo, don Juan...
Il tira de sa poche la lettre de don Luis Martinez et la lui mit sous le nez. Martinez la reconnut et, se levant :
— Je suis prêt à te rendre raison, dit-il.
Don Juan se lève à son tour et promène lentement son regard autour de lui :
— Personne ici, dit-il, ne doute de mon courage? Une minute de profond silence; don Juan tend
la main à don Martinez :
— Alors, buvons. Il ne sera pas dit que deux amis s'égorgeront pour une femme.
Il ajouta en se rasseyant :
— Et tu sais, tu peux y aller, bonne chance; pour moi, je n'y remettrai plus les pieds.
Ils burent et menèrent tapage tard dans la nuit.
Le lendemain, don Juan retourna au château de ses parents. Il avedt pris cette déconvenue amoureuse avec une élégante désinvolture; mais s'il n'en souffrait pas, il en restait froissé; et puis voilà plusieurs jours qu'il menait la vie avec ses amis; un peu de repos et de solitude lui feraient du bien.
Il partit et arriva pour le déjeuner; il s'en félicita.
Le lendemain de son arrivée une des amies de sa mère vint la voir. C'était cette Julia qui était bien plus jeune que la mère de don Juan puisqu'elle avait à peine cinq ou six ans de plus que lui.
C'était elle qu'il regardait avidement quand il avait quinze ans et qu'elle en avait vingt. Malgré toutes ses aventures, il s'en souvenait encore tant cette impression d'enfance avait été vive et était
restée nette; il se souvenait qu'elle lui souriait et le caressait comme un bel enfant.
Puis elle avait disparu; ses parents l'avaient emmenée dans un domaine lointain, ils avaient eu des revers; elle avait été mariée à don Alphonso qui était très riche et qui avait cinquante ans. Et elle revenait habiter aux environs de Séville.
Don Juan ne la revit pas sans une certaine émotion; mais elle ne le traitait plus en petit garçon; elle ne lui souriait plus; elle détournait son regard, et lui parlait froidement; mais il y avait quelque chose de tendre et de triste dans la froideur de Julia. Quand elle partit, il lui serra la main un peu longuement et il lui sembla que cette main frissonnait et lui rendait sa douce pression.
Il en resta ému et en oublia presque sa rupture avec doiia Cristina et la vilenie de don Luis Martinez. Cet émoi redoubla lorsque Julia revint peu de jours après. Elle avait trouvé un prétexte pour revoir la mère de don Juan; lorsqu'elle le vit, elle baissa les yeux, puis leva vers lui un regard plus doux qu'un sourire. Elle avait de la peine à cacher son trouble, car c'est en vain que l'amour se dissimule, il finit toujours par se trahir.
Il ne fallut pas longtemps pour qu'une entente muette s'établit entre eux : les soupirs que les difficultés rendaient plus profonds, les regards plus délicieux parce qu'ils étaient dérobés, les rougeurs subites, l'émotion à l'arrivée et au départ.
Il obtint d'aller la voir chez elle et eut la bonne fortune, qu'il aida, de venir quand son vieux mari n'était pas là.
Cependant si Julia se laissait glisser avec délices à ce jeune amour, il y avait des moments où elle essayait de se ressaisir; elle implorait la sainte vierge, elle faisait vœu de ne plus voir don Juan et, le lendemain, courait chez sa mère; elle venait pour le voir et souhaitait de ne pas le voir; ses regards se tournaient vers la porte quand elle s'ouvrait; heureusement ce n'était pas lui, et elle était désolée que ce né fut pas lui.
D'ailleurs, elle étedt vertueuse; elle pouvait bien aimer et avoir un amour innocent.
Quant à don Juan, il devenait silencieux, pensif^ languissant, inquiet; il faiscdt de longues promenades seul; puis il s'apercevait qu'il avait pris sans y penser le chemin qui menéût chez Julia; le plus souvent, il n'osait pas aller jusqu'à elle.
Cependant, peu à peu, ils s'enhardit; le mari de Julia s'en allait souvent à Séville et ne revenait chez lui que le soir; don Juan le guettait sur le chemin et dès qu'il l'avait vu passer, venait voir son amie.
Il la trouva dans le jardin; ils promenèrent un moment parmi les allées, tournant l'un vers l'autre un regard languissant, et frissonnant lorsqu'elle lui tendait une fleur et qu'il effleurait ses doigts en la prenant. Ils vinrent se reposer sous une tonnelle touffue. Ils ne parlaient pas; mais il prit cette main qui était si douce et la couvrit de baisers; l'émotion colorait les joues et faisait battre le cœur de Julia d'un mouvement précipité. Qu'elle était belle en le regardant î Don Juan se rapprochait d'elle. Le danger était grand; mais la confiance
de Julia en sa vertu était plus grande encore. Elle était si forte, don Juan étaàt si jeune, n'était-il pas ridicule de se croire en danger I Aussi, pourquoi ne lui abandonnerait-elle pas sa main, pourquoi reculerait-elle quand il s'approchait, pourquoi ne le laisserait-elle pas jouer avec les tresses de ses cheveux, pourquoi s'eiFaroucherait-elle quand il prenait une pose plus familière et qu'il passait son bras autour de ses épaules en se penchant vers elle.
Le crépuscule tombait et sa mélancolie, son charme si profond pénétrait dans l'âme des amoureux et les jetait dans une tendre langueur.
Don Juan serra Julia, se pencha plus encore vers elle et ses lèvres brûlantes se posèrent ardemment sur sa nuque, au creux de cette courbe délicieuse qui relie le cou à l'épaule; la jeune femme sursauta; une aspiration plus profonde gonfla sa poitrine et s'exhala en un profond soupir; de la nuque, les lèvres avides du jeune homme gagnaient le délicat visage de la jeune femme; elle se défendit d'abord ou du moins essaya de se défendre; mais le mystérieux amour qui donne la force aux feiibles étouffe la vigueur des forts... et la résistance des plus affermis.
Brisée d'émotion, Julia faiblit entre les bras de don Juan; leurs lèvres se prirent et le baiser passionné qui les unit les laissa tous les deux aussi afiFolés, aussi exaltés, qu'une véritable étreinte.
Eperdue, froissée» les larmes aux yeux, Julia se dégagea et se sauva; don Juan resta un moment seul, rassemblant ses esprits, et s'éloigna à son tour.
Il ne rentra pas au château, il alla à Séville ; cette scène, ce baiser avaient monté son imagination et ses sens; il avait besoin d'un dérivatif; s'il allait retrouver dona Cristina ? Fi ! Est-ce qu'on revient ainsi chez une femme après l'avoir quittée d'une façon ironique et outrageante !
Est-ce que ce sont les femmes qui manquent ? Ce serait bien le diable s'il ne trouvait pas à passer une soirée agréable. Cependant, malgré l'air détaché qu'il prenait, sa déconvenue avec dona Cristina lui? tenait au cœur plus qu'il ne voulait se Tavouer à lui-même. Et c'est pourquoi, dès qu'il eut rejoint son ami don Luis Martinez, il lui en parla tout de suite :
— Et dona Cristina, lui demanda-t-il en riant très fort, que fais-tu de dona Cristina ?
— Ma foi, rien encore.
— Comment, elle n'est pas ta maîtresse ?
— Non, pas encore.
— Et elle ne l'était pas auparavant, malgré tes lettres ?
— Pas davantage.
— Mon pauvre ami, je te croyais plus hardi et plus heureux.
— Ce n'est pas ma faute...
— Peut-être.
— Mais chaque fois que je la vois, elle ne me parle que de toi.
— Ah, ah î fit don Juan en riant encore plus fort. Eh bien, mon cher, quand elle te parlera de moi^ dis-lui que je ne pense plus du tout à elle et que je me console avec une autre maîtresse; et
que l'oubli est d'autant plus complet et la consola tion d'autant plus agréable que celle-ci est aussi douce, tendre et candide qu'elle était, elle, capricieuse, déréglée et impudique. Ah, ah ! Où je m'étonne fort, ou le dépit la jettera immédiatement dans tes bras.
— Mais, il faut tout dire, répliqua don Luis Martinez, si elle n'y est pas encore tombée, c'est que je ne lui donne pas tous les soins qu'elle mérite...
— Ah, ah I Mon gaillard, tu cours deux lièAéres à la fois.
— Chut ! Celle dont je parle est de trop haute famille pour que je livre son nom... à moins que ce ne soit à un ami comme toi.
— Et c'est ?
— Dofia Anna d'Ulloa.
— La fille du Commandeur, Peste I
— Voilà longtemps que je la suis, que je m'attache à ses pas; d'abord elle a paru ne pas faire attention à moi; puis elle a souri, elle a tourné la tête pour me voir; elle s'apprivoise, mon cher, mais que de soucis : à l'église pour lui donner l'eau bénite, et en embuscade pour qu'elle ne sorte pas une fois sans me voir; et le soir, les sérénades sous son balcon.
— C'est trop compliqué et trop long.
— Oui, mais là petite en vaut la peine; brune, jolie, fine, et ardente, et des yeux... Et cette joie de la sentir faiblir peu à peu; elle résiste encore, mais cette résistance mollit de jour en jour et
j*espère qu'avant peu... car je Taime, mon cher, je l'aime vraiment...
— Heureux gaillard... Tâche que ce ne soit pas le même soir que dona Cristina.
— C'est pour cela que je ne la serre pas de trop près.
— En attendant je veux une nuit de tapage, de beuverie et de débauche.
— Allons retrouver nos amis.