CHANTS DE GUERRE
Et la sentence de Lémek se développe en chant de. victoire: Lémek, est redoutable parmi tous ceux de sa race; jusqu’à soixante-dix-sept fois il sera vengé*. Il n’est point d’adversaire qui résiste devant lui; et les femmes admirent sa bravoure et sa férocité. -
Tel était aussi Ismaël le Bédouin pillard. Un vieil horoscope le compare à l’âne sauvage qui court libre au milieu de la steppe: Toujours prêt au pillage, «la main levée contre tous », il campe fièrement en face du sédentaire qu’il a razzié?.
Israël ne le cédait en rien à ses congénères en fait de vaillance et de violence’. Dès l’aube de l’histoire, il apparaît marchant à la conquête de sa terre et affirmant par le fer et par
—le sang la suprématie de Yahvé. Car Yahvé est un puissant guerrier, 1l se manifeste au jour des batailles comme le seigneur des armées de son peuple, le Dieu fort. Et c’est par des cris de guerre qu’on l’invoque et par des acclamations qu’on célèbre ses victoires.
Voici l’antique formule que l’on répétait au moment où
s’avançait dans la mêlée l’arche sainte, le palladium des tribus d'Israël: ,
massacré. Après cela on brûle sa tente, on détruit ses troupeaux, on égorge ses moutons, on coupe les jarrets de ses chameaux et l'on éventre sa jument. Ses parents portent eux aussi le poids ide son crime, son père, son fils, ses frères sont également massacrés. Mais on épargne les femmes et les jeunes filles. Jaussen, Coutumes des Arabes au pays de Moab, 1908, p. 220 à 88e 1 Conf. l’histoire de la vendetta d'Ibrahim-at-Toual, le guide du Père Jaussen. « La soif de vengeance submergea mon cœur, le sang réclame le sang ; par Allah, j'ai juré de tuer dix ennemis pour la mort de mon père. » Jaussen, op. cit., p. 433.
? Celui-là sera Comme un âne sauvage, Sa main contre tous Et la main de tous contre lui, Et il campera à la face de tous ses frères.
(Genèse XVI, 12; conf. Job. XXXIX, 5 à 8).
3 Conf. dans les bénédictions de Jacob, Genèse XLIX, 3, 17, 26, et les paroles de l'oracle de. Balaam. Nombres XXIII, 24.
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Quand l'arche partait, Moïse disait :
«Lève-toi, Yahvé, et que tes ennemis soient dispersés, Et que tes adversaires s'enfuient devant ta face!» Et quand l'arche s’arrêtait, il disait :
«Reviens, Yahvé [et bénis] les myriades des tribus d'Israëli!»
Ici la prière apparaît comme une sentence impérative, ayant une efficacité contraignante. Nous sommes près des origines magiques de la poésie et de la religion. La parole sacrée, lorsqu’elle est convenablement prononcée, devient créatrice ou destructive, et rien ne saurait résister à son influence mystique. Parmi toutes les paroles sacrées, la plus puissante est assurément celle qui consiste à prononcer le nom divin. Car le nom est une espèce d'âme et participe en quelque sorte à la vie des êtres qu’il désigne. Répéter à grands cris le nom de Yahvé suffit pour assurer sa présence et déterminer son action‘.
1 Nombres X, 35, 36.
Au dernier stiche ajouter oûbéraktd.
L’arche était un sanctuaire guerrier, le trône de Yahvé au milieu du camp. Quand les paroles de signal ont été prononcées, le Dieu se précipite dans le combat, jetant l'épouvante parmi les troupes ennemies. Quand l'arche s'arrête et retourne en arrière, c’est que Yahvé se retire de la bataïlle et qu'il n’est plus avec ses guerriers.
On peut aujourd'hui encore trouver des coutumes analogues chez les non-civilisés. Dans certaines tribus arabes il est d'usage de transporter, en temps de guerre, des baraques de planches décorées de plumes. On les pose sur le dos d’un chameau, une femme est assise à côté et, avec des cris aigus, excite les combattants. V. F. Schwally, Semitische Kriegsaltertümer, 1901, p. 11. Chez les nègres de Kabomida au Loango, on met le dieu de la guerre dans une corbeille et on le conduit ainsi dans la mêlée. Ibid., p. 10, 11. Chez les Ewe du Togo on porte, dans les expéditions guerrières, la grande idole nationale, la chaise des ancêtres, dans laquelle le chef vénère ses ancêtres défunts. Après la victoire on offre des sacrifices à la chaise avec des actions de grâce. Mais quand l'ennemi est le plus fort, on ramène la chaise et c'est le signal de la retraite générale. V. Loisy, Essai historique sur le sacrifice, 1920, p. 166.
* Ce sont là des conceptions universellement répandues chez les anciens et dans les civilisations primitives. Voir par exemple le rôle de la parole et du verbe dans la religion et la magie babyloniennes: «Le mot, remarque Fossey, est l’image sonore de la chose qu'il exprime, il en est l'équivalent exact, il est cette chose elle-même, et n'avoir pas de nom, c'est à proprement parler ne pas exister. Le poème de la création,