LES CHANTS DE L’AVÈNEMENT DE YAHVÉ
de champ au grand combat eschatologique, il faudra une nature sauvage et violente, l’atmosphère bouleversée, le conflit des éléments, la steppe et les collines vacillant au souffle impétueux de la colère divine, les forêts pliées sous la tempête, la grêle et les charbons ardents tombant du ciel, tandis que les hommes et les bêtes s’enfuient pleins d’épouvante:.
Mais tout cela dans notre psaume est exprimé d’une manière encore primitive et selon un procédé littéraire d’une élémentaire simplicité. La langue est vigoureuse mais peu nuancée, et le rythme monotone, avec la répétition de ces deux mots qui reviennent solennellement au début du stiche, gôl-Yahvé. C’est dans ce cadre sobre et encore peu organisé que les sensations du poète viennent se juxtaposer en éclatants contrastes, tantôt grandioses, tantôt baroques; et l’impression qui s’en dégage est puissante et d’une irrésistible splendeur.
On peut comparer au Ps. XXIX d’autres hymnes naturistes de date plus récente et d’un art plus organisé: et d’abord la théophanie du Ps. XVIIT (v. 8 à 16), puis l’hymne au soleil Ps. XIX (v. 1 à 7), et le cantique des créatures, Ps. CIV. Mais il convient surtout de le rapprocher du Ps. XCIII qui décrit la majesté de Yahvé, magnifique dans les cieux très hauts, tandis qu’autour de lui les vagues de la mer grondent avec fracas. Les deux hymnes sont manifestement apparentés; ils appartiennent l’un et l’autre au cycle des chants de l’avènement de Yahvé?. Ces chants sont
4 Conf. Gressmann, Loc. cit. et P. Volz, Die jüdische Eschatologie von Daniel bis Akiba, 1903, pp. 173 à 188.
? Le groupe principal est formé par les Ps. XCIII à C auxquels on peut rattacher les Ps. XXIV, XXIX, LXVI, LXVII, CXLV, CXLIX. Mowinckel a mis en lumière l'importance des psaumes de l'avènement de Yahvé dans le 2e volume de ses Psalmenstudien, et il a cru pouvoir y
Chercher l'origine de l’eschatologie. Sans doute a-t-il excessivement élargi
le cycle en y faisant entrer la plupart des chants de louange et tous les cantiques des ma&ôt, considérés comme des cantiques processionnels de la fête d’intronisation ... ce qui est beaucoup donner à la conjecture. Psalmenstudien, II. Das Thronbesteigungsfest Yahwäs, pp. 3 à 10.
caractérisés par les mêmes leitmotive qui reviennent tantôt comme formule inaugurale, tantôt comme refrain:
Vous tous, peuple, battez des mains,
Poussez des acclamations en l'honneur de Yahvé! Car Yahvé est le Très Haut, il est redoutable, Grand roi sur toute la terre...
Yahvé est roi, que la terre soit dans l’allégresse *.
Yahvé est roi — que les peuples frémissent !
Lui qui est assis sur les chérubins — que la terre vacille... Il est élevé au-dessus de tous les peuples.
Qu'on célèbre ton nom grand et redoutable !
Il est saint...
Exaltez Yahvé notre élohim
Et protesternez-vous devant son marchepied ?.
Louez Yahvé, célébrez son nom, Proclamez parmi les nations ses hauts faits “…
Chantez à Yahvé un cantique noùuveau,
Car il a fait des prodiges….
Acclamez Yahvé, habitants de toute la terre ;
Faites éclater votre joie et retentir vos instruments, : Poussez des acclamations
Devant le roi Yahvé!°.
D’autres fois, c’est la justice de Dieu qu’on célèbre, et sa fidélité vis-à-vis de son peuple. Et les chanteurs répétaient en longues litanies:
1 Ps. XLVII, 2, 3 Parmi les cantiques célébrant l’intronisation de Yahvé, le Psaume XLVII est probablement l'un des plus anciens. Il décrit «la montée» du Dieu roi, maître des princes et des peuples, au son des trompettes au lendemain d’un grande victoire; et c'est comme un écho prolongé des acclamations en l'honneur du Dieu de l’arche. Ps. XXIV, 7 à 10. Sellin croit pouvoir le placer à l'époque salomonienne parmi les pompes du temple nouvellement bâti. Geschichte des israelitisch-jüdischen Volkes, I, 1924, p. 200. On y sent, en effet, déborder l’orgueil d’un peuple fort. Conf. v. 4 et 10.
? Ps. XCVII, 1.
? Ps. XCIX, 1 à 3,5. Conf. LXVI, 1 à 4.
# Ps. CV, 1 Conf. CVI, 2.
5 Ps. XCVIII, conf. CXLIX, 1.