LES CAUSES
Le phénomène de plus-value est soumis aux lois de la valeur et a pour cause synthétique : l’infériorilé relative de l'offre par rapport à la demande.
Certains ont voulu pousser-la précision plus loin et ont prétendu que la plus-value était une conséquence de la situation de monopole (1). Le prétendu monopole du propriétaire foncier devait leur fournir un argument attrayant :
Le sol est une richesse qui ne peut se multiplier. Les hommes en ont besoin pour vivre et travailler’ ils doivent donc se plier aux conditions imposées par le propriétaire foncier. Le monopole n'est pas encore aujourd'hui totalement réalisé, car il reste de vastes espaces non appropriés, mais le jour où ils le seront, l'entente sera facile entre les propriétaires qui exigeront du sol un prix discrétionnaire. Actuelle-
1. On dit habituellement qu’il y a monopole lorsque certaine caté-
gorie d’objets ne peut être offerte sur le marché que par un seul
individu ou des individus assez peu nombreux pour qu’existe entre eux une entente.
ment même, dans certaines circonstances, autour d’une ville en croissance, par exempte, les terrains utilisables sont en quantité limitée, leurs propriétaires peu nombreux s'entendent pour établir un prix uniforme et arbitraire. Ces terrains manifestent une plus-value souvent considérable. Le monopole est cause de la plus-value (1).
1. V. Fallon, op. cit., p. 167-191 et en particulier 169-183. ;
En effet, dit-on, l'entente n’a besoin d’exister qu'entre les propriétaires de la périphérie de le « Schmaler Rand » qui enserre la ville comme d’un cercle inextensible et supprime toutes communications avec l’extérieur dela ville.
On ne peut pas, en effet, percer des rues à travers le « Schmaler Rand »; même si ont le pouvait, ces maisons, isolées au delà d’un espace riche, ne trouveraient pas preneur : ennui, incommodité, insalubrité. La population est done tenue de s’entasser dans la ville ou de passer par les volontés des propriétaires auxquels appartiennent le Schmaler Rand. Ceux-ci ont toute liberté pour fixer leurs prix qui influent sur la valeur des transactions. On peut réfuter cet argument en disant que les villes ne croissent généralement pas concentriquement, mais en poussant des pointes. Il faut done que le Schmaler Rand soit très large, mais il y a là un inconvénient matériel grave, car le cercle croît 3.1416 fois plus vite que le diamètre et l’étendue: à posséder est considérable.
L’entente entre propriétaires reste difficile. Il est possible pour cer=
taines villes dont le développement est entravé par des obstacles naturels: bouches d’un fleuve, montagnes (Berne, par exemple) ; ou artificiels: chemins de fer (mais,dans ce cas, il n’y aurait pas à proprement parler monopole, car la hausse provient du fait d'une situalion indépendante de la volonté des propriétaires). De-plus, la concurrence existe entre les terrains de la Schmaler Rand et ceux qui lui sont extérieurs car, puisque les villes croissent en pointe, l'insécurité provenant de la solitude n’ést pas trop à craindre. Avec la rapidité et le développement des moyens de transport, beaucoup des inconvé- - nients de l'éloignement s'évanouissent. Et puis, les villes et les localités peuvent se concurrencer entre elles. Enfin si, malgré tout, les prix restent plus élevés dans le Schmaler Rand qu’au delà, cela ne tient pas au monopole, mais aux avantages dus à une plus grande sécurité et à une facilité plus grande de circulation et à la proximité du “centre principal. On ne cile que de rares cas de monopoles ,
Ce raisonnement, pour aussi séduisant qu'il soit, n’est pas exact ; il s'applique seulement à la plusvalue immobilière, alors que le phénomène de plusvalue est généralisé à tous les instruments de production. On ne saurait cependant prétendre que le Travail et le Capital, par suite de leur croissante ef incessante multiplication, sont en voie de monopolisation étendue et durable.
Les statistiques montrent par ailleurs les propriétaires fonciers trop nombreux (1), d'intérêts trop divergents, pour qu'entre eux puisse naître l'entente forte et permanente propice au monopole. On ne peut préjuger de l’avenir, mais l’évolution actuelle du domaine foncier ne semble pas dirigée vers la. concentration, prodrome et étape de la monopolisation. De plus, le monopole n'intervient pas pour expliquer toutes les manifestations de plusvalues. On peut donc conclure que s’il en est une cause, il n'en est pas la cause générale qui dait être recherchée dans l'infériorité de l'offre par rapport à la demande. Se \
urbains, Il peut en être ainsi toutefois lorsque : 1° un individu pos sède antérieurement à sa construction les terrains où est fondée une ville nouvelle (Derby à Londres et Astor à New-York) ; 2° un individu attirant par son activité personnelle d'autres individualités en nombre assez considérable pour former une agglomération urbaine s'est réservé la possession de tous les terrains où peuvent s'exercer les activités dépendantes de la sienne (Putlmann aux Etats-Unis).
T. En 1908, en France, le nombre des propriétaires ruraux s'élevait à 5. 505. 464. Te
- Là réside la cause première, insondable dans son abstraction, résultante elle-même des infinies réactions de la vie sociale (1) sur le milieu naturel : activités individuelles ou collectives, conscientes ou fatales, s'unissant ou se contrecarrant, contribuant toutes au progrès de la richesse générale, dont la complexité appellele nom de « conjoncture »,donné par Lassalle, causes secondaires.dont le lien avec l'effet dernier est si tenu qu'il en rend l'étude inféconde.
F’influence de la « conjoncture » sur l’apparition des plus-values ne peut être apprécié. Parfois, cependant, on parvient à isoler les activités collectives ou
1. Parmi celles-ci, signatons l'accroissement de la population qui agit diversement sur l'apparition de la plus-value.
Un terrain de 10 acres, à Chicago, valait en 1830 : 20, alors que la population était de 50; en 1850, ces chiffres respectifs étaient de 19.500 et 28.269: en 1855, de 40,000 et de 80.023; en 1860, de 28.000 et de 109000 ; en 1870 de 120.000 et de 298.479; mais en 1835 ils sont de 92.500 et de 400.000 ; enfin,en 1894, on aboutit à 1.250.000 à 1.500.000,
L’accroissement de population entre les deux périodes extrêmes est de 1.499.950 0/0 tandis que celui de la valeur est de 6.244.950 o/o.
Deux conclusions : :
: x° La progression de la plus-value est plus rapide et plus intense;
2 Cette progression ne s'établit pas dans un rapport régulier avec celle de la population ; les moins-values soudaines constatées en font foi. Si la plus-value avait augmenté régulièrement, on eût pu croire à un lien unique dérivant de l’aceroissement de la population raréz fiant l'offre, mais les moins-values constatées en pleine période d’ac-
croissement de population viennent montrer que: des causes externes ; ouvertures de voies navigables, spéculation, mise en œuvre de moyens de transport, causes infiniment nombreuses, conjecturables, ‘ agissent elles aussi. Exemple, à Paris, les terrains du Palais Royal après le percement de l'avenue de l'Opéra accusent une moins-value.
Des constatations analogues pourraient être faites pour établir un rapport entre les plus-values du travail et du capital avec l’accroissement de la population.
individuelles qui président à la formation et au développement du phénomène. Ces activités n'existent toutefois pas à l’état simple ; elles sont elles-mêmes infiniment complexes : l’activité collective se résorbant finalement dans la foule des actions et des réactions de l'individu, seul moteur social sur le milieu naturel et l’activité individuelle s’adaptant forcément au milieu social dans le temps et l'es-
pace (1). : SECTION. PREMIÈRE
L'ACTIVITÉ CRÉATRICE COLLECTIVE (Etat et autres organismes politiques inférieurs) (2)
L'Etat, représentant de toutes les individualités de la Nation, coordinateur des intérêts particuliers