‹ Les plus jolis tableaux de Teniers, Gerard Dow, Terburg, Paul Potter, Metsu, A. Ostade, Van Der Helst, etcChapitre 6 sur 10 · GÉRARD TERBURG · texte numérisé non relu

GÉRARD TERBURG

Jeune Femme à sa toilette .

LlTHOGRAPHIÉE PAR DEVÉRIÀ.

Les sujets galants ont été traités par Gérard ïerburg d'une manière ravissante : le tableau de la Jeune Femme à sa toilette en est une preuve entre beaucoup d'autres.

Une jeune et belle femme achève sa toilette , et rehausse , par la coquetterie, les attraits qu'elle possède, et qui s'en passeraient certainement bien. Sa mise est des plus recherchées. La jeune femme est coiffée en cheveux ; un joli collier de perles fines brille à son cou et se détache à peine sur une peau blanche et soyeuse. Devant elle est placé un miroir qu'elle interroge parfois , et auquel elle demande des conseils. Deux bougies allumées ne jettent dans l'appartement qu'une faible et pâle lumière. Il est nuit , et sans doute la jeune femme se dispose a aller au bal.

Le peintre la représente occupée à retirer de son doigt une bague de diamant. Un petit page lui apporte un vase pour laver ses mains , encore.... et pour une dernière fois. Tout ce qui entoure la jeune femme est pour ainsi dire forcé de travailler pour l'embellir ; une enfant resserre sa taille déjà si mince, et le petit chien veut jouer avec les lacets de la robe de sa maîtresse.

Ce sujet est anglais à n'en pas douter : meubles , costumes, appartement , tout le prouve ; la grande cheminée à colonne appartient surtout à ce pays. 11 est donc probable que Gérard a fait ce tableau étant à Deventer , penrlant qu'il exerçait les fonctions de magistrat.

Il serait difficile de trouver une pose plus naturelle et plus noble que celle de la jeune femme. Comme sa figure est belle, comme ses traits sont fins et réguliers! Et ses cheveux qui tombent en boucles soyeuses des deux côtés de son cou ; un léger ruban les retient à peine , et peut-être que l'agitation de la danse va les dénouer! Et cette robe de satin à larges plis et pendante, comme elle ajoute encore à la dignité de celle qui la porte !

Quant au page , il est charmant aussi. Sa figure est jolie ; ses cheveux se balancent arrondis sur ses épaules ; son costume est riche et éclatant.

La petite fille se voit à peine, mais on comprend bien toute son activité.

On pourrait reprocher à ce tableau de viser trop aux effets de la couleur. C'est ici surtout que Gérard Terburg a montré sa prédilection pour la peinture des étoffes. Aussi, préoccupé de cette pensée unique, il a négligé un peu l'expression des figures ; et celle du page n'est qu'un profil , beau comme l'antique peut- être , mais sans mouvement, sans physionomie. On retrouve , dans ce tableau de la Jeune Femme à sa toilette , toutes les brillantes qualités , mais aussi toutes les légères imperfections du talent de Gérard Terburg. C'était , au reste, généralement sa manière de faire; et toutes ses productions , sous ce rapport , se ressemblent beaucoup. Les détails sont d'un fini précieux.

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I^Épiciere de village^

LlTHOGRAPHIÉE PAR LÉON NOËL.

En Hollande comme dans les autres pays, l'épicière doit être accorle , aimable et fraîche ; elle doit plaire à son nombreux public et assaisonner le débit de sa marchandise par quelques mots gracieux. Telles sont évidemment les qualités de celle que Gérard Dow représente ici. Mise avec simplicité, mais aussi avec une propreté extrême, l'épicière de village possède une boutique qui ne cesse d'être remplie de chalands depuis le matin jusqu'au soir. Aussi, comme son teint est rose , vif, rayonnant !

Ce tableau , aussi remarquable que celui de la Femme hydropique, est d'un fini extraordinaire dans tous les détails ; rien n'y manque , et les yeux sont satisfaits. La pratique servie dans le moment est la belle jeune fille dont le bras est appuyé sur son panier. L'épicière, attentive à ce qu'elle lui demande , est occupée à peser quelque marchandise. La jeune fille fixe sur elle des regards malins, et semble la supplier de laisser dans le plateau de la balance le surplus qu'elle veut en retirer. Les figures de ces deux personnages expriment tout cela, et on ne peut mettre en doute que telle n'ait été la pensée de Gérard Dow. Au fond, un garçon au teint blond tient un pot de grès à la main. Au lieu de se retirer , il contemple la charmante pratique , et ouvre de grands yeux tout ravis. Sur le devant enfin, une autre pratique, d'âge assez avancé, compte des pièces de monnaie , qu'elle semble avoir retirées à regret de sa bourse. Combien de pièces , mon Dieu ! pour réaliser la

minime somme qu'elle va payer! bien certainement c'est une agglomération de deniers. Elle compte , recompte les deux traînées qu'elle a placées sur la table , comme hésitant si elle y ajoutera la dernière pièce qu'elle tient à la main.

Au plafond est suspendu un excellent jambon ; plus loin , au fond , appendent des chandelles de nouvelle fonte; et les quelques bottes de légumes , placées sur le mur de la croisée , nous apprennent que l'épicière de village vend aussi de la fruiterie. Et cet énorme pot, à moitié recouvert de paille, il est vide; c'est que le débit de la maison est immense, ei que l'épicière ne peut suffire aux chalands qui viennent la visiier.

Cette composition est d'un mérite achevé; et , cependant , le sujet est des plus simples. La scène est parfaitement disposée et remplie. C'est là surtout que Gérard Dovv s'est montré plus exact , plus correct de dessin que son maître Rembrandt. Déjà sa supériorité sous ce rapport s'était manifestée dans les portraits qu'il peignit , genre auquel il fut obligé de renoncer à cause du fini extrême qu'il mettait dans ses productions, ce qui rendait les séances insupportables pour les modèles.

Mais lorsqu'il retrace des scènes de famille ou d'intérieur , alors il n'est plus gêné ; il peut employer à des détails tout le temps qu'il croit nécessaire , et il lui est permis de développer son talent tout entier. Quelle vérité dans les costumes! quelle expression dans les figures ! quelle perfection enfin dans l'ensemble du tableau ! Le plus mince accessoire , non-seulement y trouve sa place, mais encore est dessiné aussi soigneusement que le personnage le plus important de la scène retracée.

Le tableau de YÉpicière de village est peint sur bois ; sa hauteur est de 1 pied 2 pouces, sa largeur, de 11 pouces. Sa valeur est inappréciable ; Louis XVI l'acheta 17,000 fr. 11 avait été apporté en France par le célèbre peintre français Le Brun , qui l'admirait beaucoup.

Ctallamfi&CV8 Editeurs Rue iel'AVbaye.,*

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lia Lecture de la Bible, ou la Famille de Gérard Dow,

LlTHOGRAPPIIÉE PAR LÉON NOËL.

Voici une scène intérieure de Gérard Dow , sujet plus simple encore que ses sujets ordinaires , si cela est possible. Une petite chambre lambrissée , qui ne reçoit le jour que par une seule fenêtre , forme l'appartement de la famille. Tous les ustensiles de ménage sont vieux, et négligemment épars. Point d'ordre , point de goût dans l'ameublement. C'est bien là que la vieillesse habite; et, ne fût-ce que par la composition seule de la chambre , l'esprit devinerait les personnages que le peintre y a placés.

Cette scène familière forme un des plus jolis tableaux de Gérard Dow; elle a donné lieu à de nombreuses suppositions, parmi lesquelles nous ne rapporterons que la plus accréditée. On prétend que les deux personnages du tableau sont le père et la mère de Gérard Dow , et que cet habile artiste a voulu ainsi conserver tout à la fois et le souvenir de leurs traits chéris, et celui du modeste asile où ils s'étaient retirés pour passer dans la paix et la solitude les derniers instants de leur vie. Ainsi expliquée , cette scène prend un caractère de grandeur et d'intérêt qui n'existeraient pas, certainement, si le peintre avait eu toute autre idée. Nous adoptons donc cette supposition comme irès-fondée.

Le repas est fini ; la mère de Gérard Dow est assise , et lit attentivement et a haute voix quelques versets de la sainte Bible. Son mari,

vieillard infirme , au front dépouillé de cheveux , à la longue barbe blanche , écoute cette lecture dans le plus profond recueillement. L'expression des deux figures est certaine et parfaite. La mère de Gérard Dow est bien occupée , bien à sa lecture: la manière dont elle tient le livre le prouve plus encore , ainsi que les lunettes, qui, hélas ! ne peuvent rendre à des yeux fatigués comme les siens leur ancienne vigueur. Quant au père , il ne peut qu'écouter ; son esprit seul peut encore s'occuper; l'extrême vieillesse a condamné son corps à l'inaction. Sa figure est douce , calme et vénérable. Tout cela est admirablement rendu et développé sur cette toile.

Gomme effet de lumière , le tableau est unique ; il semble qu'elle entre par bouffées dans cette chambre sombre et enfumée. Elle prête aux personnages une charitable assistance : les rayons éclairent la bible ; les deux personnages en sont inondés , et l'éclat de celte vive lumière se prolonge sur le plancher et fait naîire des ombres fortement accusées.

Les détails du tableau sont finis et soignés , à la manière accoutumée du maître ; ils sont disposés avec esprit et vérité. Ici le rouet , dont le mérite est d'occuper , de faire passer les heures de la vieille femme ; à une solive du plafond est suspendue une cage : l'oiseau prisonnier charme parfois par ses roucoulements les oreilles de ses tyrans inoffensifs. À droite, sur un bahut, le crucifix d'ivoire , Tunique flambeau de la maison Dans un coin , à gauche , un balai , sans doute le balai historique de Gérard Dow , celui auquel il a consacré tant de soins et de temps. Au fond de la chambre enfin , la pelile échelle , au moyen de laquelle les époux montent dans leur soupente , pour goûter un repos nécessaire.

Cette toile a 1 pied 7 pouces de hauteur , sur 1 pied 5 pouces de largeur. Elle est au Musée du Louvre , et les couleurs en sont encore fraîches et bien conservées.

Clulknel & C,e EiteursB., AeL'AVbaye ,4 .

lm|> A' Aubertd' Cie

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