‹ Les plus vieux chants de la BibleChapitre 3 sur 76 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La poésie populaire primitive.

Les plus anciens documents de la littérature hébraïque con-

sistent en quelques paroles brèves et grossièrement rythmées, des chants de primitif: eris de guerre, chansons de travail, formules cultuelles et magiques.

Ils remontent pour la plupart à l’époque nomade. Les

Benê Israël n’étaient pas encore un peuple, mais seulement des

‘clans dispersés. Dans les steppes du Négeb et dans les vallées

de la Transjordane ils font paître leurs troupeaux et cultivent l’oasis. Leur genre de vie n’a toutefois rien d’idyllique: Il faut lutter pour se maintenir contre les voisins hostiles, et la guerre est à l’état endémique au désert comme ailleurs.

C’est pourquoi le premier morceau lyrique que nous trou-

vons dans la Bible est un appel à la vengeance, Le ue de la.

vendetta de Lémek:

"Ada et Tsilla, écoutez ma voix,

Femmes de Lémek, prétez l'oreille à ma sentence, Oui, j'ai tué un homme pour ma blessure

Et un jeune homme pour ma meurtrissure,

Si Caïn est vengé sept fois,

Lémek sera vengé soixante-dix-sept foisi,

1 Genèse IV, 23, 24.

Ainsi chantaient au jour du combat les vaiïllants des tribus qénites. Selon la loi du désert la vengeance du sang est un devoir sacré. Quand un meurtre a été commis, tous les membres du clan se sentent atteints. C’est leur sang qui a été répandu. Le sang crie vengeance, et il ne peut être expié que par le sang‘.

Il convient que les représailles soient éclatantes. On ne connaît pas encore la loi du talion qui proportionne le châtiment à l’offense. Il faut que la colère de l’offensé déborde et que soient frappés non seulement le coupable, mais encore ses parents, ses fils, ses frères et toute sa maison *.

1 Quiconque verse le sang de l’homme, Par l’homme son sang sera versé! »

Ainsi disait une vieille formule de droit que le Code sacerdotal a insérée dans le récit de l'alliance avec Noé (Genèse IX, 6).

On exerçait la vendetta comme un acte religieux. On s'y préparait par certains rites: rites d'alliance, de serment et d'imprécation, rites de purification. Les membres de l'expédition faisaient échange de sang, afin d'établir ou d'’intensifier entre eux le lien mystique. Conf. l'alliance du sang chez les Arabes, d'après Hérodote. Hist. III, 8, et chez les Aruntas d'Australie (Spencer et Gillen, Native tribes of Central Australia, 1904, p. 556 ss.). Ou bien on faisait un sacrifice imprécatoire. Conf. le sacrifice de Saül appelant les tribus pour la délivrance de Yabech en Galaad, I Samuel XI, 7, 8 (voir aussi Juges XIX, 29). Celui qui s'était consacré à la vengeance devait observer certains tabous. Chez les Bédouins préislamiques, il s’abstenait de parfums, de viande, de vin, et il devait renoncer à toute relation sexuelle (G. Jacob, Das Leben der vorisiamischen Beduinen, 1895, p. 144 ; conf. I, Samuel XIV, 24; XXI, 6ss.; II, Samuel XI, 11).

? Le clan ne saurait renoncer sans déchoir au devoir de vengeance, et sa puissance se mesure à ila violence de la répression. V. E. Merz, Die Biutrache bei den Israeliten, 1916, pp. 42 à 46.

Chez les anciens Arabes, Imroulqays fait vœu, après le meurtre de son père, de s'abstenir de vin et de femmes, jusqu'à ce qu'il ait tué cent hommes des Banou Asad et qu'il ait rasé leur chevelure. Le roi d'Hira Amr fait tuer cent hommes pour expier la mort de son fils qui avait été tué par accident. V. G. Jacob, op. cit., p. 144-145.

Aujourd'hui encore chez les Arabes du pays de Moab. quand un assassinat a été commis, le plus proche parent «le vengeur» coupe la grande manche de sa chemise, la trempe dans la blessure pour la teindre de sang et l’arbore au sommet d'une lance pour montrer à tous qu'il assume l'obligation de la vengeance. Puis les hommes du campement prennent les armes et poursuivent le coupable jusqu'à ce qu'il soit pris et

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