FORMULE MAGIQUE ET CHANT DE LOUANGE
saurait être vu. Dans les plus anciens bamôt il y avait à côté de
l'arche sacrée et de la source sacrée, la grotte dans laquelle étaient cachées les images divines. Plus tard, dans certains sanctuaires, en particulier à Silo et à Gilgal, on avait bâti pour le dieu une maison de pierre, avec une obscure cella, tel le debir du temple salomonien. Les dieux aiment le mystère et le silence, et c’est dans l’obscurité qu’ils cachent leur majesté‘.
Dans ces premiers rudiments de poésie cultuelle, la littérature n’a pour ainsi dire que fort peu de place. Une prière se réduit à une formule d’incantation, et un hymne à une courte invocation que le chœur répète à plusieurs reprises pour que son action soit plus efficace”. Cependant, avec les progrès de la eulture, les rites oraux se compliquent*. On croit qu’en célébrant les dieux puissants par des paroles bien rythmées et convenablement chantées, on intensifie le mana qui est en eux, et on se les rend particulièrement favorables", Yahvé, lui aussi, aime l’hom- :
? V. G. Westphal, Yahwes Wohnstätten, pp. 163 à 167.
AAA a ition litanique et le refrain ne sont pas primitivement : des procédés littéraires ayant pour but d’intensifier l'émotion esthétique, mais des pratiques magiques, des rites d'incantation qui doivent agir! sur les puissances invisibles et contraindre la divinité. V. plus haut DATENT
3 Tout d’abord les gestes sacrés accompagnaient nécessairement la parole sacrée. On n'aurait pas conçu un chant sans danses, ni une prière sans certaines attitudes spéciales : la maïn droite portée sur la bouche, les deux mains tendues vers le ciel, ou bien la prosternation contre terre. Le geste est pour ainsi dire partie intégrante de la parole. Chez
. les Babyloniens, l’idéogramme signifiant prière ikribou représente la main
portée à la bouche. Chez les Egyptiens l’hiéroglyphe employé pour prier représente un homme les deux mains élevées. Dhorme, La Religion assyrobabylonienne, pp. 247 et 248.
* Alors la prière n’est plus seulement une formule magique, elle est l'exaltation des vertus de la divinité et l'exposé des motifs que les adorateurs ont de la louer et de lui rendre grâces. Les hymnes babyloniens et égyptiens en l'honneur des grands dieux énumèrent longuement leurs attributs et les manifestations de leur puissance dans le ciel et sur la terre. Ces énumérations n'étaient pas précisément l’aboutissant d'une spéculation théologique, elles avaient une signification cultuelle particulière
mage des lèvres. C’est pourquoi la parole sacrée est un jour devenue le cantique de louange où le psalmiste dit en strophes harmonieuses la grandeur du Dieu d’Israël.
Nous pouvons encore distinguer dans certaines pages du Psautier les traces de ce passage de l’antique sentence cultuelle à des formes littéraires plus évoluées. (Citons, par exemple, le Ps. XXIX. C’est un hymne au vieux Yahvé naturiste, le Dieu qui se manifeste au milieu de la tempête et des flammes de feu.
Rendez hommage à Yahvé, fils d'Elohim !
Rendez hommage à Yahvé, célébrez sa gloire et sa puissance. Rendez hommage à Yahvé, célébrez la gloire de son nom. Prosternez-vous devant Yahvé en vêtements sacrés.
La voix de Yahvé au-dessus des eaux, Le Dieu de gloire tonne.
Yahvé au-dessus des grandes eaux.
La voix de Yahvé avec force,
La voix de Yahvé avec majesté.
La voix de Yahvé brisant les cèdres,
Yahvé brise les cèdres du Liban.
Il fait bondir t le Liban comme un jeune taureau Et le Sirion comme le petit du buffle.
La voix de Yahvé.…? des flammes de feu, La voix de Yahvé fait trembler le désert ; Yahvé fait trembler le désert de Qadech.
La voix de Yahvé fait mettre bas les biches, Elle dépouille les forêts.
Dans son palais tout crie gloire.
Yahvé trône sur le déluge,
Yahvé trône roi pour l'éternité.
Que Yahvé donne force à son peuple,
Que Yahvé bénisse son peuple dans la paix !
et elles rendaïent l’action sacrée plus efficace. Voir le grand hymne à Sin Nannar dans M. Jastrow, Die Religion Babyloniens und Assyriens, I, pp. 436 à 438, Et. Combe, Histoire du culte de Sin, pp. 94 à 103; ou l'Hymne à Amon-Râ du musée Boulaq. V. Grébaut, l'Hymne à Amon-Rd et G. Maspéro, Histoire ancienne des pauples de l'Orient classique, II, pp. 542, 543.
1 Au lieu de vayyarqgidém lire ré
? Dans le texte khôtséb lahabôt ’êch coupant des flammes de feu (?).