‹ Les plus-values de cheptel en BourbonnaisChapitre 37 sur 49 · On cite en Tchéco-Slovaquie de nombreuses propriétés de · texte numérisé non relu

On cite en Tchéco-Slovaquie de nombreuses propriétés de

plusieurs milliers d'hectares: l’une d’entre elles, a la fabuleuse étendue de 245.000 hectares.

paysan va enfin trouver des capitaux à laux modique et si le pécule qu’il a amassé est insuflisant, son budget familial ne sera plus grevé par le loyer souvent exorbitant de l’argent prêté. Des avances lui seront consenties jusqu’à concurrence de 40.000 fr. S'il est pensionné de guerre, le taux de l'argent ne sera que de 1 0/0.

En favorisant ainsi l'accès à la petite propriété, le législateur a voulu assurément faciliter le retour au sol ; mais il a songé aussi à la stabilité sociale, au rétablissement de l'esprit d’ordre battu en brèche par le grand cataclÿsme dela guerre. Nous vivons cn un siècle où les appétits de jouissance, les instincts de luxe et de plaisir débordent les cadres de notre vieille société. Acteur ou spectateur d’une lutte sans merci, l'homme a compris la brièveté de la vie, et par tous les moyens même les plus violents, il demande sa part de bonheur : la masse ouvrière, surexcitée par les partis extrémistes,s’élance à l’assaut de notre organisation sociale ; ses chefs lui crient, que c’est d'Orient que nous vient la lumière, et lui donnent en exemple le prolétariat bolchevique. La Confédération générale du Travail, dans l'espérance de réaliser son rêve de destruction de la société actuelle, a tenté le grand coup en 1920 en organisant la grève des services publics : l’arrêt escompté des chemins de fer devait priver la nation de ses artères vitales. Dans notre petite ville de Moulins, d’allure si tranquille,

les syndicalistes révolutionnaires Rey, Gaby et Berthomier parcouraient les rués en promenant le’ drapeau rouge et en chäntant des hymnes d’anarchie.

Pour vaincre ce mouvement généralisé à travers la France, il a fallu non seulement des fils de bourgeois qui remplaçaient joyeusement sur les locomotives et dans les gares les cheminots défaillants, mais encore l'opinion hostile des campagnes. Une révolution ne réussit que si l’ambiance lui est favorable. Le soldat paysan, revenu à ses champs après l’achèvement d’une longue guerre, aspirait à profiter du fruit de ses efforts dans la tranquillité et dans la paix et ne pouvait comprendre le mécontentement de l’ouvrier d’usine qui avait vécu la période d’hostilité à l'arrière en gagnant de gros salaires. Tous les enfants de la Terre se tenaient prêts à reprendre les armes au premier signal des chefs afin de réprimer même par la force des grèves injustifiées.

Un autre fait typique de la mentalité paysanne, ce cont les élections législatives de 1919. « Deux listes sont en présence : une liste d’action républicaine et une liste socialiste. La profession de foi des candidats socialistes est beaucoup plus modérée que telles professions d’avant-guerre. Ils partent en campagne contre la guerre provoquée par les grands capitalistes et résument leur programme en ces trois aphorismes : la paix sur la terre; la terre au paysan ; la propriété au travailleur, qu’ils opposent à ces trois

maximes du régime capitaliste : La guerre sur la terre ; la terre au châtelain ; la propriété et la richesse à la Confédération générale des parasites.

«Les candidats d’action républicaine se présentent avec un programme de progrès assez chargé et ils brandissent le spectre du bolchevisme, régime de paresse, de misère,de famine, de violence, de terreur et de sang que, d’après eux, leurs adversaires veulent imposer à la France.Cette tactique ne manquait point d’habileté et entre ces deux alternatives, révolution ou ordre, les électeurs se prononcèrent pour l’ordre. La liste d'action républicaine a été élue tout entière par 292.340 voix contre 226.292 voix à la liste socialiste (1). »

La propriété exerce donc sa veriu moralisatrice sur les campagnes. En 1910, lors des élections qui permirent au socialiste Brizon de siéger à la Chambre, l’on faisait miroiter aux yeux des colons le partage des terres et chaque électeur faisait du socialisme à rebours en espérant qu’un nouvel état de choses lui permettrait de s’approprier la parcelle terre qu’il convoitait. Et cela était si vrai que M. Briand devait prier tous les démagogues de cette législature de renoncer à entretenir leurs électeurs « dans ces illusions dangereuses », La vague socialiste de 1910 élait encore un reflet de l’amour de la Terre. Des

1. Camille Gagnon, Histoire du métayage en Bourbonnais depuis 1789, p. 122.

circonstances économiques favorables ont changé la répartition des terres et gràce à ses profits, le colon a pu acquérir le champ que dix années auparavant, il demandait à un nouveau régime.

La mutation des propriétés foncières et leur démembrement ont plus agi sur la mentalité des campagnes que toutes les propagations de doctrines politiques. Le colon devenu possesseur du champ si vivement désiré renonce volontiers au socialisme, puisque ce qu’il lui demandait, lui est donné par une autre voie, N’entrevoyant désormais que le risque de perdre dans un mouvement de désordre, le paysan accorde sa confiance à ceux qui veulent maintenir des institutions qui lui donnent satisfaction. Ses tendances conservatrices, au sens exact du mot et en le dépouillant de l’idée réactionnaire qui y est parfois attachée, sont renforcées encore des soins continuels qu’il donne à sa terre : c’est pour lui une maîtresse aimée qu’il craint à chaque instant de perdre.

Ce mouvement d’'accession à la propriété paysanne, si net à notre époque que tous les notaires et les négociants d'immeubles le proclament, encouragé par les Assemblées législatives, est facilité par l'attribution des plus-values de cheptels aux métayers et fermiers, suivant le règlement traditionnel.D'après les calculs de M. Pierre Dubost, relatifs à l’évalualion du patrimoine d’un métayer, cités antérieure-

ment, l'excédent de cheptel représente une somme sensiblement égale à celle que le colon a pu économiser : grâce à cet apport, le développement de la petite propriété se poursuit rapidement, car l’économie est la grande règle des campagnes et le paysan ne dilapide point les capitaux dont il devient possesseur., « Le cultivateur, disait M. de Voguë dans son discours d'ouverture de la session générale des Agriculteurs de France prononcé le 3 mai 1920, qui, toute sa vie, lutle contre la nature pour lui arracher ses trésors, sait ce que vaut l’argent acquis par tant de peines. D’autres qui l’ont plus facilement obtenu, en sont plus prodigues : lui, il le conserve, en attendant qu'il puisse l'employer utilement.

«Qu'en fait-il aujourd’hui ? S'il possède un domaine, il le consolide en payant ses dettes ou il l’arrondit. S'il n’en possède pas, il achète de la terre : la terre ne tente pas le capitaliste sinon par l’onéreux attrait de ses jouissances : elle n’est rémunératrice que pour celui qui la cultive. A ceux qui trouveraient ses profits excessifs, il peut répondre que jamais la terre n’a bénéficié d’une augmentation de revenu ou de valeur semblable à celle qui s’est produite depuis cinquante ans, sur les actions de tant de sociétés industrielles, financières, minières ou pétrolifères. Le seraient-ils même qu'il n’y aurait pas lieu de s’en plaindre : l'emploi qu’ils reçoivent est conforme à l'intérêt public. Tout ce qui peut contribuer à la sta-

bilité de la famille rurale est un bien pour le pays, car c’est en elle qu’il trouve ses meilleurs serviteurs dans la paix comme dans la guerre (1). »

Mais si les excédents de cheptels sont ravis à ceux qui cultivent le sol, c'en sera fait — pour quelque temps au moins — de cette stabilité de la famille rurale due à l’accession à la propriété. Adieu le beau rêve du paysan! Rompue la digue inébranlable à opposer au flot extrémiste ! Les passions mauvaises de l'humanité trouveront dans les milieux agricoles un terrain propice à leur éclosion ; et les perturbateurs de l’ordre recruteront comme en 1910 de nombreux adeptes, Puisque la loi du riche déposséderait le paysan d’un patrimoine qu'il croyait lui appartenir,il s’en vengerait en demandant comme autrefois à un socialisme immodéré une arme de salut. Ne serait-il pas plus sage de se rappeler que « par leur endurance les ruraux ont sauvé la France dans les combats ; par leur bon sens, ils l’ont sauvée et la sauveront encore s’il le faut, dans les luttes de la vie nationale (2) ».

1. Extrait du discours du marquis de Voguë dans le compte rendu de 1920 de la session générale de l'Assemblée des Agriculteurs de France.

2. Extrait du discours du marquis de Voguë dans le compte rendu de 1920 de la session générale de l'Assemblée des Agriculteurs de France. :

$ 4. — Avantages sociaux

Il y a quelques vingt ans — et il faut entendre évoquer ces souvenirs par les gens d’âge mûr — l’union sacrée, avant la création du mot, était la règle des rapports entre les diverses classes de la hiérarchie agricole, propriétaires, fermiers, métayers.

Les métayers à barbe blanche, se plaisent encore à rappeler devant leurs petits enfants les temps lointains et idylliques où l'envie et l’égoïsme n'étaient pas implantés aussi profondément au sein des campagnes. Le « Maitre », propriétaire ou fermier général, était aimé par ses colons avec autant d’amour que par les siens ; et quand on prononçait son nom, c'était toujours sans haine, presque toujours avec respect et vénération. N’était-il pas un peu comme un patriarche antique heureux de la prospérité de tous ceux qui étaient placés sous sa tutelle ?

Et puis l'institution du métayage, puisque tel est le mode de culture dominant de notre Bourbonnais, ne contient-elle pas en elle-même tous les germes de l'union des classes ? Déjà Montesquieu dans son Esprit des Lois (livre XIII, chapitre II) disait : « Il n'y a qu'une société de pertes et de gains qui puisse réconcilier ceux qui sont destinés à travailler avec ceux qui sont destinés à jouir. » Sismondi exprimait aussi celte vérité quand il écrivait. «L’esclave est se-

crètement l'ennemi de son maître ; le métayer en est l'associé. » Et M. A. Méplain s’écriait en 1887 : « Cette forme d'association laisse bien loin derrière elle tout ce que de grands et généreux industriels ont pu tenter dans le but d'associer l’ouvrier au patron. Tout ce que le patrouage industriel s’efforce de créer par d’ingénieuses combinaisons, le métayage le donne tout naturellement (1). »

Dans la grande usine moderne, celle qui occupe des centaines d'hommes, l’ouvrier n’a pas même un nom. Il n’est connu que par un numéro. Vient-il au travail ? Une machine automatique enregistre son entrée et il lui semble être un élément physique de la production, un inconnu qui a pour mission d’exécuter une tâche déterminée, qui reçoit un salaire en rémunération, mais qui n’a pas à comprendre ni à penser.L’homme est rabaissé au rang d’une machine à produire pour laquelle la vie animale aurait fait place à l’action mécanique ;et comme le travail aux pièces prend dans l'industrie une place de plus en plus grande, le salaire tend à devenir strictement proportionnel au nombre de pièces produites. Le patron apparaît à ses ouvriers comme un être cruel doué d’une âme de fer, seulement préoccupé de lobtention de bénéfices de plus en plus gros ; et il n’est guère connu d’eux que pour avoir fendu leur foule

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