‹ Les plus vieux chants de la BibleChapitre 24 sur 76 · LE CHANT SUR LA BATAILLE DE GIBEON · texte numérisé non relu

LE CHANT SUR LA BATAILLE DE GIBEON

Au reste, il ne s’agit pas ici d’un chant de guerre ou de victoire à la manière des chants populaires; nous avons vu que ce morceau est présenté comme une composition littéraire, et ce que nous pouvons en apercevoir, l’ampleur de l’image et l’éclat de la description, confirme ce caractère fondamental.

) d Un autre fragment épique qui date également de l’époque des Juges a été conservé dans le récit de la bataille de Gibeon, Josué X.

Josué parla à Yahvé, le jour où Yahvé livra les Amorites aux Benê Israël; et il dit en face des Israélites :

Soleil, arrête-toi sur Gibeon, Et toi, lune sur la vallée d’Ayyalon.

Alors le soleil s'arrêta, Et la lune se tint immobile, Jusqu'à ce que le peuple eût tiré vengeance de ses ennemis. Cela n'est-il pas écrit dans le livre du Yâchâr ?!

Les paroles d’incantation adressées au soleil et à la lune faisaient sans doute partie d’un rituel magique, et devaient avoir pour but primitivement, non d’allonger la durée du jour pour

Moab au IXe siècle et que la dernière partie du verset 29 lemélék * môrt sikhôn serait une glose due à la méprise d'un rédacteur. Il est bien vrai, qu'après cette amputation, le texte paraît moins obscur, et d'autre part l'ordre métrique y gagne. Dans Jérémie XLVIII, 45, 46, le fragment est reproduit sous une forme un peu différente et le passage incriminé ne s'y trouve pas. V. Baentsch Numeri, p. 582 à 587. Cependant cette solution radicale nest pas indispensable. On s'explique assez mal l’allusion au lointain passé de Sikhon et du royaume amorite, v. 27, dans un chant de guerre du IXe siècle. Aussi bien E. Meyer et Stade en arrivent-ils à supposer que le royaume amiorite de Transjordane n'est qu'une fantaisie de JE et que Sikhon aurait été en réalité un roi moabite.

S'il n'y eut pas de combat entre les Benê Israël et les Benê Moab dès l'étaklissement des Rubenites en Transjordane (Deut II, 9, 29, Juges XI, 15, 18, 25), il ne s'ensuit pas que leurs rapports fussent toujours bienveillants et pacifiques. L'épisode de Balaam Nombres XXII à XXIV et le récit de Genèse XIX, 30 à 38, sont de suffisants indices d’une hostilité qui sans doute plus d'une fois dans les siècles antérieurs à l’époque royale avait eu l’occasion de se manifester.

1 Josué X, 12, 13.

rendre possible l’extermination complète des Cananéens, ainsi que le rédacteur du récit paraît l’avoir compris’, mais de provoquer contre l’ennemi l’action des forces mystiques et célestes”. IL convient de rapprocher ce texte de l’allusion à l'intervention des étoiles dans le cantique de Débora (Juges V, 20). Peut-être d’après la tradition primitive y avait-il quelque relation entre l’arrêt du soleil et l’orage de pierres et de grêle qui facilita la victoire des Benê Israël et écrasa l’armée cananéenne”.

Il n’y avait pas en Israël que les jours de triomphe et de victoire. Dans cette rude histoire des guerres de Yahvé qu’elles écrivaient avec leur sang, les tribus connurent aussi des temps mauvais, des temps de détresse et de défaite. Pendant plus d’un siècle, la pression philistine se fit sentir lourdement sur Benjamin et sur la maison de Joseph; à diverses reprises les hordes ennemies, plus fortes que les milliers d'Israël, envahirent le pays.

Lorsque les vaillants étaient tombés dans la mêlée et que la terre ancestrale était violée par les goyim, les poètes

1 «Et le soleil s'arrêta au milieu du ciel et différa son coucher de près d'un jour entier », v. 13 b.

? Sur la maîtrise magique du soleil et de la lune voir Frazer, Le Rameau d'or, édit. française 1924, p. 72 à 74. Les anciens indigènes des Andes péruviennes suspendaient un filet entre deux tours situées sur des collines opposées pour arrêter le soleil. D'autres primitifs prétendent attraper le soleil dans un nœud coulant. Les Australiens croient pouvoir retarder le coucher de l'astre en plaçant une motte de terre dans la fourche d’un arbre faisant face au couchant. Le but de ces rites est tantôt de maïntenir l'énergie solaire et lunaire, tantôt de produire certains phénomènes que . l'on croit en relation avec le cours des astres. Par exemple les Malais croient qu'un ciel très rouge peut donner la fièvre. Aussi s’efforçent-ils d'éteindre les soleils couchants en lançant de l'eau et des cendres vers l'occident ; op. cit., p. 74.

3 «Tandis qu'ils fuyaient devant Israël, à la descente de Bet-khoron, Yahvé lança sur eux du ciel de grosses pierres, jusqu'à Azêqa, qui les tuèrent. Et il en périt un plus grand nombre par ces grêlons que par l'épée des Benè Israël », v. 11.

disaient la douleur de leur peuple et chantaient la lamentation. Au début du second livre de Samuel, nous voyons comment David, après avoir appris la nouvelle du désastre de Gilboa, déchira ses vêtements, fit mettre à mort le messager de mauvaises nouvelles, puis il composa une complainte sur la mort de Saül et de Jonathan (II Sam. I, 17-27).

Alors David chanta cette qînâ sur Saül et sur Jonathan:

La splendeur d'Israël sur les sommets meurtrie,

Ah, comme ils sont tombés, les gibborim t!

N'allez pas l'annoncer dans Gath,

N'allez pas le proclamer dans les rues d’Ascalon,

Elles se réjouiraient, les filles des Philistins,

Elles exulteraient, les filles des incirconcis,

Montagnes de Gilboa, qu'il n'y ait plus ni pluie, ni rosée Sur vous, montagnes de la mort ?.

Car 1à fut jeté bas le bouclier des gibborim, ŒUY Le bouclier de Saül qui ne sera plus oint d'huile ?, Devant le sang des blessés

Et la graisse des guerriers

L'arc de Jonathan ne reculait jamais,

Et l'épée de Saül ne revenait jamais à vide.

Saül et Jonathan, les bien aimés, les bons,

Ni dans la vie ni dans la mort ils n'ont été séparés. Plus que les aigles ils étaient rapides,

‘Plus que les lions ils étaient forts.

1 Ce vers est le refrain, il revient par trois fois dans la qîinà 19b, 85 a, 27 a. Conf. la complainte sur la mort de Judas Macchabée,l Macc. IX, 20, 21. Tout Israël pleura et fit entendre sur lui de grandes lamentations. Pendant plusieurs jours on mena le deuil, et l’on disait :

« Ah comme il est tombé le héros, Le sauveur d'Israël ! »

On peut supposer que le refrain était répété par toute la foule, les autres parties étaient chantées en chœurs alternés, chœurs d'hommes et chœurs de femmes, v. 24 a, les parties les plus personnelles comme le verset 26 pouvaient être chantées en solo.

? Au lieu de sedé teroûmôt que l’on traduit champs de pr PA PE lire avec les Septante, Théodotion et la Vetus latina hérêé mâvél.

5 Avant de partir pour la bataille on consacrait les armes à la divinité. L'’onction d'huile sainte devait, sans doute, donner au bouclier des vertus spéciales. Sur la préparation magique des armes chez les primitifs, voir Lévy-Bruhl La mentalité primitive, p. 383 à 386.

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