‹ Les plus vieux chants de la BibleChapitre 26 sur 76 · LA COMPLAINTE SUR ABNER · texte numérisé non relu

LA COMPLAINTE SUR ABNER

lisme du poète procède d’une mentalité mystique et prélogique. Dans la malédiction contre les montagnes de Gilboa, v. 21, on a vu généralement une forme très évoluée de sympathie esthétique. Le poète prêterait vie à la nature, la considérant tantôt comme une amie ou une parente, tantôt comme une ennemie irritée, et il apercevrait des correspondances mystérieuses entre son âme et l’âme des choses. En réalité, nous avons ici une conception magique de la nature et de la vie humaine. La présence simultanée ou la succession de certains événements apparaît au primitif comme un lien de nécessité, un rapport de cause à effet. Les montagnes de Gilboa sont néfastes, montagnes de mort ou montagnes perfides ‘: elles ont occasionné la défaite. C’est pourquoi elles sont maudites: Malédiction à la terre où s’est manifestée la colère des puissances invisibles, où les braves sont tombés, où les armes ont été brisées *!

Une autre qînâ de cette époque, et composée sans doute aussi par David, est la qînâ sur la mort d’Abner.

Mais malgré l'identité de genre, nous avons ici une composition d’un caractère assez différent. La qînâ sur Abner est une vraie complainte populaire, et qui a réellement fait partie d’un rituel de sépulture.

David, apprenant que Joab avait « versé pendant la paix le sang de la guerre », et craignant qu'aux yeux de tout Israël ce sang ne « souillât la ceinture de ses reins et la chaussure de ses pieds », composa lui-même la complainte sur Abner, ce qui était une manière de se désolidariser publiquement d’avec les coupables.

Fallait-il qu'Abner mourût comme meurt un insensé ! Tes mains n'étaient pas liées,

Tes pieds n'étaient pas enchaînés.

Et pourtant tu es tombé, comme tombe un malfaiteur !

? On peut lire aussi sedé-tarmonût (pour tarmit), champs de tromperie. ? II. Samuel III, 33, 34. (Au dernier stiche supprimer liphené.)

Quand nous comparons les oracles de Balaam aux chants des tribus de l’époque des Juges, nous constatons toute une évolution politique et culturelle. L’horizon s’est élargi, les clans se sont unifiés, et les Israélites ont un roi comme les autres nations.

Saül n’était encore qu’un chef patriarcal, le parfait gibbor, le plus grand et le plus beau parmi les enfants de son peuple. Son pouvoir était fondé surtout sur sa valeur personnelle et sur la vaïllance des membres de sa michpakhâ. Mais son successeur David, groupant les clans d'Israël autour de Juda, organisa un Etat à la manière orientale, avec une capitale, une armée permanente, une cour et un harem ; et, profitant de la décadence de l'Egypte et du sommeil de l’Assyrie, il fit de Jérusalem la capitale d’un empire syrien qui s’étendait depuis la Chéféla jusqu’à Damas et depuis la région de Khamat jusqu’au désert sinaitique.

Par bien des côtés cette œuvre de force et de splendeur profane était artificielle. Israël n’était pas fait pour la discipline et les servitudes nécessaires aux grandes institutions politiques. Cependant, à la faveur des victoires du prince, le sentiment patriotique et l’orgueil de race se développent. Les Cananéens sont désormais réduits en servitude, la puissance philistine est: brisée, Moab, Ammon, Edom, les Araméens de Tsoba ont été vaincus et sont devenus tributaires. Israël est désormais puissant parmi les peuples, et il connaît l'ivresse de la gloire. Dans les oracles de Balaam nous trouvons un écho de ce nationalisme triomphant. Ces oracles nous sont parvenus dans le cadre d’un récit en prose où nous pouvons distinguer deux traditions différentes: Et d’abord une tradition d’origine yahviste, la plus ancienne, d’après laquelle le magicien Balaam, appelé par Balaq, roi de Moab, pour maudire les milliers d'Israël, se serait mis en route, monté sur son ânesse et accompagné de ses deux serviteurs. Cependant, dans un sentier de vignes il rencontra

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