‹ Les plus vieux chants de la BibleChapitre 12 sur 76 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La poésie lyrique nationale au temps des juges et des premiers rois.

Avec l'établissement en Canaan, la poésie hébraïque dépasse la phase folklorique et le développement littéraire commence.

Les clans d’Israël ont quitté leurs steppes arides et rocailleuses, ils ont envahi les régions fertiles du haut pays, ils se sont installés dans les villages des sédentaires et ils sont entrés en possession de maisons qu'ils n'avaient pas bâties, de vigres et d’oliviers qu’ils n'avaient pas plantés. Dans ces nouvelles con- . ditions de vie et au contact de la civilisation, c’est une transformation profonde qui se produit dans l’organisation sociale et dans l’âme de la race.

Et d’abord l’Israélite s’est fortement enraciné sur la terre qu'il a conquise. Il est devenu paysan. Sur un sol difficile et tourmenté, mais qui rendait abondamment au travail de l’homme, il s’est vaillamment et obstinément adonné à la culture *. Chaque famille cultive son champ. L'institution du champ

1 La facilité avec laquelle les Benê Israël, après avoir envahi la Palestine, se sont adaptés à la civilisation sédentaire, laisse supposer une préparation agricole préalable. Les clans du Négeb étaient vraisemblablement des semi-nomades qui ne vivaient pas exclusivement de leur troupeau,

familial a remplacé le régime de la propriété communautaire, en usage dans les clans du désert. Et là est désormais la pierre

angulaire de la société israélite. La possession d’une parcelle de !

terre, petite ou grande, constitue le droit de cité. De génération en génération, les pères la transmettent aux fils; et c’est une impiété que d’aliéner cet héritage et un grand malheur que d’en être séparé”.

La religion a été adaptée aux circonstances de la vie agricole. Yahvé, le dieu des montagnes du Sinaï, le dieu de l'orage et du volcan, habite maintenant dans «le pays > avec son peuple. I] est devenu un dieu rural, le maître des campagnes de Canaan, le seigneur de la terre cultivée. Comme les Baalim qu’il a subjugués, il veille sur la fertilité du sol et la prospérité de l’étable, il

dirige la poussée des sèves et des germes. Les riches récoltes, tous les produits de l’aire et du pressoir viennent de lui et sont une manifestation de sa bonté‘. Et le culte qu’on lui offre en

mais qui pratiquaient la culture des céréales. Les patriarches sèment et moissonnent au désert. (Genèse XXVII, 28; XXX, 24, 26; XXXVII, 7.) Sur la diversité des conditions culturelles du nomadisme au sédentarisme voir dans Lucien Fèbvre, La Terre et l'évolution humaine, 1922, le chapitre sur l'évolution du ñomadisme, p. 314 à 358.

1 Au désert la terre était considérée comme appartenant à la collectivité. C'est le clan qui possède les pâturages où paissent les troupeaux, c'est le clan qui cultive en commun les terres de l’oasis. Mais en Palestine le sol très morcelé et qui demande beaucoup au travail de l’homme pouvait difficilement se prêter à l'exploitation collective. Canaan était depuis des siècles un pays de petite culture où la terre était répartie entre des familles de paysans. Les Israélites ont accepté l'état de fait et l'organisation économique du pays conquis. Cependant il paraît bien que le souvenir d’une propriété communautaire s'est longtemps conservé. L'expression très fréquente dans l’A.T. «avoir part et héritage avec...» en est un témoignage. Au reste il est probable que le collectivisme s'est partiellement maintenu dans les villages israélites pour certains terrains, en particulier pour [les terrains de pacage. V. P. Schwalm, La vie privée du peuple juif au temps de J.C., 1910, p. 448 à 464.

? V. II Samuel XIX, 38 ; I Roïs XXI, 3; Amos VII, 17; Jérémie XX, 6.

* Conf. dans le cantique de Moïse :

Yahvé seul a conduit son peuple...

Et il l’a fait monter sur les hauteurs du pays.

GE à

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