KARL DUJARDIN
Né à Amsterdam , vers 1640; mort eu Italie , le 20 novembre 1678
lies Charlatans 9
Lithographies pau SORRIEl
Tous les tableaux de Karl Dujardin, surnommé Bar be-de- Bouc par ses collègues d'Italie , sont fort rares et fort recherchés. Ce Callot de l'École flamande semble avoir peint sur la toile les allures de son caractère inconstant et aventureux. On trouve dans ses compositions un mélange heureux de l'exactitude flamande et de la bouffonnerie italienne. Rien n'étonne en cela : Dujardin aimait fort l'Italie, et était chéri parles peintres de ce pays; il l'aimait à un tel point, qu'après s'être marié en Hollande, il disparut un beau jour et ne revint plus au domicile conjugal. Il s'était embarqué pour l'Italie.
Le musée du Louvre a plusieurs tableaux de lui , parmi lesquels les Charlatans, un de ses chefs-d'œuvre. Cette toile , de moyenne dimension, est d'une composition délicieuse. De l'esprit, de la vérité, du naturel, telles sont ses principales qualités. Levé sur la pointe des pieds, grand et maigre de sa personne, un malin de la troupe débite aux spectateurs ses lazzis accoutumés , ou vante ses onguents et ses pommades. Sur le devant, un ménestrel a figure d'homme-chat, contente les oreilles de l'assemblée par le son mélodieux de la guitare. Le maître comédien, au nez long, aux rides postiches, passe sa tête par l'embrasure du rideau pour annoncer que le spectacle va bientôt commencer; et le singe, qui n'est certes pas le moins instruit de tous,
se repose de ses fatigues : le tour de ses camarades est venu. Un public mélangé, — bourgeois, paysans, enfants, mendiants, — ouvre, selon le conseil qui lui en a été donné , « des yeux pour voir et des oreilles pour entendre; » un commissionnaire même, portant sans doute une somme de grains à la ville voisine , s'est arrêté , vaincu par l'attrait du spectacle.
Ce théâtre en plein air est singulièrement bâti, et laisse à penser ce qu'il doit être à l'intérieur. Quelques planches mal assemblées sont posées sur des tonneaux en forme de poteaux. Deux draps (qui sait? peut-être l'unique paire qui recouvre le lit du directeur) servent de rideau ; et le merveilleux harmoniste est assis sur un escabeau de bois, bois dur et noueux , où n'a pas seulement passé une pauvre fois le bienfaisant rabot. Voyez-vous ce chien qui se promène sous l'estrade? eh bien ! il fait sa partie de temps à autre, et, par ses aboiements, il répond dignement, dit-on, aux accords de la guitare.
Rien de mieux groupé que tous les personnages de cette petite fête. Ils sont placés sur une sorte de terrasse , d'où Ton découvre une jolie vallée et de grandes ruines à droite. C'est un des plus beaux tableaux de ce genre que nous possédions. Dujardin, heureux artiste, estimait lui-même ses tableaux, et rarement les amateurs nombreux de ses productions lui refusaiant le prix qu'il exigeait. Les temps sont changés; où sont-ils ces généreux amateurs? qu'ils reviennent bien vite.
Dujardin gravait beaucoup à l' eau-forte. Il fit paraître, en 1652, un livre gravé par lui, et contenant cinquante-deux paysages. Son dessin n'était généralement pas soigné, et Karl indiquait les accessoires au lieu de les finir. Mais ses compositions sont la plupart soignées, et surtout spirituelles. Elles ne sont pas en grand nombre : cela tient sans doute à la brièveté et aux aventures de sa vie. Il mourut d'indigestion.
Miày îel
Clulkmel . Editeur ,11, de VAVbo^e , 4
Intp d'Aubert& Cie