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s'étend à l'argent au lieu de s'appliquer à la terre.
Et pourtant le créancier est une victime de la guerre. Il en a souffert bien plus que lé propriétaire foncier, sans bénéficier jamais de la moindre compensation. S'il a prêté à un débiteur idéal, l'Etat français, ce créancier qui croyait accomplir un acte de sagesse et de bonne administration, voit son patrimoine singulièrement réduit, l’ancienne rente étant dépréciée de toute l’ascension nouvelle du taux de l'intérêt. Il semble au moins aussi digne de sollicitude que le propriétaire percevant un prix de ferme qui n’a que faiblement bénéficié de la hausse universelle, mais dont la valeur des terres s’est accrue considérablement et dont la fortune a augmenté suivant la progression générale.
Peut-être, pourra-t-on dire que le propriétaire n’est point un spéculateur et que la majoration de valeur en papier-monnaie appliquée au cheptel de fer ne lui profiterait point, puisqu'il s’agit d’un minimum d’animaux indispensables à la culture, destinés à être à perpétuelle demeure sur le même fonds de terre. Mais le créancier, lui aussi ignore la spéculation : s’il s’agit de créances hypothécaires ou chirographaires, le titulaire demande à l’expiralion de la durée du prêt, le remboursement intégral de la somme remise, sans aucune espérance de bénéficier de la réussite de l'emprunteur, comime sans chance de souffrir de sa déconfiture.
Ei puis, si la prime de l’or devait devenir un rouage essentiel de notre économie monétaire, quelle série de difficultés économique nous nous ménagerions pour l’avenir ! Si l'on suppose que la prime régisse les rapports entre créancier et débiteur, comme elle régirait ceux entre fermier et propriétaire, — et pourquoi pas ? — on aurait établi une loi générale dont l'esprit serait inspiré de la justice pure. mais dont l'application aboutirait souvent aux pires iniquilés.
Parmi lies débiteurs, il en est qui usent judicieusement des capitaux qui leur sont confiés dans l’intérêt et pour le développement de leur industrie. Au jour de la restitution, ceux-là pourraient supporter économiquement la dépréciation du papier-monnaie. Mais à côté de ces débiteurs modèles, dont l’activité profite au pays en contribuant à sa prospérité économique, il en est d’autres qui dilapident les sommes monétaires qui leur sont confiées : les fils de famille qui consacrent une jeunesse bruyante à des plaisirs dispendieux, les descendants de l’ancienne noblesse dont les fortunes sont effritées par le partage égalitaire des successions entre les héritiers de même degréet qui, dans le désir de conserver l'antique éclat de leur blason, grèvent d’hypothèques successives les débris du domaine familial.
Si à leur égard, le créancier pouvait se prévaloir d'une prime de l'or et exiger en restitution une
somme nominalement supérieure à celle qu’il a prétée, pour eux, ce serait la ruine complète et souvent même plus encore—le déshonneur — car ils seraient dans l’impossibilité matérielle de désintéresser intégralement le prêteur.
Cependant les débiteurs imprudents ont eu comme les autres la possibilité de profiter dans une large mesure du jeu favorable des lois économiques. Ils auraient pu eux aussi faire fructifier le capital prêté, le rendre au terme convenu avec une majoration, et conserver encore un bénéfice notable,
Est-il possible de créer une législation spéciale à l’économie agricole, de résoudre le problème des cheptels à l'avantage des propriétaires, sous prétexte d’une dépréciation certaine du papier-monnaie ? Ce serait voir bien petit et méconnaitre les graves répercussions de la prime de l’or dans l’économie monétaire. Ou bien l’on devrait proclamer que ces principes intangibles de la raison humaine : la justice et l’équité,au nom desquels les hommes de tant de générations ont souffert, travaillé, lutté, ne sont point susceptibles d’une vérité universelle et que leur application varie suivant les cas auxquels ils s’appliquent.