‹ Les plus vieux chants de la BibleChapitre 32 sur 76 · II. Samuel V, 1 et 55; XV · texte numérisé non relu

II. Samuel V, 1 et 55; XV

® Amos V, 5; VIII 14; Osée IV, 15.

7? Cétait généralement le traditionnel haut lieu, l'enceinte à ciel ouvert avec les sources et l'arbre sacrés, les bétyles et l'autel de pierres ! brutes au milieu, Mais parfois il y a un édifice de dimensions réduites pour abriter les objets cultuels et les images divines. C'était sans doute le cas pour Silo (I Sam. I, 9; III, 3) et pour Nob (II. Sam. XXI, 10). Plus tard dans les sanctuaires urbains et surtout dans les sanctuaires “royaux, à Jérusalem, à Béthel, à Dan, à Samarie on bâtit des temples en pierre taillée, à la manière des pays de haute culture. Cependant cette transformation ne laissera pas de provoquer des résistances parmi Îles ‘yahvistes partisans de l'ancienne coutume. V. Exode XX, 21 à 23 et

IT. Sam. VII, 1 à 11.

venaient se présenter devant Yahvé, conformément à l’antique loi : | Trois fois par an, tous les mâles parmi vous se présenteront devant

Adonay Yahvé l'éiohim d'Israël. Et l'on ne viendra pas les mains vides devant ma face! !

On se réunissait pour célébrer la fête et pour offrir les sacrifices, les prémices des fruits de la terre et les premiers nés du troupeau. On se réunissait aussi pour l’oracle et pour le jugement. Les prêtres savaient les rites pour obtenir les décisions; ils savaient aussi les tôrôt, ils étaient les gardiens de la coutume ancestrale et les dépositaires des traditions antiques. Ils conservaient également les paroles sacrées, formules cultuelles et magiques, hymnes, prières et lamentations.

Qu'il y ait eu dans les sanctuaires d’Israël dès ce temps-là une poésie cultuelle développée, cela n’a rien d’inouï. Dans tout culte les rites oraux avaient leur place à côté des rites manuels ?. La parole d’incantation, l’hymne de louange et la prière accompagnaient tout naturellement l’offrande et le sacrifice *.

Depuis de longs siècles, en Egypte et en Chaldée, les clergés des grands sanctuaires avaient composé des hymnes pour célébrer

! Exode XXXIV, 23, 20. L ? Ceci est vrai même chez les primitifs où les rites manuels ont cependant la place de beaucoup la plus importante. Etant donné la valeur magique de la parole, certaines formules étaient considérées comme particulièrement efficaces, et on devait soigneusement les conserver et se les transmettre. Ainsi le trésor des paroles sacrées ne cesse de s'enrichir d'autant plus que l'importance des rites oraux augmente au cours de l'évolution.

$ 11 y a d’ailleurs étroite parenté entre ces divers actes de l’action sacrée : « Dans la prière l'âme du fidèle s'épanche avec son souffle, comme le sang qui s'écoule de la blessure de l'animal sacrifié, pour atteindre le Dieu et le lier. On conçoit donc que la prière et le sacrifice soient considérés comme identiques dans leurs effets, qu'ils se remplacent l'un l’autre ou .se mêlent étroitement. C'est ainsi que da même racine exprime en hébreu «l'action de prier et en arabe celle de sacrifier (‘éfar). Dussaud, Introduction à l'Histoire des religions, p. 187. Conf. Heïler, Das Gebet, 3, 1921, p. 71 à 80.

LES MECHÔRERÎM 83

la gloire des grands dieux et des lamentations pour apaiser leur colère. Les Benê-Israël n’ont-ils pas connu par l'intermédiaire de Canaan quelques-uns de ces morceaux lyriques, comme ils ont connu les anciennes législations et les anciennes légendes cosmogoniques? Cela n’est sans doute pas impossible, encore qu’on ne puisse rien fonder sur une hypothèse aussi incertaine. Mais est-il nécessaire, pour expliquer la naissance d’une littérature cultuelle chez les Hébreux, de recourir aux influences des peuples de haute culture? Les Israélites, aux XITe et XIe siècles, n'étaient pas précisément un peuple de primitifs arriérés et sans formation artistique *. Ils avaient une littérature lyrique développée, et des œuvres comme le chant de Débora ou la complainte sur la mort de Saül et de Jonathan, devaient avoir leurs parallèles dans la littérature cultuelle.

N’y avait-il pas déjà, parmi le personnel des sanctuaires, à côté des prêtres qui interrogeaient l’oracle et présidaient à l’action sacrée, des hommes spéciaux qui avaient pour fonction de chanter les hymnes et d’ordonner les liturgies? Les mechôrerêm, qui apparaissent en cortège nombreux dans les descriptions du Chroniste”, ne sont pas nécessairement un anachronisme de l’historiographie juive. Nous les trouvons mentionnés dans des documents plus anciens, en particulier dans le Ps. LXVIII qui décrit en ces termes la pompe triomphale devant le sanctuaire:

On voit ta procession, ô Elohim.

La procession de mon élohim, de mon mélek, dans le lieu saint. En tête les chanteurs (chérim), puis les musiciens.

Au milieu les jeunes filles avec des tambourins,

En chœur bénissez Elohim,

Bénissez Adonay, race d'Israël ?.

? Il n’est d’ailleurs pas rare de trouver chez les primitifs des hymnes et des prières d’une assez belle tenue. V. Le Roy, La religion des primitifs, 1909, p. 301 et ss. et F. Heïler, op. cit., p. 149, 300.

? I Chron. XV, 16 à 21; XXV, II Chron. XXXV, 15 Esdras II 41, Néhémie XI, 17. Conf. les suscriptions des Psaumes XLII, XLIV, XLVIII, LXXXIV, LXXXVII, LXXXVIII.

s Ps. LXVIII, 25 à 27.

C’est ainsi qu’il convient de se représenter un cortège de fête dans l’ancien Israël. Autour des mechôrerim, la foule des adorateurs qui s’avance, enthousiaste et trépidante, chantant et dansant, battant des mains et poussant des cris de joie:

Poussez des cris d'allégresse en l’honneur de Yahvé notre force,

Faites retentir de joyeuses clameurs en l'honneur du Dieu de Jacob !

Entonnez le cantique au son du tambourin,

Du kinnor harmonieux et du nébel,

Sonnez la trompette à la nouvelle lune, A la pleine lune le jour de notre fête *.

Le culte est un drame complexe. La poésie, la musique et la danse y ont leur place comme moyen magique pour contraindre les puissances mystiques, et comme excitant pour provoquer l’émotion religieuse et l’enthousiasme sacré.

Nous avons une autre description de fête cultuelle dans le récit de l’entrée de l’arche à Jérusalem: /

David et toute la maïson d'Israël dansaient devant Yahvé de toutes leurs forces avec des chants, au son des kinnors, des harpes et des tambourins, avec des sistres et des cymbales….

David dansait de toutes ses forces devant Yahvé, et il était ceint

d’un éphod de lin. Et David et toute la maison d'Israël conduisaient l'arche de Yahvé avec des acclamations, au son de la trompette ?,

Ici il n’est pas question des mechôrerim. C’est toute l'élite

d'Israël, convoquée pour la fête, qui ramène l'arche d’Elohim."

Mais si les chanteurs ne sont pas expressément nommés, ils n’en sont pas moins présents, et on les entrevoit à l’arrière-plan du

récit. Une pompe sacrée aux aspects aussi divers n’est possible“

que grâce à une certaine organisation et division du travail. Les mechôrerîm dirigeaient les chœurs *.

1 LXXXI, 2 à 4 Comp. Amos V, 23 et ES XCVI, 4 à 6. Le CXLIX, 1 à 3et Ps: CL:

2 II Samuel VI, 5, 14, 15.

3 Conf. le rôle des chantres dans le culte babylonien. M. Jastrow,. Die Religion Babyloniens und Assyriens, I, p. 382. “Dhorm rme, La religion :

assyro-babylonienne, p. 298-299. Le zammerou chante pendant que le prêtre

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