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L'ART, FONCTION DE LA VIE DU CLAN

de danse, — ce qui paraît avoir été le cas non seulement pour Je chant de Miryam, mais aussi pour la plupart des chants que nous venons d'étudier, — l’activité esthétique, encore indifférenciée, est la plus complète et aussi la plus mystiquement efficace.

Poésie, musique et danse se présentent presque toujours sous forme chorale; car l’art est une œuvre collective et une fonction de la vie du clan.

Dans les sociétés inférieures l'initiative créatrice, le caprice et la fantaisie de l’individu sont limités par les lois immuables du groupe’. La poésie primitive n’est pas la méditation d’un artiste solitaire, elle est la parole anonyme qui, de génération en génération, est prononcée par les lèvres des foules. Le clan a ses traditions, ses coutumes et ses rites, auxquels tous ses membres doivent se conformer. Les chants et les formules sacrées font partie de ce capital commun que l’on a reçu des ancêtres. Et dans les formes stéréotypées de cette littérature traditionnelle s'expriment les passions et les aspirations élémentaires de la race.

«L’émotion artistique est essentiellement sociale, a dit Guyau. Le but le plus haut de l’art est de produire une émotion esthétique d’un caractère social »°. Cette définition est vraie surtout pour les origines. Elle s'applique, en tout cas, aux pre-

1 Le moindre développement des individualités, l'étendue plus faible du groupe, l'homogénéité des circonstances extérieures, tout contribue à réduire les différences et les variations au minimum. Le groupe réalise d'une manière régulière une uniformité intellectuelle et morale dont nous ne trouvons que de rares exemples dans les sociétés avancées. Tout est commun à tous. Les mouvements sont stéréotypés, tout le monde exécute les mêmes dans les mêmes circonstances, et ce conformisme de la conduite ne fait que traduire celui de la pensée. Toutes les consciences étant entraînées dans les mêmes remous, le type individuel se confond presque avec le type générique.» Durkheïm, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, 1912, p. 7 et 8.

? Guyau, L'art au point de vue sociologique, p. ?. Conf. Lalo, L'Art et la vie sociale, p. 1 à 10, et C. Bouglé, Sur l’évolution des valeurs, p. 243 à 267. k

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mières manifestations du lyrisme biblique. Quelque embryonnaire que l’art puisse encore y paraître, il n’en a pas moins pour résultat, en suscitant l'enthousiasme collectif, de réaliser l’unité ! sociale.

Un jour, les Benê Israël se sont levés pour la guerre et pour la conquête, ou bien ils sont venus au lieu sacré pour célébrer la fête. Et tandis qu’ils chantaient le chir antique et qu'ils dansaient devant Yahvé, ils prenaient conscience de leur solidarité ethnique et religieuse et ils se préparaient à l’action. commune k Ë

Dans le concert de danse accompagné de chant, qui est la manifestation d'art la plus habituelle aux non-civilisés, cette unité devient. manifeste à tous les regards. En même temps que les membres du chœur s’exaltent dans une commune émotion, ils observent un ordre très précis, et ils doivent discipliner leurs gestes en vue des mouvements d'ensemble. V. Th. Ribot, Psychologie des sentiments, p. 338, 339. Dans un des chapitres les plus pénétrants de ses Formes élémentaires de la vie religieuse, Durkheim a essayé d'expliquer comment dans l’effervescence du corribiri australien s'affirme la puissance morale impérative de la société et le lien à la fois physique et mystique qui unit les membres du clan. Op. cit. p. 307 à 314 Conf. M. Granet, Fétes et Chansons populaires de la Chine, 1919/p 23718295:

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