‹ Les plus jolis tableaux de Teniers, Gerard Dow, Terburg, Paul Potter, Metsu, A. Ostade, Van Der Helst, etcChapitre 5 sur 10 · I . I THOGRAPHIRE PAU LÉON N 0 EL · texte numérisé non relu

I . I THOGRAPHIRE PAU LÉON N 0 EL

Il s'agit ici d'un de ces petits concerts à huis clos , où l'on fait de la musique seulement pour elle-même, et non pour le plaisir de se faire entendre et applaudir. Pendant qu'une des deux demoiselles chante, l'autre pince de la guitare et l'accompagne habilement. La chanteuse , sans doute, ne sait pas parfaitement l'air qu'elle répète, car elle bat encore la mesure et regarde encore avec grande attention la musique qu'elle tient à la main. La guitariste est plus sûre d'elle-même et meilleure musicienne. Elle jette à peine quelques regards sur la partie d'accompagnement placée sur la table , et suit la jeune chanteuse. Elle est debout, car à tout instant elle doit lui indiquer les légères inexactitudes qu'elle commet, et veiller à ce qu'elle n'abandonne pas ou le ton , ou la mesure.

Un petit domestique porte un plateau où est placé un verre d'eau sucrée ; il va le présenter à sa maîtresse, dont le gosier est fatigué, et qui a besoin de reprendre des forces. Au reste , elle ne l'aperçoit même pas, tant elle est occupée pour déchiffrer sa partie, tant la moindre préoccupation pourrait nuire à l'effet de l'ensemble!

Cette toile forme pendant. Elle reçut, dès son apparition, l'approbation générale, et l'estime qu'on en a conçue de prime abord , loin de disparaître avec le temps, n'a fait que s'accroître dans la suite. C'est une des productions les plus justement appréciées de Gérard ïerburg. Ici , sa manière est moins brillante, mais plus sérieuse, plus

approfondie , plus correcte , plus pure que d;ms beaucoup d'autres tableaux.

Quant à l'expression des personnages , elle est parfaite , irréprochable. L'une des musiciennes est certainement attentive à ce qu'elle chante; et l'autre la suit bien des yeux. Et puis , comme les doigts de la dernière sont actifs ! Ne nous semble- t-il pas entendre les cordes de la guitare résonner à nos oreilles? Et le domestique , quel mouvement existe dans sa démarche ! On le voit s'approcher de la table pour y déposer le plateau qu'il porte avec tant de précaution.

Les couleurs de ce tableau sont un peu ternes, mais on peut assigner une cause presque certaine à cette circonstance, lorsque Ton a examiné plusieurs toiles du maître, et lorsqu'on a apprécié et approfondi sa manière ; c'est que les couleurs se sont mal conservées et ont perdu leur éclat primitif. Pour les costumes surtout, cela ne fait pas de doute ; et il n'est pas croyable que Gérard ïerburg ait modifié, changé même à ce point sa manière accoutumée. On pourrait, lout au plus, et cela ne serait guère admissible , penser qu'il a voulu faire un

essai.

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Né à Leyde , en 1613; mort en 1665 environ

lia Femme liydropique .

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Plus grand de proportions que les autres , ce tableau est un des plus fameux de Gérard Dow , et même de toute l'École hollandaise. Il est peu de compositions aussi achevées , soit quant au fini des détails , soit quant à l'expression des personnages. La figure de la femme hydropique est pâle et empreinte d'une mélancolie maladive, qu'il semble presque impossible de pouvoir rendre avec le pinceau. Quel naturel dans la pose, pour ainsi dire suppliante, de la servante qui veut approcher une cuiller de sa bouche ! Quelle profonde douleur répandue sur les traits de la jeune fille à genoux , qui tient une des mains de la pauvre malade , et qui , prévoyant l'événement funeste et inévitable , verse d'abondantes larmes! A côté de ce groupe éploré, le médecin, dans sa froideur impassible, examine un breuvage et semble dire , en conservant quelques restes d'indécision , qu'il a fondé, sur l'effet qu'il doit produire, sa dernière espérance de guérison. Le rideau de la principale fenêtre est à demi ouvert , et une vive lumière se répand dans l'appartement ; mais les yeux de la femme hydropique ne peuvent la supporter ; ils sont levés vers le ciel, où son âme est déjà fixée.

L'ensemble de cet admirable tableau est parfait. Les accessoires y abondent dans le sens général du sujet. Ici une bible antique , lecture

triste et consolante à la fois pour les affligés; plus loin le large fauteuil de la veillée ; au fond quelques vases épars çà et la sur une table. Une lumière éclatante et habilement ménagée fait ressortir tous ces objets et les détache du fond par un effet de clair-obscur. Tout est beau, grand , noble , et surtout d'une frappante vérité. Par cette composition, le talent avoué de Gérard Dow s'est révélé sous un autre aspect : ce n'est plus ce genre familier , gai , quelquefois grotesque, où il excelle d'ordinaire ; une manière plus grave , plus élevée, une pensée triste et profonde saisissent à la première vue.

Cette toile , dont la renommée a été immense dès son apparition , fut achetée d'abord 70,000 francs par l'électeur palatin. L'électeur en fit don , par la suite , au prince Eugène de Savoie , qui avait servi sous ses ordres. Plus tard , le roi de Sardaigne se l'appropria et en fit le principal ornement de son cabinet, déjà riche de collections. Il l'avait acheté, après la mort du prince Eugène , 30,000 francs seulement, et y tenait plus qu'à aucun autre. En 1799 , après la guerre d'Italie , le roi de Sardaigne , justement satisfait et reconnaissant des services que lui avait rendus le brave Clausel , membre du conseil des Cinq-Cents et général de la république, se décida à le lui donner. Ce général comprit que ce chef-d'œuvre devait être livré à l'admiration et aux éludes de tous les artistes ; il l'adressa au Directoire , qui le fit placer au Louvre, dont il n'est pas sorti depuis.

Ce tableau est fort bien conservé. Sa hauteur est de deux pieds sept pouces ; sa largeur de deux pieds un pouce.

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