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a Par l'Elohim de ton père qui te soutient, Par El Chadday qui te bénit;
Bénédiction des cieux en haut,
Bénédiction de l’abîme au-dessous, Bénédiction des mamelles et de la matrice...
Bénédiction des antiques montagnes,
Qu'elles viennent sur la tête de Joseph,
Sur le chef du prince de ses frères !.
La Bénédiction de Moïse développe le même thème avec diverses variantes d’une facture plus littéraire et sans doute plus moderne *,
Bénie de Yahvé soit sa terre
Par les précieux dons du ciel, par la rosée,
Et par les eaux de l’abîme d'en bas,
Par les meilleurs fruits du soleil
Et les meilleurs fruits que la lune produit, Par les plus beaux produits des antiques montagnes Et les dons exquis des collines éternelles.
Que le don de la terre et de son abondance Et la grâce de celui qui habite dans le buisson Viennent sur la tête de Joseph,
Sur le chef du prince de ses frères !
Son taureau premier né est plein de majesté *, Ses cornes sont les cornes d'un buffle.
Avec elles il frappe tous les peuples Jusqu'aux extrémités du pays“.
Ces paroles évoquent l'âme d’un paysage et l'âme d’une race. Au cœur de la Palestine s'étendent les vallées de Sichem fraîches et bien cultivées. Là il y a des eaux vives avec des prai-
au symbolisme des Bénédictions, qui comparent les tribus aux animaux de la steppe et non à des végétaux. D'autre part on ne voit pas le rapport entre l'image du verset ?2 et celle du verset 23. «Les archers l'ont provoqué... » Avec Gunkel nous lisons ben pérû.
1 Genèse XLIX, 22, 25, 26.
? Dans tous les cas la rédaction du morceau paraît antérieure à l'époque davidique. Manassé est nommé à côté d'Ephraïm, v. 17, et n'a pas encore émigré dans l'au-delà du Jourdaïn. La désignation de Yahvé comme le Dieu qui habite dans le buisson remonte à une époque assez voisine des temps mosaïques.
* Allusion au culte du taureau assidèment pratiqué en Ephraïm.
“ Deutéronome XXXIII, 13 à 17. Ë
SENTIMENT DE LA NATURE ET SYMBOLISME al
ries, des champs fertiles et des vergers. Les clans qui habitent le pays sont forts et nombreux. Leurs «milliers» sont redoutés, ils sont les maîtres de la montagne. Maïs plus encore que de la force ‘de ses hommes d'armes, Joseph se réjouit pour la splendeur de ses champs, l’abondance de ses récoltes, les bénédictions de la terre et du ciel.
Le sentiment de la nature, tel qu’il s'exprime dans ces morceaux, n'apparaît en général qu’à un certain degré du développement esthétique. Le primitif vit au milieu de la nature, mais elle lui est trop habituelle et il en subit trop durement la loi pour en apercevoir la beauté. L’étonnement et l’admiration qu’inspirent à l’homme la magnificence de la création et le mouvement incessant de la vie suppose une assez longue méditation et une certaine culture intellectuelle’. Lorsque le primitif s’est mis à considérer le cadre et les conditions extérieures de son existence, et les divers aspects de la nature, c’est au côté pratique et immédiatement utile qu’il s’est attaché. Aujourd’hui encore ce que les paysans remarquent dans un paysage, c’est la fertilité du sol et la prospérité des cultures. La terre n’est belle que dans la mesure où elle est fécondée par le travail et où elle produit abondamment”. C’est ainsi que les poètes israé-
1 Les théoriciens de l'école naturaliste qui, avec Max Müller, faisaient sortir la religion du sentiment de l'infini provoqué dans l'homme par la vision de la nature, exagéraient quelque peu la capacité philosophique de l'humanité primitive. Le mot célèbre de Pascal : Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraye, n'exprime pas précisément l'émotion élémentaire et spontanée d'un sauvage en face de la nature immense, il est la conclusion des expériences et des spéculations du mathématicien et du physicien.
? Devant de riches moissons ou une abondante récolte de pommes de terre, les paysans du Quercy disent : Qu'uno poulido viando!. Quelle belle viande (vivenda). Et pour décrire la splendeur quelque peu sauvage des gorges de l'Aveyron, un vieillard s'écriait : Qu'un piètré païs, mès és poulit à foço d’esse lèd! Quel pauvre pays, mais il est beau à force d’être
lites ont célébré la richesse des vallées arrosées par les eaux courantes, et les champs qui donnent le froment et l’orge dont se nourrissent les hommes, et les collines cultivées où la vigne et l'olivier donnent leurs fruits.
D'autre part, à côté de cet utilitarisme élémentairé dont le sentiment esthétique ne s’est de longtemps affranchi, nous trouvons chez le primitif la tendance à animer la nature. L'univers est plein de puissances mystiques, et les phénomènes de La vie universelle, le vent qui souffle, l'arbre qui fleurit, l'étoile qui brille au firmament, en sont les manifestations. Et l’on s’est représenté ces forces de vie comme des âmes analogues à l’âme, ou aux âmes, que l’homme porte en lui.
Cette conception anthropomorphique de la nature ne pouvait manquer d’exercer son influence sur l’art, comme elle a laissé sa marque profonde dans les religions. Nous savons le développement qu’elle a pris dans la poésie des peuples indoeuropéens depuis le Rig-Véda jusqu'aux chants homériques. Elle a eu aussi sa place chez les Sémites, et la théorie de Renan qui fait du manque de sentiment mythologique un des traits carac- ‘téristiques du génie sémitique‘ n’a pas résisté au témoignage des
laid! Ces derniers mots indiquent un progrès dans le sentiment artistique qui commence à se dégager des préoccupations d'utilité et du besoïn de conservation.
# «La nature tient peu de place dans les religions Sémitiques: le désert est monothéiste ; sublime dans son immense uniformité, il révéla tout d'abord à l’homme l'idée de l'infini, mais non le sentiment de cette vie incessamment créatrice qu’une nature plus féconde a inspiré à d’autres races. La facon nette et simple dont les Sémites conçoivent Dieu séparé du monde excluait ces poèmes divins où l'Inde, la Perse et la Grèce ont développé leur fantaisie, et qui n'étaient possibles que dans l'imagination d’une race laissant flotter indécises les limites de l'humanité et de l’'univers... Qu'il y a loin de cette étroite et simple conception d'un Dieu isolé du monde et d'un monde façonné comme un vase entre les mains du potier, | à la théorie indo-européenne animant et divinisant la nature, comprenant la vie comme une lutte, l’univers comme un perpétuel changement, et transportant en quelque sorte dans les dynasties divines la révolution et le progrès.» (Renan, Histoire des langues sémitiques, 1856, p. 7)
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