CHAPITRE IL
Les anciens sanctuaires et les origines de la poésie cultuelle.
À côté de la poésie lyrique, tribale et nationale, dont nous venons d'étudier les fragments, l’ancien Israël, et cela dès le temips des Juges, n’a-t-il pas possédé les éléments d’une poésie cultuelle? L'hypothèse apparaît dès l’abord vraisemblable, et conforme à ce que nous savons du culte et de l’organisation des sanctuaires à l’époque ancienne.
Les Benê Israël établis dans les campagnes de Palestine
avaient adoré selon les rites du pays sur les bamot cananéennes.
Et l’on sacrifiait au ‘sanctuaire de Baal-Bérit, le dieu du pacte, à Sichem, au térébinthe et au rocher sacré d’Ophra, à la pierre dressée de Béthel, à la chêneraie de Mamré, et au puits sacré de Béer-chéba. Yahvé, en s’emparant de la terre de Canaan, avait par là même pris possession des lieux sacrés du pays‘; et les
1 Canaan est maintenant le pays de Yahvé, l'héritage de Yahvé. Sans doute, Yahvé reste quand même et toujours le Dieu du Sinaï, comme nous l'avons vu dans l'introduction du Cantique de Débora. Mais du moment où les Baalim cananéens ont été vaincus, Yahvé s’est installé sur la terre conquise, et il a commencé à s'y manifester. V..Von Gall, Altisraelitische Kultstätten, 1898. B. Stade, Biblische Theologie des Alten Testaments, 1905, p. 103 à 122 Gustav Westphal, Yahwes Wohnstätten: nach den Anschauungen der alten Hebräer, 1908, p. 1 à 18.
légendes du Yahviste et de l’Elohiste racontaient comment, en ces lieux mêmes, il était apparu aux ancêtres nomades et leur avait annoncé ses bénédictions *. |
Cependant, les anciens dieux cananéens, les baalim protecteurs du champ et de la maison, et les génies des montagnes, des arbres et des sources, que l’on avait adorés sur la terre de Palestine depuis les temps antiques, n’avaient pas disparu, et les Benê Israël ne dédaignaient pas, à l’occasion, de leur offrir leurs hommages et d'implorer leur protection. Yahvé garde toujours la place centrale, il est seigneur du pays, et les Baalim des peuples vaineus ne lui sont en rien comparables, ils restent de très loin ses inférieurs, et la plupart du temps, il les ignore, Mais ee n’est pas impunément qu’un dieu change de sanetuaire ; au contact du syncrétisme cananéen, le culte yahviste s’est considérablement transformé. Les institutions religieuses des bamot ont été adaptées aux besoins nouveaux sans grand changement. Yahvé connaît maintenant les rites et les symboles des dieux des pays de culture. On l'adore avec tout un eyele de fêtes, selon le “ rythme des saisons et des événements de la vie agricole. D’autre part, dans les sanetuaires principaux, un elergé déjà nombreux
est consaeré à son service et garde les choses saintes.
Le rôle des sacerdoces en Israël à l’époque des juges paraît avoir été considérable, Dans l’état actuel des doeuments bibliques, il nous est difficile de le décrire avec certitude, l’historiographie deutéronomique, avee sa préoccupation centralisatrice, ayant | dédaigné ces premiers rudiments. Nous entrevoyons seulement
quelle a pu être l'influence de certaines maisons sacerdotales dans le développement du yahvisme et dans la fixation des rites, des coutumes et des traditions. La plus importante deces maisons | avant le commencement de l’époque royale paraît avoir été celle de Silo. Au cœur des montagnes d’Ephraïm, à Silo, Héli et ses
! V. Genèse XIII, 18; XVIII, 1; XXVIII, 11, 12; XXXW, 18-14.
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