GABRIEL METSU
ïja Cuisinière hollandaise *
LlTHOGRAPHIÉE PAU A. MIDV.
La Cuisinière hollandaise, tel est le nom donné à un fort beau tableau de Gabriel Metsu , tableau très-estimé par toute l'École hollandaise , et qui est supérieur a toutes les autres productions de ce maître.
La cuisinière est revenue du marché, après avoir fait toutes les acquisitions nécessaires pour préparer le repas de ses maîtres. Parmi les objets par elle rapportés est un superbe coq d'Inde , dont elle veut faire assurément la pièce la plus importante à placer sur la table. Mais, comme il n'est pas encore temps de le plumer, elle va l'attacher précieusement à ce clou que l'on aperçoit fixé dans l'embrasure de la fenêtre. Le coq est d'un fort poids, je vous assure, et on peut l'estimer a sept ou huit livres. Aussi , combien de peine pour l'attacher ! Malgré ses précautions , elle a renversé la cafetière sur l'appui de la fenêtre. Qu'elle la pousse encore un peu seulement, et il est à craindre qu'elle ne tombe tout à fait.
La cuisinière est pressée , et elle agit avec précipitation. Pendant que d'une main elle lève le coq d'Inde , de l'autre elle lient le panier aux provisions, et qu'elle a sans doute rapporté bien plein du marché. Elle est encore dans la toilette du malin ; sa coiffe est mal attachée ; un simple fichu couvre à peine ses épaules ; sa position est bien celle d'une personne qui arrive à l'insiant.
La figure de la cuisinière est expressive , el surtout dessinée dans la
perfection. Ses traits décèlent l'aciivité et presque l'impatience ; ses yeux sont attentifs à ce qu'elle veut faire , et c'est justement a cause de cela qu'elle ne s'aperçoit pas du malheur qu'elle va peut-être consommer , si elle fait un seul mouvement brusque.
Les détails de ce tableau sont jolis , mais en petit nombre , contrairement à l'ordinaire des peintures hollandaises ou flamandes. Seulement, on voit sur l'appui de la fenêtre un flambeau d'assez commune apparence , au-dessus duquel est suspendue une petite cage d'osier , prison d'un malheureux chardonneret. On sait que du temps de Gabriel Metsu , ces sortes de cages étaient la plupart taillées dans la pierre et dans le mur même de la façade des maisons. Elles portaient le nom de galère , ainsi que nous l'expliquons dans l'examen d'un tableau du même peintre , qui a pour titre : Jeune Femme à une fenêtre.
Sous le rapport du coloris, il n'y a rien à reprocher à ce tableau. Malgré le précieux fini de la figure de la cuisinière , il est à peu près certain qu'ici Gabriel Metsu n'a pas voulu faire un portrait , mais qu'il a cherché seulement à reproduire avec le plus de soin et le plus de vérité possible une de ces scènes si simples de la nature auxquelles on assiste à tout instant, une de ces scènes d'intérieur , qu'il est d'autant plus difficile de bien rendre , que chacun est plus a même de les apprécier lorsqu'elles sont traduites par le pinceau.
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