‹ Les plus vieux chants de la BibleChapitre 33 sur 76 · LA TRADITION LYRIQUE · texte numérisé non relu

LA TRADITION LYRIQUE

mettent la tradition liturgique du sanctuaire, qui n’est pas encore

conservée dans des écritures”. Bien que les formules aient déjà : une certaine fixité, il est permis aux hommes inspirés d’ajouter | au trésor séculaire et d'apporter des paroles nouvelles?

| | Les chanteurs savent les hymnes et les prières et ils se trans- | |

présente le sacrifice; il invoque le nom des grands dieux et les prie

d'accepter l’offrande qui leur est faite. Dans les lamentations c’est le kalou

qui dirige le chant:

« À la demeure du dieu (rendons-nous) avec la lyre, la lamentation,

: [la prière.

Le kalou chante le chant, Le kalou chante le chant de la domination,

| Le kalou chante le chant de la lyre,

Sur le tambour sacré, sur le tambourin sacré,

Sur la flûte et le manzou, sur la lyre sacrée ! »

1 L'hypothèse d'après laquelle les chants du Psautier seraient | . l'œuvre des chantres du sanctuaire a été émise par Graetz dans son | Kommentar zu den Psalmen, tome I, p. 35. «Le parti lévitique est dans | l’ensemble l’auteur du Psautier », et par Renan dans un très beau chapitre . de son Histoire d'Israël, tome V, p. 25 à 33. Elle a été reprise par Mowinckel dans ses Psalmenstudien T. VI, Die Psalmendichter, p. 37 à 68. Il y a cependant des réserves à faire sur l'identification des chàänteurs et des nebiim des sanctuaires telle que cet auteur l’a proposée p. 48 à 51. ? La transmission de la parole sacrée peut se faire avec plus ou moins d'exactitude selon les temps et les milieux. Tantôt il s'agit d'une “formule immuable que l’on répète de génération en génération, sans rien y ajouter et sans rien en retrancher, l'efficacité de la formule dépendant en grande partie de l'exactitude de la récitation. D’autres fois il s’agit seulement de thèmes lyriques plus ou moins susceptibles de variation et autour desquels viennent s'ajouter des développements nouveaux. F4 A Babylone les textes religieux et magiques étaient fidèlement con- ‘servés par les clergés des sanctuaires. Cependant, bien souvent les prêtres ont rédigé à nouveau les paroles anciennes, cherchant à les rendre plus complètes et plus efficaces. Voir Dhorme, op. cit., p. 259, 260. « Tel hymne ] composé à l'époque de Hammourabi pouvait se répéter au temps d’Assourbanipal ou sous la dynastie néo-babylonienne. Les dieux étaient restés les «mêmes, et le sentiment religieux n'avait guère varié. On avait même des textes que la tradition reproduisait fidèlement et qui étaient accessibles “aux seuls initiés. C'étaient les prières sumériennes qui chantaient la gloire d'En-lil où de Tammouz, de Ninib ou de Baou. Il est fort possible que les prêtres choisissaient cette ancienne langue afin de donner à leurs hymnes plus de mystère, et partant plus de prestige. Parfois le texte sumérien,

86 lf. LES ORIGINES DE LA POÉSIE CULTUELLE

C’est parmi les mechôrerîm qu’il convient de chercher les auteurs et les rédacteurs des psaumes. Le Psautier nous a conservé les noms d’Asaph, des fils de Koré, d’Ethan, d'Héman, de Yedoutoun‘, simples mentions de poètes anciens, dont le souvenir, à l’époque du second temple, était plutôt obscur et se perdait dans un lointain de légende. Au reste, qu’importent les noms. La poésie cultuelle a commencé par être une œuvre collective, une littérature anonyme reprise et remaniée siècle après siècle. Rarement un psaume nous est parvenu sous sa forme primitive. La plupart des chants cultuels ne font que développer des motifs liturgiques plus anciens. Et même dans les plus récents, on peut apercevoir un certain nombre de stiches stéréotypés, qui reviennent au début du poème ou de la strophe, et qui forment le thème central autour duquel le poète a groupé ses variations *. C’est une matière tradi-

authentique ou fabriqué après coup, portait une traduction babylonienne ou assyrienne qui en permettait la lecture sans’trop de difficultés. Le talent des prêtres s’exercaït sur ces textes qui leur servaient de modèles. Ils développaient les idées, accentuaient les métaphores et n'évitaient pas la rhétorique. À Babylone comme ailleurs, l'imagination et le verbiage se superposèrent à l'idée religieuse et l'affaiblirent en voulant la perfectionner. »

+ Asaph, Ps. I et LXXIII à LXXXIII Les fils de Koré, Ps. XLII, XLIII, XLIV à XLIX, LXXXIV, LXXXV, LXXXVII, LXXXVIII Etan, Ps. LXXXXIX. Héman, Ps. LXXXVIII Yedoutoun, XXXIX, LXII, LXXWVII.

? Un certain nombre de psaumes ont un caractère nettement composite, par exemple les Ps. XIX, XXIV, LXVIII, CVIIL I. Chron. XVI, 8 à 36. Jonas II, 3 à 10. En réalité la plupart des psaumes ont été plus ou moins recomiposés. Les chanteurs ont réorganisé les formules liturgiques qui leur étaient transmises et les ont développées à leur manière. L'histoire de ces variations est-à faire. Nous essayons ici d'en dégager certaines lignes : Considérons à ce point de vue le Ps. LXVIII. Sous sa forme actuelle ce psaume est un chant triomphal de date relativement récente, où l'auteur a amalgamé divers morceaux anciens célébrant les gestes de Yahvé et les victoires d'Israël sur les peuples de Canaan. L'introduction commence par reproduire l'antique formule de signal, l'invocation que l'on prononçait au départ de l'arche pour le combat :

Qu'Elohim se lève et que ses ennemis se dispersent Et que ses adversaires fuient devant sa face !

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