‹ Les plus vieux chants de la BibleChapitre 39 sur 76 · LE PSAUME DU DIEU TONNANT · texte numérisé non relu

LE PSAUME DU DIEU TONNANT

Yahvé tonnant au-dessus de l’océan céleste et faisant retentir sa voix sur le monde épouvanté, tandis que les Benê hâ’é16hîm se rassemblent autour de lui pour lui rendre gloire’, c’est là une représentation mythologique très primitive, et dont les conceptions plus abstraites et plus épurées du judaïsme postprophétique n’ont pas encore atténué la vigueur. Devant les cataclysmes de la nature, et particulièrement devant l’orage, l’homme à éprouvé une émotion religieuse profonde, un grand sentiment de terreur et d’admiration. C’est pourquoi dans la plupart des religions anciennes, comme chez les non-civilisés de nos jours, le Dieu suprême est le Dieu de l’atmosphère et de la lumière, qui apparaît armé du tonnerre et de l’éclair au milieu des nuées. L'’élohim du Sinaï s'était manifesté aux enfants d’Israël sur la montagne fumante sillonnée de flammes de feu”. Mais Yahvé est maintenant plus que l’esprit de la montagne du Sinaï, Yahvé est le seigneur de la terre de Canaan. Son champ d’action s’est étendu, et c'est à tous les points de l'horizon, et même au delà des limites du pays, qu’il apparaît. On entend sa voix au Sirion et au Liban à l’extrême nord, et aux steppes de Qadech à l’extrême sud. Aïnsi les hymnes babyloniens célèbrent Ichkourri maître de la tempête, dont le rugissement ébranle les montagnes, dont l’éclat couvre la terre comme d’un vêtement”, et Mardouk, le

1 Conf. Job, II, 1. La représentation de Yahvé dans un palais au milieu de la cour céleste n'est pas précisément un indice de modernité. Conf. I. Roïs XXII, 19. « J'ai vu Yahvé assis sur son trône et toute l'armée du ciel se tenait auprès de lui ».

? «Le troisième jour au matin il y eut des tonnerres, des éclairs et une nuée épaisse sur la montagne...

La montagne du Sinaï était toute fumante, parce que Yahvé y était descendu au milieu de la flamme. Et la fumée montait comme la fumée d’une fournaise, ét la montagne tremblait avec violence.» Exode XIX, 16, 18. Comp. Ps. XVIII, 8 à 16. V. Gressmann, Der Ursprung der israelitischjüdischen Eschatologie. Die Offenbarung Yahves im Sturm, pp. 19 à 30. Die Offenbarung Yahves im Gewitter, pp. 58 à 70.

3 «O Ichkourri, dieu resplendissant, sage et très grand, Père Ichkourri, maître de la tempête, dieu sage et très grand,

régent des cieux, qui s’avance puissant, mugissant contre ses adversaires ; ouragan impitoyable, feu violent, flambeau resplendissant qui consume l’ennemi, Mardouk, vainqueur de Tiâmat et de l’armée des monstres, roi des Igigi et des Anounaki’. Peutêtre avons-nous dans le psaume biblique comme dans les chants exaltant Mardouk une allusion au grand mythe sémitique des luttes du Dieu créateur contre les puissances de la mer primitive. Et ce serait là la signification de la dernière strophe où Yahvé est représenté trônant au-dessus du déluge, roi pour l'éternité ,

En tout cas, nous sommes ici au point de départ de la repré- -sentation catastrophique du jour de Yahvé telle que nous la retrouverons plus tard dans les visions des prophètes. Pour servir

Ichkourri, tempête du ciel, taureau magnifique, dieu resplendissant, sage et très grand...

Ton éclat couvre le pays comme d’un vêtement, à Ton tonnerre ébranile la grande montagne, le père Moullil, Ton mugissement fait trembler la grande mère Ninlil..» V. Gressmann Ungnad, Altorientalische Texte zum À. T., pp. 83, 84. : 1) «O le plus grand des dieux, splendeur éclatante, aurore brillante, … Qui t'avances dans les cieux... À . Tu frappes le crâne de Zou, tu écrases….

… Tu as dompté Tiâämat...

Prodigieuse créature, forme splendide, dans le vêtement de sa majesté il est magnifique...] Ils se prosternent devant toi, les Igigi, les Anounaki, les dieux et les déesses de la ville sacrée.] Premier né d'Ea, excellent, puissant, dominateur, ouragan impitoyable, feu violent, flambeau...] Qui consume l'ennemi au milieu de la bataille. Forme auguste, Mardouk, soleil éclatant, torche brillante, … Ilumiüne l'obscurité...

Très grand est ton nom, Ô Mardouk le rugissant... Entre tous les dieux elle est colossale ta divinité. A droîte et à gauche le feu brûle là où tu passes. I à tenu, il a saisi Mardouk dans sa main, Le sceptre des Igigi et des Anounaki, le lien des cieux et de la terre...» V. F. Martin, Textes religieux assyro-babyloniens, pp. 114 à 123. ? Comp. Ps. XXIX, 3 et 10 avec Ps. XVIII, 13 à 16. Sur la tradition de la mer primitive, v. Gunkel, Schôüpfung und Chaos, 1895, pp. 91 à 111.

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