CHANTS DE GUERRE
Nous trouvons une invocation de ce genre dans la parole
contre Amaleq:
La main à la bannière de Yah, Guerre de Yahvé contre Amaleq!t,
et dans le mot d’ordre des soldats de Gédéon marchant contre les
Madianites:
Pour Yahvé et pour Gédéon !?
Le nom de Yahvé est le soutien des enfants d'Israël. Il est plus efficace que les chars de guerre et les chevaux de guerre, il est plus fort qu’un grand nombre de gibbôrîm *.
pour signifier que le ciel et la terre n'’existaient pas, dit qu'ils n'étaient pas nommés. Le nom et la chose étant un, connaître le nom d'un être c'est en quelque sorte le posséder, en être le maître, comme on le serait par la possession de son corps ou d'une partie de son corps, de ses ongles ou de ses cheveux. De là le soin qu'avaient les Assyriens de ne pas révéler le nom mystique de leur ville. » La Magie assyrienne, p. 95. C'est pour des raisons analogues que certäins non-civilsés cachent leur vrai nom et se donnent des noms de passe (par exemple chez les Australiens, les Abyssins). D’autres évitent de prononcer des noms particulièrement redoutables. Dans certaines tribus africaines, on ne doit pas nommer le lion, on emploie un surnom ou un synonyme pour le désigner. On fait de même pour le tigre et le serpent chez les Indous et chezles Annamites. À Madagascar, chez les Sakalaves, il était interdit de prononcer le nom du roi après sa mort, et pour désigner le roi et les chefs vivants on employait une terminologie spéciale, un langage mystique. V. Lévy-Bruhl, Les Fonctions mentales dans les sociétés inférieures, 1918, p. 199 à 203. — Frazer, Le Rameau d'or, trad. française, 1924, p. 229 à 247.
1 Exode XVII, 16.
D'après le récit de l'Elohiste, cette parole aurait été prononcée après la bataille de Raphidim, près de Qadech. Israël l'avait emporté grâce à - la magie de Moïse et au rite des mains levées. Alors Moïse bâtit un autel à Yahvé et lui donna ce nom symbolique Yahvé nisst. Et le conteur ajoute : vayyO Mér ki-yad ‘al-kêés yah milkhämä ue, ba‘ ämäléa middôr dôr (lire nés au lieu de kés).
Nous avons sans doute ici le mot d'ordre des tribus du Sud dans
leurs guerres contre Amaleq. Depuis les temps du séjour à Qadech jus- :
qu'à l’époque de David, le voisin Amalécite, pillard redoutable, est considéré comme l'ennemi héréditaire, ER de Yahvé d'âge en âge. Conf. I, Samuel XV, 3, 33.
? Juges VII, 18.
3 Voir le récit des Juges VII, 1 à 22. Comp. Ps. XX, 8; XXXIII, 16, 17; CXVIIT, 8 à 16; CXLVII, 3 à 5; CXLVIIL, 8, 9, et Esaïe XXXI, 1 à 3.
Après le combat le triomphe... Lorsque les vainqueurs revenaient chargés de gloire et de butin, les femmes du clan s’avançaient à leur rencontre chantant et dansant en chœurs joyeux.
Nous trouvons des descriptions de ces scènes de retour dans l’histoire de Jephté* et dans les histoires de Saül et de David*°. En outre, nous avons à la fin du récit du passage de la Mer
«Les primitifs attribuent la victoire beaucoup moins au nombre et à la vaïllance des soldats ou à la supériorité de leur armement qu'à certaines causes mystiques : telles le mana qui rayonne autour d’un chef, l'influence de certaines opérations magiques, imprécations et conjurations, l’action des dieux qui a été convenablement préparée par les rites sacrificiels et les rites oraux. Le sort de la guerre ne se tranche pas sur le champ de bataille où les guerriers se rencontrent, la décision a déjà eu lieu dans le domaine de l’invisible. » Lévy Bruhl, La Mentalité primitive, 1922, p. 374.
1 Juges XI, 34.
2 Voir la description de I, Samuel XVIII, 6 à 9. « Au retour, lorsque David revenait de la défaite du Philistin, les femmes sortaient de toutes les villes d'Israël, chantant et dansant en chœurs au son des tambourins et des cymbales. Et dans leurs chants elles disaient :
« Saül à tué ses mille Et David ses dix mille! »
Comp. II, Samuel I, 20.
Dans le poème de Gilgamech, lorsque Cilzaméch et son ami Eabani sont revenus, après leurs hauts faits, dans Erech aux enclos, les gens d'Erech se rassemblent et font une fête, et les musiciennes chantent dans le palais :
« Gilgamech est. beau parmi les hommes,
Eabani est puissant parmi les fils des hommes!»
V. Dhorme, Textes religieux assyro-babyloniens, p. 256-257. L'acclamation des héros victorieux par les chœurs de femmes est encore pratiquée chez les primitifs modernes. Bôckel cite des survivances de cette coutume aux îles Palao, chez les Maoris, à Tahiti et en Grèce. V. Bôckel, Psychologie der Volksdichtung, 1906, p. 92, 93.
Le Père Lagrange signale des pratiques analogues chez les Arabes du pays de Moab. « Quand les Soukhour furent repoussés de Mâdabâ par les ‘Azezât il y a quelques années, la bataille était à peine terminée que les femmes avaient composé des odes en l'honneur des braves et pour rendre infâmes les perfides et les traîtres. » Le Livre des Juÿes, 1903, p. 105.
Il en était de même en Israël, les chants de triomphe en l'honneur des braves étaient accompagnés d'invectives sur les lâches et de satires sur les vaincus. Cf. Nombres XXI, 29, 30; Juges V, 6, 17 et 28 à 30.