‹ Les plus vieux chants de la BibleChapitre 29 sur 76 · LES ORACLES DE BALAAM · texte numérisé non relu

LES ORACLES DE BALAAM

la réponse de Balaam à Balaq:‘: La parole annoncée de la part de Yahvé ne saurait être retirée. Aucun enchantement, aucune magie ne saurait prévaloir contre Israël, le peuple dont Yahvé est le roi.

Maintenant, Balaq, écoute;

Prête-moi l'oreille, fils de Tsippor.

El n'est pas un homme, il ne ment point,

Ni un fils d'homme, il ne se repent point.

Ce n'est pas lui qui dit et ne fait pas,

Qui parle et n'exécute pas.

Oui, j'ai reçu bénédiction.

Je dois bénir, et je ne révoquerai point.

On ne voit point de mauvais sort en Jacob,

On n'aperçoit point de malheur en Israël *.

Yahvé, son Dieu, est avec lui,...

Chez lui l’acclamation d’un roi”.

El l’a fait sortir du pays d'Eygpte.

Ses cornes sont celles du reêm.

Aucune magie sur Jacob,

Aucun sortilège sur Israël.

Il est dit à Jacob et Israël en son temps

Ce que El veut accomplir.

Voici un peuple qui se lève comme une lionne

Et qui se dresse comme un lion.

Il ne se couche point qu'il n'ait dévoré sa proie,

Et qu’il n’ait bu le sang de ses victimes *.

La troisième bénédiction® est d’un procédé littéraire différent, et l’on y sent une inspiration déjà plus moderne. LH ya plus d’ampleur dans les images. Le poète décrit la splendeur

1 Nombres XXIII, 18 à 24.

? Nos versions françaises traduisent «Il n’aperçoit pas d'iniquité en

Jacob, il ne voit pas d'injustice en Israël ». Sur le sens primitif des mots ’âvén et ‘âmäl, voir plus loin p. 115, 116, conf. Mowinckel, "Avén und die individuellen Klagepsalmen, 1921, p. 1 à 58.

8 Peut-être avons-nous ici une allusion à un rite d'intronisation où Yahvé était acclamé comme le mélek de son peuple et le Dieu vainqueur. Conf. Ps. XLVII. « Vous tous, peuples, battez des mains...». V. Mowinckel, Das Thronbesteigungsfest Yahwäs und der Ursprung der Eschatologie, 1922, p. 43 et 190.

4 Conf. dans la bénédiction de Jacob les sentences sur Juda et Benjamin. Genèse XLIX, 10, 27.

5 Nombres XXIV, 3 à 9.

ombrages et des eaux courantes. Les circonstances historiques se précisent, et nous y trouvons une allusion à la royauté et aux campagnes victorieuses de Saül.

Sentence de Balaam, fils de Béor ;

RE Sentence de l'homme qui a l'œil ouvert.

Sentence de celui qui entend la parole de EI, Qui connaît la science du Très Haut !,

Et qui voit la vision du Tout Puissant,

Qui se couche, maïs dont l'œil reste ouvert : Qu'elles sont belles, tes tentes, Ô Jacob, Tes demeures, Ô Israël.

Comme des vallées qui s'étendent au loin, Comme des vergers près d'un fleuve, Comme des chênes * que Yahvé a plantés.

Comme des cèdres au bord des ruisseaux.

L'eau déborde de ses seaux,

Et sa semence est abondamment arrosée.

Son roi s'élève au-dessus d'Agag

Et son royaume est exalté.

EI l’a fait sortir du pays d'Egypte,

Ses cornes sont celles du reêm.

Il dévore les peuples qu'il attaque,

Et il brise leurs os... ?

I] s'est accroupi, il s'est couché comme un lion, Comme une lionne. Qui pourrait le faire lever? Béni soit qui te bénira,

Maudit soit qui te maudira !

Le quatrième oracle, qui est manifestement le plus récent, reproduit l'introduction du troisième. Le ton en est volontairement obscur et mystérieux, ce qui n’est pas précisément un signe d’antiquité. Et cette fois ce n’est plus le peuple, Israël, qui est exalté, c’est son roi, «l'étoile qui sort de Jacob, le sceptre qui

s'élève d'Israël». Le voyant annonce la gloire de David, les

‘ Ce stiche manque dans le texte massorétique. Nous complétons d'après le verset 16:

? Bien qu'il soit question de l'aloès dans Prov. VII, 17, Ps. XL, 9. Cantique IV, 14, il serait peut-être préférable de lire ‘êlèm es au lieu de ‘ähälim.

3 Texte obscur, littéralement « et il écrase ses flèches ». (?)

$ Nombres XXIV, 15 à 19.

d'Israël, installé dans des oasis fertiles, au milieu des verts

Le y

LES ORACLES DE BALAAM ÿiré

victoires de Joab dans l'au-delà du Jourdain et la conquête de Moab et d’Edom.

Sentence de Balaam, fils de Béor.

Sentence de l'homme qui a l'œil ouvert.

Sentence de celui qui entend la parole de EI, Qui connaît la science du Très Haut, Qui contemple la vision du Tout-Puissant, Qui se couche, mais dont l'œil reste ouvert : Je le vois, mais ce n’est pas encore le moment. Je le contemple, mais il n’est pas encore proche. Une étoile sort de Jacob, Un sceptre s'élève d'Israël.

Il écrasera les flancs de Moab,

‘Et le crâne? de tous les enfants de Seth.

Edom sera assujetti, Et Séir sera la possession de ses ennemis. Israël grandit en puissance NO TTJATOD URI EN UM |

À travers les diverses bénédictions, nous voyons le magicien se transformer progressivement en prophète. Dans les deux premiers cas, Balaam, après avoir offert un sacrifice aux sept démons, examine les signes magiques, après quoi il donne sa réponse*. Mais pour la troisième et la quatrième bénédiction, il n’a plus recours à la magie, et il n’interroge plus les signes. Il nous est dit expressément qu’il «tourna son visage du côté du désert», et que «l'esprit de Yahvé fut sur lui »'. C’est un nabi

4 Von Gall et Holzinger, d'accord pour une fois avec l'interprétation traditionnelle, donnent à cet oracle une signification messianique. En réalité, malgré la forme mystérieuse de l'introduction (v. 17a), l'apparition de l'étoile et du sceptre et l'extermination de Moab n'appartiennent nullement à un avenir d'apocalypse, mais ce sont des événements d'une histoire actuelle.

2 Au lieu de veqgargar, lire selon le texte parallèle de Jérémie XLVIII, 45, vegodqôd.

3 Texte vraisemblablement altéré; littéralement : «il dominera, et il exterminera les réchappés des villes ».

4 Nombres XXIII, 1 à 7.

5 Nombres XXIV, 1 à 38.

qui parle en extase. Et l’extase est décrite avec une certaine précision dans la strophe introductive: Balaam est un homme qui entend la parole de El et qui contemple une vision divine. Il tombe à terre, et il reçoit une révélation. Et c’est cette révélation du Très Haut qu’il annonce à Moab. Balaam est le prophète de Yahvé parmi les payens.”

Pour ce qui est des conceptions religieuses, elles marquent certainement un progrès sur celles de l’époque des Juges. Le poète s'élève au-dessus de l’anthropomorphisme grossier de la religion populaire. Le Dieu d'Israël est un Dieu très grand, il est plus puissant que les autres élohim, les dieux des peuples et les esprits de la nature. Les pratiques magiques ne peuvent rien pour le contraindre. En même temps, c’est un Dieu fidèle : som: cœur n’est pas agité et ébranlé comme celui des enfants des hommes; sa décision est stable, et ce qu’il a annoncé s’accomplit.

Quant au seigneur des batailles, le dieu terrible de la guerre sainte, que nous avons vu déployer sa vaillance dans le chant de Débora, il est bien encore à l’arrière-plan, et Israël apparaît toujours comme un peuple de proïe parmi les peuples. Cependant, si le sentiment national s'exprime toujours avec la même violence, on y sent plus d'assurance et de sécurité. Israël sait qu’il est définitivement installé sur ses terres fertiles; il a conscience de sa force, il croit en ses destinées. Il peut faire la guerre et conquérir les peuples, il peut aussi, si bon lui semble, se reposer à l’ombre de sa vigne et de son figuier.

D'autre part, le roi apparaît de plus en plus comme le centre de l’unité nationale. Tout d’abord Yahvé seul est acclamé comme mélek. (Nombres XXIII, 22.) Mais dans la troisième bénédiction le roi est expressément mentionné, et dans la quatrième il tend à se substituer à la nation. Et c’est ici le premier spécimen d’un genre nouveau, qui dans la littérature des temps qui vont suivre prendra tout son développement: l’oracle royal.

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