Le Capital, livre II
nomiste anglais. De plus, il rectifie plusieurs assertions de Ricardo qui se trouvent injustifiées.…. Enfin Marx introduit une théorie de la rente absolue inaperçue de Ricarco qui découle de son principe d'après lequel le travail est pris pour l’unique base de la valeur (1).»
Les autres socialistes n’ont pas étendu la notion de rente, ils n’ont pas dressé contre la propriété individuelle les arguments que la rente leur fourniscait. S
John Stuart-Mill, individualiste par atavisme, socialiste par tendances, dégagé de tout sectarisme doctrinal, devait être le rénovateur de la théorie de la rente. Il-ne fut pas le créateur d’une théorie nouvelle, il se contenta de traduire en ferme langage économique les résultats acquis. Il en devint le vulgarisaleur et fut le chef intellectuel des réformateurs agraires contemporains (2).
Pour lui, le phénomène de rente n'est pas spécial à l’agriculture. IL découvre la rente sous de nombreuses formes : « Les produits de l’agriculture ne sont pas la seule classe de marchandises qui aient à la fois différents coûts de production el qui, en con-
1. M. Slepzoff 1899, Revue d'Economie politique n°3, p. 245, 277 : La théorie de la rente foncière de Marx. :
2. Stuart-Mill, Principes d'Econonie politique. Traduction française de MM. Dunard et Courcelle Seneuil. Guillaumin et C", libraires, Paris 1854, tome I, liv. 11, chap. XVI, $ 1,2, 3, 4; div. V, chap. IH,
$ 5,6; chap. IL, $ 2, 5,6; chap. X, 4.
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séquence et en proportion de cette différence payent une rente (1)... En réalité, tous les avantages, naturels ou acquis, personnels ou résultant d’arrangements sociaux, qu'un concurrent a sur l’autre... mettent le possesseur de cet avantage dans la situation du propriétaire d’une rente (2). »
La rente n’apparait donc plus comme une anomalie, mais comme une résultante de la loi d'offre et de demande. Il ne faul toutefois pas penser découvrir dans Sluart-Mill le plein développement de ce concept : il tâtonne, il hésite, il se contredit. Il sent que la solution du problème se trouve là, il l’indique, mais trop influencé par Ricardo, il se rejette sur le concept de rente différentielle (3).
En dégageant la notion de rente, il met en doute la légitimité d’appropriation de cette rente. Au point dé vue de l'utilité sociale, il ne la condamne cependant pas. Il écrit notamment : «La rente, tant qu'elle n’est pas surélevée artificiellement par des
Sr. “f7; 50: Pres
2. P. 51. John Stuart-Mill a étendu le concept de rente, mais son extension avait été prévue par Ricardo (mines, pêcheries et même peut-être manufactures). Senior, comme nous l'avons vu, était même allé plus loin que lui (héritage).
3, Liv. II, chap. V, $ 2,fp. 47; liv. IL, ehap. XVI,N 2; liv. HI, chap V, $ 3,-p. 48; Liv: IL, chap. V, $ 4, p. 52. Sluart-Mill ne croit à la possibilité d’une rente absolue que dans des cas exceptionnels. « C’est un événement que nous ne devons pas considérer comme probable, grâce au progrès de l’agriculture et aux améliorations qui s’introduiront certainement dans le monde, pendant la longue période de temps qui doit s’écouler avant que l'humanité soit réduite à cette extrémité. Liv. LL, chap. V, $ 4, p. 52.
lois restrictives, ne pèse point sur le consommateur.
Elle ne cause au public aucun dommage (1). »
Mais au point de vue de l’équité,son jugement diffère.
* CSupposez, dit-il, qu’il existe un revenu qui tende constamment à à augmenter sans effort ni sacrifice de la part de ceux qui en sont propriétaires, que ces propriétaires composent dans la sociétéune classe que
le cours naturel des choses enrichit sansqu'ils fassent
rien : dans ce cas, l'Etat pourrait, sans violer les principes qui régissent la propriété privée, s’apprô- \
prier soit la totalité, soit une partie de cet accroissement de richesse à mesure qu’il se produit. Ce serait à proprement parler prendre ce qui n'appartient à personne, ce serait employer au profit de la société
une augmentation de richesse créée par les circonstancés, au lieu de l’abandonner sans travail à une classe particulière de citoyens. C’est le cas de la rente (2) ». Stuart-Mill n’a ici en vue que la rente
: | ES F f SX = LPS T :
foncière,conséquence de l’appropriation individuelle
des terres, qu’il juge illégitime (3). | . Pour mettre fin à l'injustice qu’il pressent, il envi-
sage la nationalisation du sol, mais doute de son:
efficacité (4). Aussi préconise-t-il la création d'un