SENTIMENT DE LA NATURE ET SYMBOLISME
force, d’autres à la biche qui court dans les prairies et d’autres à la vipère. Les animaux domestiques sont moins souvent nommés. Les comparaisons qu’on pouvait en tirer convenaient mal aux vertus d'un peuple vainqueur‘. Il est question seulement de l’âne, esclave docile et robuste porteur de fardeaux, et du cheval mordu par le serpent. Mais nous ne sommes qu’au point de départ. La poésie hébraïque se fera remarquer par sa profonde compréhension du génie des bêtes*?, toutes créatures de Yahvé, qui ont reçu de lui le souffle et attendent de lui la nourriture *. F
Bien que le primitif n'ait jamais très nettement distingué entre les différents règnes de la nature, animal, végétal, minéral, et que les êtres et les choses lui soient tous apparus comme plus ou moins vivants et susceptibles de devenir le siège d'énergies mystiques, ce n’est probablement qu'à une époque relativement récente que le domaine de l’activité esthétique s’est étendu aux plantes et au monde inorganique. En tout cas, dans les textes anciens de la littérature biblique, avant le poème de Balaam, la symbolique des plantes ne paraît pas avoir encore joué de rôle.
Ce que nous ne trouvons pas dans la poésie hébraïque de l’époque ancienne, c’est le genre descriptif. Les littératures classiques de l'antiquité ont excellé dans ce genre. Les Grecs d'Homère à Théocrite, et les Latins, leurs imitateurs, nous ont laissé des descriptions de nature admirables pour la perfection de la forme et le fini du contour. Rien de tel en Israël. IL est bien vrai qu'après l'exil, dans la littératuré sapientiale et dans cer-
1 Cette prédilection pour les animaux sauvages est un trait qui atteste la haute antiquité des «Bénédictions ». La poésie hébraïque est encore tout près de ses origines nomades. Chez les Arabes d'avant l'islam, de nombreux clans portent le nom d’asad lion, bohtha vache sauvage, thaur taureau, tho‘â’ 1 renard, djakhch âne sauvage, dhi'b loup, khanach serpent, namir panthère, etc. V. C. Huart, Histoire des Arabes, 1912, tome I, p. 27.
2 Conf. l’histoire de l'ânesse de Balaam, Nombres XXII, 22 à 35.
Heont:Ps.:CIV, 84 à 30.
tains psaumes, les poètes ont essayé de représenter les aspects de la terre et du ciel et les variétés des plantes et des bêtes’. Mais ces descriptions n’ont jamais leur but en ellesmêmes, le poète ne décrit pas pour le plaisir de décrire, mais pour montrer l’action du Dieu vivant dans la nature universelle. Les cieux et la terre racontent la gloire de Yahwvé, et toute la création célèbre sa miséricorde et sa bonté.
Mais les êtres et les choses ne sont rien en dehors de Dieu. C’est pourquoi on chercheraït en vain dans la littérature biblique ce sentiment très évolué de sympathie esthétique où l’homme considère la nature comme la mère et l’amie, et aspire à entrer en communion avec elle. De tels états d’âme supposent une conception panthéiste du monde, et d'autre part ils sont l’aboutissant d’une sensibilité particulièrement affinée et d’un effort de compréhension intellectuelle que l’on ne trouve que dans des sociétés très civilisées et à des époques déjà décadentes,