L'impôt colonique est une redevance payée par le métayer
au fermier au propriétaire en compensation de certains avantages matériels dont le principal est le logement.
Dans la riche plaine d’alluvions de Boucé, un éminent agriculteur de cette région, M. Pierre Dubost, dont la bonne réputation n’est plus à faire auprès des métayers, et dont tradilionnellement les domaines s’enlèvent comme pain chaud, nous disait être dans l'obligation de substituer au métayage le faire valoir direct par domestiques, pour une exploitation qui n’avail pas trouvé preneur. Et cependant nous sommes ici en présence d’une personnalité connue, aimée de ceux qui travaillent sous sadirection, dont la profonde connaissance des choses agricoles assure à la métairie une marche rationnelle et lucrative.
Comment expliquer ce brusque revirement ? Pourquoi celte fin rapide d’un engouement qui semblait destiné à une durée plus longue ? La baisse des produits agricoles serait-elle suffisante pour enlever son auréole à la terre ?
Il nous semble plutôt que, malgré les moindres prolits, la condition sociale du métayer est toujours tentante. C’est peut-être l'âme des campagnes qui est changée. La confiance et les rapports cordiaux étaient la règle généralement applicable aux relations des Maîtres et des métayers. Mais la question des plusvalues à pris naissance. Les métayers se sont pris à douter: voyant quelques-ans d’entre eux frustrts des bénéfices de cheptel à l’encontre de toute tradi-
on, la méfiance a gagné leur cœur et ils se sont dit que la richesse n’était point de leur ressort puisque certains cherchaient à les en dépouiller,
Ils se prennent à redouter les multiples difficultés que quelques propriétaires ont soulevées. Ceux qui sont titulaires d'une métairie en conservent l’exploitation, sachant que s’en éloigner serait chose vaine pour palier à une éventuelle controverse judiciaire. Mais la vague des nouveaux arrivants, les fils de métayers qui abandonnent leur père pour être à leur tour métayers eux-mêmes, les journaliers séduits par la perspective d’un sort meilleur, ne recherchent
plus désormais un changement de situation.
$ 3. —- Revendication des métayers.
Le cheptel au poids
Le mot d'ordre des métayers bourbonnais en 1921 est de ne pas changer d’exploitation : rester dans le statu quo est la ligne de conduite généralement adoptée. Chacun conserve son poste, sans chercher à en obtenir un meilleur ou à s’en créer un nouveau.
Cependant cette règle unanime des agriculteurs de notre région, aussi rigide qu’elle soit, est obligée de fléchir dans quelques cas particuliers. Tantôt il s'agit d’un changement décidé en 1920, c'est-à-dire au moment des plus-values ; tantôt la communauté
familiale souffre d’une crise intérieure si vive que
l'agrégation est obligée de se dissoudre ; tantôt vaincu par l’âge, un vieux métayer, à bout de forces, au terme de sa carrière, abandonne le domaine qu’il a cultivé de longues années.
En raison même de celte crise de métayage, la loi de l'offre et de la demande va jouer en faveur des colons. Les prétentions des enltivateurs vont se modifier et s'inspirer des circonstances nouvelles.
Aültrefois le propriétaire dont un domaine était vacant attendait paisiblement dans sa demeure des demandes qui ne tardaient pas. Îl indiquait ses conditions et parmi les multiples candidats, il choisissait celui qui lui agréait.
Actuellement il n’en est plus de même. C’est la course aux mélayers. La demande est inférieure à l'offre comme pendant la période de guerre. Les propriétaires ou fermiers vont à la recherche du cultivateur : parfois ils lui rendent visite chez lui et essayent par des conditions meilleures de le décider à la prise du domaine qu'ils offrent. Certains même ne reculent pas devant la publicité et l’on peut voir dans les journaux du département des annonces émanant de propriétaires proposant leurs domaines.
Les colons profitent de ces circonstances pour proposer et faire adopter une modification au contrat habituel de métayage : le cheptel au poids. Ce n’est,
il est vrai, pas une innovation. Avant la guerre, On
procédail toujours, en Bourbonnais, par deux eslimations monétaires successives, l’une à l’entrée, l'autre à la sortie.Mais avec la hausse des prix et les difficultés issues de la longue période troublée que nous avons traversée, la forme classique du bail relatif à la prise d’une métairie avait subi quelques variations, si bien que traitant du cheptel au poids dans sa séance du 16 avril 1919, l'Académie d’agricullure avait décidé « d’en recommander l’adoption dans les conventions à intervenir entre propriétaires et métayers (1) ». Mais la vague de prospérité de 1919 et de 1920 avait entrainé la disparition de ces conditions de guerre.
Avec les moins-values et les difficultés de règlement soulevées à propos des excédents de cheptel, la question du cheptel au poids reprend une actualité nouvelle. Le métayer, discutant les clauses relatives à l’entrée dans une exploitation, dit au propriétaire ou fermier: « Le prix du bétail est en régression. Autant j'élais vptimiste autrefois ; autant je suis pessimiste aujourd’hui. J’ai perdu tout espoir de reprise des cours et je crois à la baisse. Je veux conserver mon patrimoine intact ; il faut me constituer un cheptel au poids. Je prendrai X... kilos de viande sur pied et vous en rendrai le même nombre.»
Et ce raisonnement triomphe souvent. Dans la région de Gannat, c'est dit-on la généralité.